Le rôle des Standards

Le rôle des Standards      D'après un texte de Jacques ARNOLD


A la base de la sélection de la plupart des espèces d’animaux domestiques, la préoccupation majeure a été le choix d’un type morphologique. Il s’est ainsi créé pour chacune d’entre elles, au cours des ans, des groupes de population caractérisés par des types de base de plus en plus tranchés les uns des autres.

Pour le situer dans le temps, c’est au cours du 19e, et plutôt sur sa fin en ce qui concerne le lapin, que le concept de race et la notion de standard se précise.

Image ouvrage de Meslay
Première page du livre d'Eugène MESLAY      Ouvrage à l'origine des Standards modernes

 

Ainsi, toute race d’animaux domestiques possède des caractères apparents qui lui sont propres, et qui en font un ensemble isolé du reste de l’espèce à laquelle à laquelle elle appartient. Ces caractères morphologiques dits de race sont décrits dans ce qui nommé le Standard de la race. Ces caractères sont évidemment reproductibles pour justifier l’existence même de la race.

Il est facile de se rendre compte que les textes des standards traduisent dans chaque modèle décrit les manifestations apparentes de la sélection diversifiante accomplie par l’homme au sein de l’espèce.

Pour interpréter correctement un standard il est indispensable d’en saisir ses principales descriptions pour attribuer à chaque point l’importance qui lui revient. L’essentiel étant d’apprécier les limites de variation des caractères raciaux compatibles avec l’utilisation des sujets pour la reproduction.

Un standard doit être utilisé comme un moyen de travail, mais ne constitue jamais une fin en soi.

Au fur et à mesure de l’élaboration des races, et ensuite selon les impératifs de l’époque, les standards ont évolué, se sont perfectionnés dans leur description, cherchant toujours à tenir compte de l’état présent de la population à laquelle ils s’adressaient, et des desiderata  des éleveurs. Un standard n’est donc et ne peut être immuable dans le temps. Le standard, au même titre que la race qu’il représente, vit et doit toujours avoir pour objectif essentiel d’être un outil de travail pour guider utilement les éleveurs.

Cela veut dire aussi, il n’existe à l’échelle d’un pays, c’est–à-dire pour une unité de sélection suffisamment importante de la population étudiée, qu’un standard qui est forcément officiel puisqu’il s’adresse à tous les éleveurs et à tous les experts qui l’exploitent. Il va sans dire que cette notion d’unicité du standard est fondamentale , car s’il n’en était pas ainsi, la notion même de race n’aurait pas sa raison d’être.

La mission essentielle de ceux qui ont en charge le suivi des standards et de :

  • Fournir aux éleveurs des textes qui permettent de bien appréhender les races.
  • Selon l’état sélectif, décrire des populations bien différenciées, afin d’orienter utilement la sélection. Ce travail de description doit fidèlement traduire la réalité de l’évolution. Cependant, les animaliers membres de la Commission Technique Nationale, s’obligent également à tenir compte de l’histoire de chacune des races et de sa spécificité, afin de maintenir au mieux la diversité.

Ce travail peut être aussi à l’origine de certaines orientations. Nous faisons référence ici à l’évolution voulue par les rédacteurs du recueil des standards de 1963 ou l’accent sur le développement des masses musculaires à particulièrement et volontairement été mis en avant. Ces spécialistes avaient compris que les races de lapin devaient se positionner dans un contexte plus global.

Les standards ne constituent ni un mythe, ni le résultat de manifestations affectives ou à visée purement esthétique. C’est au contraire une réalité pratique qui représente pour les éleveurs de lapins de race un outil de travail de choix. C’est pour renforcer cette notion de service aux éleveurs que les dernières éditions du standard français présentes  des extensions zootechniques. L’ouvrage français s’est montrée précurseur dans cette orientation.


Races et réalités

Races et réalités Par Jacques ARNOLD  (1973)

La multiplicité des races cunicoles, et leur large diffusion en Europe incitent à penser que la notion de race a conservé un certain intérêt et un attrait certain à une époque où le croisement est trop souvent devenu un mot magique qui, comme tel, conduit fréquemment à des désenchantements, quand il est pratiqué inconsidérément ou à mauvais escient.

Devant les nombreuses vocations que suscite l'élevage du lapin de race, et ce malgré un environnement trop souvent peu favorable à l'entretien d'un clapier, il nous est apparu utile, non pas de faire l'apologie des races et de leur exploitation selon une vieille habitude sans portée constructive, mais d'essayer de situer ce que représente exactement le maintien et le perfectionnement des races, qui sont constituées par un nombre important de reproducteurs capables de perpétuer un ensemble cohérent de qualités pratiques.

Ceci revient à expliciter la notion de race, en suivant son évolution dans le temps, pour mieux saisir son interprétation actuelle la plus efficiente et donc la plus favorable à la vitalité de son expression.

Quelques définitions
Parmi de nombreux textes écrits à différentes époques, nous avons retenu quelques définitions qui nous ont paru suffisamment actuelles et élaborées pour permettre de saisir convenablement le sens réel de ce que représente une race.

Il y a quelques années, l'inspecteur général d'agriculture, E. QUITTET a écrit, dans la Revue de l'Élevage, plusieurs articles particulièrement perspicaces et accomplis sur cette question, dont nous extrayons la définition suivante : « La race est, au sein d'une espèce, une collection d'individus ayant en commun un certain nombre de caractères morphologiques et physiologiques qu'ils perpétuent lorsqu'ils se reproduisent entre eux ».

Ainsi que le souligne ensuite l'auteur, cette définition renferme une certaine subjectivité, car selon les caractères envisagés, le groupe d'animaux appartenant à une race est plus ou moins étendu. Cela met toutefois bien en évidence la nécessité d'une description des caractères de race pour circonscrire le groupe (standard) avec extension vers un pointage de caractères d'élevage sous forme de performances minima à atteindre pour justifier l'appartenance à la race. Ceci est pratiqué actuellement par les associations d'élevage des grandes espèces d'animaux domestiques.

Il y a lieu de s'arrêter un moment sur le verbe perpétuer contenu dans la définition précitée. Si les caractères qui ont permis de classer des animaux dans un ensemble d'aspect semblable ne se perpétuent pas chez leurs descendants à un degré d'expression assez prononcé, il n'y a pas de race au sens réel du mot. E. QUITTET insiste sur ce point dans son exposé avec juste raison. Et, déjà en 1896, dans une étude prémonitoire, les Professeurs BARON et DECHAMBRRE s'étendaient sur l'indispensable obligation de ne pas confondre race et type.

Voici ce qu'écrivaient ces auteurs à ce sujet : « Créer la race d'un type, c'est amener celui-ci à une manifestation permanente et ininterrompue dans la descendance, en partant d'un état de choses tout différent dans lequel le type ne se montre que de loin en loin, sans régularité susceptible de prévision et d'exploitation. Tant qu'un type, si défini et si reconnaissable soit-il n'est qu'à l'état erratique, il n'est le type d'aucune race; et si plus tard, il se forme une race de ce type, ce sera l'œuvre d'une sélection ».

Combien ces phrases devraient-elles être méditées actuellement dans la cuniculture française, plus spécialement par certains manipulateurs d'accouplements à la volée qui caricaturent d'abord la notion de souche, puis désirent transformer tout de go des types déjà mal définis en nouvelle race !

Cette reproductivité de caractères implique la formation d'un ensemble génétique cohérent au sein d'une population qui se veut race, pour lui permettre de se perpétuer dans sa descendance. C'est ce que fait ressortir clairement une autre définition de la race donnée par la F.A.O. dans son bel ouvrage sur les bovins d'Europe : « Groupes d'animaux domestiques de la même espèce dans lequel les individus sont suffisamment voisins du point de vue génétique, pour être distingués aisément d'autres animaux ou ensemble d'animaux ».

Cette définition plus récente (1967) rassemble également l'expression des caractères et leur transmission. Le décret d'application N° 69667 du 14-6-69 de la Loi sur l'Élevage nous apporte cette fois des précisions officielles sur la validité du mot race. A l'article 2 - Titre 1, nous lisons : « Pour pouvoir être reconnue, une race doit recouvrir un ensemble d'animaux d'une même espèce présentant entre eux suffisamment de caractères communs : le modèle de race est défini par l'énumération de ces caractères héréditaires avec indication de leur intensité moyenne d'ex­pression dans l'ensemble considéré ».

Retenons ici tout particulièrement le terme d'intensité moyenne d'expression, qui rappelle qu'il existe toujours au sein d'une population raciale une relative variabilité expliquant son évolution dans le temps et laissant la sélection s'opérer sur elle, ce qui la distingue d'une lignée pure.

Pour compléter ce qui précède, ajoutons que le décret susmentionné définit également la variété, en tant qu'éventuelle ramification engendrée par la race. C'est : « la fraction des animaux d'une race que des traitements particuliers de sélection ont eu pour effet de distinguer du reste des animaux de la race ; selon les espèces, une variété peut être accessoirement qualifiée de rameau. type ou lignée ». Nous n'hésitons pas à y ajouter le mot souche sous sa véritable signification.

Il nous paraît que ces quelques définitions permettent d'aborder les problèmes inhérents à l'élevage des animaux dits de race avec des données délimitant l'action entreprise ou à entreprendre, tant pour leur mise au point que pour leur conservation ou pour leur développement.

