Fédération Française de Cuniculiculture

       

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Le classement des races

La taille est le critère retenu des races et des variétés. elle dépend de l'élongation du squelette. La poids, reflet de l'accroissement de tout ou partie des tissus, doit toujours aider à parfaire l'équilibre structural du lapin ce qui transparaît au travers de son allure constamment empreinte de puissance et de souplesse.

En fonction de leur taille, les lapins sont classés en 5 catégories:

Les grandes races

Les races moyennes

Les races à fourrure caractéristique

Les petites races

Les races naines

Estimation du cheptel français

Autres classifications possibles

Le classement des races et variétés peut s'effectuer à partir de trois critères:

la couleur, le pelage, le type

Pour réaliser la classification selon la couleur, on utilise l'appartenance à un modèle de coloration comme élément de catégorisation. On relève sept modèles de coloration dans lesquels se positionnent différents patrons de couleur:

Modèles agouti, unicolore, albinos, himalayan, argenté, panaché ou multicolore.

La classification selon le pelage permet de grouper les races et variétés sur quatre familles:

les races à pelage dit normal

les races à poils longs (angora, renard)

les races à pelage de caractère satin

les races à pelage à caractère rex

Solution également possible pour rassembler dans différents groupes les races de lapins, c'est de les classer d'après leur type. L'aspect général, la taille d'un lapin et son poids forment les coordonnées du type de l'animal.

L'aspect général se rapporte à la vision globale de toutes les parties du corps de l'animal: tronc, tête, membres formés de différents tissus (osseux, musculaires, nerveux, conjonctifs...) constituant parfois des organes à visée fonctionnelle spécialisée (poumons, intestins, foie, coeur..). Tous concourent à réaliser l'ensemble de sa constitution corporelle. Les différentes constitutions corporelles permettent de distinguer six types distincts:

type svelte, type cylindrique, type conique, type ultra convexe, type ramassé ou bréviligne, type allongé ou longiligne

 

 

Origine et Histoire du Lapin

 

JEAN ROUGEOT

 

Institut National de la Recherche Agronomique,

Laboratoire des Pelages, Toisons et Fourrures,

F‑78350 Jouy‑en‑Josas

 

... Tertii generis est, quod in Hispania nascitur, similis nostro lepori ex quadam parte, sed humile , quem cuniculum appellant

 

VARRON, De Re Rustica III, 12, 5‑6

 

 

INTRODUCTION

 

 

    Avant d'exposer ce qu'on sait sur l'origine et l'histoire du lapin, il parait nécessaire de rappeler sa place dans la classification des espèces (GRASSE et DEKEYSER, 1955), afin notamment de préciser ce qui le différencie du lièvre. En effet, la similitude de silhouette et de taille de ces deux espèces, leur caractère craintif, leur vélocité, ont conduit bien des fois à des interprétations erronées des documents : écrits, dessins, figurines,à la suite d'un examen par trop superficiel. Il en est résulté que l'histoire du lapin, déjà difficile à établir, a été ainsi embrouillée à plaisir par de malencontreuses confusions.

 

    Le nom taxonomique du lapin, le lapin de garenne ou sauvage ainsi que ses races domestiques dérivées, est Oryctolagus cuniculus Linné 1758 (du grec oruktês = fouisseur... et lagôs = lièvre !). C'est un Lagomorphe, cet ordre se différenciant de celui des Rongeurs par la possession au maxillaire supérieur d'une seconde paire d'incisives, fort réduites par ailleurs. Ces deux ordres, qu'on nomme aussi Duplicidentés et Simplicidentés, sont réunis dans le Superordre des Glires.

    La sous-famille des Léporinés, Trouessart 1880, qui appartient elle‑même à la famille des Leporidés Gray 1821, comprend les lièvres (genre Lepus Linné), les lapins (genre Oryctolagus Lilljeborg 1874), qui sont uniquement d'Europe ou d'Afrique du Nord, et les lapins américains, qui appartiennent au genre Sylvilagus GRAY, comprenant entre autres le célèbre "cotton‑tail rabbit". Pour être complet, mentionnons le genre Caprolagus Blyth du sud de l'Himalaya, Nesolagus Major de Sumatra, Brachylagus MILLER d'Amérique du Nord. Retenons donc que le lièvre et le lapin appartiennent à deux genres, ce qui est justifié par bien des différences.

