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UN PEU D'HISTOIRE...
Extrait
de : "Les races de lapins" par Eugene MESLAY, Avocat, 1900.
LE LAPIN NOIR ET FEU
Noms
Lapin
noir et feu, lapin du Derbyshire
Introduction en
France
Dans son traité, " élevage pratique du lapin
domestique", paru en 1892, M René B. d' Haute -Claire, citant M.
Megnin, signale le Noir et Feu " cultivé en Angleterre, où il jouit de la faveur
des amateurs. Ce lapin est évidemment proche parent du Hollandais, car ses
couleurs sont distribuées de la même manière, mais la couleur feu remplace le
blanc." En 1893, le directeur de l'Eleveur, corrigeant l'erreur qu'il
avait précédemment commise et qu'avait reproduite M. d 'Haute - Claire, donne
une nouvelle description des Noir et Feu et leur consacre une courte notice,
mais sincèrement forte incomplète.
Les ouvrages de Madame de Boislandry et de Monsieur de
Foucault ignorent complètement les Noir et Feu. De fait, si, d'après des
traductions anglaises plus ou moins exactes, il avait été connu de l'Eleveur
et de Monsieur d'Haute-Claire, le "black and tan" n'avait point encore été
introduit en France. Nous nous souvenons, en effet, que dans le but de nous
procurer un couple de ces lapins, nous fimes paraître dans les journaux spéciaux
de fréquentes annonces et adressâmes maintes demandes aux éleveurs les plus
réputés; mais nos recherches demeurèrent infructueuses; aucunes propositions
d'achat ne nous parvînt et même les cuniculteurs nous répondirent qu'ils ne
connaissaient pas ', l'animal", que nous voulions acquérir. Nous dûmes donc le
faire venir directement de son pays d'origine, et ce fut un des amateurs les
plus distingué d'Angleterre, Monsieur T. H. Furness, de Chesterfield
(Derbyshire) qui nous nous procura notre premier couple. Cette fois, le Noir et
Feu pénétrait réellement chez nous; aussi, sans trop élever de prétentions, nous
croyons pouvoir nous dire le premier importateur en France de cette
nouvelle variété. Ce fut au concours agricole général de Caen, 26 mai - 3 juin
1894, que pour la première fois nous exposâmes un couple de Noir et Feu-, ils ne
furent point récompensés; il est vrai, mais la revue avicole les signala
comme "nouveauté".
A la 3ème Exposition Internationale de la Société Nationale
d'Aviculture de France (8-11 novembre 1894) un mâle et une femelle, présentés
dans la classe "Communs" obtinrent deux prix supplémentaires, et la revue
avicole disait : "parmi les nombreux sujets exposés, on en remarquait qui
n'ont pas du encore, nous semble t il, paraître dans les expositions. Je citerai
deux lots de lapins Noir et Feu (mâle et femelle), curieux et forts originaux,
par les dispositions de couleur de leur robe, mais dont l'origine n'est pas
encore bien définie. Ils paraissent par leur forme, leur attitude et leur
grosseur, être des lapins de garenne étrangers ou procéder du lapin de garenne.
A la Société des Aviculteurs du Nord, 3ème Exposition Internationale,
(26 - 28 Janvier 1895) , nous avions la satisfaction de nous voir décerner un
prix d'honneur et deux premiers prix, et voici comment Chasse et pêche, sous
la signature de son directeur, appréciait les Noir et Feu : "Nous avons
passé les lapins ; cette section a trop d'importance à Lille pour que nous la
traitions séparément. Signalons cependant les Noir et Feu de M Meslay... Dans
les autres races non mentionnées, nous trouvons, ou plutôt saut aux yeux la
perle de l'Exposition, section des quadrupèdes : un mâle et une femelle Noir et
Feu, le " black and tan " des lapins, exposés par M Eugène Meslay, château de
Sourdeval-la-Barre (Manche). C'est très distingué aussi nous sommes nous
empressé de décerner un premier prix à chacun d'eux et le prix d'honneur à la
femelle dont les marques de feu plus brunes tranchent davantage sur la robe noir
jais. C'est après le brabançon nain (dutch rabbit) la dernière nouveauté
d'Angleterre sur le continent. Dans le tas de lettres auxquelles nous n'avons
pas encore trouvé le temps de répondre, doit s'en trouver une d'un propriétaire
nos voisins qui demandent notre avis sur un croisement de lapin de garenne et de
lapin de argenté pour être lâché dans ses chasses. Des éleveurs nous affirmé que
cette combinaison ne donne rien de spéciale. Mais le "Noir et Feu" est tout
trouvé. Celui ci serait une variété venue spontanément chez. des lapins sauvages
sur une propriété en Angleterre. Rien ne serait plus distingué pour un
propriétaire de chasse que de pouvoir, le premier, donner à ses invités
l'occasion de se procurer, à coups de fusil, une doublure de pelisse de haute
nouveauté."
