Le pelage

Le pelage, plus communément appelé fourrure, est constitué de poils, formations épidermiques peaucières, recouvrant la quasi totalité du corps.

La partie visible des poils qui surplombe la peau est formée de petites colonnes ou tiges plus ou moins arrondies, d'implantation généralement oblique, de longueur et d'épaisseur correspondant a leur catégorie, a leur localisation sur le corps et aux différents types de fourrure.

 

La structure des poils comporte trois couches :

→ la cuticule externe, mince, formée de cellules aplaties et imbriquées entre elles comme les tuiles d'un toit. Cette couche cornée ne contient pas de pigment,

→ la couche corticale ou cortex, partie du poil la plus importante, formée de cellules fusiformes, allongées, solidement unies les unes aux autres et riches en pigments quand ils existent.

→ la moelle formée de rangées de cellules pouvant contenir du pigment entremêlées d'espaces aérés.

 

La fourrure est constituée de poils de couverture et de sous-poils ou duvets.

1) Les poils de couverture, encore appelés poils de garde, peuvent être classés en deux grandes catégories : les poils recteurs et les poils tecteurs.

Les poils recteurs ont un rôle de soutien et d'orientation du pelage, de par leur raideur et leur capacité de se dresser, grâce a leur muscle horripilateur, sous l'influence de conditions extérieures.

Leur tige est droite et de fort diamètre, a tête renflée s'effilant en une pointe fine a l'extrémité.

Encore appelés jarres, les poils recteurs englobent les poils dits de soutien ou poils de garde primaires, en nombre réduit tout en étant les plus grands et les plus épais de toute la toison et se détachant distinctement sur le manteau, plus particulièrement chez les grandes et moyennes races; ainsi que les poils typiques de jarre, de même structure que les précédents mais de taille un peu plus réduite et qui rentrent dans la classe des poils de garde secondaires.

Les poils recteurs contribuent à extérioriser le « ticking » caractéristique de certaines races ou modèles de coloration : Chinchilla et Lièvre Belge, par exemple. Chez les lapins Argentés, ils assurent par leur coloration supérieure alternée la juste répartition de l'argenture du pelage.

Les poils tecteurs ont davantage un rôle de protection. Plus courts et moins épais que les précédents, ils possèdent également une tête ren­flée quelque peu inclinée et prolongeant une tige relativement plus fine et vrillée, dont le diamètre se rapproche de celui du sous-poil.

Encore appelés barbes ou « jarres en flammes », les poils tecteurs ren­trent dans la catégorie des poils de garde secondaires et contribuent avec les poils typiques de Jarre, à une juste répartition des différentes zones de pigmentation, ce qui est le cas notamment du modèle de colo­ration Agouti (Gris Garenne, Chinchilla...) à bandes colorées contrastées.

2) Le sous-poil, encore appelé duvet ou bourre, a un rôle spécifique d'isolation thermique de par sa compacité et sa disposition structurale. Ce sont les poils les plus courts et les plus fins. Très souples et frisés, ils ne présentent pratiquement pas d'épaississement terminal. Peu colorés, ils tapissent la couche basale du pelage.

Le nombre des sous-poils est très élevé : 30 à 50 pour un poil recteur. Les poils tecteurs sont à peu près quatre fois plus nombreux que les poils recteurs.

 

La contexture pileuse et la longueur du pelage peuvent varier d'une race à l'autre, voire à l'intérieur d'une même race, dans les populations à fourrure normale. En général, les petites races ont une toison plus courte que les moyennes et grandes races. Mais certaines exigences, et tout spécialement certaines particularités de coloration, peuvent, parmi les races appartenant à la même catégorie, exercer une influence dans la variation de la dimension et de la répartition des poils d'un pelage.

La densité de la fourrure s'observe en soufflant à l'intérieur, ce qui forme un entonnoir. Si la peau n'est alors presque pas visible, le pelage semble suffisamment épais. En passant le main à rebrousse poil sur le manteau, la peau ne doit pas être plus perceptible et les poils doivent retomber lentement et fermement pour reprendre leur position pri­mitive. Chez une fourrure épaisse, en outre, sa palpation donne l'impression d'avoir du pelage « plein la main ». Un tel examen manuel doit se pratiquer dans la sphère dorsale antérieure, des côtes à l'épi­ne dorsale, et non au niveau de la croupe où la fourrure tend à être toujours plus fournie.