 

    En effet, au point de vue morphologique, le lièvre a les oreilles plus longues que la tête, à l'inverse du lapin. L'iris de son oeil est jaunâtre, il est brun sombre chez le lapin ; l'ongle de ses orteils est fendu, pas chez le lapin ; fait très précieux pour le paléontologue, les dents du lièvre présentent une morphologie distincte (replis d'émail) de celle du lapin, et il en est de même pour certaines parties du squelette : apophyses post‑orbitaires, suture de l'os pariétal, apophyse transverse des vertèbres, etc. Le muscle volontaire du lièvre est rouge, celui du lapin est blanc (viande fade). Au point de vue reproduction, le lièvre est caractérisé notamment par la superfétation, 40 jours de gestation au lieu de 31 pour le lapin, petits naissant velus, yeux ouverts et capables de se déplacer, ce qui est tout à fait différent de l'aspect de foetus présenté par le lapereau nouveau‑né. Quant au comportement, le lièvre est un solitaire, ou reste en couple, tandis que le lapin vit en société hiérarchisée ; Le premier est un vagabond à territoire étendu, le second est un sédentaire irréductible. Enfin, dernière différence : le lièvre possède 48 chromosomes et le lapin 44, ce qui rend des plus incertaines l'existence des hybrides entre les deux espèces, les Léporides.

 

 

    Marie‑Véronique PAGES a fait récemment une brève, mais très complète, revue des connaissances actuelles sur l'origine du lapin, qui montre l'importance des précisions acquises en ce domaine depuis une dizaine d'années. Les Léporidés apparaissent dès l'Éocène supérieur en Amérique du Nord et en Asie ; Leur arrivée en Europe coïnciderait (LOPEZ‑MARTINEZ et THALER, 1975) avec la grande migration du Miocène supérieur. Quant au genre Oryctolagus, son fossile le plus ancien, une dent (!) trouvée en Espagne dans la province de Grenade, il le fait remonter à la fin du Miocène (LOPEZ‑MARTINEZ, 1977). Toujours en Espagne, au Pliocène moyen, pendant et après la première Glaciation de Guntz, LOPEZ‑MARTINEZ détermine 0.Laynensis (à Layna, en Andalousie) et 0.lacosti : ce dernier qui présente des traits communs avec le lièvre, est trouvé également dans d'autres régions européennes.

 

    Le fossile le plus ancien connu d'0.cuniculus provient d'Andalousie (Cular de Baza) et date du Pléistocène moyen, avant la deuxième Glaciation de Mindel (LOPEZ‑MARTINEZ, 1977). En France, les vestiges les plus anciens d'0.cuniculus ont été découverts dans la moitié sud et ne se situent qu'après le Mindel (La Fage à Noailles, PETTER, 1973 ; grotte du Lazaret à Nice, JULLIEN et PILLARD, 1969, PILLARD, 1969 ; grotte de l'Hortus à Valflourès, PILLARD, 1972). Mais 0.lacosti le précède au Villafranchien moyen, donc avant le Mindel, dans les Hautes Pyrénées, à Montoussé (CLOT et al., 1976). Par la suite, les fossiles d'0.cuniculus abondent dans le sud de la France au Riss ( 120 000 av. J.C.), pendant la période interglaciaire suivante et pendant le Würm, et cela indépendamment des variations climatiques : Notons qu'actuellement, le lapin se maintient au île Kerguélen malgré la rudesse de l'hiver qui réduit des 9/10 sa population, le reste survivant tant bien que mal sur la côte la mieux abritée (SIRIEZ, 1957). On pense que le lapin fournit, d'après les ossements recueillis sur les lieux habités, l'essentiel de l'alimentation carnée en Provence du 8e au 7e millénaire av. J.C. (COURTIN, 1977).

