|
Texte original tiré du numéro spécial de la France
Cuniculicole de 1973
Par Jacques ARNOLD.
LE
NOIR
ET FEU
HISTORIQUE
-
Le Noir et Feu a été isolé en 1887 dans une garenne
sise dans la propriété d'un
gentlemen du Derbyshire, M.
Cox, de Brailsford. Celui-ci avait lâché dans ses terres
des lapins de
différentes races. Et, d'un accouplement ou
de plusieurs, naquirent des
lapins « dont le poil, ainsi que l'a écrit Pierre Megnin, était exactement de
la couleur de
celui du Terrier Noir et Feu ». « Les variétés réunies
par M. Cox étaient toutes
de petite taille, avec des oreilles
courtes et droites
;
c'étaient les Hollandais et
les Argentés
de toutes nuances et aussi des lapins de garenne de
couleur fauve... Les Noirs
et Feu se reproduisent avec une rare fidélité, malgré tout, cependant, on
rencontre
parfois dans leurs portées des petits qui ont une liste en
tête comme le Hollandais ;
chez d'autres
la couleur noire
est mélangée de poils gris ou blancs qui rappellent l'Argenté
;
d'autres enfin
naissent complètement feu, ou plutôt fauves, tout comme les premiers lapins
lâchés dans
la garenne ».
(Fur and Feather, 264, 1897).
Telle était la situation à
l'origine du petit type dit de Brailsford.
Petit animal s'il en fut,
très vif, de couleur noirâtre avec
le dessin de l'agouti. Les
lignes de séparation entre le ventre,
le menton blanchâtres et le noir étaient crèmes ou
gris brunâtres. La nuque,
le tour des yeux, la bordure intérieure des oreilles étaient crèmes.
-
Apparut
ensuite, le type dit de Cheltenham, nettement plus fort, moins trapu, et de
caractère plus doux.
Avait-il une origine différente du type de Brailsford
?
Cela
n'a jamais vraiment été
éclairci. Ce qui semble plus sûr,
c'est que les croisements
d'origine furent renouvelés pour
tenter d'améliorer les
premiers Noir et Feu, avec en plus
le Lièvre Belge qui apporta
une plus grande intensité
des zones crèmes brunâtres. « Lièvre Belge pour produire
la couleur, lapin
tout feu (ou plutôt fauve) pour assurer
le type, tels sont, à mon
avis les deux éléments qui, combinés
ont le plus contribué au perfectionnement du Noir
et Feu », ainsi s'exprime
Eugène Meslay (Les races de
Lapins, 1900). Inutile d'ajouter que ces croisements d'amélioration
ne se faisaient pas sans déchets nombreux, du
fait des disjonctions qui en
résultaient inévitablement.
-
Plusieurs associations d'élevage virent rapidement le
jour en Angleterre avec de
chauds supporters. Le Black
and Tan Club, créé en 1890, soutenait le petit type dit
de Brailsford, en se
fixant pour ligne de conduite de n'apporter
aucun élément étranger, en pratiquant l'intraculture.
Au contraire le British Black and Tan Club, dont les
membres étaient les «
Britishers » défendaient le type de
Cheltenham, et étaient
partisans du croisement. Il se créa assez rapidement un type moyen, qui ne
devait pas dépasser
néanmoins les 2,267 kgs. Bientôt, ce type moyen
fut dit moderne, puis Noir
et Feu tout court. Miss Williams et A. Chambers étaient ravis de cette
homogénéisation,
qui permettait certainement un travail de sélection beaucoup plus fructueux.
-
Eugène
Meslay, qui avait été vite séduit par le Noir et Feu
importa son premier couple
en 1893. Il exposa à Caen,
en 1894, puis à Paris. En janvier 1895, soumis à l'appréciation
de Louis Van der Snickt, ces animaux furent qualifiés
par le Directeur de « Chasse et Pêche » de perle de l'exposition. E. Meslay
était tellement fier de son importation
qu'il se qualifia lui même, le « premier importateur
de Noir et Feu en France ». Dans son enthousiasme,
il n'hésita pas à dire qu'il
avait exporté des Noir et Feu
dans toute l'Europe
!
Cette race fut, en fait, la
race de
prédilection de l'Empereur des lapins, et la remarquable
vulgarisation qu'il fit à
son intention au début du siècle
dans ses ouvrages et les
revues spécialisées reste un modèle qui mérite toujours les plus grands
éloges.
