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PARASITES DE LA PEAU ET DES POILS DES LAPINS DE CONCOURS Par S. BOUCHER
Pdt Délégué de la FFC chargé des affaires scientifiques et
sanitaires
La
gale des oreilles ou otacariose (gale psoroptique)
:
très fréquente mais se soigne
très bien.
Elle est à l'origine de troubles du comportement. Le parasite responsable
est un acarien
:
Psoroptes cuniculi. A
l'aide de ses
pièces buccales, il détruit les couches épidermiques et provoque une
inflammation et une exsudation du tégument du pavillon auriculaire. Le premier
symptôme est un prurit intense (le lapin se gratte
l'oreille). La palpation à
la base de l'oreille est douloureuse. Le fond du cornet
auditif contient une matière
molle brun jaune disposée en feuillets. Au bout de
quelques jours d'évolution,
l'oreille entière peut être gagnée. Le prurit permanent et violent entraîne
parfois la formation d'othématomes, les croûtes étant alors arrachées et
laissent voir un tégument sanguinolent. L'otacariose induit rarement une otite
moyenne ou interne à l'origine d'un torticolis mais ce n'est pas impossible.
Une
surinfection bactérienne (pasteurelles en général) peut provoquer un syndrome
vestibulaire.
Enfin, une extension est possible sur la base des oreilles, du cou et de
la tête..
Le diagnostic est facile pour la gale des oreilles (croûtes en feuillets), plus difficile pour les gales de la peau. On procède alors à un raclage de la peau et on observe le produit de raclage dans du chlorate de lactophénol. On voit alors très bien les parasites, des cellules épithéliales et des cellules inflammatoires. Un otoscope muni d'une loupe permet de mettre en évidence les psoroptes. Le traitement soulagera l'animal grâce à un nettoyage soigné des croûtes qui seront préalablement ramollies avec une solution huileuse minérale. Les croûtelles seront enlevées à l'aide d'une curette ou d'une pince. On instillera ensuite des acaricides dans les deux oreilles (amitraz à 0,5% dans propylène glycol et eau (V/V), organophosphorés, roténones, lindane) deux fois par semaine durant trois semaines. Ces traitements seront bannis si les croûtes ont fait place à une zone écorchée (risque de passage par voie générale et intoxication). On préférera alors deux injections d'ivermectine à 0,2 mg/Kg PV (ou en pour on) ou par l'utilisation de fipronil dans l'oreille. Il faut aussi assainir le milieu de vie. Tous les lapins sont à traiter dans un même clapier. Attention, cette maladie est contagieuse et un lapin « galeux » exposé doit être mis à l'infirmerie et traité sur le champ. En outre, de façon temporaire, les gales peuvent infecter l'Homme occasionnant un prurigo galeux.
Cheyletiella parasitovorax est un petit acarien qui se loge souvent en arrière du cou. Il provoque la chute des poils suite à l'abrasion de la couche cornée de la peau. Le lapin fabrique alors de nombreuses squames. Il arrive que le parasite s'enfonce dans les couches kératinisées de la peau pour y former des poches ou des pseudo tunnels. Sa durée de vie est de 5 semaines. Les lésions se situent entre les épaules et parfois sur l'abdomen. Le prurit est discret (moins important que pour les gales) mais on note une alopécie, des croûtes gris blanchâtre légèrement onctueuses recouvrant un tégument rouge et douloureux. Le diagnostic est rapide. Il suffit de brosser énergiquement le lapin avec une brosse à dents sur une feuille de papier et d'écouter attentivement. Les petits parasites déposés sur la feuille grattent le papier et font un petit bruit caractéristique. Il suffit alors de les observer au microscope pour les identifier plus sûrement. Un test dit "scotch test" peut être réalisé. On pose un morceau de ruban adhésif sur la peau du lapin et on retire ainsi les parasites collés. Un raclage cutané peut éventuellement être réalisé. Le traitement se fera par l'administration d'ivermectine ou d'amitraz. On veillera à nettoyer le milieu extérieur et à distribuer un antiparasitaire car les cheyletiella restent présentes durant plusieurs semaines. Le traitement de l'environnement se fera pendant 6 semaines. Les cheyletielles peuvent provoques une anthropozoonose (dermatite eczematiforme sur différentes parties du corps si contact étroit avec les animaux malades ou porteurs sains).