Image schéma de constitution du peleage

 

 

Toutes les catégories de poils d'un pelage déterminé ont une durée de croissance semblable. Les variations dimensionnelles de chacune d'entre elles proviennent de vitesses de croissance différentes.

Chez l'Angora, l'ensemble des poils a un développement en longueur particulièrement important : d'environ 7 cm pour les duvets à 10/12 cm pour les Jarres, occasionné par une durée de croissance prolongée. La toison doit être très dense et présenter une homogénéité de texture.

Le lapin Suisse à longs poils, encore appelé Renard, possède des jarres pouvant atteindre 7 cm alors que les autres catégories de poils plus réduits en taille ne doivent pas descendre en-dessous de 4 cm de longueur. La toison consistante recouvre uniformément et sans ondulation le tronc, poitrine et ventre compris. La tête, les oreilles et les membres se rapprochent toujours de l'apparence d'un pelage normal (différence avec l'Angora).

Le caractère Satin provient d'une réduction du diamètre des poils par amincissement de leur cuticule externe et de leur couche corticale auquel s'ajoute une diminution de la zone médullaire où les espaces aérés ont quasiment disparu alors que les pigments se tassent plus étroitement entre eux dans son enceinte. La transparence accrue de la cuticule, qui résulte de son amincissement, a pour effet de donner un lustre particulier aux poils, en faisant apparaître l'aspect satiné du pelage, et d'accentuer, grâce à l'agencement pigmentaire de la moelle, l'expression colorée.

Le caractère Rex résulte d'un nanisme généralisé du système pileux. Toutes les catégories de poils sont atteintes par cette réduction dimen­sionnelle, y compris les vibrisses. L'écourtement et l'amincissement des poils dus à leur vitesse de croissance ralentie font apparaître une fourrure d'aspect homogène à implantation droite, d'un moelleux velouté au toucher. La hauteur de ce pelage, par ailleurs extrêmement dense et suffisamment fin, oscille entre seize et vingt millimètres.

Le cycle pilaire - la mue

Le cycle pilaire – La mue Jean-Jacques MENIGOZ (Octobre 2010)

Le cycle pilaire.
Tous les poils naissent, vivent et meurent et tout recommence, c’est le cycle pilaire. Chaque cycle de vie d’un poil est composé de quatre phases successives :

 

La phase anagène ou phase de croissance.
Le poil est en pleine vie, la croissance de sa kératine est constante et régulière et sa racine remplit le follicule pileux, jusqu’à la base.
La durée de cette phase détermine la longueur du pelage. En moyenne 30 jours pour une fourrure normale, 97 – 100 jours pour un Angora.
Toutes les catégories de poils d'un pelage déterminé ont une durée de croissance semblable. Les variations dimensionnelles de chacune d'entre elles proviennent de vitesses de croissance différentes.

 

La phase catagène ou d’involution.
Le poil a atteint sa croissance maximum. Sa racine remonte vers l’épiderme, perd un peu de volume et son activité s’interrompt brusquement.
Le poil ne va pas encore quitter les lieux, il doit attendre la relève.
C’est la période pendant laquelle la fourrure se présente dans sa meilleure forme. La durée de cette phase est cependant assez courte (2 à 3 semaines).

 

La phase télogène ou phase d’expulsion.
Le poil est mort et prêt à tomber mais il reste encore, le temps que la racine de son remplaçant soit suffisamment  forte pour le déloger.
Cette période est assez longue, 3 à 4 mois normalement.

 

La phase exogène, la chute.
La jeune repousse arrive à la surface de la peau et l’ancien poil tombe de lui-même.
Cette période correspond à la mue.

 

Globalement le cycle pilaire du lapin s’écoule sur une durée moyenne de six mois.
La durée des différentes phases est déterminée génétiquement. Il apparaît cependant important que l’éleveur par sa sélection écarte les sujets qui ont des mues beaucoup trop longues, ou qui prennent du retard au démarrage de la mue.
Notons que le cycle pilaire peut cependant être perturbé par des éléments liés à la race de l’animal, son sexe, son âge, son environnement, son alimentation, sa tranquillité (stress), son stade physiologique et son état de santé.

 

Influence du froid du chaud et de la lumière.
Nous mettons ici en avant la sensibilité du pelage à son environnement et notamment la température et la lumière du jour.

