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Races et réalités
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La
multiplicité des races cunicoles, et leur large diffusion
en Europe incitent à penser que la notion de race
a conservé un certain
intérêt et un attrait certain à une
époque où le croisement
est trop souvent devenu un mot magique qui, comme tel, conduit fréquemment à des
désenchantements,
quand il est pratiqué inconsidérément
ou à
mauvais escient.
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Devant
les nombreuses vocations que suscite l'élevage
du lapin de race, et ce
malgré un environnement trop
souvent peu favorable à
l'entretien d'un clapier, il nous
est apparu utile, non
pas de faire l'apologie des races et
de leur exploitation
selon une vieille habitude sans portée
constructive, mais d'essayer de situer ce que représente
exactement le maintien et le perfectionnement des
races, qui sont
constituées par un nombre important de reproducteurs capables de perpétuer un
ensemble cohérent
de qualités pratiques.
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Ceci
revient à expliciter la notion de race, en suivant
son évolution dans le temps, pour mieux saisir son
interprétation actuelle
la plus efficiente et donc la plus
favorable
à la vitalité de son expression.
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QUELQUES
DÉFINITIONS
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Parmi de
nombreux textes écrits à différentes époques,
nous avons retenu quelques définitions qui nous ont
paru suffisamment
actuelles et élaborées pour permettre
de saisir convenablement
le sens réel de ce que représente
une race.
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Il y a
quelques années, l'inspecteur général d'agriculture, E.Quittet a écrit, dans la
Revue de l'Elevage,
plusieurs articles
particulièrement perspicaces et accomplis
sur cette question, dont nous extrayons la définition
suivante :
« La race est, au sein
d'une espèce, une collection
d'individus ayant en commun un certain nombre
de caractères
morphologiques et physiologiques qu'ils perpétuent
lorsqu'ils se reproduisent entre eux ».
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Ainsi que
le souligne ensuite
l'auteur, cette définition renferme une certaine subjectivité, car selon les
caractères envisagés,
le groupe d'animaux
appartenant à une race est plus ou
moins étendu. Cela met
toutefois bien en évidence la nécessité d'une description des caractères de race
pour circonscrire
le groupe (standard) avec extension vers un
pointage de caractères
d'élevage sous forme de performances
minima à atteindre pour justifier l'appartenance
à la race. Ceci est
pratiqué actuellement par les associations
d'élevage des grandes espèces d'animaux domestiques.
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Il y a
lieu de s'arrêter un moment sur le verbe perpétuer
contenu dans la définition précitée. Si les caractères
qui ont permis de classer des animaux dans un ensemble
d'aspect semblable ne se perpétuent pas chez leurs descendants à un degré
d'expression assez prononcé, il n'y a pas de
race au sens réel du mot. E.Quittet insiste
sur ce point dans son exposé avec juste
raison. Et, déjà en 1896, dans une étude prémonitoire, les Professeurs
Baron et Dechambre s'étendaient sur l'indispensable obligation
de ne pas confondre race et type.
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Voici ce
qu'écrivaient
ces auteurs à ce sujet
:
« Créer la race d'un
type,
c'est amener
celui-ci à une manifestation permanente et ininterrompue dans la descendance, en
partant d'un état de choses tout différent
dans lequel le type ne se montre que
de loin en loin, sans régularité susceptible de prévision et
d'exploitation. Tant qu'un type, si défini et
si reconnaissable soit-il n'est qu'à l'état erratique, il n'est
le type d'aucune race;
et si plus tard, il se forme une
race de ce type,
ce sera l'oeuvre d'une sélection ».
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Combien
ces phrases devraient-elles être méditées
actuellement dans la
cuniculture française, plus spécialement par certains manipulateurs
d'accouplements à la volée
qui caricaturent d'abord la notion de souche, puis
désirent transformer tout
de go des types déjà mal définis
en nouvelle race
!
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Cette
reproductivité de caractères implique la formation
d'un ensemble génétique cohérent au sein d'une
population qui se veut
race, pour lui permettre de se
perpétuer dans sa
descendance. C'est ce que fait ressortir
clairement une autre définition de la race donnée
par la F.A.O. dans son
bel ouvrage sur les bovins d'Europe
:
« Groupes d'animaux
domestiques de la même espèce
dans lequel les individus sont suffisamment voisins
du point de vue
génétique, pour être distingués aisément
d'autres
animaux ou ensemble d'animaux ».
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Cette
définition
plus récente (1967) rassemble également l'expression
des caractères et leur transmission. Le décret d'application
N° 69667 du 14-6-69 de la Loi sur l'Elevage nous
apporte cette fois des
précisions officielles sur la validité
du mot race. A l'article 2
- Titre 1, nous lisons :
« Pour pouvoir
être reconnue, une race doit recouvrir un
ensemble d'animaux
d'une même
espèce présentant entre
eux suffisamment de
caractères communs :
Le modèle de race
est défini par l'énumération de ces caractères héréditaires avec
indication de leur intensité moyenne d'expression dans l'ensemble considéré ».
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Retenons
ici tout
particulièrement le terme
d'intensité moyenne d'expression,
qui rappelle qu'il existe toujours au sein d'une population
raciale une relative variabilité expliquant son évolution
dans le temps et laissant la sélection s'opérer sur
elle, ce
qui la distingue d'une lignée pure.