    Cette part du lapin dans l'alimentation diminue progressivement à partir du Mésolithique, devient négligeable au Bronze Moyen (DUCOS, 1958) et est pratiquement nulle à l'Age du Fer (POULAIN‑JOSIEN, 1976) : chasse se portant sur des espèces de plus grande taille et de meilleur rapport (en outre emploi de la peau, os comme matériau ; l'os de lapin en tant qu'outil n'est guère relevé qu'au Néolithique de Miouvin dans les Bouches du Rhône; PAGES, 1980) ? développement de l'élevage ? ou simplement disparition du lapin (changement du milieu, épidémie) ?

 

    Quant à l'Afrique du Nord, souvent invoquée comme berceau du lapin, les découvertes sont trop rares pour être affirmatif : fossiles les plus anciens douteux, au Paléolithique, devenant seulement certains à partir du Néolithique de Bou Zabouin (ROMER, 1901 !) : l'hypothèse de JOLEAUD (1920) selon laquelle le berceau, puis l'aire d'extension du lapin coïnciderait avec celle du palmier nain à partir de l'Afrique du Nord ne peut être confirmée.

    Aussi, malgré les lacunes (recherche des fossiles des petits mammifères à étendre), les interprétations difficiles (terriers profonds, d'où erreurs de niveau ; enfouissements ; possibilités d'accumulation d'os par les rapaces logeant près des habitations), il semble bien que le berceau du lapin se situe au moins sur le pourtour de la Méditerranée occidentale.

 

    Mais, même si l'on est d'accord avec ZEUNER (1963) sûr l'origine ibérique du lapin, on ne peut plus admettre comme lui qu'il ait franchi lés Pyrénées seulement après la dernière Glaciation pour s'établir dans le Midi de la France. On peut remarquer à ce propos que la zone d'habitat du lapin ne s'est guère étendue en Europe depuis cette époque : aux exigences assez strictes du lapin vis à vis des conditions de milieu, à l'obstacle à la migration que constitue les cours d'eau pour cet animal qui a la phobie de cet élément, il faut joindre le caractère fondamentalement sédentaire de cette espèce pour l'expliquer ;

 

    En effet, le lapin est perdu au‑delà de 600 m de son terrier (NIER, 1937). Il en résulte que son aire d'habitat se limite actuellement à l'Europe occidentale depuis la partie sud de la Suède à l'Espagne (et au-delà, en Afrique du nord) ; mais le lapin de garenne n'existe pas en Italie, à part deux îlots centraux : il n'atteint pas la Suisse à part le canton de Neuchâtel (COWAN, 1980).    

    Bien sûr, l'élevage du lapin tend à devenir universel et on garde en mémoire les malencontreuses introductions du lapin aux XIXe et XXe siècles dans les contrées exotiques : Australie à Noël 1859, après 3/4 de siècle d'insuccès, Nouvelle‑Zélande, Kerguélen (1874), Chili et Terre de Feu vers 1910 (SIRIEZ, 1957, 1961). A noter son introduction bien antérieure (Ibères ?) dans les îles de la Méditerranée où il était connu des Romains (Baléares, Cuniculariae Insulae entre la Corse et la Sardaigne ‑PLINE L'ANCIEN, 3, 83) et au Moyen‑Age, en 1418, à Porto Santo, près de Madère, par le navigateur portugais PRESTELLO (ZEUNER, 1963), où retrouvé à l'état sauvage, il donne une race de petite taille (600 g), 0.cuniculus huxleyi Haeckel.