Voyons en premier lieu maintenant comment les races émergent d'un peuplement commun.

Formation des races
C'est tout d'abord à DARWIN que nous donnons la parole. « La nature fournit des variations successives, l'homme les accumule dans certaines directions qui lui sont utiles ». Puis, l'auteur de l'Origine des Espèces poursuit : « Un homme conserve et fait reproduire un individu qui représente quelque légère déviation de conforma­tion ; ou bien il apporte plus de soins qu'on ne le fait d'ordinaire pour apparier ensemble ses plus beaux sujets ; ce faisant, il les améliore et ces animaux perfectionnés se répandent lentement dans le voisinage. Ils n'ont pas encore un nom particulier ; peu appréciés leur histoire est négligée. Mais si l'on continue à suivre ce procédé lent et graduel, et que, par conséquent, ces animaux s'améliorent de plus en plus, ils se répandent davantage, et on finit par les reconnaître pour une race distincte ayant quelque valeur ; ils reçoivent alors un nom probablement de province ». On ne peut rester insensible à ce cheminement descriptif qui a plus d'un siècle, et demeure toujours valable. Retenons plus spécialement le rôle imparti à l'homme dans la formation des races. La notion de temps n'est pas non plus à mésestimer, ainsi que le fait ressortir nettement Darwin quand il parle de procédé lent et graduel, et lorsqu'il écrit aussi : « Nous ne pouvons supposer que toutes les races ont été soudainement produites avec toute la perfection et toute l'utilité qu'elles ont aujourd'hui ». Ce qui s'avère toujours plus manifeste au fur et à mesure que les progrès accomplis éloignent les races de leur type primitif.

Arrêtons-nous quelques instants sur le rôle considérable de l'éleveur en sélection animale. Nous y avons déjà insisté dans d'autres publications, mais il nous paraît bon de revenir sur le fait que le perfectionnement des méthodes zootechniques modernes et éprouvées, la connaissance toujours plus approfondie des mécanismes génétiques, l'exploitation de données étoffées sur un plus grand nombre d'animaux contrôlés, ne constituent que des moyens améliorés, des outils d'intervention de plus en plus affinés mis à la disposition de l'homme pour lui permettre de maîtriser davantage sa technique d'animalier. C'est bien à lui, éleveur-sélectionneur, qu'il revient en dernier lieu de prendre les décisions et d'assumer ses responsabilités pleines et entières tant dans le choix des reproducteurs que dans celui des accouplements. Tous ces moyens de travail élaborés qui permettent de mieux connaître aujourd'hui que jadis les animaux, et d'approcher de plus près leur potentiel héréditaire doivent en outre être complétés par des rapports étroits entre l'homme et l'animal. C'est assez dire qu'une présence aussi fréquente que possible de l'éleveur dans son élevage et au milieu de ses animaux demeure toujours aussi indispensable. Il reste, en effet, des faits d'observation courante, en particulier des attitudes de sujets isolés ou groupés, qui ne se chiffrent pas, et même se décrivent souvent mal. Quand ils réclament en outre une intervention immédiate, cela exclue d'emblée le temps normal de traitement de l'information imparti à toutes données enregistrées.

Les qualités d'observation de l'animalier exigent donc aujourd'hui comme hier un temps minimum d'application quotidienne. Il ne s'agit pas là de zootechnie contemplative, comme d'aucuns l'ont écrit avec un dédain mal venu, mais bien d'une opération qui ne souffre jamais d'être différée, parce qu'elle n'a pas encore pu être remplacée.

N'oublions pas, du reste, qu'à une époque déjà lointaine où l'esprit d'observation et l'expérience personnelle constituaient les seuls éléments de manœuvre pour tout éleveur, de belles réalisations ont vu le jour, et plus particulièrement la mise en forme de la plupart des races cunicoles connues actuellement. Si l'on conçoit facilement aujourd'hui qu'une telle œuvre ne pouvait s'accomplir que lentement et graduellement, comme l'a écrit Darwin, avec des moyens qui nous paraissent extrêmement limités, il faut tout de même savoir que le temps d'une mise au point d'ordre biologique, ainsi qu'il ressort d'un perfectionnement racial, ne saurait être raccourci proportionnellement aux moyens techniques dont nous disposons présentement. Ceci pour plusieurs raisons.

Primo, parce que malgré l'approche beaucoup plus fine de la connaissance d'un génotype, il s'agit bien d'une approche portant sur un complexe factoriel dont l'analyse est loin d'être exhaustive. Lors de la fécondation les cellules sexuelles, qui peuvent avoir des valeurs héréditaires différentes chez un même sujet de par la dissociation et la répartition au hasard des chromosomes groupés au préa­lable par paires homologues, se fusionnent ensuite au hasard des rencontres, et comme les possibilités de combinaison sont multiples alors qu'une seule d'entre elles va émerger chez le futur animal à naître, il ressort clairement que nos procédés de sélection les plus élaborés d'aujourd'hui laissent encore une certaine incertitude planer, quant à l'obtention de tous nos desiderata dans la descendance de nos géniteurs. Pour circonscrire le plus possible cette indétermination naturelle, il convient de multiplier les accouplements les mieux étudiés et de réduire l'intervalle des générations, afin d'obtenir le plus grand nombre de combinaisons génétiques adéquates. C'est assez dire que les résultats à attendre d'animaux dont on connaît mal les possibilités de reproduction sont tout simplement du domaine du pur hasard, et ne peuvent plus être pris en considération de nos jours. La complexité de l'acte de procréation doit non pas nous décourager, mais nous inciter à nous équiper matériellement et techniquement toujours davantage pour mieux le maîtriser.

Secundo, parce que la sélection contemporaine porte sur un plus grand nombre de caractères que jadis, notamment en ce qui concerne les caractères d'élevage, et parce que le critère d'homogénéité au sein d'un troupeau est une notion assez nouvelle qui s'est substituée progressivement à celle du champion individuel d'autrefois. Comme cette homogénéité, aussi relative soit-elle, est désirée au plus haut niveau de sélection atteint, et que le progrès se veut continu sans régression même temporaire au cours d'une génération, on conçoit la difficulté du travail de sélection qui s'impose alors et qui, il faut bien le dire, ne tient souvent plus assez compte des réalités biologiques de l'élevage.

Tertio, le mode de vie des éleveurs contemporains, à supposer que tous les perfectionnements techniques mis à leur disposition soient utilisés par eux, ne leur assure pas une aussi grande disponibilité vis-à-vis de leurs animaux que celle consentie par leurs prédécesseurs. Ceux-ci, par ailleurs plus obstinés et plus endurants, acceptaient toutes les contraintes et les plus durs sacrifices pour aboutir à un résultat qui était un, sinon l'objectif de leur vie. Ils vivaient vraiment pour l'élevage, ce qui leur permettait de venir à bout de bien des difficultés, malgré une compétence et des moyens d'investigation limités à la pratique courante de l'élevage.

Toutes ces raisons, qui constatent des faits plus qu'elles ne les critiquent, suffisent amplement à démon­trer que si l'éleveur est plus équipé techniquement que jadis, il ne peut raccourcir considérablement le temps imparti à une obtention de race nouvelle ou à un perfectionnement racial déterminé.

Ajoutons quelques mots sur les accidents de parcours qui ont pu retarder encore le processus régulier d'édification d'une population raciale. Ceux-ci ont été du à des causes diverses : Mort du maître d'œuvre avec dispersion n'importe où du matériel de reproduction, ce qui revient à une mort génétique de patrimoines héréditaires lorsqu'ils deviennent anonymes ; guerre ou sinistres avec destruction plus ou moins complète de cheptels de reproduction, etc... Toutes ces circonstances ne peuvent que ralentir, voire stopper le travail de plusieurs années, et bien souvent, au hasard des espèces, certaines populations n'ont dû de survivre qu'aux efforts à peine croyables faits par des personnalités de l'élevage pour les protéger en tout ou en partie de toutes ces formes d'agression. Il y a eu parfois de véritables actes d'héroïsme de la part des hommes pour sauvegarder des animaux de reproduction particulièrement intéressants. Il faut aussi mentionner tous les mouvements de population humaine ou animale qui ont peut-être occasionné des croisements accidentels, retardant alors involontairement la mise en forme d'un matériel génétique.

Tout ceci étant admis, on peut maintenant résumer la marche générale d'obtention d'une race nouvelle ou tout simplement améliorée par rapport au troupeau d'origine. En voici les principales étapes :

1) Obtention à l'aide d'accouplements sélectifs à l'intérieur d'un groupe d'animaux ou par croisements plus éloignés, d'un type s'approchant le plus près possible de l'idéal souhaité (on en est parfois loin).

2) Multiplication entre eux des sujets de type recherché ou s'en approchant sans introduction d'éléments étrangers jusqu'à un certain état d'homogénéisation du matériel de reproduction, de plus en plus perfectionné. C'est une phase très délicate qui demande non seulement la plus grande habileté de la part de l'éleveur mais du courage et de l'obstination. Il lui faut admettre en effet un nombre important de déchets, de par toutes les disjonctions héréditaires qui ne manquent pas de se produire, ce qui est aussi lourd pour sa trésorerie. L'aboutissement peut s'avérer d'une extrême lenteur, et dans les pires circonstances la réussite n'intervient pas, remplacée par l'échec.