(Chasse et Pêche, 3 février 1895)
Le mentor agricole
trouvait les Noir et Feu de charmants petits
lapins. L e type en est bien fixé et se reproduit fidèlement (24 février 1895).
De son coté, la Revue Avicole disait : "Il avait une lot qui faisait
l'admiration des visiteurs, le lapin Noir et Feu ; il est à peu près de même
grosseur qu'un gros lapin Russe mais reproduiront ils comme eux ?', ( 3 février
1895). Et L'Eleveur ajoutait : "Dans cette classe nous remarquons les
jolis "black and tan", nouveauté créée par les Anglais." (17 mars 1895)
Tel fut l'accueil fait par la presse au lapin Noir et Feu à
son arrivée en France. De là, il gagnait la Belgique, Exposition de Liège, 13-15
juillet 1895. ( ... ) Successivement présenté à Gand, à Bruxelles, etc, exporté
par nous en Hollande, en Suisse, en Italie, en Allemagne, en Espagne, en
Roumanie, etc partout il était reçu avec un enthousiasme sans cesse grandissant.
La race nouvelle se répandait bientôt partout et devenait même une des plus
populaires. Après avoir introduit le Noir et Feu il fallait, succès oblige, le
faire connaître ; aussi en 1896, plubliâmes-nous dans ce but, la traduction
d'une étude de Madame Marie Williams, dont l'autorité en matière d'élevage de
Noir et Feu est incontestée en Angleterre : The black and tan rabbit, by
Mrs Mary Williams (extrait du Bazaar, 17 décembre 1894-18 février 1895).
Depuis, dans le Fur and Feather, Madame Williams a publié une seconde
étude quelque peu différente de celle du Bazaar. Le Fur and Feather
au cour de ces dernières années, a donné de nombreux articles émanant des
principaux amateurs de Noir et Feu : Messieurs E. P. Goodyear (30 juillet 1896);
T. H. Furness (13 février 1896) ; T. G. Barrow (3 décembre 1896) ; Wilson (24
décembre 1896) ; W. T. Walton, Président du British Black and Tan rabbit club
(31 décembre 1896) ; A. Chambers (Black and Tan, how to breed, feed and
exhibit, 11 -25 février 1897).
C'est à l'aide de ces documents auxquels nous joindrons nos
remarques personnelles, résultat d'un élevage continu de plus de 6 années, que
nous essaierons de décrire le Noir et Feu.
Origine
C'est de 1887 que date la création de la race du lapin Noir
et Feu. Dans une ancienne maison du Derbyshire et dans une garenne de lapins
Argentés à demi-sauvages, le hasard fit naître un lapin dont le poils était
exactement de la couleur de celui du terrier Noir et Feu... (M Megnin, Le
Lapin, p 45)
La seule espèce de lapin Noir et Feu connue il y 4 ou 5 ans
était le petit type qui pris naissance sur la propriété de M Cox, de Brailsford
près Derby. Il y a une dizaine d'années (1887), ce gentleman, à titre d'essai
lâcha une grand nombre de lapin de différentes races sur ses domaines, et, d'un
croisement inconnu, dont l'un des facteurs fut, selon toute probabilité, un
lapin sauvage, naquirent les premiers Noir et Feu.
Lorsque je commençai l'élevage de ces lapins, c'étaient des
animaux assurément peu intéressant, et cependant depuis 5 ans déjà, on essayait
de les améliorer en les faisant reproduire directement entre eux et en les
croisant avec des lapins sauvages en captivité. La couleur noire de la robe
était bonne, le lapin, un joli petit animal bien éveillé, mais la nuance feu
était aspect vraiment déconcertant ; les marques existaient bien autour des yeux
, sur les bords de la mâchoire inférieure, derrière les oreilles en forme de V
ou triangle, sur les pattes de derrière, sur la poitrine, elles étaient plutôt
crème ou gris brun que réellement couleur feu.
Après la découverte des petits types, d'habiles éleveurs de
Cheltenham et des environs se réunirent et se communiquèrent leurs observations.