 

 

    Il apparaît que les lapins ont été connus des Romains au cours de leurs contacts avec les Ibères : comme le signalent Liliane BODSON et J.R. VIEILLEFOND (Ethnoz.27), les auteurs latins (ou gréco‑romain comme POLYBE) qui citent le lapin, ne manquent pas de préciser que le mot cuniculus provient directement de l'ibère ; il en est de même du mot "laurices" (PLINE L'ANCIEN, Hist. Nat., 81, 217, 218) qui désigne un met en faveur chez les Ibères et qui consiste en foetus ou lapereaux nouveau-nés consommés entiers et qui est adopté par les Romains, plutôt snobs en matière de nourriture. En réalité, ce sont les Phéniciens qui nous apportent le premier témoignage historique de la présence du lapin dans la Péninsule Ibérique : lorsqu'ils abordent les côtes de cette contrée, vers 1 000 av. J.C., ils sont frappés par la pullulation de petits mammifères fouisseurs. Comme ils ressemblent aux damans de leur patrie qui vivent également en colonies et creusent des terriers, ils appellent la contrée de leurs nouveaux comptoirs "le pays des damans", "I‑Saphan‑1m", saphan signifiant daman en phénicien (ZEUNER, 1963 ; BODSON, 1978 qui' se réfère à SCHULTEN A., 1913 à l'article Hispania dans R.E. VIII, 2) : ce nom latinisé donnera Hispania, Espagne. Le poète CATULLE, (87 av. J.C. à 54 ap. J.C.) qualifiera l'Espagne de "cuniculeuse"(25,1 ; 37, 1720) ; HADRIEN y frappera une monnaie dont le verso figure un lapin : le lapin est l'animal et le symbole de l'Espagne de ce temps.

 

    Cette référence se reporte au colloque sur le lapin, organisé par la Société d'Ethnozootechnie à Paris le 15.11.80, dont le texte est publié en 1981 dans Ethnozootechnie n° 27, en même temps que le nôtre.

 

    Les textes antiques faisant mention du lapin sont brefs et rares (BODSON, 1978 VIEILLEFOND, comm. pers.). Le lapin est absent chez ARISTOTE et XENOPHON, ce qui confirme que cette espèce reste confinée à la zone occidentale de la Méditerranée. Le premier auteur qui en fasse état est l'historien gréco‑romain POLYBE (205 à 125 av. J.C.) ; il fréquente la maison des Scipions et les suit notamment en Espagne et en Gaule où il fait connaissance avec le ko(u)niklos, néologisme qu'il crée en prenant tel que "cuniculus" (POLYBE,1.2,3‑5).    

    Un siècle plus tard, le savant VARRON (116 à 27 av. J.C.) préconise dans De Re Rustica (III, 12, 1‑2) de garder les lapins dans des leporaria, parcs murés pour contenir les lièvres, ainsi que d'autres espèces sauvages chassées pour la capture‑: ces leporaria sont les ancêtres de nos garennes. Le géographe grec STRABON (58 av. J.C. à 20 ap. J.C.) rapporte qu'un couple de lapins échappés (?) aux Baléares se multiplie à tel point que les colons exaspérés par les dégâts (déjà l'antagonisme chasseurs agriculteurs) demandent à Auguste soit de leur envoyer l'armée pour les débarrasser du fléau, soit de leur attribuer des terres ailleurs (STRABON, III, 2, 6, 144 C). PLINE L'ANCIEN (23 à 79 ap. J.C.) reprend l'anecdote dans son Histoire Naturelle (Hist. Nat., 81, 217‑218) : Il est le seul à mentionner la coutume des laurices.

 

    Les auteurs romains nous renseignent donc maigrement sur le lapin ; on ignore dans quelle mesure ils l'ont apprécié à part l'anecdote des laurices ; mais on sait que les cultivateurs s'en plaignent ; le lapin abonde en Espagne et en Gaule méridionale où il a peut‑être été réimplanté à l'occasion de l'établissement de passages créés par les hommes à travers les Pyrénées : Au temps de la deuxième Guerre Punique (218 à 201 av. J.C.), comme l'avance SIRIEZ (1957), ou plus tôt ? Ce n'est que beaucoup plus tard que le lapin atteint la Grèce, dans les îles où il élimine le lièvre (BODSON, 1978).