Contrairement à ce qu'on pourrait croire, ils sont extrêmement fréquents dans les expositions. Comme ils se voient peu à l'oeil nu, le juge n'en fait souvent pas mention. Toutefois, indirectement, les fourrures contaminées sont ternes et le lapin perd quelques points pour cela. On le retrouve essentiellement sur les poils du dos, de la croupe et de la région inguinale. Listrophorus gibus, c'est le nom du "poux du lapin". Il est très souvent associé à des petits parasites de la peau « Cheyletiella parasitovorax » (voir plus haut).Le traitement se fait en éliminant la paille et en pulvérisant le lapin avec un insecticide adapté.
Trombicula automnalis ou aoûtat provoque un prurit intense. Il se fixe dans la peau avec ses chélicères, notamment dans et sur les pavillons auriculaires, le tour des yeux, des pattes, de l'anus. La transmission se fait après contact avec des végétaux. On note alors de petits points orangés sur des lapins ayant séjourné sur des pelouses contaminées. Les autres animaux de la maison et l'Homme peuvent se contaminer au même endroit.
Un très grand nombre d'espèces existe parmi les genres Ixodes, Haemaphysalis, hipicephalus, Dermacentor. Les tiques sont faciles à voir. Elles provoquent des piqûres qui peuvent irriter et provoquer un prurit suivi de la formation d'un nodule érythémateux qui s'ulcère parfois. Elles ont une action spoliatrice et anémiante. En outre, elles peuvent être le vecteur de maladies comme la tularémie. Les tiques doivent donc être retirées. On les "endort" avec un coton imbibé d'éther et on les retire en tirant dans le sens d'implantation du rostre, à 30° de la peau environ. Tirer perpendiculairement reviendrait à casser le rostre et à le laisser dans la peau
Il en existe plusieurs mais deux sont souvent retrouvées : Microsporum canis et Trichophyton mentagrophytes (la plus fréquente). Trichophyton quinckeanum, Trichophyton verrucosum ou Microsporum gypseum peuvent exceptionnellement contaminer le lapin. Les sources de contamination sont le contact d'autres sujets infectés (lapins ou autre animal) ou la présence de poils de duvet contaminés par des spores. Ces spores peuvent aussi contaminer l'aliment, la paille, le foin, le matériel. Le sol peut être suspecté lors d'infection à M. gypseum. Les lapins jeunes sont les plus sensibles (entre 3 semaines et 1,5 mois) et le milieu de vie compte beaucoup (chaud et humide). La fin de l'année est une période de recrudescence classique. Ces champignons de la peau se développent bien en milieu humide. C'est d'ailleurs autour de la bouche, des yeux, des organes génitaux, des pattes ou des oreilles qu'on les voit le plus. On note parfois une extension à tout le corps avec T mentagrophytes. Ils provoquent des dépilations généralement circulaires ou irrégulières, rosées, rarement infectées couvertes de petites squames blanches parfois écailleuses. Une forme de teigne dite « tondante » rend les poils cassants un peu partout sur le corps du lapin qui apparaît alors quasiment nu. Un prurit est parfois noté. Il est très net chez l'Homme. Le diagnostic se fait par culture des poils prélevés sur le pourtour des lésions. L'examen des poils éclaircis dans du chlorallactophénol et des croûtes dans une solution de KOH à 10% permet de voir parfois des structures fongiques. Seule la culture sur milieu de Sabouraud additionné d'antibiotique est fiable. L'usage de la lampe de Wood peut être utile sur M. canis qui est parfois fluorescente. T. mentagrophytes, la plus fréquente, n'est pas fluorescente. Des "faux négatifs" peuvent donc être trouvés si l'on utilise cette seule méthode de diagnostic. En élevage, pour noter la contamination, on place des boîtes de Petri avec gélose Sabouraud, antibiotique et actidione ouvertes pendant 30 mn et on les place ensuite en culture, 30j à 25°C. Le traitement là encore implique la décontamination du local, le traitement des tous les sujets et de la persévérance. On utilise divers antifongiques locaux ou alimentaires (énilconazole, soufre, griseofulvine). Une légère immunité de réinfection existe. C'est une maladie qui se transmet à l'Homme d'où l'extrême prudence du juge qui doit sans regret envoyer l'animal à l'infirmerie. Il est souhaitable de le transporter avec des gants et de se laver les mains. Les habits seront placés dans la lessive.