Après entente préalable, ils résolurent, à titre d'expérience, de croiser les
Noir et Feu avec d'autres variétés, persuader qu'ils arriveraient à
perfectionner ainsi la race. Ce ne fut pas l'oeuvre d'un jour, et comment même
cette amélioration fut elle obtenue, on ne l'a jamais su très exactement : il y
a eu à ce sujet force discussions. Il suffit de dire qu'un lapin nouveau,
puissant rival du petit type, fut produit il attira aussitôt l'attention des
amateurs, car il possédait les conditions qu'ils recherchaient : il était doux,
tranquille, familier, excellent pour la table, orné enfin, à un degrés bien
supérieur, de toutes les qualités maîtresses du lapin Noir et Feu originaire...
Il résulte bien de ces textes, de Madame Williams que, pour
elle, le type connu tout d'abords fut le petit type, issus en 1887, chez M. Cox,
de Brailsford ; que ce ne fut qu'après sa découverte et par son alliance avec
d'autres variétés qu'apparut le grand type de Cheltenham ; qu'en conséquence, ce
second type ne fut qu'une amélioration, un perfectionnement du premier. Cette
opinion de Madame Williams, nous paraît confirmée par M A. Chambers : " j'avoue
être mal renseigné sur l'origine du Noir et Feu, mais si j'en crois tout ce qui
a été écrit à ce sujet, ils seraient provenus d'une variété sauvage portant le
même nom mais il n'y a que peu d'années qu'ils sont tels que nous les voyons aux
expositions". N'est-il pas évident que la variété sauvage est le type primitif
de Brailsford, et les spécimen d'expositions, le type amélioré de Cheltenham ?
Dans sa seconde étude, Madame Williams est beaucoup moins
affirmative l'origine du Noir et Feu est, dit-elle, restée fort obscure malgré
les nombreuses discussions auxquelles elle a donné lieu. Ce qui est certain,
c'est que, dès le début, cette race compris deux types: (et notons que
Madame Williams, renversant l'ordre chronologique par elle précédemment adopté,
le cite le premier) l'un, le grand type, pris naissance à ou près de Cheltenham,
et provenait de lapins domestiques ; l'autre, le petit type, fût découvert à
Brailsford et comptait parmi ses auteurs le lapin de garenne. (Mme Williams,
2ème Edition)
Que le petit type descende du garenne, rien ne paraît plus
certain: le caractère sauvage et timide des petits Noir et Feu en est bien la
preuve, mais vouloir faire dériver nos modernes Noir et Feu d'une telle source,
leur accorder même une telle parenté, serait assurément commettre une erreur.
( Fur and Feather 1897)
Faut-il conclure que le petit n'aurait pas servi à la
création du grand, que l'un et l'autre auraient eu une origine indépendante,
distincte, quoique pour ainsi dire simultanée ?
Écoutons encore Chasse et Pêche : " le dernier lapin à
la mode est le Noir et Feu... En Angleterre, il s'en trouve déjà des petits, des
moyens et des grands. Il n'y a pas encore été parlé des géants, mais tout
arrive...
Est-ce à dire que le lapin Noir et Feu n'est pas existé avant
les dix dernières années, n'y ailleurs qu'en Angleterre ? Les Noir et Feu et les
Bleu et Feu n'avaient pas encore été remarqués ni mis à la mode en Angleterre,
mais ils ont existé depuis longtemps chez nous, et la preuve, c'est qu'aux
expositions, de Gand et de Bruxelles, nous avons décerné un premier prix à un
lapin géant bleu marqué de feu inscrit dans la classe des bleu zain. Mâle, 1782,
à Monsieur Everaerte ". (Chasse et Pêche 1895-96)
Glissons sur ces opinions, mais concluons avec Madame
Williams : "Qu'elle qu'ait été son origine, il devint bientôt certain que le
"black and tan" n'était pas une variété passagère, accidentelle, mais
qu'elle était fixe et capable de se reproduire avec fidélité. "Il n'est pas
douteux que le lapin de garenne n'est servi à la création du lapin Noir et Feu
petit type.(...Si nous possédons un des élément du croisement, quel fut l'autre
?)
Dans une garenne de lapins "argentés" à demi-sauvages, le
hasard fit naître un lapin dont le poils était exactement de la couleur de celui
du terrier Noir et Feu. On s'empressa d'en tirer souche et, par la sélection, de
créer une race, ce à quoi on parvient facilement mais comme dans sa descendance,
il se trouva des sujets dont la tête était marquée comme celle du lapin "hollandais",
il est permis de croire que celui ci en est un parent éloigné. ( M Megnin)
Les variétés de M. Cox étaient toutes de petites tailles avec
des oreilles courtes et droites c'était les "hollandais" et les "argentés" de
toute nuance et aussi des lapins de garenne de couleur fauve... Les Noir et Feu
se reproduisent avec une rare fidélité, malgré tout, cependant, on rencontre
parfois dans leur portée des petits qui ont une liste en tête comme le "hollandais"
; chez d'autres, la couleur noire est mélangée de poils gris ou blancs qui
rappellent "l'argenté" ; d'autres enfin naissent complètement feu ou plutôt
fauves, tout comme les premiers lapins lâchés dans la garenne. ( F. and F. 1897)
Donc, le lapin de garenne, le Hollandais et l'Argenté
auraient servi à la production du Noir et Feu.