3) Quand il y a succès, c'est alors l'isolement des animaux supérieurs, sur lesquels va s'opérer désormais un véritable travail de sélection avec pratique de l'intraculture dans les accouplements. La période des déchets est loin d'être terminée, et les éliminations doivent de plus en plus être draconiennes. Des familles se créent, d'autres disparaissent. La race se façonne dans son potentiel héréditaire. Tout apport étranger à ce stade est nécessairement prohibé, si l'on ne veut pas détruire des années d'efforts. Les qualités de l'éleveur évoquées pour la phase 2 doivent bien entendu s'affermir toujours plus.

4) C'est la période de promotion de la race. Selon la qualité des points d'élevage, celle-ci se répand plus ou moins bien. C'est assez dire que pour la promouvoir correctement, il ne suffit pas d'assurer sa diffusion, encore faut-il savoir la défendre et contrôler sa sélection. Les associations d'éleveurs jouent alors un rôle prépondérant pour faciliter l'essor d'une race et soutenir sans relâche l'œuvre d'amélioration génétique menée par ses sélection­neurs.

Voyons de quoi il retourne plus précisément.

Promotion des races
L'époque où il suffisait à un individu de clamer bruyamment que sa race de prédilection était la meilleure et que toutes les autres n'étaient que des rebuts de l'espèce, a passé. On ne peut apprécier ou condamner davantage une race en fonction de son origine géographique. Ce sont là des affirmations sans aucun fondement qui, fort heureusement, ne retiennent plus l'attention de personne dans le monde de l'élevage. La valeur d'une population raciale ne se juge pas davantage sur quelques échantillons choisis parmi ses meilleurs représentants, mais sur son niveau génétique moyen par rapport à des objectifs fixés.

Promouvoir une race, c'est la maintenir à un haut niveau de sélection en aidant à la multiplication des meilleurs types en vue d'une homogénéisation de plus en plus grande de l'ensemble de ses représentants, ce qui permet d'améliorer son niveau génétique moyen, et d'assurer sa meilleure diffusion dans des conditions déterminées. Cela revient à accroître le nombre de géniteurs qualifiés devant satisfaire à des critères morphologiques (caractères de race) et physiologiques (caractères d'élevage), qui doivent être définis clairement. C'est d'abord la fonction des standards qui doivent décrire le prototype idéal de la race, afin de permettre aux éleveurs de s'en rapprocher le plus possible et aux experts de sanctionner valablement les animaux soumis à leur appréciation. L'élaboration d'un standard n'est pas à la portée de n'importe qui, mais de personnalités compétentes sachant faire ressortir les points primordiaux caractérisant une race avec des termes appropriés. L'éleveur doit pouvoir en saisir les grands traits, et apprécier les limites de variation de chacun des caractères décrits Pour utiliser au mieux ses reproducteurs. Les standards ne sont pas forcément immuables, et font l'objet d'une appréciation permanente et objective de la part des experts et des responsables d'association pour être toujours en accord avec l'orientation et le degré de perfectionnement de la race. Leur rôle de guide est ainsi constamment assuré.

La fixation de critères de production que sont les caractères d'élevage, qui complètent les standards ou les caractères de race sont codifiés, doit être basée, non pas sur des performances très élevées accomplies par de très rares animaux de pointe dans des conditions d'élevage particulières, mais correspondre à des objectifs abordables dans des conditions d'exploitation courantes, et économiquement acceptables. Il ne faut jamais oublier que les animaux de race doivent manifester leurs aptitudes dans un milieu moyen de production, ce qui permet de ne pas surestimer leur niveau génétique par rapport à l'ensemble de la population.

Il est aussi indispensable, avant tout autre considération, de n'utiliser pour procréer que des géniteurs sains et capables de reproduire régulièrement le plus longtemps possible. Là encore pour juger valablement les reproducteurs sur leur aptitude fonctionnelle, il y a lieu de les maintenir en équilibre de production dans un environnement approprié et usuel, tant sur le plan habitat que du point de vue alimentation, ou régime de carence aussi bien que menu pléthorique sont à proscrire.

La définition des objectifs qui sont assignés à la race, tant en ce qui concerne le type nue pour les diverses performances d'élevage, doit être établie à partir de données réelles, et non selon des estimations hypothétiques qui ne correspondent pas aux possibilités d'expression phénotypiques des génotypes étudiés dans la situation présente, ou même jamais, ce qui relève alors du pur rêve ! Il est bon d'agir très prudemment dans ce domaine et de faire en sorte que des objectifs précis et conciliables avec les possibilités raciales, soient réétudiés périodiquement en fonction du degré de perfectionnement des animaux tout en n'omettant pas d'établir, le cas échéant, de nouveaux critères permettant dans tous les cas aux géniteurs de conserver leur équilibre de production.

Tout ceci suppose une étude approfondie et permanente de la race par les responsables de sa promotion avec une parfaite cohérence d'action, l'appui de toutes les compétences, et une coordination de toutes les interventions engagées pour sa propagation et sa défense. Bien évidemment, la sélection doit être orientée dans la même direction par les promoteurs, et par eux seuls. Ce n'est qu'à cette condition qu'une race progresse réellement.

Puisque nous parlons de progrès, sachons apprécier ses limites et la vitesse de son cheminement. Ses résultats ne se font sentir qu'à long terme, par une action ininterrompue sur plusieurs générations. Les transformations brutales observées à l'issue de croisements, qu'il s'agisse de corrections ou d'améliorations de caractères, n'ont le plus souvent qu'un effet éphémère et non reproductible, qui ne sied pas au suivi rigoureux de l'évolution des races. Sans ce suivi, c'est-à-dire sans un bilan continuel de l'effectif de reproduction, où intervient le choix des géniteurs et de leurs accouplements, le progrès peut faire place à une régression. Tant il est vrai que dans ce domaine, rien n'est acquis définitivement, et que tout est remis en question à chaque introduction de géniteurs. Il existe un état d'esprit à l'amélioration raciale qui s'acquiert et s'affirme au fur et à mesure que l'éleveur prend pleine conscience de ses responsabilités. Se cacher certains problèmes délicats, détourner certains obstacles qu'il convient de franchir directement. éluder certaines questions en se retranchant derrière des solutions de facilité par paresse, par opportunisme ou même pour des raisons dogmatiques, c'est tout simplement tricher avec le travail de sélection, et en définitive avec l'élevage. Alors qu'il convient au contraire, pour affiner l'œuvre de sélection et la maîtriser davantage, d'établir entre éleveurs poursuivant les mêmes objectifs des liens de collaboration pour utiliser avec plus de profit certaines méthodes de base, faciliter des échanges d'information, employer plus complètement les services des géniteurs prépotents. En un mot, créer des unités de sélection dont les possibilités d'action ne se comparent pas à celle de l'éleveur isolé.

Toute sélection d'animaux de race bien conçue doit conduire à augmenter l'inventaire des potentialités, et à utiliser le plus complètement possible sans gaspillage, les services des meilleurs géniteurs. Rappelons en résumé, pour terminer ce tour d'horizon sur ce que représente la promotion des races, les grandes phases des interventions des éleveurs dans ce domaine

1) Identification des animaux : Cela revient d'abord à les inventorier, à les décrire, puis à établir graduelle­ment leur généalogie ; enfin à les apprécier en fonction de leurs caractères de race et d'élevage.

Tout cheptel mal identifié ne peut être ensuite suivi correctement, ce qui entraîne une méconnaissance des capacités de la race qu'il constitue.

2) Élimination des animaux défectueux. C'est un tri nécessaire et préalable à toute sélection bien conduite. Plus le taux de sélection est élevé plus la pression de sélection est grande. Celle-ci doit se manifester à chaque génération sur un nombre suffisant d'animaux, ce qui suppose une population importante.

3) Détection des animaux supérieurs, c'est-à-dire ayant un certain assortiment de gènes, qui conditionne l'obtention d'une descendance supérieure. Sans ces variants supérieurs, il n'y a pas d'amélioration génétique possible au sein d'un cheptel racial.

4) Constitution de familles d'origine éprouvée. C'est la suite logique des opérations de sélection pour façon­ner des pedigrees présentant une probabilité de réussite et aider à la formation des souches. Les études de famille qui sont entreprises à cet effet permettent d'atteindre plus sûrement un certain niveau génétique, et de mieux apprécier des tendances héréditaires.

Arrivé à ce stade de renseignements, une règle s'impose : Ne retenir pour la reproduction que les meilleurs animaux des meilleures familles.

5) Utilisation raisonnée des reproducteurs. C'est là le stade ultime de la sélection, et pour l'animalier l'art d'approprier les unions. Certes, le résultat ne peut être prévu avec certitude, mais les chances de réussite sont d'autant plus grandes que l'éleveur connaît bien ses géniteurs et a l'expérience de son troupeau. Il arrive ainsi à situer les limites de variations vraisemblables dans la descendance, et à accroître le pourcentage des probabilités de reconstitutions de combinaisons héréditaires souhaitées dans les produits de ses accouplements. Comme l'a si joliment écrit J.M. DUPLAN : « Tout éleveur digne de ce nom estime que c'est dans le choix des accouplements que peuvent s'exercer ses connaissances, son intuition, son génie ou plus modestement sa chance ».

