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LE CLAPIER de Melle LEMARIE
Cet
article reprend un article publié dans "Vie à la campagne" n°212 de février
1921, nous ferons ainsi connaissance avec son élevage et ses méthodes de
travail.
Cunicultrice de talent, nous lui devons le Havane et le Grand Russe. Elle a
également conseillé Mme Bernhard lors de la création du Blanc de Hotot et aussi
Mr et Mme Dulon pour le Géant du Bouscat.
"Cette
dame décédée en 1964, d'une simplicité aussi grande que son érudition" selon
Jacques Arnold, qui a eu la chance de la connaître.
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Melle LEMARIE examinant un sujet |
Rangée de cases basses |
EN
VOUS MONTRANT dernièrement un élevage de Lapins
destiné à produire des sujets de race, vous vous êtes rendu compte des
constructions et des aménagements entièrement constitués dans ce but. Voici
aujourd'hui une autre organisation, celle du Château de Garambouville, à notre
excellente collaboratrice Mlle Lemarié, qui a été conçue et réalisée pour tirer
le meilleur parti des bâtiments existants que comportent les dépendances de
cette Demeure. A l'heure actuelle, cet exemple est infiniment intéressant, tant
il serait ruineux, dans beaucoup de cas, de construire et d'aménager un clapier
de toutes pièces en présence des prix de revient prohibitifs de tout ce qui
touche au bâtiment.
Cette
installation offre aussi cette particularité de montrer des clapiers installés
avant la guerre dans une vaste salle claire comme une salle d'exposition et des
clapiers plus rudimentaires, plus économiques, réalisés depuis avec des moyens
de fortune. Ils vous montrent le parti que vous pouvez tirer de tous bâtiments
existants, et, à défaut de ceux-ci, des abris que vous pouvez monter avec les
baraques en bois des stocks de guerre. Nous divisons cette monographie en deux
parties ; nous décrivons aujourd'hui le Clapier principal, et nous réservons
pour un très prochain numéro tout ce qui concerne l'adaptation des bâtiments
d'une ferme les plus variés, inutilisés dans leur ancienne destination, à leur
affectation et à leur appropriation pour l'élevage des Lapins.
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Intérieur du Grand Clapier du Château de Garambouville
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Une travée
de petites cases |
UN
DÉBUT DANS L'ÉLEVAGE
Aujourd'hui que beaucoup de personnes ont le vif désir de faire du petit
élevage, tel celui des animaux de basse-cour, les débuts de ceux qui réussissent
sont utiles à connaître. Vous pouvez, en effet, noter comment ils sont arrivés à
la situation enviable qu'ils occupent aujourd'hui et en faire votre profit.
C'est le cas de notre excellente collaboratrice, Mlle Lemarié, dont le goût.
pour l'élevage était inné. Elle a acquis progressivement une incontestable
expérience, et elle est aujourd'hui un de nos principaux éleveurs experts
d'animaux de Basse-Cour. Aussi sa compétence et son autorité vont de pair avec
la situation matérielle que l'élevage des oiseaux de Basses-Cours et des Lapins
lui a assurée et qui se fortifie chaque jour.
Nous
vous avons déjà dit, lorsque nous vous avons donné la monographie de son
installation de la Folie-Lebrun , comment elle avait commencé à élever des races
de volailles naines et de fantaisie, de véritables bijoux ailés avec lesquels
elle s'assurait presque tous les premiers prix dans les Concours. Nous vous
avons souligné, également, pourquoi les conditions créées par la guerre : manque
de personnel, récoltes déficitaires, incertitude, puis les conditions
économiques d'après-guerre, l'avaient obligée à se séparer de ses troupeaux et
races de fantaisie pour ne plus faire que l'élevage des races de volailles de
rapport. Il en a été de même pour les Lapins dont elle a créé des races
remarquables : Lapin Havane, Lapin gros Russe, ainsi que des variétés d'Angoras.
Elle a cessé l'élevage des races de fantaisie en conservant comme but unique
celui du Lapin pratique, du Lapin de Bon Rapport, produisant simultanément une
chair abondante pour la consommation et des peaux de choix destinées à la
confection de fourrures en conservant la teinte naturelle de ces peaux.
Fille
de commerçant, confinée toute la journée en classe d'abord, dans le magasin de
ses parents ensuite, son état de santé obligea à rechercher pour elle une
occupation de plein air. Comme elle aimait les animaux plus que tout, c'est le
petit élevage qu'elle choisît, elle a débuté avec deux petits Lapins Russes, de
pure race, donnés par des amis, qui, certainement, ne se doutaient pas de
l'avalanche de sujets dont leur cadeau était le début. Elle avait 14 ans à ce
moment et, naturellement, elle ne voulut pas tuer les petits Russes nés dans son
Clapier de débutante. C'est ainsi que l'effectif arriva à 35 sujets, auxquels
elle tenait tellement qu'elle ne voulait pas s'en séparer. Enfin, inquiète d'une
telle famille et de ses promesses, sa mère se décida à faire cadeau de quelques
petits et à vendre les autres.