 

 

    Il faut attendre ensuite GREGOIRE de TOURS (538?‑594) pour avoir des nouvelles du lapin dans son Histoire des Francs (5,4) : c'est pour désapprouver les moines qui mangent des laurices (survie de coutume ou découverte dans des manuscrits ?) en temps de Carême, ce mets étant autorisé parce que d'origine aquatique. D'après ZEUNER (1963), la nécessité d'obtenir une certaine quantité de laurices aurait conduit les moines à imaginer de maintenir en cage les lapines afin de prélever les lapereaux nouveau-nés sans avoir à sacrifier les mères. Les éleveurs de lapins doivent donc beaucoup à l'ingéniosité et à la gourmandise des moines. En effet, par la suite, l'élevage du lapin devient l'apanage des couvents : en 1149, l'abbé du monastère de Corvey, sur la Weser, demande à celui de Solignac de lui fournir deux couples de lapins (ZEUNER, 1963).

 

    En dehors des monastères, les "connins" ou "counils" sont maintenus dans des espaces plus ou moins clos, plus ou moins étendus, réservés à la chasse : les varennes ou garennes (du latin médiéval warenna, dérivé du germain wardôn = garder) (Dictionnaire de la langue française, P. ROBERT, 1977). A noter que le lapin n'est pas chassé ou très peu, mais capturé (collets, filets, lacets) et que ce n'est guère que dans le jardin du château qu'il est victime des flèches des dames qui doivent se montrer fort adroites à ce jeu (dessin d'un manuscrit français de 1393 ZEUNER, 1963).

    La possession d'une garenne est un droit féodal (ban de garenne = territoire interdit à la chasse pour les tenanciers ou habitants, celle‑ci étant réservée au seigneur). Le pouvoir royal a constamment lutté pour le limiter en raison des dégâts commis aussi bien par le gibier que par les chasseurs (et aussi pour faire pièce aux pouvoirs locaux) : interdiction de créer de nouvelles garennes, défense d'accroître les anciennes (Ordonnances de Jean LE BON, 28.12.1355 et cependant, à la fin du XVe siècle, la domestication du lapin est sérieusement avancée, puisqu'on fait état de lapins de couleur, ce qui signifie que la sélection est bien engagée : "Mon cher cousin, de bon coeur vous mercie des blancs connins que vous m'avez donné" chante Charles d'ORLÉANS (1394‑1465) dans une de ses ballades (Bal. 125).

 

 

On assiste au XVIe siècle à une multiplication des races sans qu'elles soient définies. Dès 1530, la représentation d'un lapin blanc dans la Madone au Lapin du TITIEN témoigne de la sélection de souches ou de races. Le théologien protestant allemand AGRICOLA (vers 1494‑1596) relate l'existence de lapins noirs, blancs, pies et gris cendré. Son contemporain, le naturaliste ALDROVANDI (1522‑1605) s'émerveille de lapins qui, à Vérone, ont une taille quatre fois plus forte que la normale. Au XVIe siècle, l'élevage du lapin est donc répandu en Europe occidentale, France, Italie, Flandres, Angleterre. En Angleterre, il aurait été introduit dès l'époque romaine, mais la plus ancienne mention date de 1183 et le situe à Raleigh Castle dans l'Essex (COWAN, 1980). Il semble très répandu en Flandres où il est désigné par le mot "robbe" qui donnera " rabbet" (THOMPSON et WORDEN, 1956), puis "rabbit" en anglais (cf. BODSON, Ethnoz. 27).

    C'est à la même époque que les termes "connins" ou "connils" sont abandonnés en France au profit de celui de "lapin" (cf BODSON, 1981 - VIEILLEFOND, Ethnoz. 27) : Dans un édit de HENRI IV de 1601, il est fait à la fois mention de "lapins" et "lapins et connils" (STRIEZ, 1957). Cependant, si l'élevage en clapiers paraît nécessaire pour fixer les races, il n'est guère répandu.