Envisageons maintenant le type de Cheltenham et considérons
le seulement comme un perfectionnement du type de Brailsford. Quels seront les
procédés d'amélioration ?
Les
expériences sont nombreuses; on appelle d'abord le Hollandais et l'Argenté eux
mêmes
1) le Hollandais. ils essayèrent de trouver le croisement au
moyen duquel ils pourraient améliorer cette race, et voulant montrer les
résultats que donnait l'alliance du petit type avec le Hollandais formèrent le
B. and T. R. C." (Madame Williams 2de étude)
On croisa le Noir et Feu avec le Hollandais, particulièrement
avec les variétés fauves, jaunes, écaille de tortue.
( F. and F. 1897)
2) L'Argenté. " fauves, bruns et gris furent essayés; le type
devenait meilleur, le feu plus brillant, mais la couleur noire était à tout
jamais perdue, car elle se parsemait de poils blancs qui, malgré des croisements
et des recroisements répétés avec le type primitif, se refusaient à disparaître.
(F. and F).
Puis on a recours:
3) Au belgian Hare ici, le gain est sérieux, car la
couleur feu devient excellente... Le feu est intense, abondant, trop même, car
il envahit la couleur noire. Mais pas de gain sans perte: le type est modifié,
les formes deviennent longues, le poids exagéré, les oreilles démesurées. (F.
and F.)
4) Au lapin tout feu, et par là nous entendons parier de ce
lapin de couleur fauve que l'on rencontre parfois dans les nichées de Noir et
Feu...
Contrairement à une opinion trop répandue, ils n'augmente pas
la couleur feu, mais il perfectionne le type et lui donne des formes ramassées,
trapues, un poids moyen et des oreilles courtes.
Lièvre belge pour produire la couleur, lapin tout feu pour
assurer le type, tels sont, à mon avis, les deux éléments qui, combinés, ont le
plus contribué au perfectionnement du Noir et Feu.
Les Clubs
En Angleterre "deux clubs se sont fondés pour veiller à la
propagation et à l'amélioration des Noirs et Feu : le Black and Tan,
d'abord connu sous le nom de Club National et le British Black and Tan
Club." (Mme Williams, 3) Le premier, dont la création remonte à 1890, se
forme tout d'abord pour favoriser exclusivement le développement du type
Brailsford : Il préconise l'élevage en consanguinité, l'in and l'in breeding, et
prohibe le croisement du petit Noir et Feu avec d'autres races.
Ce programme assez exclusif est bientôt modifié. En présence des résultats
obtenus par le B. B. and T. R. C., il s'occupe aussi du type de Cheltenham et
admet un nouveau type de Noir et Feu qu'il appelle grand, sans doute pour n'être
point entièrement d'accord avec son rival. Pour lui, le moyen type n'existe pas
ou, tout au moins, il rejette cette dénomination." ( Mme Williams, p.4) Cette
atteinte portée au but primitif qu'il s'était tracé ne paraît pas avoir été
profitable au Club national. La concorde ne semble pas régner dans son sein, les
discussions éclatent, les membres désertent et gagnent le camp opposé, le club
s'affaiblit, se meurt et bientôt n'existe plus qu'à l'état de souvenir. Avec lui
disparaît le grand type, et si le petit subsiste encore il n'aura bientôt plus
aux expositions aucune chance de succès. Le second, le British Black and Tan
Club, est formé par les partisans du type de Cheltenham : à l'encontre du
Club national, ses membres, the Britishers, conseillent le croisement des
Noir et Feu avec d'autres variétés, convaincus qu'ils parviendront ainsi à
perfectionner la race et ils arrivent ainsi à créer un type intermédiaire qu'ils
qualifient de "moyen". L'histoire de ces clubs peut ne présenter pour nous qu'un
médiocre intérêt, mais il n'en était pas de même en Angleterre. ".... La
question des deux clubs est quelque peu compliquée, mais il est inutile qu'un
amateur s'occupe de l'élevage des Noirs et Feu et les envoie aux expositions,
s'il ne connaît les règlements qu'on lui impose et les exigences auxquelles il
doit satisfaire ; autrement, c'est en vain qu'il exposa des sujets, fussent-ils
même de premier choix, il n'obtiendra aucune récompense, pas même de mention."
