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Ethnozootechnie n° 27 (1981)
L'ÉVOLUTION DE L'HABITAT DU LAPIN MICHEL FORT
Institut Technique de l'Aviculture 28 rue du Rocher F‑75005 Paris
Le lapin (Oryctolagus Cuniculus) : d'où
vient‑il ?
Connu depuis des siècles, cet animal
semble avoir une origine assez confuse. Certains auteurs le pensent originaire
de Numidie (région de l'actuelle Constantine), d'où i1 aurait été importé par
les Romains en Europe avant l'ère chrétienne, d'autres pensent qu'il est
remonté d'Espagne où il vivait à l'état sauvage.
Pour cela, ils s'appuient sur
l'étymologie du nom Espagne, I SHEPRAN TM (pays des lapins), nom que les
Phéniciens donnèrent à cette région lorsqu'ils pénétrèrent en Péninsule
Ibérique. Les Romains transformèrent cette appellation en Hispania, ce qui a
donné de nos jours Espagne (les Romains changèrent de même le nom Celtique en
celui de Gaule, Gallia, pays des coqs).
Le lapin : où vit‑il ?
Son habitat a connu de profondes
modifications à travers les siècles.
Du terrier au bâtiment climatisé, que d'évolutions
pour transformer cette production animale en un élevage hors‑sol de
rapport !
1. Le terrier
Ce trou
creusé dans la terre est l'habitat naturel du lapin. Monsieur de BUFFON (1707‑1788), naturaliste et écrivain, prouve que le lapin est supérieur au lièvre par la sagacité, par ce mode de logement : "Tous deux sont conformés de même, et pourraient également se creuser des retraites : Tous deux sont également timides à l’excès ; mais l’un plus imbécile se contente de se former un gîte à la surface de la terre, où il demeure continuellement exposé aux insultes et aux attaques, tandis que l'autre par un instinct plus réfléchi se donne la peine de fouiller la terre et de s'y pratiquer un asile qu'il n’oublie jamais, quelque éloigné qu'il puisse être le bon et franc lapin, dit le proverbe, meurt toujours dans son terrier. Quand il en sort, il ne songe pour lors qu'à courir par sauts et par bonds en tournoyant çà et là, sans prendre même garde au terrier d'un autre de ses semblables. C’est le matin et le soir qu'il prend ses ébats ; il se tient caché presque tout le reste du temps, il court fort vite ; mais dés qu'il est une fois dépaysé, il est à l'instant pris. Cet instinct qui porte le lapin à se creuser un terrier est propre à l'individu sauvage ; et ce qui prouve que c'est par sentiment que le lapin clapier ou de garenne travaille, c'est que l’on ne voit pas le lapin domestique faire le même ouvrage : il se dispense de se creuser une retraite, comme les oiseaux domestiques ils se dispensent de faire des nids et cela parce qu'ils sont également à l'abri des inconvénients auxquels sont exposés les lapins et les oiseaux sauvages ".
2. Les garennes
Ce fut sous
le règne de Philippe AUGUSTE (1165‑1223 ; roi de France de 1180 à 1223),
que les seigneurs français peuplèrent de lapins sauvages quelques contrées
qu'ils désignèrent sous les noms de varennes, d'où est venu celui de garennes
(Clichy‑la‑Garenne, maintenant près de Paris, était la chasse
favorite d'Henri IV). Le but des seigneurs français, en introduisant sur leurs
terres le lapin, était de multiplier le gibier à l'effet de se procurer le
double plaisir de la chasse et de la table (dans le même but, le roi René le
Bon, Comte de Provence ‑14091480 ‑ introduisit en France la perdrix
rouge).
Mais on s'aperçut rapidement qu'abandonné à l'état sauvage, le lapin devenait un prédateur redoutable. Aussi, c'est à cette époque que les premières tentatives d'élevage eurent lieu dans les couvents. Monsieur de BUFFON décrivait les ravages causés par les lapins en ces termes : "Les lapins multiplient si prodigieusement dans les pays qui leur conviennent, que la terre ne peut fournir à leur subsistance ils dévorent les herbes, les racines, les grains, les fruits les légumes, et même les feuilles et les écorces des arbrisseaux et des arbres ; et si l'on avait pas contre eux le secours des furets et des chiens, ils feraient déserter les habitants de ces campagnes. Il y a des gens qui pour écarter les lapins de leurs vignes lorsqu’elles sont en bourgeon, et de leurs blés pendant qu’ils sont en herbe, fichent en terre le Long des bords de la pièce, à six pieds l’un de l'autre de petits bâtons soufrés, auxquels ils mettent le feu ; les lapins, qui craignent l’odeur du souffre, n’approchent point de la pièce ensoufrée. Comme cette odeur dure quatre ou cinq jours, il n'y a qu'à recommencer jusqu'à ce que le bourgeon de la vigne, la luzerne et le blé soient hors de danger".