    Le lapin est "élevé" au XVIe siècle en garennes forcées ou closes, la chair du lapin de garenne étant d'ailleurs plus prisée que celle du lapin de clapier "tes connins du tout sauvages sont les meilleurs, les pires sont ceux de clapiers et les moins sont ceux de garenne" affirme Olivier de SERRES (14721539) dans son Théâtre d'Agriculture et Mesnage des Champs : cette opinion prévaut jusqu'au XIXe siècle : "ta viande de lapin de garenne est aussi estimée qu'autrefois pontifie MARIOT‑DIDIEUX (1860) ;"Sa chair molle et peu savoureuse'' est un handicap à la "multiplication du lapin en l'état domestique" renchérit GAYOT (1865). La garenne close, qui est adjointe à de nombreux châteaux seigneuriaux (toponymie : Varenne, Garenne, etc.) devient une installation complexe qui atteint la perfection avec Olivier de SERRES (FORT, Ethnoz. 27). Il s'agit en effet de bâtir une muraille infranchissable aussi bien au lapin (avec au besoin un large et profond fossé d'eau) afin de ne pas nuire aux voisins, qu'aux prédateurs pour les protéger ; les lapins y sont capturés périodiquement au filet, à la trappe. MARIOT DIDIEUX (1860) et GAYOT (1865) se réfèrent encore à ce modèle dans leurs conseils aux producteurs. Avec 7 à 8 arpents (2,5 ha), Olivier de SERRES prétend en tirer "deux cents douzaines de tapi" pan an".MARIOT‑DIDIEUX ne fait guère mieux avec une garenne de 8 arpents pour 100 lapines qui fournit 3 000 lapins par an.

 

    L'idée du fossé d'eau pour éviter la fuite des lapins, qui détestent cet élément, est empruntée des : "îles aux lapins", utilisées pour parquer ces animaux dès l'Antiquité. Au Moyen‑Age, les créations sont nombreuses : l'une d'elles, dans le lac de Schwerin, est mentionnée dans un traité entre le roi de Suède et le duc de Mecklembourg en1407 ; la reine Elizabeth d'Angleterre en possède plusieurs ; près de Berlin, l'île de Pfanen s'appelle Kaninchenwerden quand le lapin est introduit en Prusse en 1683 par Frédéric‑Guillaume (ZEUNER, 1963). A la fin du XVIIIe siècle, J.J. ROUSSEAU dans la Cinquième Promenade de la Rêverie d'un promeneur solitaire crée encore une île aux lapins près de l'île St Pierre dans le lac de Bienne en Suisse : "Le pilote du Argonautes n'était pas plus fier que moi, menant en triomphe la compagnie et les lapins de la grande île à la petite".

 

 

 

    Le repérage, la protection, la multiplication et les croisements raisonnés de mutants peu adaptés à la vie sauvage ou à la garenne close (ARNOLD, Ethnoz. 27) supposent l'extension de l'élevage en clapier. Or, ce mode d'élevage ne s'est vraiment développé qu'au XIXe siècle, d'où de multiples tâtonnements et un progrès très lent (FORT, Ethnoz. 27) malgré les efforts des vulgarisateurs (abbé ROZIER, 1809 ; .MARIOT‑DIDIEUX, 1860 ; GAYOT, 1865 ; monographies ; dictionnaires agricoles, etc.). L'avantage du clapier est de pouvoir constituer de petites unités de production avec quelques lapines seulement. On trouve facilement du fourrage pour un petit effectif ; si les pertes dues à une mauvaise hygiène sont fréquentes, la prolificité de l'espèce les contre‑balance. Le clapier sert alors de garde‑manger, un lapin pouvant y être prélevé à tout moment cuisiné aussitôt pour fournir une unité de repas.

    Cela explique le développement considérable de l'autoconsommation dans nos fermes, avec accessoirement la vente des surplus. Au début du XXe siècle, cet élevage s'étend donc dans les banlieues, chez les ouvriers, les employés, les retraités. Bien sûr cet élevage profitable conduit aussi à la création d'élevages plus importants pour l'approvisionnement des villes : 177 000 lapins fournis au marché de la Vallée à Paris en 1845 à 1,75 F pièce ; 1 914 579 en 1863 à 2,02 F pièce, avec, en plus, 80 000 sauvages (GAYOT, 1960). Rappelons que c'est au XIXe siècle que décolle l'élevage du lapin angora (THEBAULT, Ethnoz. 27) et que se crée les industries de la fourrure et des feutres de poils de lapin (DELAVEAU, Ethnoz. 27). C'est ainsi que la France devient le premier producteur mondial de lapins (SINQUIN, Ethnoz. 27).