(Mme Williams, p.4)
En effet, nous avons été amené à reconnaître trois types, le petit, le moyen et
le grand, la différence principale consistait dans le poids : un sujet moyen ne
devait jamais excéder cinq livres (2 kil. 267) ; le lapin était-il d'un poids
supérieur, il devenait grand type. Quand au petit, il devait peser le moins
possible ; il différait, d'ailleurs, des deux autres, ainsi que nous le verrons
dans le cours de cette étude, par des caractères moraux absolument tranchés.
Ceci dit, il est bien évidement qu'il est inutile de présenter un type moyen aux
expositions régies par le Club national, puisque ce club ne reconnaissait que
les petits et les grands Noir et Feu, et, réciproquement, petits et grands
étaient assurés d'un échec s'ils osaient se présenter dans la classe ouverte par
le B.B. & T R. C. qui n'admettait que le type moyen.
Mais le temps marche: Au fur et à
mesure que le Club national s'affaiblit et voit le nombre de ses membres
décroître, le British Black and Tan Club se fortifie et ses affiliés
deviennent de plus en plus nombreux. En même temps, les types divers de Noir et
Feu suivent les phases d'insuccès ou de succès des clubs qui ont adoptés :
partant, le petit et le grand type se voient rapidement retirer leur crédit,
alors que le moyen conserve seul la confiance des amateurs. Moyen type, bientôt
même la qualification de "moyen" disparaît et est remplacée par l'appellation
nouvelle de "moderne", Black and Tan, puis "moderne" même est supprimé :
le lapin de nos jours se nomme tout simplement le Noir et Feu, tant le souvenir
des petits et des grands est effacé ! Cette suppression des divers types était
déjà désirée par Mme Williams. " En général, on attache beaucoup trop
d'importance à la différence qui existe entre les types, au moins entre moyens
et grands ; suivant mon humble opinion, plus tôt la question de poids sera
écartée, plus l'élevage des Noirs et Feu en retirera de profit .......... Ce
désir est réalisé : " Vous rappelez-vous les jours où les Noirs et Feu se
divisaient en trois types et comment, pour me servir d'un terme sportif, le type
moyen gagna tout juste d'une tête ; vous ne souhaitez pas, je l'espère, que ce
temps revienne et que de nouveaux conflits surgissent ..." ( A. Chambers.(F. F.
1895, 15 décembre ).
A l'heure présente, il n'existe donc au moins comme sujet
d'exposition que seul le "Noir et Feu" dont nous allons donner la description.
Caractères extérieurs
Apparence générale: Si nous
examinons le standard adopté par le B.B. and T.C. , nous lisons: shape dutch;
la forme, la conformation du noir et feu doit être exactement celle du lapin
hollandais. M. Chambers écrit le 15 décembre 1898 aux éleveurs anglais:
" Le Noir et Feu est la variété la plus nouvelle ; elle est
aussi, je ne crains pas de le dire, la plus répandue... déjà, à la plupart des
expositions, des classes spéciales lui sont ouvertes, mais quand elle concourt
encore dans la classe "variétés diverses" elle remporte sur ses concurrents
presque toujours les récompenses... mais quels progrès n'avons-nous pas
accomplis ? Avec quels pas de géants n'avons-nous pas marché dans la voie de la
perfection ? Où sont les Noir et Feu si pauvrement colorés des premiers jours ?
disparus, disparus à tout jamais... Mais si nous avons triomphé, sachons du
moins conserver nos conquêtes... l'ennemi est là qui nous guette, le péril
menace...
Mais quittons ce langage imagé et abordons franchement le
sujet.
Nous voulons parler du type, c'est à dire de la forme du Noir
et Feu. Quel a été ces dernières années le but principal des éleveurs ?
L'obtention de la couleur feu assurément, et ils l'ont obtenue; comment ? Par le
croisement avec le Belgian hare; mais qu'en est-il résulté Le type a été
transformé: insensiblement, le poids est devenu plus grand, les formes plus
longues, les oreilles se sont accrues... Les sujets dont la couleur feu est la
plus brillante n'ont-ils pas absolument la conformation des Belgian hare.
Mais oui ou non avons-nous un standard ? Dit-il belgian hare shape ? Non
assurément, mais bien dutch shape . Exigeons donc que le Noir et Feu ait
les formes du hollandais, c'est à dire qu'il soit trapu, court et que son poids
n'excède pas 4.5 livres.