 

Confronté à des températures assez froides, le lapin va réagir en augmentant la densité de son pelage. C’est le résultat  de la mise en activité d’un nombre de follicules pileux suffisant pour rétablir l’isolation thermique. Ces follicules pileux sont appelés «follicules pileux secondaires dérivés». On estime qu’il existe une différence de l’ordre de 25 à 35% de follicules pileux supplémentaires en activité pendant la période automne – hiver. 
A l’inverse le nombre de follicules pileux est diminué en période chaude.
Pour forcer le trait, nous comprenons bien qu’en ce qui concerne la qualité du pelage et pour une même race,  les lapins élevés dans une région chaude et au niveau de la mer ne posséderont jamais la fourrure des lapins élevés dans une région froide et en altitude.

 

Les mues dites « saisonnières » sont déclenchées par la durée de la lumière du jour (phénomène lié au photopériodisme). Le passage des jours courts aux jours longs déclenche la mue de printemps et le passage des jours longs aux jours courts induit la mue d’automne. Ce sont les points de départ d’un cycle pilaire.
La mue d’automne est moins importante que celle du printemps car le sous-poil est globalement conservé et le nombre de follicules pileux en activité est plus réduit.
Les jeunes animaux sont beaucoup moins sensibles au changement de saison.

 

 

Influence des conditions générales d’élevage.
Nous évoquerons dans ce passage des conditions d’élevage qui participent plus ou moins directement à la bonne qualité du pelage.

 

La tranquillité ; l’objectif est d’assurer aux lapins un minimum de stress. Les perturbations physiologiques et métaboliques provoquées dans l’organisme par des stress très importants et variés peuvent avoir des incidences sur la qualité de la kératine (diamètre, résistance, couleur et durée de vie).

 

Son environnement proche ; La cage de dimensions suffisantes permet des déplacements aisés. L’exercice physique est gage de vitalité. La litière est régulièrement changée avec de la paille saine, évitant ainsi les fourrures souillées. L’aération du clapier est adaptée au nombre de sujets. Dans le cadre d’un bâtiment, Il faut absolument éviter la surpopulation source d’émanations agressives. Séparer vos lapins le plus tôt possible pour lui apporter du calme et également le mettre à l’abri d’agressions de ses congénères (blessures diverses).

 

Les soins ; Nous mettons l’accent sur le brossage du pelage. Cette action a un double objectif :

 

Faciliter et accélérer l’élimination des poils morts.
Masser et aérer la peau et stimuler ainsi la pousse des nouveaux poils.

 

Le brossage s’effectue d’abord à rebrousse poil pour bien éliminer les poils morts et on termine dans le sens du poil.
Réaliser cette opération sur le dessus et les côtés du tronc. Le brossage doit être répéter sur plusieurs jours.

 

Influence de l’alimentation.
L’état du pelage reflète l’équilibre nutritionnel de l’animal. Pour un pelage dit «normal», 20 à 30% des apports protéiques journaliers sont utilisés pour répondre aux besoins de la peau et du pelage.

 

La tige pilaire est constituée d’eau (2 à 13%), de lipides (2 à 3%), de cendres (0.2 à 0.8%), et de protéines (85 à 93%)à teneur élevée en soufre, la kératine, protéine fibreuse très résistante, faite de longues chaînes d’acides aminés. Ces chaînes de protéines sont scellées les unes aux par des molécules de soufre. Dans la constitution de la kératine, les acides aminés sont au nombre de trois : méthionine, cystéine (acides aminés soufrés) et cystine. Transportés par le sang jusqu’à la racine du poil, ils ont besoin d’un apport de zinc et de vitamine B6 pour être synthétisés.

 

Pendant les périodes de mue il faut mettre à disposition une alimentation adaptée et assurant le bon déroulement de la mue et de la croissance des nouveaux poils. L’alimentation doit apporter les composants indispensables au développement du poil : protéines, soufre, zinc, fer, acides gras, vitamines A (rétinol), E (tocophérol) et celles du groupe B.
Les vitamines du groupe B sont les vitamines du poil. Elles stimulent le renouvellement des cellules en général et plus particulièrement celles du follicule pileux. Notons que :
La vitamine B3 ou PP (Nicotinamide), augmente la circulation du sang dans les racines.
La vitamine B5 (Acide Pantothénique), favorise la croissance du poil.
La vitamine B6 (Pyridoxine), indispensable pour synthétiser les acides aminés. Associée à la cystine, favorise le développement du poil.
La vitamine B8 ou H (Biotine), contrôle la sécrétion de sébum.