On en arrive au point où la promotion d'une race consiste à rechercher, et à utiliser intensivement les meil­leurs accouplements pratiqués avec les meilleurs animaux des meilleures familles. Ce qui réclame des animaux, des moyens d'action et des hommes, avec en plus du temps et quelques capitaux pour démarrer et atteindre la période de rentabilité découlant des investissements consentis.

Utilité des races
L'élevage des animaux de race est très discuté depuis quelques lustres surtout chez les espèces à cycle de reproduction rapide, ce qui est le cas du lapin. Dans certaines sphères officielles ou para-officielles il est de bon ton de parler des races cunicoles avec un sourire dédaigneux, ou sous le seul angle d'un conservatoire vu, du reste, d'une façon purement statique qui ne tient souvent que trop peu compte des réalités biologiques. A la décharge de tels courants de pensée, quand ils sont sincères et non simplement mus par des mobiles commerciaux à court terme, il faut bien reconnaître que dans les an­nées qui ont suivi la dernière guerre le milieu cunicole français n'a pas toujours réagi comme il convenait devant les impératifs d'une production utilitaire. Il faut tout de même se garder de généraliser, et ne pas oublier que dans ce domaine comme ailleurs, il a fort heureusement existé des personnes, tant parmi les praticiens que chez des responsables de sociétés, qui ont œuvré grandement et courageusement pour que des races progressent réguliè­rement aussi bien dans leurs performances d'élevage que dans leurs types.

Ce qui compte aujourd'hui, c'est de connaître les possibilités et les limites des races, quand elles sont ex­ploitées correctement par des éleveurs qui utilisent plei­nement tous les moyens zootechniques éprouvés.

L'animal de race, rappelons-le, ne peut se situer au sein de son espèce que par rapport au travail de sélec­tion accompli par les hommes qui l'exploite. Issu à l'origine d'une population où la diversité génétique est considérable, la sélection dirigée en fait un groupe de varia­bilité restreinte et orientée dans telle ou telle direction. Au meilleur stade de son perfectionnement, les reproducteurs d'élite représentés par les variants supérieurs d'un troupeau ou d'une unité de sélection groupant plu­sieurs cheptels, tendent à homogénéiser au plus haut niveau l'ensemble des sujets sélectionnés. Mais, dans tous les cas, la variabilité demeure et n'est réduite que par rapport aux possibilités d'expression du peuplement primitif. Elle est remise en cause à chaque génération du fait même du mécanisme de la reproduction, d'où l'apparition de retours ataviques plus ou moins fréquents, voire de ce que nous appelons des déchets, qu'il convient d'éliminer perpétuellement. Comme ceux-ci existent dans les meilleurs élevages suivis depuis longtemps en généalogie contrôlée, on conçoit combien l'apport de reproducteurs étrangers dans un élevage doit se faire avec une extrême prudence, et être considéré au début comme un véritable essai expérimental. Comme l'a si bien écrit le Professeur LIENHART : « Sous les apparences de la pureté raciale la plus grande, se sont conservés à l'état caché dans le patrimoine héréditaire des différents sujets de nombreux éléments héréditaires (gènes) provenant d'ancêtres parfois très lointains ».

Il est facile de comprendre alors que lorsqu'un troupeau de sélection est dispersé, par suite de cessation d'élevage, chaque individu qui le compose peut évoluer dans une direction très différente en tant que reproducteur, et aux pires des circonstances, la variabilité s'amplifiant dans la descendance, tout le troupeau peut reprendre sa condition primitive de peuplement originel. C'est pourquoi, toute race n'est jamais pure au vrai sens du mot, et n'a une valeur déterminée qu'à un moment précis, et selon le degré de sélection qu'elle atteint alors dans son ensemble. C'est la surveillance stricte que les éleveurs exercent sur leur cheptel de reproduction qui permet, grâce à la sélection, de stabiliser ou d'orienter des qualités désirables et d'éliminer ou plus souvent de réduire à leur minimum d'apparition certains défauts. Considérées ainsi, les races sont des phénomènes biologiques tangibles, qui remplissent pleinement leur rôle de leader au milieu des représentants d'une espèce d'animaux domestiques. Ainsi que le dit l'Inspecteur QUITTET : « La race est l'aboutissement normal et constant des ef­forts d'amélioration d'une population ».

De ce qui précède, il ressort que si les races les mieux sélectionnées représentent des groupes de variabilité restreinte et orientée pour des caractères définis, ceux-ci conservent une possibilité de variation d'un sujet à l'autre ; quant aux caractères non soumis à la sélection, ils oscillent dans des proportions bien entendu incomparablement plus grandes.

Ainsi, l'unicité biologique est le propre de tous les animaux de race, aussi ressemblants entre eux soient-ils et quel que soit le degré de perfectionnement des groupes de sélection auxquels ils appartiennent. Il faut toujours s'en souvenir quand on pense race, car trop souvent les sujets d'une même race sont appréciés et manipulés comme les représentants d'un stéréotype bien défini apparemment, dont ils constituent des images plus ou moins parfaites. Au niveau de la reproduction, cette façon d'interpréter les accouplements engendre bien des mécomptes dans la descendance. En effet, chaque reproducteur n'est jugé et traité qu'en fonction de ce stéréotype, et non selon son individualité propre. En matière d'amélioration génétique, c'est tout simplement désastreux, car cette interprétation typologique incite à la pratique de la multiplication de masse, c'est-à-dire à l'appariement de hasard total entre n'importe quel sujet dit standard. parce qu'apparemment le couple ainsi formé représente l'image du type racial idéal. C'est cette façon de procéder, chez certaines personnes élevant superficiellement des lapins de race, qui a contribué à discréditer grandement la notion de race, en détériorant éventuellement les capacités génétiques de populations en voie de perfectionnement. C'est également en partant de cette conception par trop simplificatrice et sans nuance, que les concours traditionnels n'ont pu trop souvent mettre en évidence ou parfois même voulu imposer comme reproducteur suprême, que les champions de beauté, dont la descendance s'est avérée si souvent décevante.

Trop fréquemment mal positionnée dans son véritable contexte biologique, la race a suscité des espérances mal fondées qui ont abouti à des désillusions non justifiées, créant ainsi des attitudes anti-races dont la virulence traduisait en fait la méconnaissance des phénomè­nes biologiques et des aspects zootechniques généraux inhérents à l'élevage. Ce genre de réactions parfois explosives a installé sur un piédestal le croisement, en tant que remède miracle à toutes les imperfections dues aux animaux de race. Là encore la pratique du croisement n'a pas répondu à tous les espoirs, et a même provoqué des découragements rapides parce que trop souvent son fondement était erroné. Il y a lieu de bien préciser que la sélection raciale et le croisement sont des techniques d'élevage complémentaires et qui réclament toutes deux des études préalables des cheptels de reproduction. Il n'y a pas de solution miracle, ni avec des animaux de race, ni avec des issus de croisement. Il faut utiliser chacun d'entre eux à des fins bien précises, selon leurs possibilités estimées et en fonction des objectifs fixés et réali­sables.

Comme on ne peut parler de race sans évoquer le croisement, il convient de s'arrêter un moment sur ce dernier, pour mieux en saisir la portée. Pour bien comprendre ce à quoi le croisement correspond, distinguons ses principales catégories :

1) Le croisement que nous appelons créatif - C'est celui qui est à l'origine de nombreuses races obtenues soit à partir d'une population primitive dite commune. à grande variabilité génétique, soit, après appariements de représentants de diverses races entre eux. Dans tous les cas, le processus est celui indiqué plus haut aux premiers stades de la formation des races. Les potentiels héréditaires des sujets de départ sont suffisamment différents pour provoquer de multiples disjonctions dans la descendance et donc de nombreux déchets. Avant d'arriver à l'obtention d'une nouveauté assez stabilisée pour que le nom de race puisse être avancé il faut du temps, de l'argent et des moyens techniques judicieusement utilisés par de vrais sélectionneurs. Le croisement créatif, utilisé également pour apporter à une race un ou plusieurs caractères d'une autre race, suit les mêmes règles. C'est dire que, de toute façon, il ne constitue qu'une étape de toute une mise au point délicate, qui ne peut être réalisée par n'importe qui n'importe comment avec n'importe quoi. Croire que des peuplements, dont l'hétérogénéité est à ce point flagrante qu'elle apparaît grossièrement dans le type d'animaux qui se parent du titre de souche et qui ne sont en réalité que des issus de croisements alternatifs répétés, deviendront dans un temps plus ou moins rapproché des races au sens réel du mot, c'est faire preuve d'une folle présomption ! Cela n'aboutit qu'à voir se mul­tiplier des caricatures de race, qui portent un préjudice énorme à l'élevage de races véritables.