-
Citons
parmi les grands amateurs Anglais de Noir et
Feu; Miss Williams, dont le
livre « The Black and Tan Rabbit
» fut traduit en Français par Eugène Meslay dans sa première édition, E.P.
Goodyear, T.H. Furness de
Chesterfield, qui avait procuré le premier couple à l'Empereur
des lapins, T.G. Barrow, W.T. Walton, et A. Chambers.
-
Quelques
années, après l'apparition de la race et
alors que le type moyen
l'emportait, le type et la couleur
furent les grandes préoccupations des éleveurs. Le
« shape dutch »,
c'est-à-dire le type du Hollandais, court et ramassé fut prôné. La teinte feu
fit l'objet d'une attention
toute particulière, et il y avait fort à faire pour sinon
l'améliorer du moins
l'obtenir. Allier ces deux qualités
chez un animal n'était pas
non plus chose aisée. J.J. Lemarié
qui vécut cette période de perfectionnement en
France, m'en a souvent
parlé. Elle me décrivait toutes
les variations qui
existaient dans le type, dans la couleur feu
qui allait du crème au jaune
sale, et aussi dans la teinte
noire souvent brun
noirâtre, avec éventuellement beaucoup de poils blancs. « Qu'est-ce qu'un Noir
et Feu qui ne possède pas ces deux qualités essentielles
:
Type et
couleur » écrivait déjà en
1898.
A. Chambers dans Fur
and Feather.
En ce qui
concerne les parties dites feu, s'il
semble que le triangle et
les oreilles s'améliorèrent régulièrement,
la couleur des pattes s'obtint plus difficilement.
-
Enfin,
le ventre et le dessous du menton étaient encore
blancs en France en 1910.
Mais Meslay remarquait déjà à cette époque
:
« Il est très difficile
d'obtenir une couleur
feu très brillante sans que le ventre présente une nuance
orange plus
ou moins accentuée ». Dans sa séance du 15
janvier 1913, le Comité du Club des Eleveurs de Lapins,
en France, adopte le standard du Noir et Feu. La robe ne se compose plus cette
fois que de deux couleurs
:
Le Noir et le Feu. La commission des standards de la
Société Française de
Cuniculture accepta le standard du
Noir et Feu, le 20 décembre
1920.
-
En dehors de sa patrie natale, le Noir et Feu est
élevé en Hollande, en Allemagne, en Suisse,
et dans nos provinces de l'Est,
avec succès. Si à Stuttgart en 1970, il
y avait plus de 800 Noir et Feu, à Bois le
Duc en 1973, la race était représentée par près de 250 sujets, et à Zurich
de la même année, 300 mâles étaient présents, sans
parler de l'exposition européenne. Ces
chiffres ne tiennent pas compte des
autres variétés :
Brun et Feu, Bleu
et Feu.
CARACTÈRES DE RACE
-
La forme
doit être courte, assez ramassée et harmonieusement
arrondie de partout. L'ensemble de l'animal
est bien soudé. A.S. Howden,
dans son très utile ouvrage
sur le Noir et Feu fait remarquer qu'une forme correcte
et une fourrure
adéquate font beaucoup pour bien extérioriser l'apparence souhaitée. Déjà
Eugène Meslay écrivait en 1910
:
« Le type n'est pas moins important que la
couleur ».
Attention aux
animaux trop grands, décousus, trop
minces.
-
La
taille doit rester celle d'une petite race. Le standard
Anglais demande 4,5 livres. Notre poids idéal de
2,5 kgs est très largement
suffisant, et celui des Suisses
compris entre 2,8 et 3,1 kgs
est trop fort
! Cette
tendance à
grossir les petites races actuellement dans beaucoup
de pays est vraiment
néfaste. On déséquilibre ainsi tout
un ensemble racial, en
créant dans les élevages des perturbations
injustifiées. La tête courte, et forte est très marquée chez le mâle.
Attention aux têtes de brochet.
-
La
fourrure est caractérisée par son extrême brillance
dans toutes les zones
noires. On croirait que l'animal est
vernissé. Elle est assez
courte et bien collée au corps.
Si les poils de jarre et de
soutien doivent se manifester
suffisamment pour affermir
le lustre du pelage, la bourre
doit être épaisse.
Attention aux fourrures mièvres néfastes pour l'extériorisation des teintes et
plus spécialement
du feu.