Aussi, les
ravages des lapins nés et élevés dans les garennes non closes, donnèrent
l'idée, ou firent naître la nécessité des garennes closes. Olivier de SERRES
(1539-1619), dans son "Théâtre d'Agriculture et Mesnage des Champs",
conseillait déjà "Afin que les lapins ne s’enfuient, il sera nécessaire de
fermer ta garenne parc de bonnes murailles, bien maçonnées à chaux et sable,
hautes de neuf à dix pieds ex profondément fondées dans la terre. . . ".
3: Les clapiers ou petites garennes
domestiques
C'est donc
par suite de cet excès de multiplication en liberté et des inconvénients qui en
étaient les suites, qu'on tenta de soumettre le lapin à la domesticité.
Au Moyen‑Age,
la consommation du lapin se développe en France. A cette époque, la production
de viande est difficile, compte‑tenu de la concentration des populations
autour ou à l'intérieur des châteaux forts. C'est alors que l'on s'intéresse à
sa chair.
Le lapin est
très sensible à la qualité de l'air (ambiance). A titre d'anecdote, Virgil
GEORGHIU, écrivain roumain auteur de la "Vingt cinquième heure", a
longuement décrit l'utilisation de "lapins
blancs" dans les premiers sous‑marins, que l'on observait en
permanence pour vérifier si le taux d'oxygène dans l'air était normal. Si
l'oxygène faisait défaut, les lapins étaient asphyxiés sept heures avant les
hommes. Cet "habitat" pour le lapin a disparu avec la modernisation
des sous‑marins.
De nos jours,
les lapins sont soumis à des normes de température, d'hygrométrie, de
ventilation et d'éclairage favorables à leur état sanitaire, à leur
reproduction, à leur appétit et enfin à leur indice de consommation.
Quant au
matériel utilisé dans ces locaux, c'est la cage grillagée qui est adoptée. Ces
cages sont agencées de différentes façons
Les
déjections sont évacuées par racleurs ou stockées dans des fosses. Dans chaque
cage, les animaux disposent d'une trémie d'alimentation, d'un abreuvoir (goutte
à goutte ou niveau constant), et pour les reproductrices, d'une boîte à nid. Ce
petit matériel a une grande importance pour la bonne marche de l'élevage.
Selon la
place qu'ils occupent dans la structure du bâtiment, différents matériaux sont
utilisés.
*La charpente
est généralement réalisée en bois, mais pour obtenir de plus grandes portées,
l'acier, voire le lamellé collé, peuvent être utilisés ;
*Les parois
sont constituées le plus souvent avec des matériaux classiques, nécessitant une
isolation tels que la brique ou le parpaing. Certains constructeurs de
bâtiments cunicoles "clef en main", mettent aussi sur le marché des
panneaux sandwich préfabriqués (plaque d'amiante ciment, ou aluminium, prenant
en sandwich un isolant). De nouveaux matériaux, tel que le béton cellulaire,
apparaissent sur le marché.
*La
couverture du bâtiment est le plus souvent réalisée grâce à des plaques
ondulées en amiante ciment grandes ondes, ou en aluminium, ou en onduline
(plaques asphaltées ondulées). L'isolation se réalise par un sous‑plafond
isolant, ou mieux par un faux-plafond isolant. La laine de verre, les
polystyrènes expansés ou extrudés, voire la mousse de polyuréthane, sont les
principaux isolants utilisés.
Le respect
des normes d'ambiance se réalise grâce à une ventilation statique ou dynamique
(dépression ou surpression) et par un chauffage (fuel, gaz, électricité).
Enfin, un programme lumineux en maternité améliore la reproduction.
‑ L'aménagement
de vieux locaux : A l'heure actuelle, du fait du coût des investissements
en bâtiment cunicole neuf, certains éleveurs se tournent vers l'aménagement de
vieux locaux : chaque type d'aménagement est un cas particulier.