2) Le croisement dit de retrempe ou « apport de sang nouveau » ne mériterait pas d'être cité en temps que pratique sérieuse d'accouplement, s'il n'avait servi de cheval de bataille à de vieux chroniqueurs pour qui l'évaluation du « pourcentage de sang » chez un animal permettait de bien augurer de son avenir de géniteur ! En fait, le succès de ce type de croisement était uniquement du à l'effet d'Hétérosis (vigueur hybride) en première génération quand il se produisait, alors que son utilisa­tion a toujours été désastreuse pour les générations ultérieures, de par les disjonctions héréditaires qui en résultaient. Combien d'années de sélections laborieuses ont été ainsi rapidement mises à néant ; combien de vraies souches minutieusement façonnées par des générations de praticiens ont été de cette façon détruites ! En 1955. dans un article parti dans « Lapins et Lapereaux » sur la no­tion de souche, nous avons lancé un véritable cri d'alarme sur cette pratique du croisement et du sur-croisement à l'intérieur de la race. A près de vingt ans de distance, nous ne pouvons encore que mesurer avec tristesse l'ampleur des dégâts provoqués dans la cuniculture par de tels croisements accomplis la plupart du temps systéma­tiquement et aveuglément sur des cheptels entiers. Quant, à l'intérieur d'une population raciale, des sujets de souche ou de famille différente sont accouplés entre eux, il est indispensable d'en connaître l'origine et les aptitudes, et de contrôler si la descendance obtenue correspond dans son ensemble au but recherché, comme on doit le faire également au cours des accouplements en famille. Mais en aucun cas, on ne doit procéder sans connaissance des reproducteurs, pour la seule satisfaction de l'esprit de « rafraîchir le sang » ! Ce n'est que dans des cas tout à fait exceptionnels que l'on utilise des géniteurs d'autres races pour croiser avec les derniers représentants d'un groupe racial en voie de disparition, dans le seul but de sauver ce dernier. Cette opération procède alors du croisement créatif, et suit les étapes suivantes de la mise au point d'une race. Tout cela n'a rien à voir avec la pratique sauvage d'un croisement qui n'a jamais retrempé que les plumes de certains chroniqueurs, alors qu'elle a démoli, n'hésitons pas à le redire avec vigueur, de nombreuses souches ou lignées.

3) Le croisement d'absorption qui, comme son nom l'indique, consiste à absorber une population par une autre, au bout de plusieurs générations, est en quelque sorte un croisement créatif unilatéral qui suit les mêmes règles. Là encore, il n'est envisageable que lorsque la situation l'exige. Il a surtout été pratiqué autrefois pour faire pénétrer dans des ensembles autochtones des caractères recherchés appartenant à la race introduite, tout en préservant l'élevage des dangers de l'inadaptation. Autant dire qu'avec la diffusion des races actuelles, ce genre de travail n'est plus tellement d'actualité.

4) Le croisement dit industriel a été pratiqué depuis fort longtemps dans un but strictement utilitaire, produc­tion d'animaux de boucherie par exemple, et a connu, depuis quelques décennies, une expansion prodigieuse avec les différents hybrides intraspécifiques. Il est basé sur la recherche du phénomène d'hétérosis, qui, en neutralisant les effets des facteurs létaux ou sublétaux chez les sujets croisés, leur confère une grande vigueur de constitution et un état physiologique luxuriant. Ceci se complète du fait que pour aboutir au croisement idéal sur le plan commercial, on sélectionne des lignées paternelles et maternelles dont les qualités doivent être complémentaires, et pouvoir se regrouper et s'exprimer chez l'hybride. Quand celui-ci répond à toutes les exigences qu'on attend de lui, nul ne peut contester qu'il est insurpassa­ble. Le tout est de l'obtenir tel que souhaité, régulièrement et en un grand nombre d'exemplaires. Toute tech­nicité mise à part, cela nécessite des structures qui dé­passent de loin les possibilités d'un élevage de taille moyenne, voire assez grande. Tous les travaux sérieux de mise au point effectués sur le maïs ou sur les volailles, prouvent que des capitaux énormes ont été investis pour produire des hybrides commerciaux. La constitution des lignées parentales, le choix des meilleurs accouplements de celles-ci, l'obtention des lignées de réserve, la recher­che constante de nouvelles lignées perfectionnées, nécessitent des expérimentations et une organisation de la production, dignes des grandes firmes industrielles, et des moyens financiers appropriés, susceptibles de supporter, en outre, tous les déchets d'élevage. Ceux qui prétendent le contraire ignorent ce qu'est un véritable hybride chair, au sens que les Anglo-Saxons lui donnent.

Bien entendu, le croisement industriel peut donner d'excellents résultats par l'accouplement étudié de deux races différentes. Cette pratique est beaucoup plus abordable, et dépend du choix des races et de leurs souches. Elle suppose l'exploitation rationnelle des races, ainsi qu'il a été indiqué précédemment, et prouve leur.... utilité

Dans tous les cas, le produit terminal et ultime du croisement industriel inter-races ou de l'hybridation plus élaborée, ne peut et ne doit être utilisé pour reproduire, en raison de son hétérozygotie telle que des disjonctions multiples, anarchiques et imprévues se produiraient immanquablement dans sa descendance. Cela est bien connu de tous les vrais hybrideurs, mais mérite un nouveau rappel pour les personnes qui, en cuniculiculture, parlent de sou­che, d'hybrides, de croisements, etc..., avec autant d'aisance que de légèreté.

Conclusion
Par l'accouplement d'un mâle et d'une femelle d'ani­maux domestiques, l'homme recherche depuis toujours à obtenir des descendants possédant certaines caractéristiques déterminées et se reproduisant fidèlement. Il se rend très vite compte des difficultés de réalisation de cette entreprise, et ne parvient à des résultats plus ou moins approchés qu'au bout d'un certain temps et de nombreux essais avec des reproducteurs assez ressemblants les uns par rapport aux autres. C'est ainsi que lentement et graduellement, comme l'écrivait Darwin, les races ont pris corps. Elles sont devenues ainsi, après souvent bien des années, de petites unités isolées du reste de la population d'origine. Ce sont des réalités vivantes qui évoluent dans le temps selon ce que les hommes en font. Elles demeurent un merveilleux tremplin, aujourd'hui comme hier, pour des actions zootechniques les plus affinées.

Quand on considère la composition du cheptel cunicole international, on ne peut rester insensible à ce puis­sant potentiel génétique représenté par toutes les races de lapins. Il convient de bien s'en servir, en sachant de quoi il s'agit, et en utilisant les meilleurs moyens d'exploitation.

Nous souhaitons simplement que les lignes qui précèdent contribuent à mieux faire saisir aux éleveurs de lapins tout le parti qu'ils sont en mesure de retirer du capital racial qui est à leur disposition. Puissent-ils toujours davantage le perfectionner, et le préserver de toutes déprédations, dans l'intérêt même de la cuniculiculture tout entière.

Le cycle pilaire - La mue

Le cycle pilaire – La mue Jean-Jacques MÉNIGOZ (octobre 2010)

 

Image mueImage forte mue
Pelages en mue

 

Le cycle pilaire.
Tous les poils naissent, vivent et meurent et tout recommence, c’est le cycle pilaire. Chaque cycle de vie d’un poil est composé de quatre phases successives :

 

La phase anagène ou phase de croissance.
Le poil est en pleine vie, la croissance de sa kératine est constante et régulière et sa racine remplit le follicule pileux, jusqu’à la base.
La durée de cette phase détermine la longueur du pelage. En moyenne 30 jours pour une fourrure normale, 97 – 100 jours pour un Angora.
Toutes les catégories de poils d'un pelage déterminé ont une durée de croissance semblable. Les variations dimensionnelles de chacune d'entre elles proviennent de vitesses de croissance différentes.

 

La phase catagène ou d’involution.
Le poil a atteint sa croissance maximum. Sa racine remonte vers l’épiderme, perd un peu de volume et son activité s’interrompt brusquement.
Le poil ne va pas encore quitter les lieux, il doit attendre la relève.
C’est la période pendant laquelle la fourrure se présente dans sa meilleure forme. La durée de cette phase est cependant assez courte (2 à 3 semaines).

 

La phase télogène ou phase d’expulsion.
Le poil est mort et prêt à tomber mais il reste encore, le temps que la racine de son remplaçant soit suffisamment  forte pour le déloger.
Cette période est assez longue, 3 à 4 mois normalement.

 

La phase exogène, la chute.
La jeune repousse arrive à la surface de la peau et l’ancien poil tombe de lui-même.
Cette période correspond à la mue.

 

Globalement le cycle pilaire du lapin s’écoule sur une durée moyenne de six mois.
La durée des différentes phases est déterminée génétiquement. Il apparaît cependant important que l’éleveur par sa sélection écarte les sujets qui ont des mues beaucoup trop longues, ou qui prennent du retard au démarrage de la mue.
Notons que le cycle pilaire peut cependant être perturbé par des éléments liés à la race de l’animal, son sexe, son âge, son environnement, son alimentation, sa tranquillité (stress), son stade physiologique et son état de santé.

 

 

Influence du froid du chaud et de la lumière.
Nous mettons ici en avant la sensibilité du pelage à son environnement et notamment la température et la lumière du jour.
Confronté à des températures assez froides, le lapin va réagir en augmentant la densité de son pelage. C’est le résultat  de la mise en activité d’un nombre de follicules pileux suffisant pour rétablir l’isolation thermique. Ces follicules pileux sont appelés «follicules pileux secondaires dérivés». On estime qu’il existe une différence de l’ordre de 25 à 35% de follicules pileux supplémentaires en activité pendant la période automne – hiver. 
A l’inverse le nombre de follicules pileux est diminué en période chaude.
Pour forcer le trait, nous comprenons bien qu’en ce qui concerne la qualité du pelage et pour une même race,  les lapins élevés dans une région chaude et au niveau de la mer ne posséderont jamais la fourrure des lapins élevés dans une région froide et en altitude.