-
Le feu
se rapproche du roux et de l'acajou. C'est
dire que l'intensité de la
teinte est recherchée au maximum. Mais, ainsi qu'il est écrit dans le
standard, « l'éclat
du feu a encore une plus grande importance que sa tonalité
réelle ». En fait, comme le souligne A.S. Howden, la
nuance acajou peut très bien
être éteinte, et pour le spécialiste
anglais, elle l'est même généralement. Quelle que soit la nuance, le feu doit
non seulement être éclatant, mais pur et exempt de toutes traces de suie,
s'étendant
profondément à l'intérieur du pelage dans toutes les zones
qu'il occupe y compris sur toute la poitrine.
-
La
nuance feu est uniforme du menton à la queue, selon les Anglais.
Cela n'est pas
toujours vrai pour la queue, qui est souvent
plus pâle, même chez de bons animaux. Par contre,
et contrairement à ce qui
est indiqué dans le standard Suisse, les lignes des entre-cuisses ne doivent
pas se détacher
de la couleur du ventre, l'uniformité demandée sur tout le dessous du tronc
traduit l'intensité du feu, alors
que l'extériorisation de la
couleur des entre-cuisses signifie
souvent que la teinte du ventre est trop pâle. A.S.
Howden a le mot de la fin en
demandant un feu d'une richesse
telle qu'on peut presque allumer une cigarette
avec ! Après cela, les défauts paraissent
évidents : feu
trop pâle en tout ou en partie
;
d'une insuffisante pureté
;
pas assez profond pas assez uniforme. Feu
mal délimité ou
débordant dans des zones noires.
-
Voyons
maintenant plus précisément comment doivent se répartir les surfaces feu.
Le triangle
de la nuque doit bien se détacher, et se voir, tout au moins partiellement,
quand le lapin a la tête
haute. Déjà en 1910, Meslay le situait comme une « marque
éclatante de feu luisante comme l'or »
!
la forme
idéale pour les Anglais est
le triangle équilatéral. Les
défauts rencontrés le plus
souvent sont :
trop petite
taille
;
forme trop pointue ou trop
aplatie ;
bordure mal
délimitée ;
tonalité
impure. nébuleuse ou trop pâle
;
débordement
du feu dans le noir.
-
Les
oreilles sont d'un noir jais à l'extérieur, bordées
d'un riche feu qui «
veloute délicatement l'intérieur des
oreilles », comme se
plaisait à l'écrire E. Meslay. Si la totalité
de l'intérieur de l'oreille est feu c'est mieux ainsi,
selon Howden. Cela suppose
d'abord que les oreilles soient
bien fourrées, aussi bien
pour éviter les zones glabres
extérieures dans le noir que
des bordures de teinte indécise
ou même l'intérieur sans feu. Une fois cela admis,
la tonalité des teintes
entre en jeu. Et, c'est tout aussi
vrai pour les taches en
forme de pois à la base des oreilles.
Bien souvent, celles-ci ne se détachent pas convenablement,
par manque de fourrure. Elles sont souhaitées
très apparentes. En dehors
du manque de pelage, les défauts
courants sont le bronzage dans le noir des oreilles,
ainsi que les poils blancs.
-
Le feu
descend de chaque côté de la base du triangle
pour se confondre avec le
feu de la poitrine, le long de
la bordure inférieure des
joues. Cette zone doit être d'une
riche tonalité et bien
délimitée. Les yeux sont également
cerclés de feu, ainsi que
les narines. Celles-ci sont souvent
mal délimitées. C'est le débordement du feu dans
le noir sur le nez qui
entraîne des nez cuivrés ou sales
(dirty nose). C'est une
tendance qui s'accentue avec l'âge chez les animaux de riche tonalité feu. En
règle générale,
l'animal âgé que l'on n'expose plus possède ce débordement
de feu aux narines
;
dans le cas contraire, cela traduit
souvent un feu amoindri, qui transparaît dans la poitrine nébuleuse. Mais
l'animal d'exposition doit avoir le
feu des narines bien
délimité. Ce n'est pas le cas en
Suisse actuellement.
-
La
poitrine doit être d'un feu vif sur une surface presque
carrée qui rejoint le ventre. La forme triangulaire
dans un sens ou dans
l'autre est à rejeter. Attention,
également à l'interruption
du feu vers le menton. C'est
une faute énorme que
d'avoir une ligne de séparation
grisâtre, voire noire. La
poitrine doit faire la jonction feu
entre le menton et le
ventre, dans une bande assez large
et bien délimitée. Le feu
de cette région doit être profond,
ce qui suppose aussi une bonne épaisseur de fourrure. Plus la poitrine se
maintient dans cet état souhaité
chez des sujets âgés, mieux
cela est.