   

    Pendant que les garennes forcées se réduisent et disparaissent, le lapin de garenne est promu gibier de tir sous Napoléon III. La chasse au lapin se popularise (les Aventures prodigieuses de Tartarin de Tarascon, A. DAUDET ; à noter que LA FONTAINE dépensait déjà un coup de fusil pour un lapin : Fables, Les Lapins, 10, 15). Cette extension de l'exploitation du lapin sur toutes les places n'est sans doute pas étrangère à son introduction, intempestive, dans les pays exotiques au XIXe siècle. Aussi, la pullulation qui s'ensuivit soulève‑t‑elle bientôt partout l'exaspération des agriculteurs : Cela se termine par la quasi-extermination du lapin de garenne par la myxomatose inoculée pour la première fois à quelques sujets par le docteur DELILLE en Normandie, en 1953 (SIRIEZ, 1957 ; RIVE, Ethnoz. 27), les ravages dans les clapiers et finalement la mise au point d'un vaccin contre cette maladie.

    Le clapier, ce facteur déterminant de la domestication et de la création des races de lapins est concurrencée depuis les années soixante par l'élevage industriel en bâtiments clos, climatisés, soumis à de strictes règles d'hygiène, munis d'installations automatisées au maximum (rythmes lumineux, abreuvoirs automatiques, racleurs à déjections...) et où s'alignent les cages en grillage soudé avec leur confortable nid de maternité. Les lapins possèdent des performances en reproduction, croissance, consommation fixées génétiquement (lignées, hybrides ; de ROCHAMBEAU, ARNOLD, Ethnoz. 27) par des conditions de milieu et d'alimentation définies : Tout est programmé jusqu'à l'abattoir qui sacrifie et conditionne plusieurs milliers de lapins par jour. Cette concurrence fait régresser l'élevage fermier. Mais ce n'est pas la cause unique, car l'autoconsommation du lapin diminue également : grâce au congélateur, la fermière a sous la main un choix de viandes d'autres provenances (on peut tuer le porc, le mouton, voire le boeuf), ce qui permet de varier les menus sinon d'être libérée de la contrainte d'un élevage de lapins.

    Pourtant, grâce à sa souplesse, la modicité de son investissement, l'économie sur la nourriture produite sur place, le peu d'exigences en énergie et les perfectionnements apportés au clapier, l'élevage "fermier" résiste sous forme d"'élevage extensif rationnel" : Les connaissances apportées par la mise au point dg l'élevage industriel permettent maintenant de maîtriser cet élevage.

 

 

    Le lapin est donc très probablement d'origine ibérique, mais son histoire et son expansion sont inséparables de la civilisation française : présence dans le sud de la France dès le Mindel‑Riss, utilisation intense au 7e et 8e millénaire avant notre ère, suivie d'une éclipse, pendant laquelle il se cantonne en Espagne et d'où il ne sera tiré que par les Romains. Ensuite, c'est la domestication dans les monastères français du Haut Moyen‑Age qui lui donne son essor définitif tant à l'état sauvage (garennes, introduction dans les pays exotiques) qu'à l'état domestique.