 

Les mues dites « saisonnières » sont déclenchées par la durée de la lumière du jour (phénomène lié au photopériodisme). Le passage des jours courts aux jours longs déclenche la mue de printemps et le passage des jours longs aux jours courts induit la mue d’automne. Ce sont les points de départ d’un cycle pilaire.
La mue d’automne est moins importante que celle du printemps car le sous-poil est globalement conservé et le nombre de follicules pileux en activité est plus réduit.
Les jeunes animaux sont beaucoup moins sensibles au changement de saison.

 

 

Influence des conditions générales d’élevage.
Nous évoquerons dans ce passage des conditions d’élevage qui participent plus ou moins directement à la bonne qualité du pelage.

 

La tranquillité ; l’objectif est d’assurer aux lapins un minimum de stress. Les perturbations physiologiques et métaboliques provoquées dans l’organisme par des stress très importants et variés peuvent avoir des incidences sur la qualité de la kératine (diamètre, résistance, couleur et durée de vie).

 

Son environnement proche ; La cage de dimensions suffisantes permet des déplacements aisés. L’exercice physique est gage de vitalité. La litière est régulièrement changée avec de la paille saine, évitant ainsi les fourrures souillées. L’aération du clapier est adaptée au nombre de sujets. Dans le cadre d’un bâtiment, Il faut absolument éviter la surpopulation source d’émanations agressives. Séparer vos lapins le plus tôt possible pour lui apporter du calme et également le mettre à l’abri d’agressions de ses congénères (blessures diverses).

 

Les soins ; Nous mettons l’accent sur le brossage du pelage. Cette action a un double objectif :

 

→ Faciliter et accélérer l’élimination des poils morts.

 

→ Masser et aérer la peau et stimuler ainsi la pousse des nouveaux poils.

 

Le brossage s’effectue d’abord à rebrousse poil pour bien éliminer les poils morts et on termine dans le sens du poil.
Réaliser cette opération sur le dessus et les côtés du tronc. Le brossage doit être répéter sur plusieurs jours.

 

 

Influence de l’alimentation.
L’état du pelage reflète l’équilibre nutritionnel de l’animal. Pour un pelage dit «normal», 20 à 30% des apports protéiques journaliers sont utilisés pour répondre aux besoins de la peau et du pelage.

 

La tige pilaire est constituée d’eau (2 à 13%), de lipides (2 à 3%), de cendres (0.2 à 0.8%), et de protéines (85 à 93%) à teneur élevée en soufre, la kératine, protéine fibreuse très résistante, faite de longues chaînes d’acides aminés. Ces chaînes de protéines sont scellées les unes aux par des molécules de soufre. Dans la constitution de la kératine, les acides aminés soufrés sont au nombre de trois : cystine, méthionine et cystéine. Transportés par le sang jusqu’à la racine du poil, ils ont besoin d’un apport de zinc et de vitamine B6 pour être synthétisés.

 

Pendant les périodes de mue il faut mettre à disposition une alimentation adaptée et assurant le bon déroulement de la mue et de la croissance des nouveaux poils.
L’alimentation doit apporter les composants indispensables au développement du poil : protéines, soufre, zinc, fer, acides gras, vitamines A (rétinol), E (tocophérol) et celles du groupe B.
Les vitamines du groupe B sont les vitamines du poil. Elles stimulent le renouvellement des cellules en général et plus particulièrement celles du follicule pileux. Notons que :
La vitamine B3 ou PP (Nicotinamide), augmente la circulation du sang dans les racines.
La vitamine B5 (Acide Pantothénique), favorise la croissance du poil.
La vitamine B6 (Pyridoxine), indispensable pour synthétiser les acides aminés soufrés.
La vitamine B8 ou H (Biotine), contrôle la sécrétion de sébum.

 

Lors des périodes de mue il est évident qu’une alimentation riche en protéines et en acides aminés soufrés est nécessaire. Un taux faible en protéines peut se répercuter sur la croissance du poil qui sera terne et moins dense.
Dans le cadre d’une alimentation traditionnelle on trouve les protéines dans :
Les fourrages verts, trèfle, sainfoin, luzerne.
Le foin de bonne qualité
L’avoine.
Les tourteaux d’arachide, lin, sésame, tournesol, soja et coco.
Les farines, notamment fève, pois et lupin.
Les sons.
Pour les aliments de type granulés à fournir pendant les périodes de mue, il faut être vigilant sur le taux de protéines et notamment sur leur qualité. Vérifier la présence de cystine, méthionine et surtout cystéine.

 

Veillez à la qualité et la quantité des minéraux dans la ration, notamment le soufre indispensable à la croissance du poil. La carence en soufre entraine une croissance lente du pelage avec des poils fragiles et terne.
Le soufre est présent dans les acides aminés sulfurés (cystéine, cystine et méthionine), la luzerne, les choux, la bette, le cresson, le persil, le radis noir, le poireau, les asperges, la ciboulette et les germes de blé.
Le fer est l’un des constituants des corpuscules rouges du sang. Il est très bénéfique pour la croissance et il est essentiel au transport de l’oxygène dans le sang. Il est disponible dans les orties (vert ou foin), le persil, les fèves, le pissenlit, les graines de tournesol et de sésame, les épinards.
Le zinc assure le bon fonctionnement des cellules de l’épiderme. Il favorise la synthèse d’acides aminés tels que la cystine et la méthionine. On le trouve dans les légumes secs, le soja, les céréales et les germes de blé.
Sont également riches en sels minéraux les foins de trèfle et de luzerne.

 

Les vitamines :
La vitamine B3 ou PP : levure de bière, son, persil, céréales, soja, riz, asperges.
La vitamine B5 : céréales, son, soja.
La vitamine B6 (Pyridoxine) : son, betteraves, épinards, carottes, pommes de terre (cuites), céréales, choux, levure de bière, germes de blé et de mais, bananes.
La vitamine B8 ou H : choux, épinards, levure de bière.
La vitamine A : huile de foie de morue. Le bêta carotène contenu en abondance dans la carotte se transforme en vitamine A dans l’organisme. Le bêta carotène est également présent dans le potiron, le brocoli, les épinards, le jeune foin, les fourrages très verts et jeunes ainsi que la luzerne et les grains de maïs.
La vitamine E : fourrages verts, laitue, carottes, choux, persil, asperges, céleri, épinards, germes de céréales (blé – maïs – avoine – orge), riz, graines de tournesol, pépins de raisin, pommes.

 

A savoir, la levure de bière est le meilleur supplément alimentaire pour le poil. On y trouve les substances nécessaires au bon état du pelage

 

Les acides gras participent au bon fonctionnement des cellules. Avec les vitamines B6 et E, ils sont essentiels à la kératinisation de l’épiderme. Ils favorisent l’élasticité de la peau, le brillant et la souplesse du poil.
Les graines de lin et de chanvre fournissent un bon apport en acides gras. A utiliser cependant avec prudence, notamment pour le lin (risque de diarrhée).

 

 

Conclusion.
L’idée n’est pas de forcer la nature mais plutôt d’aider le lapin à assurer au mieux le bon déroulement de la période de mue. N’oublions pas qu’au final, c’est la bonne santé du lapin qui déterminera la qualité de sa fourrure.

 

 

Bibliographie :
LES LAPINS DE RACE, Spécificités zoologiques – Standards officiels. Éditeur  Fédération Française de Cuniculiculture – 2000

 

LE LAPIN ANGORA, sa toison son élevage – Jean ROUGEOT et René Gérard THEBAULT Éditions du Point Vétérinaire – 1984

 

LE LAPIN ANGORA : Production et amélioration génétique – René Gérard THEBAULT et Hubert DE ROCHAMBEAU

 

Productions Animales, volume 2, numéro 4 - octobre 1989 - Éditeur INRA

La mue et ses particularités

La mue et ses particularités    Jean-Jacques MÉNIGOZ (septembre 2011)

Nous avons récemment rédigé un article sur le phénomène de mue chez le lapin. Dans nos propos nous sommes restés assez généraliste, ceci dans le but de faciliter l’approche des périodes naturelles de mue.

Nous allons aborder maintenant certaines particularités et essayer de les comprendre. L’intérêt de cet article nous est venu après avoir échangé, suite à l’article sur la mue, avec notre collègue juge et ami Suisse, Michel GRUAZ. Nous avons partagé nos expériences sur des « anomalies » rencontrées pendant l’exercice de nos activités d’évaluation des lapins.

Débutons par un constat régulièrement relevé. Hors période de mue, disons classique, les lapins perdent toujours, quelques poils. Ceci reste cependant très limité et ne remet pas en cause la tenue de la fourrure. Nous sommes là dans la normalité, peut être accentué par l’instabilité des températures et l’amplitude plus ou moins conséquente de leur variation.

Nous rappelons cependant que des stress importants peuvent engendrer des aléas sur la qualité de la kératine, un des constituants indispensables du poil. Le diamètre, la résistance, la couleur et la durée de vie en dépendent. Pensons également à fournir à nos sujets un habitat de bonnes dimensions, nécessaire à leur mobilité, avec des litières saines et changées régulièrement. Le clapier dans son ensemble, c’est-à-dire nombre de box et population totale doit être adapté aux possibilités d’aération du local. L’ammoniac ne doit pas exercer son agressivité. Séparez suffisamment tôt les jeunes, vous garantirez le calme et éviterez les agressions, risques de blessures. Le brossage permet d’éliminer les poils morts et par le massage ainsi réalisé, il est effectué une stimulation de la circulation sanguine et une aération du pelage. Si cette opération n’est pas mise en œuvre ou insuffisamment répétée, des poils morts resteront présents dans la fourrure pendant assez longtemps.