‑ Buts
et rôles du bâtiment cunicole d'aujourd'hui : Le souci d'organisation du
travail et la préoccupation du confort des animaux (chauffage, isolation,
ventilation, éclairage, tranquilité = CIVET) sont les critères primordiaux à
prendre en compte lors de la création d'une unité cunicole. .
En effet, le
bâtiment d'élevage est devenu un lieu de travail au service premièrement de
l'homme (sous le double aspect condition de productivité de son travail),
deuxièmement de la production; pour placer celle‑ci dans des conditions
acceptables et de ce fait, ne pas la pénaliser, et, troisièmement de l'économie
de l'exploitation pour ne pas aggraver les résultats existants, mais si
possible les améliorer.
‑ Le
clapier ciment amélioré : En plus de la pose d'un caillebotis ou d'un faux
plancher grillagé, la mise en place d'abreuvoirs automatiques, de trémies
d'alimentation ont permis de rationaliser le travail de l'éleveur. Enfin, en
recouvrant les clapiers de plaques d'amiante ciment, de bottes de paille, de
bâche plastique, ou mieux, en plaçant des clapiers dans de vieux locaux, les
lapins sont dorénavant à l'abri des variations climatiques. Actuellement, dans
la région drômoise, les éleveurs produisent du lapin dans des clapiers ciment
avec planche grillagé disposés à l'intérieur de bâtiments.
2. Les essais de techniques nouvelles
De 1960 à
1970, les éleveurs anglais et français testèrent diverses techniques.
2.1.
L'élevage
en troupeau au sol :
Ce système
d'élevage, inspiré de l'étude du comportement du lapin de garenne, consistait
à regrouper quinze femelles et un mâle dans une case de 15 m2 au sol. Les
animaux étaient en liberté sur une litière de copeaux ou de paille recouvrant
un sol bétonné pour empêcher les lapins de creuser des terriers. La litière
n'était complètement renouvelée que lors de la réforme du troupeau, c'est à
dire au bout de 2 ans. Pendant cette période, on procédait uniquement à des
adjonctions régulières de copeaux ou de paille. Ces cases pouvaient être
formées par un ancien local de petite taille (porcherie, buanderie, remise...)
ou dans un local plus important (écurie, étable, poulailler...) que l'on
divisait en plusieurs compartiments. Les séparations de chaque compartiment
étaient en bois, ou mieux, en plaques d'amiante‑ciment, assez hautes (1,2
m environ), afin d'éviter que les lapines ne puissent sauter d'une case à
l'autre. Ce type d'élevage possédait une particularité au niveau de la
conception de la boîte à nid. Afin de ressembler le plus possible au terrier du
lapin de garenne, chaque boîte à nid était formée d'une antichambre et d'une
maternité séparée par une cloison en forme de L, pour que les lapereaux ne
puissent s'échapper trop jeunes. De plus, pour rappeler la galerie d'accès au
terrier, l'entrée de la boîte à nid était constituée par un tuyau en amiante‑ciment
de 40 à 50 cm de long.
Cette technique fut rapidement abandonnée du fait du mauvais état sanitaire
des reproducteurs, et du mauvais contrôle des qualités zootechniques des
animaux.
2.2.
L'élevage
en colonie sur grillage
Afin de résoudre les questions sanitaires, de réduire la main‑d'oeuvre et d'améliorer la productivité, une technique comparable à la précédente fut expérimentée, l'élevage en colonie. La base du système consistait à élever sur grillage douze femelles avec un mâle dans un environnement contrôlé. Le principe de la bande unique et le respect d'un vide sanitaire annuel étaient appliqués. Pour accroître la productivité, les reproducteurs, à dominante Néo‑zélandais, étaient soumis à une reproduction continue.
Mais cette technique fut aussi un échec, avec comme cause principale le
cannibalisme (femelles qui mangent leurs petits).
2.3. L'habitat du lapin en 1980 ‑ Le bâtiment moderne :
Aujourd'hui, l'élevage cunicole est devenu une production animale hors‑sol
intéressante. Cet animal est élevé dans des bâtiments modernes (FORT, 1978)
possédant un sas d'entrée, une cellule "maternité" et une cellule
d'engraissement.