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Pour
compléter ce qui précède, ajoutons que le décret
susmentionné définit également la variété, en tant
qu'éventuelle
ramification engendrée par la race. C'est
:
« la fraction des animaux
d'une race que des traitements
particuliers de
sélection ont eu pour effet de distinguer
du reste des animaux de
la race ;
selon les espèces, une
variété peut être
accessoirement qualifiée de rameau. type
ou lignée ». Nous
n'hésitons pas à y ajouter le mot souche
sous sa véritable signification.
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C'est tout
d'abord à Darwin que nous donnons la parole. « La nature fournit des variations
successives,
l'homme les accumule
dans certaines directions qui lui
sont utiles ». Puis,
l'auteur de l'Origine des Espèces poursuit
:
« Un homme conserve et
fait reproduire un individu
qui représente quelque légère déviation de conformation
;
ou bien il apporte plus
de soins qu'on ne le fait
d'ordinaire pour
apparier ensemble ses plus beaux sujets
;
ce faisant, il les
améliore et ces animaux perfectionnés se
répandent lentement dans
le voisinage. Ils n'ont pas encore
un nom particulier ;
peu appréciés leur
histoire est
négligée. Mais si l'on continue à suivre ce procédé lent et
graduel, et que, par
conséquent, ces animaux s'améliorent
de plus en plus, ils se répandent davantage, et on finit par les reconnaître
pour une race distincte ayant
quelque valeur
;
ils reçoivent alors un
nom probablement de province ». On ne peut rester insensible à ce cheminement
descriptif qui a plus d'un siècle, et demeure toujours valable. Retenons plus
spécialement le rôle imparti
à l'homme dans la
formation des races. La notion de
temps n'est pas non plus
à mésestimer, ainsi que le fait
ressortir nettement
Darwin quand il parle de procédé
lent et graduel, et
lorsqu'il écrit aussi
:
« Nous ne pouvons
supposer que toutes les races ont été soudainement
produites avec toute la
perfection et toute l'utilité
qu'elles ont aujourd'hui
». Ce qui s'avère toujours plus
manifeste au fur et à
mesure que les progrès accomplis
éloignent
les races de leur type primitif.
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Arrêtons-nous quelques instants sur le rôle considérable
de l'éleveur en sélection animale. Nous y avons déjà insisté dans d'autres
publications, mais il nous paraît bon
de revenir sur le fait
que le perfectionnement des méthodes
zootechniques modernes et éprouvées, la connaissance toujours plus approfondie
des mécanismes génétiques,
l'exploitation de données étoffées sur un plus grand
nombre d'animaux
contrôlés, ne constituent que des
moyens améliorés, des
outils d'intervention de plus en plus affinés mis à la disposition de l'homme
pour lui permettre
de maîtriser davantage sa technique d'animalier. C'est bien à lui,
éleveur-sélectionneur, qu'il revient en
dernier lieu de prendre
les décisions et d'assumer ses
responsabilités pleines
et entières tant dans le choix des
reproducteurs que dans
celui des accouplements. Tous ces
moyens de travail
élaborés qui permettent de mieux connaître
aujourd'hui que jadis les animaux, et d'approcher
de plus près leur
potentiel héréditaire doivent en outre
être complétés par des
rapports étroits entre l'homme et
l'animal. C'est assez
dire qu'une présence aussi fréquente
que possible de
l'éleveur dans son élevage et au milieu
de ses animaux demeure
toujours aussi indispensable. Il
reste, en effet, des
faits d'observation courante, en particulier
des attitudes de
sujets isolés ou groupés, qui
ne se chiffrent pas, et
même se décrivent souvent mal. Quand ils réclament en outre une intervention
immédiate, cela exclue d'emblée le temps normal de traitement de
l'information imparti à toutes données enregistrées.
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Les
qualités d'observation de l'animalier exigent donc aujourd'hui comme hier un
temps minimum d'application
quotidienne. Il ne s'agit pas là de zootechnie contemplative,
comme d'aucuns l'ont écrit avec un dédain mal
venu, mais bien d'une
opération qui ne souffre jamais
d'être différée, parce
qu'elle n'a pas encore pu être remplacée.
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N'oublions pas,
du reste, qu'à une époque déjà lointaine où l'esprit d'observation et
l'expérience personnelle constituaient les
seuls éléments de manoeuvre pour tout
éleveur, de belles réalisations ont vu le jour, et plus particulièrement la mise
en forme de la plupart des races
cunicoles connues actuellement. Si l'on conçoit facilement
aujourd'hui qu'une telle oeuvre ne pouvait s'accomplir que lentement et
graduellement, comme l'a écrit Darwin,
avec des moyens qui nous paraissent extrêmement
limités, il faut tout de même savoir que le temps d'une
mise au point d'ordre biologique, ainsi qu'il
ressort d'un perfectionnement racial,
ne saurait être raccourci proportionnellement
aux moyens techniques dont nous disposons présentement. Ceci pour plusieurs
raisons.