"Pour
chaque Lapin que je vendais, nous déclare Mlle Lemarié, je faisais une enquête
sérieuse concernant les soins qui lui étaient réservés. Avec l'argent de ces
premiers petits Russes, ajoute-t-elle, j'ai acheté des Lapins Béliers gris
normands. J'en ai fait naître et élevé; ça allait très bien ; mes Lapins, bien
soignés, étaient connus ; on venait en chercher de partout. Pendant 4 ans, j'ai
donc élevé des petits Russes et des Béliers, logés dans des niches faites avec
des caisses d'emballage ; je leur donnais comme nourriture des herbes du jardin
et des bois. A ce moment il y eut un concours agricole à Évreux; j'ai voulu y
exposer mes élèves, alors au nombre de 50. Mon père et ma mère ne voulaient pas
; j'ai tant supplié qu'on m'a tout de même permis. A ce moment, j'étais employée
à la maison de commerce. Huit jours me séparaient de la date du Concours ; on me
donna congé pendant ces 8 jours. J'avais 20 francs d'économies : je les
employais à acheter grillage et fil de fer. Pendant 8 jours je confectionnais 12
petites cages en grillage (comme les petits parcs dans lesquels on met pâturer
Jeannot sur le gazon). Nul matériel, en effet, n'était mis à la disposition des
exposants, chacun devant apporter ses cases. J'étais prête à temps, mais j'avais
le bout des doigts complètement piqué et pelé par le fil de fer; je ne pouvais
toucher à rien pendant plusieurs jours. J'ai obtenu une belle médaille de Daniel
Dupuy comme récompense".
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Cases bien comprises |
Construction d'une case |
UNE RACE PAR AN.
"Ce succès m'encouragea. J'augmentai le nombre de mes sujets ; je
ne m'en tins pas à mes deux races de début. J'agrandis progressivement mon
installation et augmentai mon cheptel cunicole d'environ une race par an. J'ai
toujours fait les choses graduellement ; c'est, je crois, le meilleur système.
Les bénéfices des premiers petits Russes ont payé les cases et m'ont permis
d'acheter de nouveaux reproducteurs. A n'importe quel moment de l'élevage, alors
que je n'avais que peu d'argent à dépenser à la fois, je n'ai acheté de sujets
de second choix. J'attendais parfois longtemps pour réunir la somme nécessaire à
chaque nouvelle acquisition, mais j'achetais toujours les sujets les plus beaux
comme reproducteurs. Je ne l'ai jamais regretté.
Mon élevage a été ainsi conduit. Pendant près de 6 ans, je
logeais mes sujets dans des cases faites avec de grandes caisses d'emballage.
Ensuite, j'ai pu faire construire 20 niches en briques, puis 60 niches encore
avec des caisses; ces dernières, d'un prix de revient moins élevé, étaient tout
aussi bien que les autres".
"J'estime, tient-elle à souligner, que l'on est bien plus sûr de
son affaire, que l'on sait ce qu'on fait, en augmentant progressivement, plutôt
que de se lancer, sans savoir, dans un métier que l'on ne connaît pas". Mlle
Lemarié, qui avait aménagé dans les dépendances de la villa la Folie-Lebrun,
près d'Évreux, un Clapier extérieur entièrement en maçonnerie (dont nous vous
donnerons ultérieurement la description), dut, quelques années avant la guerre,
abandonner ses installations. Malgré l'importance de la propriété, ses
différents troupeaux de volailles et de lapins avaient pris une telle extension
que cette propriété était insuffisante pour produire tous les sujets
reproducteurs destinés à la vente. C'est alors qu'elle installa cet élevage dans
les vastes bâtiments de la ferme dépendant du Château de Garambouville, dont ses
parents venaient de se rendre acquéreurs. Les terres de cette ferme, celles
qu'elle a pu acquérir ou louer, ne sont pas de trop pour produire toute la
nourriture des quelques milliers de têtes: "lapins et lapereaux, poules et
poussins, oies et oisons, canards et canetons, et"., qui constituent le cheptel
actuel ou qui sont destinés à la vente.
Mlle Lemarié élève une vingtaine de races et de variétés de
lapins à fourrures et d'Angoras. L'élevage avait été organisé, avant la guerre,
pour produire des reproducteurs et des sujets de concours en lapins à fourrure.
