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Texte original tiré du numéro spécial de la France
Cuniculicole de 1973
Par Jacques ARNOLD.
LE BLANC
DE HOTOT

Mme BERNHARD (1914) avec son
lapin
HISTORIQUE
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Depuis
longtemps, il existe dans les campagnes des
lapins blancs dont le
tour des yeux est plus ou moins marqué d'un cercle de couleur, et possédant
sur le corps, parfois, quelques taches. L'iris de l'oeil de tels lapins est
entièrement coloré ou
partiellement dépigmenté. Tous ces
lapins sont des
panachés ou tachetés à dépigmentation
déjà
très accentuée.
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Le Blanc
de Hotot n'est qu'un degré d'expression de cette panachure au même titre, que
le Husumer, dont
il a été question avec
le Blanc de Vienne, que le Chaplin
rencontré dans les
élevages de Papillon, ou que le lapin
à lunette des
campagnes de l'ouest. Le lapin de la Rochelle
qui nous est décrit par le Professeur Cornevin dans
son
traité de zootechnie, comme lapin blanc aux yeux noirs, en est encore un autre
exemple.
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Mme
Bernhard, châtelaine du Calvados, qui possédait
un grand élevage de
lapins Géants et de Papillons, avec
plusieurs centaines de
cages au début du siècle, était
alors désireuse de
créer un lapin blanc aux yeux noirs.
Elle entreprit tout
d'abord des croisements entre lapins
Papillons et
différentes autres races de lapins blancs,
Géant Blanc, Blanc de
Vienne, etc...
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Ces
croisements ne donnèrent pas grand résultat si ce n'est des descendants
tachetés, agoutis ou
panachés par plaque. C'est alors que
sur les conseils de
J.J. Lemarié, qui entreprenait à l'époque
la création de son Grand Russe sans apport de races
étrangères, et par
hérédité directe croisée dans la race,
terme consacré de
cette époque, Mme Bernhard se résolut
à travailler avec les seuls Papillons (Français) en
ne conservant dans les
portées que les sujets les plus décolorés.
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D'après
J.J. Lemarie qui m'a longuement raconté les étapes de cette création, ce
travail fut long, et ceci
d'autant plus que les
disjonctions héréditaires provoquaient
d'importantes oscillations dans l'expression des
marques, ce qui
s'explique aisément dans ce genre d'hérédité polymérique, et du fait même que
l'accouplement en
famille ne s'accomplit
avec des effets positifs que lorsque
la parenté génétique se
concrétise. Mme Bernhard cherchait
au hasard des expositions les sujets les moins marqués
pour les introduire dans son clapier expérimental.
Cela partait d'une
saine logique du point de vue aspect
extérieur, mais
retardait, par introduction de génotypes inconnus, la tendance vers la
décoloration. On peut s'imaginer
aujourd'hui du travail accompli et des nombreux
accouplements qui
permirent d'aboutir au Hotot tel que
nous le
connaissons de nos jours.
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Les
étapes de la décoloration passèrent par l'évanouissement
des taches des flancs, l'attaque du Papillon
avec le stade Chaplin.
Les oreilles et la raie dorsale demeurant
des lieux de forte résistance, malgré la scission
rapide de la raie. J.J.
Lemarie me disait que la dernière
marque du corps
subsistant avec force à côté du tour des
yeux était la tache
plus ou moins étendue sur la queue.
Mme Bernhard entreprit
ensuite la décoloration du tour
de l'oeil avec plus ou
moins de succès. Durant plusieurs
années la châtelaine
de Hotot-en-Auge, ne vendit pas de
sujets, tant les
portées étaient hétérogènes avec apparition
de lapins tachetés. Ceci alla en s'estompant sans jamais
disparaître, ce qu'a confirmé F. Joppich, qui a été
à partir
des années trente un grand éleveur de cette race.
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A ses
débuts (jusqu'à la grande guerre) ce lapin
n'était pas connu sous
son nom actuel. Dans son journal,
Eugène Meslay parle du
Géant blanc aux yeux noirs de
Mme Bernhard. En 1920,
la race est exposée à Paris sous
le nom de Géant Blanc
de Hotot. Ce n'est qu'à partir de
1923 que le Blanc de
Hotot fait son apparition. Le standard
établi par la créatrice fut acceptée par la commission
des standards de la
S.F.C.,
le 13 octobre 1922. A
noter que dans
ce texte, il n'était pas question de bandes
noires autour des yeux,
mais de cils noirs et de paupières
inférieures colorées de gris plus ou moins fauves.
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Les
expositions de Paris de 1923 à 1930 comportèrent environ dix sujets le maximum
fut enregistré en 1927
avec 15 Hotot. De 1930
à la deuxième guerre mondiale, la
race
s'étiole dans notre pays.
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C'est en
Suisse où il fut introduit en 1927 que ce lapin trouva la meilleure audience,
et Berne ainsi que sa
région ont été depuis
longtemps la « haute citadelle »
de la race. En
Allemagne, F. Joppich éleva sur une
grande échelle le Hotot
dont il apprécia particulièrement
la fertilité et
l'aptitude à produire de la viande. Mais c'est grâce au Docteur Kissner que
depuis 1960 le Hotot s'est répandu quelque peu en Allemagne Fédérale. A
Stuttgart en 1970, il y avait 62 Blancs de Hotot.