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Primo,
parce que malgré l'approche beaucoup plus
fine de la connaissance d'un génotype,
il s'agit bien d'une approche portant sur un complexe factoriel dont l'analyse est
loin d'être exhaustive. Lors de la fécondation
les cellules sexuelles, qui peuvent
avoir des valeurs héréditaires différentes
chez un même sujet de par la dissociation et
la répartition au hasard des chromosomes groupés au préalable
par paires homologues, se fusionnent ensuite au hasard des rencontres, et comme
les possibilités de combinaison sont
multiples alors qu'une seule d'entre elles
va émerger chez le futur animal à naître, il
ressort clairement que nos procédés de
sélection les plus élaborés d'aujourd'hui laissent encore une certaine incertitude
planer, quant à l'obtention de tous nos
desideratas dans la descendance de nos
géniteurs. Pour circonscrire le plus possible cette indétermination
naturelle, il convient de multiplier les
accouplements les mieux étudiés et de
réduire l'intervalle des générations, afin d'obtenir le plus
grand nombre de combinaisons génétiques
adéquates. C'est assez dire que les
résultats à attendre d'animaux dont on
connaît mal les possibilités de reproduction sont tout
simplement du domaine du Dur hasard, et ne peuvent plus être pris en
considération de nos jours. La complexité de l'acte de procréation doit non pas
nous décourager, mais nous inciter à
nous équiper matériellement et
techniquement toujours davantage pour mieux le maîtriser.
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Secondo,
parce que la sélection contemporaine porte
sur un plus grand nombre
de caractères que jadis, notamment
en ce qui concerne les caractères d'élevage, et
parce que le critère
d'homogénéité au sein d'un troupeau
est une notion assez
nouvelle qui s'est substituée progressivement
à celle du champion individuel d'autrefois.
Comme cette homogénéité,
aussi relative soit-elle, est
désirée au plus haut
niveau de sélection atteint, et que le
progrès se veut continu
sans régression même temporaire
au cours d'une
génération, on conçoit la difficulté du
travail de sélection qui
s'impose alors et qui, il faut bien
le dire, ne tient souvent
plus assez compte des réalités
biologiques de l'élevage.
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Tertio,
le mode de vie des éleveurs contemporains,
à supposer que tous les
perfectionnements techniques mis
à leur disposition
soient utilisés par eux, ne leur assure
pas une aussi grande
disponibilité vis-à-vis de leurs animaux que celle consentie par leurs
prédécesseurs. Ceux-ci,
par ailleurs plus obstinés et plus endurants, acceptaient
toutes les contraintes et
les plus durs sacrifices pour aboutir à un résultat qui était un, sinon
l'objectif de leur
vie. Ils vivaient
vraiment pour l'élevage, ce qui leur permettait de venir à bout de bien des
difficultés, malgré
une compétence et des
moyens d'investigation limités à
la
pratique courante de l'élevage.
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Toutes
ces raisons, qui constatent des faits plus qu'elles ne les critiquent, suffisent
amplement à démontrer
que si l'éleveur est plus équipé techniquement que jadis, il ne peut raccourcir
considérablement le temps
imparti à une obtention
de race nouvelle ou à un perfectionnement
racial déterminé.
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Ajoutons
quelques mots sur les accidents de parcours
qui ont pu retarder encore le processus régulier
d'édification d'une
population raciale. Ceux-ci ont été du
à des causes diverses :
Mort du maître
d'oeuvre avec
dispersion n'importe où du matériel de reproduction, ce qui revient à une mort
génétique de patrimoines héréditaires
lorsqu'ils deviennent anonymes
; guerre ou sinistres
avec destruction plus ou moins complète de cheptels
de reproduction, etc... Toutes ces circonstances ne
peuvent que ralentir,
voire stopper le travail de plusieurs
années, et bien souvent, au hasard des espèces,
certaines populations
n'ont dû de survivre qu'aux efforts
à peine
croyables faits par des personnalités de l'élevage
pour les protéger en tout ou en partie de toutes ces
formes d'agression. Il y a eu parfois de véritables actes d'héroïsme de
la part des hommes pour sauvegarder des
animaux de reproduction particulièrement intéressants. Il
faut aussi mentionner tous les mouvements de population humaine ou animale qui
ont peut-être occasionné des
croisements accidentels, retardant alors involontairement
la mise en
forme d'un matériel génétique.
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2) Multiplication entre eux des sujets de
type recherché
ou s'en approchant sans introduction d'éléments
étrangers jusqu'à un certain état d'homogénéisation du matériel
de reproduction, de plus en plus perfectionné. C'est
une phase très délicate qui demande non seulement la plus
grande habileté de la part
de l'éleveur mais du courage
et de l'obstination. Il lui faut admettre en effet un nombre
important de déchets, de par toutes les disjonctions
héréditaires qui ne manquent pas de se produire, ce qui
est aussi lourd pour sa
trésorerie. L'aboutissement peut
s'avérer d'une extrême lenteur, et dans les pires circonstances
la réussite n'intervient pas, remplacée par l'échec.
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3) Quand il y a succès, c'est
alors l'isolement des animaux
supérieurs, sur lesquels va s'opérer désormais un
véritable travail de sélection avec pratique de l'intraculture
dans les accouplements. La période des déchets est loin d'être terminée, et les
éliminations doivent de plus
en plus être draconiennes.
Des familles se créent, d'autres disparaissent. La race se façonne dans son
potentiel
héréditaire. Tout apport étranger à ce stade est nécessairement prohibé, si l'on ne veut pas détruire des années
d'efforts. Les qualités de l'éleveur évoquées pour la phase 2 doivent bien
entendu s'affermir toujours plus.