 

Lors des périodes de mue il est évident qu’une alimentation riche en protéines et en acides aminés soufrés est nécessaire. Un taux faible en protéines peut se répercuter sur la croissance du poil qui sera terne et moins dense.
Dans le cadre d’une alimentation traditionnelle on trouve les protéines dans :
Les fourrages verts, trèfle, sainfoin, luzerne.
Le foin de bonne qualité
L’avoine.
Les tourteaux d’arachide, lin, sésame, tournesol, soja et coco.
Les farines, notamment fève, pois et lupin.
Les sons.
Pour les aliments de type granulés à fournir pendant les périodes de mue, il faut être vigilant sur le taux de protéines et notamment sur leur qualité. Vérifier la présence des acides aminés.

 

Veillez à la qualité et la quantité des minéraux dans la ration, notamment le soufre indispensable à la croissance du poil. La carence en soufre entraine une croissance lente du pelage avec des poils fragiles et terne.
Le soufre est présent dans les acides aminés (cystéine et méthionine), la luzerne, les choux, la bette, le cresson, le persil, le radis noir, le poireau, les asperges, la ciboulette et les germes de blé.
Le fer est l’un des constituants des corpuscules rouges du sang. Il est très bénéfique pour la croissance et il est essentiel au transport de l’oxygène dans le sang. Il est disponible dans les orties (vert ou foin), le persil, les fèves, le pissenlit, les graines de tournesol et de sésame, les épinards.
Le zinc assure le bon fonctionnement des cellules de l’épiderme. Il favorise la synthèse d’acides aminés tels que la cystine et la méthionine. On le trouve dans les légumes secs, le soja, les céréales et les germes de blé.
Sont également riches en sels minéraux les foins de trèfle et de luzerne.

 

 

 

Les vitamines :
La vitamine B3 ou PP ; levure de bière, son, persil, céréales, soja, riz, asperges.
La vitamine B5 ; céréales, son, soja.
La vitamine B6 (Pyridoxine) ; son, betteraves, épinards, carottes, pommes de terre (cuites), céréales, choux, levure de bière, germes de blé et de mais, bananes.
La vitamine B8 ou H ; choux, épinards, levure de bière.
La vitamine A ; huile de foie de morue. Le bêta carotène contenu en abondance dans la carotte se transforme en vitamine A dans l’organisme. Le bêta carotène est également présent dans le potiron, le brocoli, les épinards, le jeune foin, les fourrages très verts et jeunes ainsi que la luzerne et les grains de maïs.
La vitamine E ; fourrages verts, laitue, carottes, choux, persil, asperges, céleri, épinards, germes de céréales (blé – maïs – avoine – orge), riz, graines de tournesol, pépins de raisin, pommes.

 

A savoir, la levure de bière est le meilleur supplément alimentaire pour le poil. On y trouve les substances nécessaires au bon état du pelage

 

Les acides gras participent au bon fonctionnement des cellules. Avec les vitamines B6 et E, ils sont essentiels à la kératinisation de l’épiderme. Ils favorisent l’élasticité de la peau, le brillant et la souplesse du poil.
Les graines de lin et de chanvre fournissent un bon apport en acides gras. A utiliser cependant avec prudence, notamment pour le lin (risque de diarrhée).

 

Conclusion.
L’idée n’est pas de forcer la nature mais plutôt d’aider le lapin à assurer au mieux le bon déroulement de la période de mue. N’oublions pas qu’au final, c’est la bonne santé du lapin qui déterminera la qualité de sa fourrure.

 

Bibliographie :
LES LAPINS DE RACE, Spécificités zoologiques – Standards officiels. Editeur  Fédération Française de Cuniculiculture – 2000

 

LE LAPIN ANGORA, sa toison son élevage – Jean ROUGEOT et René Gérard THEBAULT Editions du Point Vétérinaire – 1984

 

LE LAPIN ANGORA : PRODUCTION ET AMÉLIORATION GÉNÉTIQUE – René Gérard THEBAULT et Hubert DE ROCHAMBEAU 
Productions Animales, volume 2, numéro 4 - octobre 1989 - Éditeur INRA