Aussi, notre éleveur a‑t‑il réclamé de
la compagnie du chemin de fer une forte indemnité : (Vos locomotives dérangent à chaque instant mes élèves dans
leur occupation, ils ne s'engraissent plus. Ne niez pas ; je fais
des lapins gros comme trois angoras et je
frète des navires pour les porter aux Anglais qui les achètent fort chers ; j e
n'aurais plus que des produits médiocres ; vous me ruinez ; payez moi !)
."La compagnie a dû payer. Il va sans dire qu'elle n'avait pas, en ses
budgets, pensé au chapitre de l'indemnité à donner à l'industrie
lapinière".
Parallèlement
à la France, la Belgique, la Hollande se mirent aussi à développer la
production du lapin, qu'elles commercialisaient sur le marché d'Ostende et de
Londres. La production française arrivait à point en 1856, époque de cherté des vivres.
En Belgique,
pour améliorer l'engraissement des animaux, on
les plaçait sur une planche (cabane à
engraissement, fixée au mur, de part et d'autre d'un râtelier.)
Les lapins
étaient en quelque sorte dans le vide, et ne bougeaient pas de crainte de
tomber. En France, les éleveurs utilisaient un procédé presque identique : le juchoir à lapins . Deux à trois
semaines avant la vente, les animaux étaient placés sur une planche maintenue
aux quatre coins, au plafond, par un fil de fer. Ce système oscillant au
moindre mouvement de l'animal, ce dernier s'arrangeait pour peu remuer ; ce qui
permettait un bon engraissement.
Jusqu'à la
première moitié de ce siècle, l'élevage du lapin a peu évolué, et la production
a stagné.
Les clapiers
Vers 1950,
les premiers clapiers fabriqués en série, sont apparus sur le marché.
‑ Le
clapier bois‑amiante‑ciment : Le bois est utilisé en tant que
charpente, les parois, le fond et la toiture sont en amiante‑ciment. Il
est construit sur 2 ou 3 étages.
‑ Le
clapier en ciment : Restant sur le même principe, le clapier en ciment n'est
qu'une version améliorée du précédent, il résout le problème de solidité donc
de durée à l'emploi. Les cases ont des dimensions très variables : 60 à 70 cm
de profondeur, 60 à 120 cm de largeur, la porte couvrant toute la façade. La
mangeoire est généralement une simple augette en ciment..
Ces deux
types de clapiers conviennent pour des élevages de petites dimensions, où
l'éleveur ne dispose pas de bâtiment. Le coût d'installation d'un tel clapier
est peu onéreux, mais ne procure pas de sécurité pour la production. En effet,
les inconvénients sont nombreux : température, hygrométrie varient avec les
conditions atmosphériques, mauvaise hygiène, surveillance difficile, peu
résistant, la main d'oeuvre nécessaire pour les soins et le nettoyage est très
importante. Aussi, pour remédier à ces inconvénients, ce mode de logement s'est
modifié.
‑ Le
clapier avec plancher grillagé : Disposant d'un clapier ciment, des éleveurs
ont essayé de l'améliorer sur le plan de l'hygiène et de la facilité de
travail, par la pose d'un grillage à mailles soudées tendu sur un cadre
métallique disposé à 10-15 cm du fond de la cage, permettant un raclage des
déjections par le dessous et évitant, ainsi, l'utilisation de litière.
Sous la
Renaissance, on construit les premiers clapiers en bois, installées en plein
air. Le clapier devient le lieu où le lapin se retire pour se dérober à la vue
; par extension, c'est la cage dont on fait son habitation, le local dans
lequel on le confine, dans lequel l'espèce est appelée à se nourrir et à se
multiplier en domesticité.
Les clapiers
sont désignés sous le nom de petites
garennes domestiques. La forme et l'étendue des clapiers varient à
l'infini. Une cour, une basse‑cour, une grange, une écurie, un hangar, un
grenier, une baraque, un toit à porcs, une hutte, un tonneau, une caisse, une
boîte, sont autant de lieux ou d'objets dans lesquels on peut élever des
lapins.