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4) C'est la période de promotion de la race.
Selon la
qualité des points
d'élevage, celle-ci se répand plus ou
moins bien. C'est assez dire que pour la promouvoir correctement,
il ne suffit pas d'assurer sa diffusion, encore
faut-il savoir la défendre et contrôler sa sélection. Les
associations
d'éleveurs jouent alors un rôle prépondérant pour faciliter l'essor d'une race
et soutenir sans relâche
l'oeuvre d'amélioration génétique menée par ses sélectionneurs.
Voyons de quoi il retourne plus précisément.
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PROMOTION DES RACES
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L'époque où
il suffisait à un individu de clamer
bruyamment que sa race de
prédilection était la meilleure
et que toutes les autres n'étaient que des rebuts de
l'espèce, a passé.
On ne peut apprécier ou condamner davantage une race en fonction de son origine géographique.
Ce sont là des affirmations sans aucun fondement
qui, fort heureusement, ne
retiennent plus l'attention de
personne dans le monde de
l'élevage. La valeur d'une
population raciale ne se juge pas davantage sur quelques
échantillons choisis parmi
ses meilleurs représentants, mais sur son niveau génétique moyen par rapport à
des
objectifs fixés.
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Promouvoir
une race, c'est la maintenir à un haut
niveau de sélection en
aidant à la multiplication des meilleurs types en vue d'une homogénéisation de
plus en plus grande de l'ensemble de ses représentants, ce qui permet
d'améliorer son
niveau génétique moyen, et d'assurer sa
meilleure diffusion dans des conditions déterminées. Cela
revient à accroître le
nombre de géniteurs qualifiés devant satisfaire à des critères morphologiques
(caractères de race) et physiologiques (caractères d'élevage), qui doivent
être définis clairement. C'est d'abord la fonction des
standards qui doivent décrire le prototype idéal de la
race, afin de permettre aux
éleveurs de s'en rapprocher
le plus possible et aux experts de sanctionner valablement
les animaux soumis à leur
appréciation. L'élaboration
d'un standard n'est pas à la portée de n'importe qui, mais
de personnalités
compétentes sachant faire ressortir les
points primordiaux caractérisant une race avec des termes appropriés.
L'éleveur doit pouvoir en saisir les grands
traits, et apprécier les limites de variation de
chacun des caractères
décrits Pour utiliser au mieux ses reproducteurs. Les standards ne sont pas
forcément immuables, et
font l'objet d'une appréciation permanente et objective de la part des
experts et des responsables d'association
pour être toujours en accord avec l'orientation et le degré
de perfectionnement de la race. Leur rôle de guide est
ainsi
constamment assuré.
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La fixation
de critères de production que sont les caractères d'élevage, qui complètent les
standards ou les
caractères de race sont
codifiés, doit être basée, non pas
sur des performances très élevées accomplies par de
très rares animaux de
pointe dans des conditions d'élevage
particulières, mais correspondre à des objectifs abordables
dans des conditions d'exploitation
courantes, et
économiquement acceptables.
Il ne faut jamais oublier
que les animaux de race doivent manifester leurs aptitudes
dans un milieu moyen de production, ce qui permet de ne pas surestimer leur niveau génétique par rapport
à l'ensemble de la population.
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Il est aussi
indispensable, avant tout autre considération,
de n'utiliser pour procréer que des géniteurs sains
et capables de reproduire
régulièrement le plus longtemps possible. Là encore pour juger valablement les
reproducteurs sur
leur aptitude fonctionnelle, il y a lieu
de les maintenir en équilibre de production dans un
environnement approprié et usuel, tant sur le plan habitat
que du point de vue alimentation, ou régime de
carence
aussi bien que menu pléthorique sont à proscrire.
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La définition
des objectifs qui sont assignés à la
race, tant en ce qui
concerne le type nue pour les diverses
performances d'élevage, doit être établie à partir de
données réelles, et non selon des estimations hypothétiques
qui ne correspondent pas aux possibilités d'expression phénotypiques des génotypes étudiés dans la situation
présente, ou même jamais, ce qui relève alors du
pur rêve !
Il est bon d'agir
très prudemment dans ce domaine et de faire en sorte que des objectifs précis et conciliables
avec les possibilités raciales, soient réétudiés périodiquement en fonction du degré de perfectionnement
des animaux tout en
n'omettant pas d'établir, le cas
échéant, de nouveaux critères permettant dans tous les
cas aux
géniteurs de conserver leur équilibre de production.
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Tout ceci
suppose une étude approfondie et permanente
de la race par les responsables de sa promotion
avec une parfaite cohérence d'action, l'appui de
toutes les
compétences, et une coordination de toutes les interventions engagées pour sa propagation et sa défense.
Bien évidemment, la sélection doit être orientée dans la même direction par les
promoteurs, et par eux seuls. Ce n'est
qu'à cette condition qu'une race progresse
réellement.