J'ai reçu tout récemment une lettre d'un amateur bien connu:
"je préfère, m'écrivait-il, le type à la couleur". C'est possible, mon ami, mais
il nous faut l'un et l'autre, car qu'est-ce qu'un noir et feu qui ne possède pas
ces deux qualités essentielles, type et couleur ? Ah ils sont rares les éleveurs
qui produisent de tels sujets, mais ceux qui les créent méritent bien qu'on leur
dise.
Tête, cou:
De
dimensions moyennes, un peu longues, mais ne pas prendre à la lettre la phrase
de M. Mégnin:" les éleveurs semblent lui avoir allongé le cou et la tête d'une
façon remarquable..."
Oreilles:
Plus elles
sont courtes plus le sujet a de valeur.
Oeil:
Plein, iris
brun foncé, regard doux, paisible.
Fanon:
"Les femelles sont sujettes, après leur seconde portée à
développer un fanon, qui tout en les rendant inaptes aux expositions ne les
empêchent cependant pas d'être utiles au clapier." (Mme Williams)
Poil:
Court,
résistant.
Poids:
"Le Noir et Feu ne doit pas peser plus de cinq livres (2,267
Kg) Mme Williams, même beaucoup moins si cela est possible. 4.5 livres (2.050
Kg) tel est le poids indiqué par M Chambers, 4.5 à 5 livres pour M. Goodyear,
mais tous les éleveurs sont d'accord pour disqualifier un sujet qui aurait
dépassé le maximum de 5 livres.
Couleur:
Le lapin noir et feu a le dos noir à reflets brillants; la
même couleur couvre la face, le dessus de la tête et les oreilles, derrière
lesquelles sur le cou, apparaît une marque éclatante de feu, luisante comme l'or:
le triangle; le ventre a la blancheur de la neige; sur les flancs, les couleurs
se marient doucement, s'estompent et se fondent en une bordure de feu. Un feu
ardent illumine la poitrine, colore le bord des joues, cercle les yeux comme
d'un large halo, éclaire les narines et veloute délicatement l'intérieur des
oreilles. Les pattes de devant sont de couleur noire, mélangée de poils feu;
celles de derrière sont comme chez le lièvre belge, feu vif sur le dessus,
lignées de noir sur les côtés; la queue, à sa partie inférieure est blanche, le
dessous des cuisses est nuancé de feu.
Toutes ces marques doivent être très brillantes et nettement
définies. M. Chambers écrit le 24 février 1898:
" Nous avons fait des progrès sensibles dans l'obtention de la couleur feu.
Aujourd'hui les marques du triangle, des narines, du tour des yeux, des oreilles
sont excellentes; les côtés sont mieux nuancés, le feu de la poitrine, plus
intense, s'étend graduellement , monte et gagne le menton; la couleur des pattes
s'obtient toujours difficilement; seule la bordure qui règne le long des joues
reste défectueuse, elle est plutôt grise que feu..."
Quant à la couleur noire, elle doit être irréprochable de
pureté, mais il arrive fréquemment qu'elle soit mélangée de poils feu sur la
face et surtout sur le dos du lapin. Le sujet est alors dit, "brindling" qui a
soulevé tant de controverses !
Le 17 novembre 1896, les membres du club anglais se
réunissaient en Assemblée Générale sous la présidence de son vice-président: une
longue discussion s'engage au sujet des noir et feu brindled . Que
faut-il penser d'un sujet, excellent à tous points de vue, mais dont la couleur
noire est parsemée de poils feu ? Il a été admis qu'il était absolument
impossible d'élever un noir et feu, dont la couleur feu fut irréprochable, sans
que sur le dos la couleur noire ne fut mélangée de poils feu... Que si parfois
on voit aux expositions des sujets de premier choix d'un feu brillant et d'un
noir intense, absolument pur de poils feu, point de doute, les poils feu ont été
arrachés...
Il est évident, dit un membre, que les cellules qui
produisent les poils feu du triangle ne sont pas strictement localisées, mais
elles se mélangent plus ou moins avec les cellules productrices des poils noirs
et ce surtout à la pointe du triangle, qui a une tendance à se prolonger tout en
s'effilant insensiblement... Le brindling est donc chose naturelle. En
conséquence, le secrétaire est prié de prévenir les juges de se conformer à la
décision du club: le brindling n'est pas un défaut.
Cette grave résolution est adoptée à l'unanimité des votants,
d'ailleurs peu nombreux, moins un; mais à peine est-elle connue que les
protestations surviennent, aussi véhémentes et nombreuses que légitimes.