-
Les
pattes postérieures sont sur la face extérieure,
des bouts des pattes aux
cuisses, noires, alors que les
doigts des pattes et la face
inférieure sont feu. La séparation entre le noir et le feu doit suivre une
ligne droite
ininterrompue. Là encore pour que le feu se détache, il
convient que la patte soit
bien fourrée. L'intensité de la
teinte intervient ensuite.
Attention aux interpénétrations
de teintes, qui vont du
bronzage dans le noir aux taches
ou barres noirâtres dans le
feu. La dentelure dans la ligne de séparation ne peut être appréciée, qu'à la
condition que
tous les poils aient été bien distribués dans le même
sens. Autrement, il est
toujours facile de créer artificiellement
une ligne de séparation déchiquetée.
-
Les
pattes antérieures doivent être noires sur leur
face extérieure de
présentation, alors que la partie intérieure
et les doigts de pieds sont feu. Là aussi les teintes
doivent être bien
tranchées, et spécialement le partie noire doit être exempte de bronzage.
-
Le feu
qui envahit le ventre uniformément et intensivement
doit laisser apparaître depuis les pattes antérieures jusqu'à l'intérieur des
cuisses une bande nettement
visible délimitant distinctement la couleur du ventre
de celle du manteau, l'animal vu de profil. Ici aussi,
avant de parler d'intensité
de feu, il convient de rechercher
l'épaisseur de la fourrure sous le dessous du corps.
Ce n'est que dans ces
conditions que le feu se détache
convenablement dans toute
sa pureté de teinte. La tonalité
chaude et intense doit
suivre ensuite grâce à la sélection
bien conduite.
-
Les longs
poils feu qui parsèment les côtés et parties latérales de l'arrière train
doivent être disposés régulièrement,
mais ne jamais atteindre la zone dorsale. En
fait, il n'y a pas de
problèmes de ce côté, alors que chez le
noir argenté (silverfox)
les poils blancs que l'on trouve
sur le dos sont dus à
l'argenture, ce qui est fondamentalement
différent, et une grave faute chez cette race. Le
Noir et Feu pécherait
plutôt par une insuffisance de ces
longs poils feu, ce qui est
un défaut.
-
Concilier tous ces impératifs de teinte chez le même
animal est presque une
gageure, car, selon l'expression de
F.Schaedtler, c'est toujours
la lutte entre le noir et le feu.
Ainsi, voir ensemble des
narines bien délimitées, une poitrine
pleinement feu et des pattes antérieures bien noires dans leur face de
présentation, est certes une joie à contempler,
ainsi que l'écrit Howden,
mais réclame une sélection particulièrement
rigoureuse. Selon les pays, certains caractères
sont plus ou moins perfectionnés, du reste. Les Hollandais
ont travaillé particulièrement la couleur, et c'est
dans ce pays que j'ai vu le
meilleur feu. Ceci est tellement
vrai qu'après la deuxième guerre mondiale, les Anglais,
pourtant grands spécialistes de la race, ont importé
des animaux venant de
Hollande. Ce fut une révélation
pour les fanciers qui se
ruèrent pour les introduire dans
leur clapier. Par, contre,
le type est beaucoup moins travaillé
aux Pays-Bas qu'en Suisse, par exemple, où les
Noir et Feu sont
particulièrement bien conformés, quoique
un peu lourds, et moins bien teintés.
-
La
couleur définitive de l'animal ne se manifeste pas immédiatement dans le jeune
âge. Les parties noires, notamment,
ne sont pas nettes, mais barbouillées. L'intensité
du feu varie aussi pour n'atteindre sa plénitude qu'à
partir de l'âge adulte. Le
développement progressif varie
d'un individu à l'autre.
L'épuration des teintes marche
généralement de pair avec
les mues successives lors de
la croissance. « Soyons patients et attendons l'oeuvre de
la mue avant
de trier » écrivait déjà Meslay au début de
ce siècle. En fait,
l'éleveur spécialiste qui suit régulièrement l'évolution de ses lapereaux a
des points de repaire
qui ne le trompent pas. Il en est ainsi pour presque toutes
les races, qu'il faut apprendre à élever
!
-
Citons
très rapidement pour terminer les autres variétés répandues de ce lapin. Le
Havane ou chocolat d'une
riche tonalité. Le Bleu dit « médium » chez lequel on recherche
également une richesse du bleu plus qu'une tonalité
déterminée. Souvent, comme pour toutes les teintes
diluées le feu d'un Bleu
est nettement moins soutenu que chez un Noir.
|