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Puisque nous
parlons de progrès, sachons apprécier
ses limites et la vitesse de
son cheminement. Ses résultats
ne se font sentir qu'à long
terme, par une action ininterrompue sur plusieurs générations. Les transformations brutales observées à
l'issue de croisements, qu'il s'agisse
de corrections ou d'améliorations de caractères, n'ont le
plus souvent qu'un
effet éphémère et non reproductible,
qui ne sied pas au suivi rigoureux de l'évolution des races.
Sans ce suivi, c'est-à-dire sans un bilan continuel de
l'effectif de reproduction, où intervient le choix des géniteurs
et de leurs accouplements, le progrès peut faire
place à une régression. Tant il est vrai que dans ce domaine, rien n'est
acquis définitivement, et que tout est
remis en question à chaque introduction de géniteurs.
Il existe un état
d'esprit à l'amélioration raciale qui s'acquiert et s'affirme au fur et à mesure
que l'éleveur prend
pleine conscience de ses responsabilités. Se cacher certains problèmes délicats, détourner certains
obstacles qu'il
convient de franchir directement. éluder certaines questions en se retranchant derrière des solutions de
facilité par
paresse, par opportunisme ou même pour des raisons
dogmatiques, c'est tout
simplement tricher avec le travail de sélection, et en définitive avec
l'élevage. Alors
qu'il
convient au contraire, pour affiner l'oeuvre de sélection
et la maîtriser davantage, d'établir entre éleveurs poursuivant les mêmes
objectifs des liens de collaboration
pour utiliser avec plus de profit certaines méthodes
de base, faciliter des échanges d'information,
employer
plus complètement les services des géniteurs
prépotents.
En un mot, créer des unités de sélection dont les
possibilités d'action ne se comparent pas à celle de l'éleveur
isolé.
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Toute sélection d'animaux de race bien conçue
doit conduire à augmenter l'inventaire des potentialités, et à utiliser le
plus complètement possible sans gaspillage, les services des meilleurs
géniteurs. Rappelons en résumé,
pour terminer ce tour d'horizon sur ce que
représente
la promotion des races, les grandes phases des
interventions
des éleveurs dans ce domaine
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1) Identification
des
animaux :
Cela revient d'abord
à les inventorier, à les décrire, puis à établir
graduellement
leur généalogie ;
enfin à les apprécier en fonction
de leurs caractères de race et d'élevage.
Tout cheptel mal identifié ne peut être ensuite
suivi
correctement, ce qui entraîne une méconnaissance
des
capacités de la race qu'il constitue.
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2)
Élimination des
animaux défectueux.
C'est un tri
nécessaire et préalable à toute sélection bien
conduite.
Plus le taux de sélection est élevé plus la
pression de sélection
est grande. Celle-ci doit se manifester à chaque
génération sur un nombre suffisant d'animaux, ce
qui
suppose une population importante.
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3)
Détection des
animaux supérieurs,
c'est-à-dire
ayant un certain assortiment de gènes, qui
conditionne
l'obtention d'une descendance supérieure. Sans
ces variants
supérieurs, il n'y a pas d'amélioration génétique
possible au sein d'un cheptel racial.
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4) Constitution
de
familles d'origine éprouvée.
C'est
la suite logique des opérations de sélection pour
façonner des pedigrees présentant une probabilité de réussite
et aider à la formation des souches. Les études
de famille
qui sont entreprises à cet effet permettent
d'atteindre
plus sûrement un certain niveau génétique, et de
mieux
apprécier des tendances héréditaires.
Arrivé à ce stade de renseignements, une règle s'impose
:
Ne retenir pour la reproduction que les meilleurs
animaux des meilleures familles.
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5)
Utilisation raisonnée des reproducteurs.
C'est là
le stade ultime de la sélection, et pour
l'animalier l'art d'approprier les unions. Certes, le résultat ne peut être
prévu avec certitude, mais les chances de réussite sont
d'autant plus grandes que l'éleveur connaît bien
ses géniteurs
et a l'expérience de son troupeau. Il arrive ainsi
à situer les limites de variations vraisemblables
dans la descendance, et à accroître le pourcentage des probabilités
de reconstitutions de combinaisons héréditaires souhaitées
dans les produits de ses accouplements. Comme
l'a si joliment écrit J.M. Duplan
:
« Tout éleveur digne
de ce nom estime que c'est dans le choix des
accouplements
que peuvent s'exercer ses connaissances, son intuition,
son génie ou plus modestement sa chance ».
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On en arrive au point où la promotion d'une race
consiste à rechercher, et à utiliser
intensivement les meilleurs
accouplements pratiqués avec les meilleurs animaux
des meilleures familles. Ce qui réclame des
animaux, des
moyens d'action et des hommes, avec en plus du
temps
et quelques capitaux pour démarrer et atteindre
la période
de rentabilité découlant des investissements consentis.
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L'élevage des animaux de race est très discuté
depuis
quelques lustres surtout chez les espèces à cycle
de reproduction
rapide, ce qui est le cas du lapin. Dans certaines
sphères officielles ou para-officielles il est de
bon ton de parler des races cunicoles avec un sourire dédaigneux,
ou sous le seul angle d'un conservatoire vu, du
reste,
d'une façon purement statique qui ne tient
souvent que
trop peu compte des réalités biologiques. A la
décharge
de tels courants de pensée, quand ils sont
sincères et
non simplement mus par des mobiles commerciaux à
court terme, il faut bien reconnaître que dans
les années
qui ont suivi la dernière guerre le milieu cunicole français n'a pas toujours
réagi comme il convenait devant
les impératifs d'une production utilitaire. Il
faut tout de
même se garder de généraliser, et ne pas oublier
que
dans ce domaine comme ailleurs, il a fort
heureusement
existé des personnes, tant parmi les praticiens
que chez
des responsables de sociétés, qui ont oeuvré
grandement et courageusement pour que des races progressent régulièrement
aussi bien dans leurs performances d'élevage que
dans leurs types.