Pendant la guerre, alors que nul transport ne fonctionnait, tous les
reproducteurs ont fourni des sujets de chair et des fourrures Depuis que la
réorganisation des transports permet l'expédition des reproducteurs, Mlle
Lemarié prépare de nouveau des reproducteurs des races de chair et à fourrure,
ainsi que des Angoras. Elle estime nettement que l'élevage des lapins doit être
orienté plus que jamais vers la production de la fourrure destinée à toute la
famille. Les peaux peuvent être, en effet, tannées et préparées à la maison,
sans dépense autre que quelques francs indispensables pour les ingrédients
utiles pour les passer et le temps nécessaire aux opérations que préparations et
confections comportent.
LES INSTALLATIONS DE GARAMBOUVILLE.
Les bâtiments de la ferme qui dépend directement du charmant
petit Château de Garambouville se succèdent sur trois côtés d'une très vaste
cour herbeuse, d'une vraie cour normande plantée de pommiers. Ces bâtiments
étant sans emploi (puisque la ferme ne devait pas être exploitée dans sa forme
ancienne), Mlle Lemarié voulut les affecter à son élevage de lapins. Cette
organisation montre, je le répète, comment vous pouvez tirer parti de n'importe
quels bâtiments pour installer un tel élevage, sans autres dépenses que
l'établissement des loges.
Ces bâtiments se composent d'une très vaste grange, dont une
partie affectée d'abord à un logement de plusieurs pièces a été convertie en une
grande salle, cadre d'un vrai clapier d'exposition; d'une écurie et d'une
étable, d'un logement de ferme de 4 pièces et de 3 remises et hangars. Dans six
de ces bâtiments, en plus du grand clapier, ont été aménagées des cases de la
façon très économique que je vous ai déjà souligné. Une ancienne cour avec loge
à porcs a servi pour faire un hangar-abri. Et, dans le potager, une longue
travée de 62 mètres, comportant 30 poulaillers-parquets pour volailles naines, a
été affectée aussi à l'usage de clapiers.
Les clapiers se composent donc : d'un grand clapier dans la vaste
pièce vitrée (Clapier n° 1) de 116 cases; le n° 2, ancienne étable à vaches, de
20 cases; le n° 3, maison-ferme, de 16 cases; le n° 4, remise, de 25 cases; le
n° 5, remise, de 3o cases; le n°6, remise-hangar, de 22 cases; le n°7, 34 cases;
le n° 8, travée de 62 mètres, 30 cases; le n° 9, 20 cases, soit en tout 313
cases, auxquelles il faut ajouter 30 cases démontables, soit en tout 343 cases
et parquets. Nous limiterons aujourd'hui notre description au grand clapier, et
nous poursuivrons ultérieurement notre visite par les autres, en vous indiquant
le fonctionnement de l'élevage.
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Melle LEMARIE dans son
clapier des Angoras (Photos Jacques ARNOLD) |
INSTALLATION D'EXPOSITION.
L'extrémité d'une immense grange comme on en construisait
autrefois avait été aménagée en local d'habitation en plusieurs pièces toutes
bien éclairées. Mlle Lemarié, destinant ces locaux à l'installation d'un vaste
Clapier, fit abattre toutes les cloisons. Cette grande pièce est bien aérée,
claire et hygiénique. Elle mesure 15 m. de longueur, 10 m. de largeur, 4 m. de
hauteur. Elle est éclairée par 5 fenêtres et une grande porte-fenêtre d'une part
; 6 fenêtres de l'autre, qui s'ouvrent sur chaque grand côté et une porte de
service à l'extrémité. Pour utiliser cette partie de la grange dont elle faisait
partie, un plafond avait été établi en plâtre sur chevrons et lattes, le tout
soutenu par six montants en chêne de la grosseur de 20 cm. Le sol était
recouvert d'un plancher. Tout cela a été conservé. L'aération est assurée par
l'agencement des deuxième et troisième carreaux des fenêtres rendus mobiles, par
l'adjonction de châssis ; ils s'ouvrent et se ferment à volonté et permettent
d'établir une aération graduée avec l'élévation de la température extérieure.
Chaque fenêtre est munie de grillage fin qui la clôt hermétiquement et évite
l'intrusion des insectes, hôtes indésirables.
Tandis qu'une rangée de cases basses est disposée le long des
deux longues parois, afin de ne pas exagérément masquer les fenêtres, deux
autres rangées, placées plus haut sur pied, s'alignent contre les deux murs
d'extrémité. Tout l'espace vide du milieu est occupé par 5 travées de chacune
deux rangées de 8 cases, soit 16 cases par travée, une rangée sur chaque façade.