C'est d'abord le Président qui réagit: "je viens de lire le
procès verbal de la réunion générale; je suis surpris qu'une telle proposition
ait été faite et je m'étonne plus encore qu'elle ait été adoptée, car elle est
contraire à tous nos travaux antérieurs; elle est le renversement de tout ce que
nous avons fait depuis deux ans ! Quel mobile a donc poussé ces membres à
modifier notre standard ? Sont ils donc encombrés de lapins brindled et
cherchent-ils ainsi à s'ouvrir un marché pour écouler leur marchandise ? Si, et
j'en ai fait l'expérience, on peut élever des noir et feu, exempts de tout
défaut, avec une couleur noire excellente, mais il faut prendre toutes les
précautions et ne négliger aucun détail; attachez-vous surtout au pedigree de
vos reproducteurs, car ce ne sont pas toujours les lauréats de concours qui
produisent les meilleurs sujets... " MM. Wilson ajoutent de leur côté: si la
décision du 17 novembre 1896, devait être maintenue, l'éleveur n'aurait plus
qu'à changer le but qu'il se proposait d'atteindre. Négligeant la couleur noire,
il devrait tendre exclusivement à l'obtention de la couleur feu; mais bientôt,
le black and tan aurait vécu, disparaissant devant le brindle and tan.
" Est-il possible qu'une demi-douzaine de membres aient osé endosser une
pareille responsabilité ? La majorité de nos Britishers est loin, soyez-en
sûrs, de partager cette opinion, et ceux-là mêmes qui l'ont émise reconnaîtront
bientôt leur erreur (M.M. Wilson 1896)
Quel fut
l'effet de ces protestations ?
M. Chambers nous l'indique: " Je dois constater que le
brindling disparaît lentement, mais sûrement, et ce n'est pas tant pis, car
quoi de plus disgracieux qu'un black and tan brindled
Exposants et juges l'ont enfin compris ... Encore quelques
progrès à accomplir et le brindling tombera entièrement dans l'oubli...
Défauts
l/ Forme longue, effilée
2/ Oreilles longues
3/ Poids
excédant cinq livre (2 Kg 267)
4/ Couleur feu pâle se rapprochant du gris
5/ Couleur noire avec teintes rousses
6/ Couleur
noire mélangée de poils blancs
7/ Couleur
noire mélangée de poils feu, brindling
8/ Marque du pouce, ... "malheur donc à l'exposant dont le
sujet, parfait sous tous les autres points, a la partie supérieur des pattes de
derrière maculée par une tache blanchâtre, communément appelée marque du pouce,
alors qu'elle devrait être d'un feu vif. " (Mme Williams)
Caractères moraux
l/
Type actuel.
Mme Williams: " Le lapin noir et feu est un animal gracieux, doux, intelligent;
si on le traite avec douceur il s'apprivoise très facilement Règle générale, les
mâles sont plus familiers que les femelles. "
Cette race est, dit-on, de santé délicate: assurément, le
lapin feu est sujet à prendre froid, et si l'on n'y porte remède,
l'indisposition s'aggrave rapidement et bientôt apparaît le reniflement,
véritable maladie que je considère comme incurable, en dépit de tout ce que les
spécialistes ont écrit à ce sujet.
Quoique sensible au froid, le lapin noir et feu est cependant
de constitution robuste; ce n'est pas un mangeur délicat:, une nourriture
ordinaire lui suffit et le maintien en bonne santé.
Les femelles sont assez fécondes, mais il faut se garder d'en
faire à la fois des sujets d'exposition et de reproduction, réservées
spécialement à ce dernier usage, elles peuvent avoir trois portées par an,
quatre au plus; mais règle générale, leur fécondité après la cinquième portée
diminue notablement.
Les mâles, au contraire, doivent être conservés pour les
concours, car leur feu est ordinairement plus prononcé et leur constitution plus
vigoureuse; mais croyez-moi, si vous possédez un reproducteur d'élite, gardez-le
précieusement chez vous.
Les femelles noire et feu sont des mères excellentes; si on
les traite avec douceur, elle ne s'effarouchent pas quand on touche à leur nid.
2/ Petit
Type.
Les petits noir et feu étaient d'un caractère méchant, ne
pouvaient s'apprivoiser et mettaient leurs cases littéralement en pièces . ( ...
)
LE FEU NOIR AUJOURD'HUI
Par Philippe PONSARD, Eleveur et Juge Cunicole
Du Noir et Feu d'Eugène MESLAY, nous sommes arrivé
aujourd'hui au Feu Noir et ses deux autres variétés: le Feu Bleu et le Feu
Havane. Les qualités et les difficultés de sélection relevées en 1900 restent
d'actualité, néanmoins le niveau s'est élevé si on en juge par les photos que
nous possédons.