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Ce qui compte aujourd'hui, c'est de connaître les
possibilités et les limites des races, quand
elles sont exploitées
correctement par des éleveurs qui utilisent pleinement
tous les moyens zootechniques éprouvés.
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L'animal de race, rappelons-le, ne peut se situer
au
sein de son espèce que par rapport au travail de
sélection
accompli par les hommes qui l'exploite. Issu à l'origine
d'une population où la diversité génétique est considérable,
la sélection dirigée en fait un groupe de variabilité
restreinte et orientée dans telle ou telle direction.
Au meilleur stade de son perfectionnement, les
reproducteurs d'élite représentés par les variants supérieurs
d'un troupeau ou d'une unité de sélection
groupant plusieurs
cheptels, tendent à homogénéiser au plus haut niveau l'ensemble des sujets
sélectionnés. Mais, dans tous
les cas, la variabilité demeure et n'est réduite
que par
rapport aux possibilités d'expression du
peuplement primitif.
Elle est remise en cause à chaque génération du fait même du mécanisme de la
reproduction, d'où l'apparition
de retours ataviques plus ou moins fréquents, voire de ce que nous appelons
des déchets, qu'il convient d'éliminer
perpétuellement. Comme ceux-ci existent dans les
meilleurs élevages suivis depuis longtemps en
généalogie
contrôlée, on conçoit combien l'apport de
reproducteurs
étrangers dans un élevage doit se faire avec une
extrême
prudence, et être considéré au début comme un
véritable essai expérimental. Comme l'a si bien écrit le Professeur
Lienhart
:
« Sous les apparences de la pureté raciale la
plus grande, se sont conservés à l'état caché dans le patrimoine
héréditaire des différents sujets de nombreux
éléments héréditaires (gènes) provenant
d'ancêtres parfois
très lointains ».
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Il est facile de comprendre alors que lorsqu'un
troupeau
de sélection est dispersé, par suite de cessation
d'élevage, chaque individu qui le compose peut
évoluer dans une direction très différente en tant que reproducteur, et aux
pires des circonstances, la variabilité s'amplifiant dans la descendance, tout
le troupeau peut reprendre
sa condition primitive de peuplement originel. C'est
pourquoi, toute race n'est jamais pure au vrai
sens du
mot, et n'a une valeur déterminée qu'à un moment
précis,
et selon le degré de sélection qu'elle atteint alors
dans son ensemble. C'est la surveillance stricte
que les éleveurs exercent sur leur cheptel de reproduction qui permet, grâce à
la sélection, de stabiliser ou d'orienter
des qualités désirables et d'éliminer ou plus
souvent de
réduire à leur minimum d'apparition certains
défauts.
Considérées ainsi, les races sont des phénomènes
biologiques
tangibles, qui remplissent pleinement leur rôle de leader au milieu des
représentants d'une espèce d'animaux
domestiques. Ainsi que le dit l'Inspecteur Quittet
:
« La race est l'aboutissement normal et constant
des efforts
d'amélioration d'une population ».
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De ce qui précède, il ressort que si les races
les mieux
sélectionnées représentent des groupes de
variabilité restreinte et orientée pour des caractères définis, ceux-ci
conservent une possibilité de variation d'un
sujet à l'autre
;
quant aux caractères non soumis à la sélection,
ils
oscillent dans des proportions bien entendu
incomparablement plus grandes.
-
Ainsi, l'unicité biologique est le propre de tous
les
animaux de race, aussi ressemblants entre eux
soient-ils
et quel que soit le degré de perfectionnement des
groupes
de sélection auxquels ils appartiennent. Il faut
toujours
s'en souvenir quand on pense race, car trop
souvent les
sujets d'une même race sont appréciés et
manipulés comme
les représentants d'un stéréotype bien défini apparemment,
dont ils constituent des images plus ou moins
parfaites. Au niveau de la reproduction, cette façon d'interpréter
les accouplements engendre bien des mécomptes
dans la descendance. En effet, chaque reproducteur
n'est jugé et
traité qu'en fonction de ce stéréotype, et
non selon son
individualité propre. En matière d'amélioration
génétique, c'est tout simplement désastreux, car
cette
interprétation typologique incite à la pratique de la multiplication de masse,
c'est-à-dire à l'appariement de hasard total entre n'importe quel sujet dit
standard. parce qu'apparemment le couple ainsi formé représente l'image
du
type racial idéal. C'est cette façon de procéder, chez
certaines
personnes élevant superficiellement des lapins de race, qui a contribué à
discréditer grandement la notion
de race, en
détériorant éventuellement les capacités génétiques
de populations en voie de perfectionnement. C'est
également en
partant de cette conception par trop simplificatrice
et sans nuance, que les concours traditionnels
n'ont pu trop
souvent mettre en évidence ou parfois même
voulu imposer
comme reproducteur suprême, que les champions de beauté, dont la descendance
s'est avérée si
souvent décevante.