    Jusqu'au XIXe siècle, le Français connaît surtout le lapin des garennes, ouvertes ou closes, qu'il capturait par piégeage : sa promotion comme gibier de tir sous Napoléon III augmente la faveur de cette espèce chez un peuple de chasseurs, accélère sa pullulation et favorise son extension (introduction dans les pays de l'Hémisphère Sud) : ce sont les Français qui inaugurent la lutte biologique avec la myxomatose contre le lapin‑fléau (RIVE, Ethnoz. 27). Malgré cette prolifération, les zones d'expansion du lapin restent limitées en raison de son caractère sédentaire et de ses exigences vis à vis du milieu. L'élevage du lapin ne décolle que tardivement, avec la mise au point de clapiers fonctionnels à la fin du XIXe siècle (FORT, Ethnoz. 27). L'élevage du lapin se généralise alors dans les campagnes et les banlieues, le clapier servant de garde‑manger. C'est la multiplication des races (ARNOLD, Ethnoz. 27 ; de ROCHAMBEAU, Ethnoz. 27).

 

    Mais l'élevage reste cependant limité à quelques pays : France, Flandres, pays latins et zones limitrophes, Angleterre (Londres consomme, vers 1860, 500 000 lapins/ semaine, dont 350 000 en provenance de Ostende ‑ GAYOT, 1865). I1 existe certes des interdits de consommation (GALLOIN et VIEILLEFOND, Ethnoz. 27), mais surtout des préjugés et le savoir‑faire pour accommoder cette viande plutôt insipide alors qu'en Angleterre, le lapin est rapidement abandonné dès qu'on offre aux Anglais la possibilité d'obtenir à bon compte des viandes ayant du goût par elles-mêmes (bateaux frigorifiques de l'hémisphère sud), cet élevage se poursuit dans les pays sachant le cuisiner, la France en tête (aussi pays latins, Flandres. Les Chinois aussi savent apprêter le lapin dont ils sont de forts producteurs et consommateurs ; mais quand et comment le lapin a‑t‑il été introduit en Chine ?) : c'est l'imagination de nos fermières pour éviter la monotonie d'une viande fade, qui revient souvent sur la table, qui a fait progresser notre élevage en étendant sa tradition culinaire aux citadins et lui a permis de résister ainsi convenablement à la diminution de l'autoconsommation.

 

    La France demeure ainsi, et de loin, le premier producteur et consommateur de lapin (SINQUIN, Ethnoz. 27), ce qui retentit sur d'autres activités cunicoles comme les peaux de lapin (première industrie du monde à partir du XIXe siècle ‑ DELAVEAU, Ethnoz. 27) et l'angora (2e producteur mondial ‑ ler ? ‑ THEBAULT et ROUGEOT, 1979; THEBAULT, Ethnoz. 27). Cela explique la place prépondérante prise par la France dans l'amélioration de la production de cette espèce sur le plan scientifique, technique et en matière de coopération avec les pays sous développés (Mexique, Pérou).

La familiarité ancienne des Français avec le lapin rend compte également de la place de ce personnage dans notre culture : expressions du langage, imagées ou symboliques (VIEILLEFOND, Ethnoz. 27), les poèmes, les fables, les contes, les romans de notre littérature ; la peinture, dessins, statues (chapiteaux) des arts figuratifs (DUBOIS et PUJOL, Ethnoz. 27) : les figurines (LEBAS_ Ethnoz‑ 97)

 

    Le lapin restera‑t‑il toujours aussi populaire avec la création de grandes unités d'élevage et sa disparition des campagnes ? I1 faudrait le souhaiter, car son élevage est celui des gens modestes,chez nous, en Europe et dans les pays en voie de développement. Et son caractère primesautier, sa jolie silhouette manquerait trop à l'inspiration des poètes et à la joie des enfants.

 

 

Jacques ARNOLD               Races et réalités

 

 

 

 

 

   

 

 

   

 

 

 

   

 

 

 

 

 

Voyons de quoi il retourne plus précisément.

 

   

   

   

 

 

 

 

Tout cheptel mal identifié ne peut être ensuite suivi correctement, ce qui entraîne une méconnaissance des capacités de la race qu'il constitue.

 

 

Arrivé à ce stade de renseignements, une règle s'impose : Ne retenir pour la reproduction que les meilleurs animaux des meilleures familles.

 

   

 

 

 

   

 

 

 

 

 

   

 

 

 

 

   

Jacques ARNOLD

Juge International