Il arrive qu'on retrouve des Candida sur des lésions de la peau des lapins. Le pouvoir pathogène primaire est mal défini. En général, les candida sont retrouvées sur des lésions déjà contaminées par des teignes. Un dépôt blanc jaunâtre recouvre alors la peau par ailleurs sans poils.
Haemodipsus ventricosus est le seul pou parasite du lapin. C'est un anoploure ou pou piqueur pouvant créer une anémie par ingestion massive de sang. La phtiriose (ou pédiculose) se traduit par un prurit intense et la présence de fines exfoliations épidermiques. Les squames évoquent du son très fin. L'animal fortement infesté est émacié, anémié, son état général est faible. On utilise pour lutter contre ce type de pou un insecticide (pyréthrines, organophosphorés, carbamates). On traite deux fois à 10 jours d'intervalle.
On retrouve très fréquemment des aphaniptères sur les lapins de garenne. Elles sont rarissimes sur les lapins de concours. J'en ai vu une seule fois sur un animal qui s'était échappé et avait habité dans un terrier quelques temps. On la retrouve surtout sur la nuque et les oreilles, là où les poils sont peu nombreux et où la puce peut piquer pour prélever du sang. Les neufs sont pondus (environ 500 par ponte) en paquets d'une vingtaine. Ils sont ovales, blanc perlé et mesurent environ 0,5 mm de long. Les larves naissent au bout de 2 à 3 jours (selon température et humidité optimales ou non de 25°C et 80%). Le cycle de développement de cette puce est lié aux phases de reproduction du lapin (la puce absorbe les hormones femelle de la lapine gestante pour les utiliser pour elle-même). De ce fait, c'est surtout les femelles et les jeunes au nid qui sont contaminés. La piqûre entraîne un prurit et une intolérance accompagnée de lésions de la peau (alopécie, érythème). Une infection bactérienne peut se joindre. Le lapin peut être un hôte temporaire pour les puces des chiens et des chats (Ctenocephalides canis et felis). Seule Spilopsyllus cuniculi est une puce réellement parasite du lapin mais les puces des carnivores, bien que temporaires, sont plus fréquentes sur les lapins de compagnie que Spillopsyllus. La pullicose (vraie ou temporaire) du lapin se traite comme celles des carnivores avec des insecticides (environnement et animal).
Les moustiques, les simulies (petites mouches noires), insectes piqueurs peuvent piquer le lapin et éventuellement transmettre des maladies comme la myxomatose ou provoquer des lésions papuleuses (petit bouton). Certains cas de myase sont décrits dans la littérature américaine (infestation de la peau par des larves de diptères du genre Cuterebra qui ont une vie adulte très courte et peuvent parfois migrer dans les organes plus profonds). Le traitement est chirurgical. Préventivement, on distribuera un insecticide larvicide sur les sols du bâtiment (néporex, Stomophos, Baycidal...) et on mettra sur les murs un insecticide adulticide (Alfacron, Solfac, Tugon...). Le nettoyage régulier des déjections est le meilleur moyen de lutter contre les insectes. Les larves on en effet besoin d'oxygène et d'eau pour se développer. Elles se retrouvent donc essentiellement dans les couches supérieures des tas de fumiers ou des fosses.
BOUCHER S. NOUAILLE L., 1996. Manuel pratique des maladies des lapins. France Agricole éd., Paris, 256p. BOUCHER S. THEBAULT RG., PLASSIART G., VRILLON JL., ROCHAMBEAU H De. 1996. Phenotypical description of hairless rabbits appeared in three different herds. 6th World Rabbit Congress, Toulouse,Vol 1 333 - 338 BOUCHER S., 1997. La thérapeutique chez les rongeurs et lagomorphes. In Cours de base du GENAC Arcachon. BOUCHER S. 1999. Affections cutanées chez le lapin de compagnie. Point Vétérinaire, vol 30 N° spécial « Nouveaux animaux de compagnie ». BUSSIERAS F., 1989. Les teignes du lapin étude épidémiologique en France. Th. Doct. Vét. Toulouse N°89 |