Nous continuons en mettant en avant les difficultés à obtenir une très bonne tenue du pelage chez certaines races. Cette observation est faite auprès des races possédant un sous-poil particulièrement développé, dense et épais. Ces races possèdent une fourrure très instable. Pratiquement à chaque léger réchauffement, ces races déclenchent une adaptation (perte de poil plus ou moins conséquente) de leur pelage et notamment du sous-poil. La physiologie du lapin tente alors de se caler au mieux aux conditions d’ambiance.

Un exemple très marquant concerne la race Néo-Zélandais, type chair par excellence. La  sélection, et c’était l’un des objectifs, a permis d’obtenir des dessous de pattes possédant une très forte densité et épaisseur de poils. Cette caractéristique a bien entendu concerné l’ensemble du pelage et surtout le sous-poil. Résultat, lors des expositions, il est très difficile d’observer une fourrure sans aucun signe de mue.

Image Néo-Zélandais vue de dessus Image Néo-Zélandais vue de profil
Néo-Zélandais – Propriétaire J-M BERGAMELLI - Photographies J-J MÉNIGOZ

Pour terminer, d’une manière générale, il est relevé que les fourrures bien structurées, possédant un bon équilibre entre les différents types de poil, et tout en gardant un pelage dense et aéré, sont beaucoup plus stables. C’est le cas notamment chez les petites races.

Quelques fausses idées en élevage

Quelques fausses idées en élevage   Intervention de Pascal RUMMELIN       Juge Cunicole  Président de l’A.N.A.C          Décembre 2002

 

Toute personne s'intéressant de près à l'élevage a sans doute pu entendre soutenir à plusieurs reprises des opinions personnelles relatives à celui-ci et concernant d'ailleurs plus particulièrement la sélection. Le milieu des animaux de basse-cour n'échappe pas à ce phénomène et, ce, d'autant moins que l'élevage à caractère dit sportif que nous pratiquons présente un aspect plus ou moins passionnel induit par le degré affectif que revêt alors la relation l’éleveur et l'animal. L'amateur s'identifie fortement à la race ou aux races qu'il affectionne et qu'il entretient, témoin le comportement de certains exposants au terme du jugement d'une exposition et les excès verbaux qui en résultent fréquemment.

Beaucoup de positions sur l'élevage et la sélection ont libre cours dans le microcosme du petit élevage, leur ténacité et leur longévité n'ayant d'égal que le peu de fondement scientifique qui les étaye. Certaines de ces opinions trouvent leurs racines dans les observations à caractère empirique qui ont été faites jadis par d'anciens éleveurs. Parfois, ces conclusions sont d'ailleurs exactes, même si elles ont été faites au mépris de toute méthodologie. Dans ce cas, les observations ont toujours été répétitives, faites en nombre et l'observateur était honnête; il n'essayait surtout pas de faire correspondre les conclusions de ses remarques avec l'idée qu'il pouvait se faire auparavant sur le problème qu'il se proposait de résoudre. C'est pourquoi il convient donc de prendre avec considération certaines opinions et méthodes d'élevage, car elles renferment souvent une part de vérité.

A l'inverse, des préjugés coriaces, érigés en non-sens vis à vis des connaissances actuelles, continuent à répandre leur obscurantisme parmi les éleveurs les plus crédules. Elles puisent leurs origines dans des observations insuffisantes, voire erronées, faites par des gens de parti-pris ou de bonne foi, mais totalement incompétents, elles sont ensuite reprises et transmises de génération en génération par des éleveurs manquant totalement de sens critique, quand ce n'est pas par les auteurs eux mêmes qui, maintes fois, se sont contentés de reprendre ce qu'avaient écrit leurs prédécesseurs sans se donner la peine de vérifier; tout le monde peut constater cet état de chose dans la littérature avicole. La prétention de ce modeste article est tout simplement de démystifier ces idées reçues.

Mais pour permettre de faire estimer aux lecteurs où en est encore, en ce début du troisième millénaire, la méconnaissance technique de certaines personnes, je citerai les exemples suivants qui me reviennent à la mémoire. Un éleveur de lapins argentés, propriétaire de femelles beaucoup trop foncées, ne s'en alarmant pas plus que cela, se mit en quête d'un mâle bien farineux, ce qui, d'après lui, devait lui permettre d'obtenir la tonalité vieil argent demandée, comme si les arcanes génétiques commandant le phénomène de l'argenture fonctionnaient comme une simple moyenne arithmétique... Une autre personne, entretenant et exposant des sujets d'une race naine de volaille, était ennuyée par des excroissances latérales poussant sur les crêtes. Dans pareil cas, le bon sens, sans parler de connaissances particulières, consiste à rechercher comme reproducteurs des animaux qui en sont dépourvus et à sélectionner dans la progéniture ceux qui leur ressemblent sur ce point. Au lieu de cela, cette brave dame se contentait de sectionner ces protubérances inesthétiques sur les sujets qu'elle réservait pour la reproduction et quand je m'étonnai de cette façon de procéder, en voulant lui expliquer que ce n'était pas de cette manière qu'elle transmettrait à sa souche une crête convenable, je me vis opposer un surprenant « Allez savoir ?... ».

Le dogmatisme de Mitchourine et Lyssenko fait encore des ravages dans nos rangs ! Sans parler du nombre de gens, qui se positionnent généralement, il faut le reconnaître, en dehors de l'aviculture officielle, et qui posent encore la question, dans les rubriques spécialisées des magazines de « la vie en vert » de savoir si la présence d'un coq est nécessaire pour que pondent les poules !

J'en arrive à quatre idées toutes faites qui circulent encore avec libre cours dans nos clapiers, poulaillers et pigeonniers du XXI° siècle et qu'il est bon de dénoncer régulièrement si l'on veut les éradiquer.

 

Un défaut se corrige par le défaut contraire
C'est le cas de notre éleveur d'Argenté de Champagne auquel j'ai fait allusion tout à l'heure. Mais, avant d'aller plus loin, disons tout de suite que pour faire disparaître rapidement un défaut, le mieux est de retirer de la reproduction les animaux qui le présentent et également ceux qui sont susceptibles d'en être porteurs : ascendants, collatéraux directs...

Cependant, si pour une raison quelconque, on se trouve dans l'obligation d'utiliser ces animaux comme reproducteurs, il faut savoir que le croisement de deux sujets présentant des défauts contraires ne va pas agir comme une correction mutuelle de ces deux défauts, mais va tout simplement aboutir à une souche porteuse de ces deux défauts qui ne manqueront pas de ressurgir à un moment donné, selon l'expression de leur dominance ou de leur récessivité. En génétique, 1-1 ne font pas 0 ! 

Si, par exemple, dans une race qui doit présenter une ligne de dos très rectiligne, on est obligé de faire reproduire une femelle au dos légèrement ensellé, il ne faut surtout pas rechercher un mâle présentant un dos de carpe, auquel cas on va retrouver les deux défauts dans la descendance. Il va falloir corriger ce dos ensellé en accouplant cette la femelle qui en est porteuse avec un mâle présentant une ligne de dos parfaite et, ensuite, travailler la sélection de la descendance dans cette optique. De même, des pattes en O ne se traitent pas par un accouplement avec des pattes en X, mais par des aplombs bien droits...

Un défaut héréditaire se corrige par la qualité correspondante et non pas par le défaut contraire.

 

La consanguinité est mauvaise et dangereuse
Oui, si elle est utilisée n'importe comment par des gens qui ne se sont pas instruits un minimum à son sujet. Non, dans le cas contraire.

La consanguinité est un excellent outil de sélection ; il faut bien s'imprégner du fait qu'elle a permis la création d'un nombre infini de races dans toutes les espèces et, qu'à l'heure actuelle, le maintien des races à petit effectif n'a souvent été possible que grâce à son utilisation à bon escient et par un équilibre avec des croisements dits de retrempe. C'est elle également qui permet la création de souches, notamment par l'obtention de reproducteurs reconnus « raceurs ». Ces derniers permettent l'amélioration des races en transmettant leurs qualités à leur descendance de façon moins aléatoire que des reproducteurs qui sont le fruit du hasard. Autrefois (18°-début du 20° siècle), les obtenteurs des grandes races de produit, et je pense à André Lavoinne pour la vache Normande, à Malingié pour la race ovine de la Charmoise, aux frères Colling pour la race bovine anglaise Durham, pratiquaient ce qu'il était alors convenu d'appeler « l'élevage en famille » : pratiquant une consanguinité raisonnée dans leurs propres troupeaux, ils ne s'adressaient, lorsque le besoin d'apporter du « sang neuf » se faisait impérativement pressant, qu'à des élevages qui leur avaient déjà acheté des reproducteurs ; ainsi, ils acquéraient une part de génétique nouvelle, mais en faisant appel à des types très proches du leur. Le renouvellement se faisait alors dans une confortable sécurité.