Chaque travée mesure 6 mètres de longueur sur 1 m. de largeur et chaque case 75
cm. de longueur sur 50 de profondeur et 70 de hauteur. Séparations et extrémités
sont pleines ; mais le dessus et les façades sont grillagés.

Une travée de petites cases
Les cases mesurent respectivement 79 X 50 (cases des travées du
milieu), 100 X 90; 100 X 100 ;
16o X 100 cases du pourtour. Ces différentes grandeurs sont
toutes utiles ; elles permettent de répartir les reproducteurs de tailles
différentes et leurs nichées ; elles donnent toute satisfaction, et Mlle Lemarié
nous déclare qu'elle les ferait telles aujourd'hui.
Chaque case est en bois, avec double plancher, l'un en ciment
armé par-dessus celui de bois et incliné ; à 20 cm. Au-dessus du plancher en
ciment est disposé un châssis grillagé mobile ; ce châssis, posé sur deux
traverses en bois, supporte la litière, qui ainsi reste plus sèche. Le vide
entre le plancher cimenté et le grillage est fermé par une porte à abattant. Les
travées des cases du milieu sont sur des pieds de 75 cm. et celles du tour sont
sur des pieds de 30 cm., cela afin de voir les Lapins à la hauteur du regard
dans les premières, au-dessous dans les secondes. Le plancher en ciment armé de
chaque case reçoit les urines, qui s'écoulent dans une sorte de petit caniveau
sur le devant de la loge. Ce caniveau est percé de trois à cinq trous, à chacun
desquels s'adapte un petit tuyau de zinc ; ainsi les liquides sont déversés dans
une gouttière placée au-dessous qui les conduit dans un grand pot de grès.
Chaque extrémité des travées comporte une tablette en abattant.
Celle-ci relevée s'applique contre la paroi même, dans le cadre qui l'encastre.
Ces tablettes sont d'une grande utilité ; placées en plein jour face aux deux
rangées de fenêtres, à 80 cm. environ de hauteur, elles ne prennent aucune place
sur le passage ; abattues, elles forment chacune une table d'examen. Sur cette
table, on peut poser un Lapin que l'on veut voir en détail, pour vérifier
l'intérieur des oreilles, par exemple ; ou bien comparer plusieurs sujets, etc.,
de la façon la plus commode et la plus rapide, puisqu'elle est à proximité des
cases.
Le
dessus des cases est grillagé, ce qui assure plus d'air à l'intérieur de
celles-ci. Ce dispositif facilite aussi l'inspection des nids des jeunes sans
avoir à déranger mère et lapereaux, car la lumière pénétrant par le dessus et en
façade éclaire même les coins. Elle facilite d'un seul coup d'œil la
surveillance de chaque case en ce qui concerne les sujets, la nourriture, la
boisson dont ils disposent, etc.
Ces cases sont surtout affectées aux sujets de petites races ;
les grandes cases sont réservées aux mères et à leur progéniture ; les petites,
aux mâles et aux lapereaux sevrés. Elles sont parfaites au point de vue
conception et réalisation, et Mlle Lemarié nous assure qu'elle n'aurait à faire
la moindre amélioration si elle avait à les établir de nouveau. Dans cette pièce
close, l'hygiène est assurée par les nettoyages des cases, des lavages au
crésyl, l'arrosage du sol avec le même produit ou avec tout autre désinfectant.
On ne perçoit pas d'odeur, même en Été. Pendant cette saison, en effet, les
châssis supérieurs des fenêtres sont ouverts, ce qui assure une grande aération,
sans gêner les lapins, puisque le courant d'air s'établit dans la partie
supérieure toujours la plus surchauffée.
Avec
la disposition du grillage, la litière n'est jamais saturée d'humidité; il
s'établit le minimum de fermentation, d'où le minimum de dégagement d'odeurs,
même si on est en retard pour la renouveler. Malgré cela, et en principe, le
changement de litière est effectué dans les petites cases tous les .8 jours ;
dans les cases du tour, tous les mois, quand elles ne comportent pas de jeunes ;
tous les huit jours si elles logent des jeunes, après la période où ceux-ci
sortent du nid et où celui-ci ne leur est plus indispensable. Vous jugerez comme
nous que cette installation, réalisée avec des moyens simples, mais avec
beaucoup de soins, doit être retenue comme exemple par quiconque fait l'élevage
des reproducteurs pour la vente et qui, comme tel, est appelé à recevoir des
visiteurs désireux de voir d'abord les sujets de choix qu'ils veulent acheter.
Montage de l'article : J.J MENIGOZ.
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