-
Trop fréquemment mal positionnée dans son
véritable contexte biologique, la race a suscité des espérances mal fondées
qui ont abouti à des désillusions non justifiées,
créant ainsi des attitudes anti-races dont la virulence
traduisait en fait la méconnaissance des phénomènes biologiques et des
aspects zootechniques généraux inhérents
à l'élevage. Ce genre de réactions parfois explosives
a installé sur un piédestal le croisement, en tant que
remède
miracle à toutes les imperfections dues aux animaux
de race. Là encore la pratique du croisement n'a
pas répondu à
tous les espoirs, et a même provoqué des
découragements
rapides parce que trop souvent son fondement
était erroné. Il y a lieu de bien préciser que la sélection raciale et le
croisement sont des techniques
d'élevage
complémentaires et qui réclament toutes deux
des études
préalables des cheptels de reproduction. Il n'y
a pas de
solution miracle, ni avec des animaux de race,
ni avec des
issus de croisement. Il faut utiliser chacun
d'entre eux à
des fins bien précises, selon leurs possibilités estimées et en fonction des
objectifs fixés et réalisables.
-
Comme on ne
peut parler de race sans évoquer le
croisement,
il convient de s'arrêter un moment sur ce
dernier, pour
mieux en saisir la portée. Pour bien comprendre
ce à quoi le croisement correspond, distinguons
ses
principales catégories :
-
1) Le croisement que nous
appelons créatif
-
C'est celui
qui est à l'origine de nombreuses races obtenues soit
à partir d'une
population primitive dite commune. à grande
variabilité génétique, soit, après appariements de représentants
de diverses races entre eux. Dans tous les cas, le processus est celui indiqué
plus haut aux premiers stades de la formation des races. Les potentiels
héréditaires des sujets de départ sont suffisamment différents pour
provoquer de multiples disjonctions dans la descendance
et donc de
nombreux déchets. Avant d'arriver à l'obtention
d'une nouveauté assez stabilisée pour que le nom de race puisse être avancé il
faut du temps, de l'argent et des moyens techniques judicieusement utilisés
par de
vrais sélectionneurs. Le croisement créatif,
utilisé également
pour apporter à une race un ou plusieurs caractères d'une autre race, suit les
mêmes règles. C'est dire que,
de toute
façon, il ne constitue qu'une étape de toute une
mise au point
délicate, qui ne peut être réalisée par n'importe qui n'importe comment avec
n'importe quoi. Croire
que des peuplements, dont l'hétérogénéité est à
ce point
flagrante qu'elle apparaît grossièrement dans le
type
d'animaux qui se parent du titre de souche et qui
ne sont
en réalité que des issus de croisements
alternatifs répétés, deviendront dans un temps plus ou moins rapproché
des races au sens réel du mot, c'est faire preuve
d'une folle
présomption !
Cela n'aboutit qu'à voir se multiplier
des caricatures de race, qui portent un préjudice
énorme à
l'élevage de races véritables.
-
2) Le croisement dit de retrempe
ou « apport de sang nouveau » ne
mériterait pas d'être cité en temps que
pratique sérieuse d'accouplement, s'il
n'avait servi de cheval de bataille
à de vieux chroniqueurs pour qui l'évaluation
du « pourcentage de sang » chez un animal permettait
de bien augurer de son avenir de géniteur
!
En
fait, le succès de ce type de croisement était uniquement du à l'effet
d'Hétérosis (vigueur hybride) en première
génération
quand il se produisait, alors que son utilisation
a toujours été désastreuse pour les générations ultérieures, de par les
disjonctions héréditaires qui en résultaient.
Combien d'années de sélections laborieuses ont été
ainsi
rapidement mises à néant
;
combien de
vraies souches
minutieusement façonnées par des générations de
praticiens ont
été de cette façon détruites
! En
1955. dans un article parti dans « Lapins
et Lapereaux » sur la notion de
souche, nous avons lancé un véritable cri d'alarme
sur cette pratique du croisement et du
surcroisement à l'intérieur de la
race. A près de vingt ans de distance, nous ne pouvons encore que mesurer avec
tristesse l'ampleur des dégâts provoqués dans la cuniculture par de
tels croisements accomplis la plupart du
temps systématiquement et
aveuglément sur des cheptels entiers. Quant,
à l'intérieur d'une population raciale,
des sujets de souche ou de famille
différente sont accouplés entre eux, il
est indispensable d'en connaître l'origine
et les aptitudes, et de contrôler si la descendance obtenue correspond dans
son ensemble au but recherché, comme on doit le faire
également au cours des accouplements en
famille. Mais en aucun cas, on ne
doit procéder sans connaissance des
reproducteurs, pour la seule satisfaction de l'esprit de
« rafraîchir le sang »
!
Ce n'est que dans des cas tout à
fait exceptionnels que l'on utilise des
géniteurs d'autres races pour
croiser avec les derniers représentants d'un
groupe racial en voie de disparition, dans
le seul but de sauver ce dernier.