Le logement du lapin en 1830
L'évolution des techniques d'élevage sera nulle jusqu'en 1830. A cette
époque, le clapier se définit comme suit (MARIOT DIDIEUX, 1860) :
"construit, à défaut de pierre, avec
des débris de tuiles et de briques, il est composé de trois pans de murs, à
moins d’être adossé au bâtiment de la hauteur d'un mètre ; le toit n'est que légèrement incliné et couvert
en débris de planches ou en rondins assez rapprochés, et ceux‑ci sont eux‑mêmes
couverts en terre grasse battue et mélangée avec de la paille hachée, des
débris de roseaux, de joncs. L'aire est en tuiles plates ou briques cimentées
ou simplement en terre battue et séchée. Le quatrième
pan est destiné à porte construite
à claire‑voie et exposée au levant".
Mais, c'est
surtout à cette date que va naître une idée nouvelle : séparer les
reproducteurs des "élèves". Le mode de logement va se modifier.
Le logement
des reproducteurs
Ainsi, les
femelles portières (femelles gestantes), vivent dans des cabanes individuelles
; elles y mettent bas et allaitent leurs petits pendant 30 à 35 jours. Des
caisses, des tonneaux, des cages en bois grillagées sur le dessus constituent
encore l'habitat de ces reproductrices. Ces lieux sont équipés de râteliers,
d'auges en bois renversées sous laquelle la femelle met bas paisiblement et
allaite ses petits sans crainte. Le grillage devient le remède radical pour
éviter les dégâts que pourraient occasionner certaines prédateurs et en
particulier les chats. Les loges des mâles reproducteurs sont plus petites que
celles des mères qui ont besoin de plus d'espace.
Le logement
des lapins à l'engrais
Séparés à 35
jours de la mère, les lapereaux passent deux mois environ dans des cabanes, par
sexes séparés, pour l'engraissement. Là encore, les lieux d'engraissement sont
variés : cour fermée, grottes, caves, greniers, constituent les premières "éducations de lapins", ou
encore les premières
"lapinières".
BARBEY
d'AUREVILLY (1808‑1889), dans sa chronique de son voyage de Paris à
Cherbourg, lors de l'inauguration des bassins du port de cette ville par
NAPOLEON III, écrit qu'entre Bayeux et Cherbourg : "Vous n'aurez pas remarqué à l'angle d'une tranchée du chemin de fer, à
l’entrée d'une carrière, une porte
noire soigneusement verrouillée. Voyageurs, regardez‑la en passant et
sachez que la dedans un monsieur élève des lapins. Il a trouvé le moyen, non
pas de faire 3 000 F de rente, ce qui serait une plaisanterie, mais 12000 F de
revenu net, ce qui est bien autrement sérieux. Le calme au sein de l'obscurité,
et la méditation, sous une voûte de cave, sont à ce qu'il parait très
favorables au développement des lapins ; mais le moindre bruit les distrait, et
c'en est fait de leur embonpoint ".
Le bâtiment
d'élevage de lapin représente donc un investissement financier relativement
lourd, exceptionnel, qui perturbe inévitablement la trésorerie de l'éleveur et
dont le caractère "immobilier" est particulièrement vulnérable à
l'erreur. Il en résulte que la conception de ce bâtiment doit à la fois
apporter une solution immédiate satisfaisante et réserver l'avenir, ce qui
implique :
-de prévoir son extensibilité (pouvoir doubler l'effectif de lapins),
-d'être susceptible d'adaptation et évolution (insertion probable de
nouvelles techniques ou de changement d'utilisation sur le plan agricole ;
notion de polyvalence),
-d'être économique (ne pas "écraser" l'exploitant sous le double
aspect financement‑ trésorerie, amortissement‑rentabilité de
l'investissement),
-de paraître esthétique (aspects architecturaux et surtout intégration dans
le paysage).
Si pendant
des siècles, comme nous l'avons vu après ce rapide tour d'horizon, l'habitat du
lapin n'a pas été considéré comme un facteur de production, le bâtiment
cunicole permet aujourd'hui d'abriter les animaux contre les intempéries,
d'assurer une production continue dans l'année, aux animaux d'extérioriser au
mieux leurs performances.
Si Olivier de
SERRES revenait dans son Domaine du Pradel,
en Ardèche, ce ne sont pas des garennes entourées de murailles qu'il
rencontrerait, mais un bâtiment cunicole moderne, outil de formation pour les
éleveurs et futurs éleveurs.
Oui, le bâtiment cunicole, outil de travail au service de l'éleveur, de la production et de l'économie de l'exploitation, est une réalité qui contribue aujourd'hui à la réussite de cette passionnante production animale. |