Sur le plan
pratique de son élevage nous pouvons dire du Feu Noir:
l/ Facilité
de saillie:
Les femelles n'acceptent pas toujours bien le mâle. Les
surcharges pondérales doivent vraiment être évitées car dans ce cas, la saillie
devient complètement impossible. Pas de problème de fertilité sauf en automne où
cela devient la parcours du combattant.
2/ Facilité
de mise bas:
Bons résultats. Les mères font de beaux nids, allaitent très
bien leurs petits. Les taux de mortalité au nid sont très faibles, voire même
exceptionnels. Les femelles même avec leurs petits sont généralement très
dociles. L'agressivité est assez rare et si elle peut exister chez une femelle
qui élève ses petits, elle disparaît très vite.
3/
Prolificité:
C'est un point faible de la race. Les portées de 7 à 8
lapereaux sont assez rares. La moyenne se situe à environ 4 lapereaux par portée.
Je pratique personnellement l'élevage en lignée et dépasse rarement 5 lapereaux
au nid.
4/ Âge de
réforme:
Femelles: 3
ans (après les performances diminuent considérablement)
Mâles: 4 ans
5/ Vitesse
de croissance:
Elle est assez faible si on
la compare aux performances des races moyennes. A quatre mois les sujets pèsent
de 2 à 2.3 Kg pour atteindre à 5 mois une fourchette de 2.4 à 2.7 Kg.
6/ Âge à l'abattage: Idéal à 5 mois pour des sujets finis
présentant 1.7 Kg de viande.
7/ Fragilité
en croissance:
Pas de problèmes particuliers à la race, les petits se
développent harmonieusement dans de bonnes conditions sanitaires.
8/ Qualité
de viande:
Très fine et
très serrée. Très beaux râbles. Très bel aspect. La chair est très goûteuse.
Très faible taux d'engraissement jusqu'à 5 mois, mais
attention après cet âge, l'embonpoint arrive très vite et déprécie la carcasse.
9/ Points
sensibles de la sélection:
La difficulté principale réside dans la délimitation des
couleurs noire et feu. Le combat entre l'envahissement du feu par rapport au
noir est perpétuel. L'intensité du feu est également difficile à obtenir et des
progrès sont encore à venir en cette matière. Il faut noter une apparition
régulière de poils blancs à tout moment et voir même couramment de mouchets
blancs. (grande cause d'élimination en exposition).
Les conformations ne doivent plus poser de problèmes
aujourd'hui. Les sujets bien conformés sont nombreux dans nos expositions. A
noter toutefois qu'il faut impérativement sélectionner les sujets courts et cela
afin de se maintenir dans la fourchette idéale de poids.
Encore beaucoup de sujets se font sanctionner sur la croupe
et cela est essentiellement dû au fait que l'éleveur a dû rationner
excessivement 2 ou 3 jours avant une exposition afin que son sujet se trouve
dans la bonne fourchette. Très rares sont les sujets qui présentent un défaut de
croupe s'ils sont nourris correctement, le problème est de maintenir au bon
poids sans rationnement excessif. ( pour cela il faut être très attentif aux
longueurs de corps)
En ce qui concerne les fourrures il faut sélectionner les
fourrures denses et souples. Il arrive quelques fois de rencontrer des fourrures
manquant nettement de densité.
A
surveiller particulièrement:
-
- l'intensité du feu, mais attention la couleur définitive
n'apparaît qu'à l'âge adulte. Le feu est toujours très pâle chez le lapereaux.
-
- la délimitation des marques et en particulier le nez, le
triangle de la nuque ainsi que la jonction entre le noir du manteau et le feu
du ventre qui doit présenter une ligne horizontale aussi parfaite que
possible. Le triangle ne doit pas être trop réduit sinon, cela provoque
l'interruption du collier.
-
Conseils aux débutants:
-
- Commencer avec des sujets parfaits en conformation. Ne
pas tolérer de défauts de croupe même léger à moins de connaître les origines.
-
- Rationner les femelles adultes sauf pendant la gestation
et l'allaitement. L'engraissement excessif chez les femelles rend les saillies
impossibles.
-
- les jeunes peuvent être alimentés à volonté jusqu'à 4
mois et demi, mais après il faut limiter les quantités en fonction de la
richesse de l'aliment et compléter avec un apport de paille et de foin.
-
- toujours sélectionner en priorité les sujets possédant un
feu intense - ne pas laisser le feu envahir les zones noires
-
- veiller
particulièrement à l'apparition des poils blancs en fonction des accouplements.
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