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En
Hollande, le Hotot a été recréé par l'expert bien connu, L.Hamaker, de
Haarlem, à partir de Lorrains et
de Papillons Anglais
légèrement marqués, par des accouplement
dits de « décoloration ». L'intérêt de ce travail
qui fut explicité par
l'auteur dans la revue Hollandaise
« L'Eleveur de Lapin »
du 31-5-1955, est qu'il confirma
la méthode poursuivie
au début du siècle par Mme Bernhard.
Joppich, qui fut des années durant l'un des rares
éleveurs de Hotot en Allemagne et qui a particulièrement
étudié la race, a rendu un bel hommage au travail de Mme Bernhard, ce qui ne
fut pas, hélas, le cas du
chroniqueur Hollandais
Witkamp, qui en voulant faire
davantage ressortir le
beau travail de L. Hamaker des
années 1953-1954,
n'hésita pas, dans un de ses articles sur
la race, d'écrire que
Mme Bernhard avait obtenu ses sujets
par hasard. C'est là minimiser maladroitement et
d'une façon fort
déplaisante l'oeuvre d'une grande cunicultrice,
ce qui est tout simplement incorrect.
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Nous
avons signalé plus haut les différences existant
entre le premier standard
Français et l'actuel qui part d'une
situation européenne généralisée, concernant la teinte du tour de
l'oeil. C'est que Mme Bernhard était arrivée
volontairement à éliminer presque complètement
le tour de l'oeil coloré chez de nombreux
sujets. D'après ce que m'en a dit
J.J. Lemarié, l'obtentrice tenait beaucoup à se débarrasser des lunettes, ce
qui lui procurait beaucoup de
difficultés alors. Dans son livre « La cuniculture illustrée »,
l'auteur Belge, W. Collier, citant le standard de l'époque fait une remarque
intéressante.
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« Nous avons vu des sujets primés, dont les cils et paupières
formaient une lunette noirâtre ». C'est qu'en fait
cette lunette
réapparaissait fréquemment, et les Suisses
l'ont très vite
admise. Aujourd'hui le Hotot européen est
un lapin à lunettes,
ce qui l'a fait comparer par certains
au Royal
Normand, aujourd'hui disparu.
CARACTÈRES
DE RACE
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La conformation assez trapue et arrondie laisse souvent
à désirer actuellement. A cet égard, le type épais des
animaux de Mme
Bernhard devrait faire réfléchir les amateurs
de cette race. Cette constatation dépasse nos frontières,
et dans un article remarquable sur la race, le Hollandais C. Gelein, éleveur
et expert réputé, écrit dans
« Avicultura » de
décembre 1971 :
« Une trop
petite attention
est faite au type. Beaucoup d'animaux sont trop
minces d'épaules. Les
pattes surtout les antérieures sont
souvent faibles, les
oreilles longues et pas bien formées...
». Cela est aussi vrai chez nous, ou beaucoup d'animaux
manquent de développement. Attention donc à ce
point
qui ne doit pas être négligé.
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La fourrure du Hotot est assez typique. Elle diffère
de celle
du Blanc de Vienne par un soyeux moins recherché,
mais l'aspect givré
étant capital. Elle doit donc être
épaisse, souple et
assez fine, ainsi que le demande le standard.
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La marque des yeux a trait aussi bien à la couleur de l'iris qu'à celles des
lunettes. L'iris brun noirâtre doit
être
exigé sans défaillance. Il est aussi néfaste d'avoir un
oeil brun pas assez foncé qu'un oeil taché ou hétérochrome.
Les paupières et le tour de l'oeil doivent être
d'une belle tonalité
noire, avec une délimitation aussi
tranchée que possible
sur le pelage blanc. Il est souvent
difficile d'apprécier
correctement la forme de la lunette,
selon la disposition
des poils. Ce qui compte surtout c'est
sa
régularité.
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Les portées de Hotot causent bien des surprises aux
débutants, et arrivent parfois à les rebuter, comme celles
des lapins tachetés.
Là encore c'est une question de généalogie
contrôlée. Les résurgences de l'ancêtre Papillon
se font moins sentir
que par le passé, tout au plus peut-il apparaître de minuscules taches aux
oreilles ou sur la
queue.
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Par contre, des animaux sans lunette ou avec une
seule lunette se
présentent dans les portées, au même
titre que de mauvais
Hollandais. Ces derniers vite repérés
dans les nids peuvent être ainsi éliminés. Ils résultent
vraisemblablement d'anciens croisements avec des
populations, telles le
Blanc de Vienne, dont on s'est servi pour tenter d'améliorer la conformation.
Pour remédier à
ces apparitions
intempestives, il n'y a pas d'autres moyens
que de suivre ses
reproducteurs et de renouveler des accouplements
qui ont donné satisfaction. Bien entendu, il
convient d'éliminer
tous les sujets indésirables, sans être
tenté de travailler
avec, pour une raison ou pour une
autre. Là comme pour
les Papillons, la simple sélection de masse n'apporte aucune contribution
bienfaisante, et
il ne faut jamais
s'étonner qu'en achetant un reproducteur
dont on ne connaît que son apparence, on obtienne
des portées
disparates. Dans d'autres populations, cela
passe plus inaperçu que
chez les lapins à dessin, mais la diversité génétique est la même, pour une
foule d'autres
caractères.
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