Cette opération procède alors du croisement
créatif, et suit les étapes suivantes de la mise au
point d'une race. Tout cela n'a rien à voir
avec la pratique sauvage d'un
croisement qui n'a jamais retrempé que
les plumes de certains chroniqueurs, alors
qu'elle a démoli, n'hésitons pas à
le redire avec vigueur, de nombreuses
souches ou lignées.
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3) Le
croisement d'absorption qui, comme son nom
l'indique,
consiste à absorber une population par une
autre, au bout
de plusieurs générations, est en quelque
sorte un
croisement créatif unilatéral qui suit les mêmes
règles. Là encore, il n'est envisageable que lorsque
la situation
l'exige. Il a surtout été pratiqué autrefois
pour faire
pénétrer dans des ensembles autochtones des
caractères
recherchés appartenant à la race introduite, tout en préservant l'élevage des
dangers de l'inadaptation. Autant dire qu'avec la diffusion des races
actuelles, ce genre de travail n'est plus tellement d'actualité.
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4) Le
croisement dit industriel a été pratiqué depuis
fort longtemps
dans un but strictement utilitaire, production
d'animaux de boucherie par exemple, et a connu,
depuis
quelques décennies, une expansion prodigieuse
avec les
différents hybrides intra-spécifiques. Il est basé
sur la
recherche du phénomène d'hétérosis, qui, en neutralisant
les effets des facteurs létaux ou sub-létaux chez les sujets croisés, leur
confère une grande vigueur de
constitution
et un état physiologique luxuriant. Ceci se
complète du
fait que pour aboutir au croisement idéal sur
le plan
commercial, on sélectionne des lignées paternelles
et
maternelles dont les qualités doivent être complémentaires,
et pouvoir se regrouper et s'exprimer chez l'hybride. Quand celui-ci répond à
toutes les exigences qu'on
attend de lui, nul ne peut contester qu'il est
insurpassable.
Le tout est de l'obtenir tel que souhaité, régulièrement
et en un grand nombre d'exemplaires. Toute technicité
mise à part, cela nécessite des structures qui dépassent
de loin les possibilités d'un élevage de taille
moyenne, voire
assez grande. Tous les travaux sérieux de mise au point effectués sur le maïs
ou sur les volailles,
prouvent que des capitaux énormes ont été
investis pour
produire des hybrides commerciaux. La
constitution des
lignées parentales, le choix des meilleurs
accouplements
de celles-ci, l'obtention des lignées de réserve,
la recherche
constante de nouvelles lignées perfectionnées, nécessitent
des expérimentations et une organisation de la
production,
dignes des grandes firmes industrielles, et
des moyens
financiers appropriés, susceptibles de supporter,
en outre, tous les déchets d'élevage. Ceux qui
prétendent le
contraire ignorent ce qu'est un véritable
hybride chair, au sens
que les Anglo-Saxons lui donnent.
-
Bien
entendu, le croisement industriel peut donner d'excellents résultats par
l'accouplement étudié de deux
races différentes. Cette
pratique est beaucoup plus abordable,
et dépend du choix des races et de leurs souches.
Elle suppose
l'exploitation rationnelle des races, ainsi
qu'il a été indiqué
précédemment, et prouve leur.... utilité
-
Dans
tous les cas, le produit terminal et ultime du
croisement industriel
inter-races ou de l'hybridation plus
élaborée, ne peut et ne
doit être utilisé pour reproduire,
en raison de son
hétérozygotie telle que des disjonctions
multiples, anarchiques et
imprévues se produiraient immanquablement
dans sa descendance. Cela est bien connu de tous les vrais hybrideurs, mais
mérite un nouveau rappel
pour les personnes qui,
en cuniculiculture, parlent de souche,
d'hybrides, de croisements,
etc..., avec autant d'aisance
que de légèreté.
-
CONCLUSION
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Par l'accouplement d'un
mâle et d'une femelle d'animaux
domestiques, l'homme recherche depuis toujours à obtenir des descendants
possédant certaines caractéristiques
déterminées et se reproduisant fidèlement. Il se rend très vite compte des
difficultés de réalisation de cette entreprise, et ne parvient à des résultats
plus ou moins approchés qu'au bout d'un certain temps et de nombreux
essais avec des
reproducteurs assez ressemblants les uns
par rapport aux autres.
C'est ainsi que lentement et graduellement,
comme l'écrivait Darwin, les races ont pris
corps. Elles sont
devenues ainsi, après souvent bien des
années, de petites unités
isolées du reste de la population d'origine. Ce sont des réalités vivantes qui
évoluent dans le
temps selon ce que les hommes en font. Elles demeurent
un merveilleux tremplin, aujourd'hui comme hier, pour des actions
zootechniques les plus affinées.
-
Quand
on considère la composition du cheptel cunicole
international, on ne peut rester insensible à ce puissant
potentiel génétique représenté par toutes les races
de lapins. Il convient de
bien s'en servir, en sachant de
quoi il s'agit, et en
utilisant les meilleurs moyens d'exploitation.
-
Nous
souhaitons simplement que les lignes qui précèdent
contribuent à mieux faire saisir aux éleveurs de
lapins tout le parti
qu'ils sont en mesure de retirer du
capital racial qui est à
leur disposition. Puissent-ils toujours
davantage le perfectionner, et le préserver de toutes déprédations, dans
l'intérêt même de la cuniculiculture
tout entière.
Jacques ARNOLD
Juge International |