Un autre exemple remarquable est le célèbre troupeau de Mérinos de Rambouillet entretenu à la Bergerie Nationale. Sur les indications de Tessier, Louis XVI, désirant ne plus dépendre de l'Espagne pour l'importation de laines fines, a importé un lot de 41 béliers et 318 brebis Mérinos Espagnols qui arriva à Rambouillet le 12 octobre 1786. Grâce à Gilbert, un second contingent de 6 béliers et 40 brebis vint enrichir le premier cheptel, le 11 juillet 1801. Et depuis, plus rien ! La population de Mérinos de Rambouillet de la Bergerie Nationale tourne en intraculture depuis plus de 200 ans ; et l'on sait à quel stade de performances zootechniques elle est parvenue...

L'utilisation de la consanguinité est un formidable agent dynamisant pour la création et le maintien d'un type. Elle en accélère l'établissement par la fixation rapide des qualités. Le problème est qu'elle ne différencie pas les qualités et les défauts, si bien que ces derniers se développent à la même vitesse. C'est pourquoi il est absolument nécessaire de démarrer une souche avec des reproducteurs le plus irréprochables possible et de sélectionner à chaque génération.

Les centres de sélection ont des moyens et des tailles de troupeau qui sont hors de portée des amateurs et qui leur permettent d'appliquer des techniques sophistiquées. Nous ne les évoquerons donc pas dans le cadre de ce modeste article.

En règle générale, le petit sélectionneur pratiquera une consanguinité en ligne directe, c'est à dire entre ascendants et descendants directs père/fille, mère/fils, grand-père/petite-fille, etc... Elle est préférable à la consanguinité sur les collatéraux ; si l'on est toutefois obligé d'y recourir, il faut alors accoupler des collatéraux indirects : par exemple, oncle/nièce, grand-tante/petit­neveu, mais jamais frères/sœurs ou cousins. En n'oubliant pas que des sujets issus de deux portées ou nichées différentes, mais ayant les mêmes géniteurs, sont autant frères ou soeurs que des sujets de même portée...

La consanguinité développe l'état d'homozygotie qui favorise l'apparition d'animaux plus homogènes dans leur phénotype. Mais cela conduit à la mise en évidence de gènes récessifs défavorables qui ne pouvaient s'exprimer auparavant. Si un état dépressif apparaît (baisse de vigueur, des performances de reproduction), il convient alors de pratiquer une interruption dans les unions consanguines par un apport extérieur en portant son choix sur un type proche.

 

Hypothèse de l'imprégnation télégonique
Ayant fort heureusement perdu de son audience, cette théorie prétend qu'une femelle de race ayant été fécondée par un mâle d'une autre race ne pourra plus jamais engendrer des petits de sa race.

Aucun fondement sérieux ne soutient pareille allégation !

Les spermatozoïdes qui ont servi à la fécondation ont pénétré les ovules (ou les oeufs) qui vont donner naissance aux nouveaux sujets, les autres finissant par mourir et disparaître. Il n'y a pas possibilité de souillure ou d'altération quelconque des voies reproductrices ou du stock d'ovocytes restant. Cette union, fortuite ou désirée, ne peut donc avoir aucune influence sur la progéniture ultérieure de la femelle.

Certains, mais plus rares, prétendent même que le mâle qui a servi au croisement devient lui aussi impur, ce qui est encore plus absurde, si cela est toutefois possible...

Ce sont des retours ataviques qui sont à l'origine des observations erronées de gens de bonne foi, mais encore une foi d’incompétents et qui se laissent abuser par des croisements antérieurs, parfois distants de plusieurs générations, dont ils n'ont pas connaissance, alors même qu'ils se croient en possession d'animaux dits de « race pure ». Un cas bien connu est la venue au monde d'angoras dans une portée de lapins Géant Blanc du Bouscat, l'Angora ayant servi en 1910 à la création de cette race.

Le croisement n'influence en rien sur la qualité des géniteurs qui sont utilisés et ceux-ci engendreront à nouveau une descendance de la race à laquelle ils appartiennent s'ils sont accouplés ultérieurement à des partenaires de cette même race.

 

Le mâle seul a de l'importance
Ceci est absolument contraire à la réalité qui est que les deux parents apportent chacun la moitié du patrimoine génétique par le biais de leurs gamètes respectifs. En moyenne, la femelle a donc autant d'importance que le mâle. Il est d'ailleurs amusant de constater que de plus rares éleveurs pensent que c'est la mère qui est primordiale.

Ce qui est vrai, c'est que certains parents marquent plus leurs produits; ce sont des raceurs, comme on l'a vu plus haut. Ils sont d'ailleurs généralement issus d'une lignée relativement consanguine et expriment beaucoup de qualités. C'est sans doute ce phénomène qui doit tromper des observateurs encore de bonne foi. 

Cependant, le mâle peut effectivement avoir une importance accrue, mais ce n'est pas grâce à sa structure génétique particulière, mais simplement par l'utilisation qui en est faite. C'est généralement le cas pour les espèces polygames. Dans ce cas l'éleveur élève un coq avec plusieurs poules ou un lapin va servir plusieurs femelles. La descendance de ces mâles est donc beaucoup plus importante que celles des mâles vivant en couples, comme les pigeons, mais également que toutes les femelles. Dans ce cas, le renouvellement doit être effectué par l'introduction de nouvelles femelles. Ainsi, si les sujets nouvellement acquis ne conviennent pas, leur influence sera moins importante que s'il s'agissait d'un mâle et il sera plus aisé de corriger le tir.

Génétiquement, mâles et femelles ont une importance identique : il y a donc bien lieu d'accorder la même attention à la sélection des deux sexes.

Le clapier de Melle LEMARIE

Le clapier de Melle LEMARIE    Cet article reprend un article publié dans "Vie à la campagne" n°212 de février 1921, nous ferons ainsi connaissance avec son élevage et ses méthodes de travail. Montage de l'article Jean-Jacques MENIGOZ.

 

Cunicultrice de talent, nous lui devons le Havane et le Grand Russe. Elle a également conseillé Mme Bernhard lors de la création du Blanc de Hotot et aussi Mr et Mme Dulon pour le Géant du Bouscat.
"Cette dame décédée en 1964, d'une simplicité aussi grande que son érudition" selon Jacques Arnold, qui a eu la chance de la connaître.

 

Image Melle LEMARIE 1 Image J. LEMARIE
Melle LEMARIE examinant un sujet                                                              Rangée de cases basses

En vous montrant dernièrement un élevage de Lapins destiné à produire des sujets de race, vous vous êtes rendu compte des constructions et des aménagements entièrement constitués dans ce but. Voici aujourd'hui une autre organisation, celle du Château de Garambouville, à notre excellente collaboratrice Mlle LEMARIÉ, qui a été conçue et réalisée pour tirer le meilleur parti des bâtiments existants que comportent les dépendances de cette Demeure. A l'heure actuelle, cet exemple est infiniment intéressant, tant il serait ruineux, dans beaucoup de cas, de construire et d'aménager un clapier de toutes pièces en présence des prix de revient prohibitifs de tout ce qui touche au bâtiment.

Cette installation offre aussi cette particularité de montrer des clapiers installés avant la guerre dans une vaste salle claire comme une salle d'exposition et des clapiers plus rudimentaires, plus économiques, réalisés depuis avec des moyens de fortune. Ils vous montrent le parti que vous pouvez tirer de tous bâtiments existants, et, à défaut de ceux-ci, des abris que vous pouvez monter avec les baraques en bois des stocks de guerre. Nous divisons cette monographie en deux parties ; nous décrivons aujourd'hui le Clapier principal, et nous réservons pour un très prochain numéro tout ce qui concerne l'adaptation des bâtiments d'une ferme les plus variés, inutilisés dans leur ancienne destination, à leur affectation et à leur appropriation pour l'élevage des Lapins.

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Intérieur du Grand Clapier du Château de Garambouville

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Une travée de petites cases

Un début dans l'élevage
Aujourd'hui que beaucoup de personnes ont le vif désir de faire du petit élevage, tel celui des animaux de basse-cour, les débuts de ceux qui réussissent sont utiles à connaître. Vous pouvez, en effet, noter comment ils sont arrivés à la situation enviable qu'ils occupent aujourd'hui et en faire votre profit. C'est le cas de notre excellente collaboratrice, Mlle Lemarié, dont le goût. pour l'élevage était inné. Elle a acquis progressivement une incontestable expérience, et elle est aujourd'hui un de nos principaux éleveurs experts d'animaux de Basse-Cour. Aussi sa compétence et son autorité vont de pair avec la situation matérielle que l'élevage des oiseaux de Basses-Cours et des Lapins lui a assurée et qui se fortifie chaque jour.

Nous vous avons déjà dit, lorsque nous vous avons donné la monographie de son installation de la Folie-Lebrun , comment elle avait commencé à élever des races de volailles naines et de fantaisie, de véritables bijoux ailés avec lesquels elle s'assurait presque tous les premiers prix dans les Concours. Nous vous avons souligné, également, pourquoi les conditions créées par la guerre : manque de personnel, récoltes déficitaires, incertitude, puis les conditions économiques d'après-guerre, l'avaient obligée à se séparer de ses troupeaux et races de fantaisie pour ne plus faire que l'élevage des races de volailles de rapport. Il en a été de même pour les Lapins dont elle a créé des races remarquables : Lapin Havane, Lapin gros Russe, ainsi que des variétés d'Angoras. Elle a cessé l'élevage des races de fantaisie en conservant comme but unique celui du Lapin pratique, du Lapin de Bon Rapport, produisant simultanément une chair abondante pour la consommation et des peaux de choix destinées à la confection de fourrures en conservant la teinte naturelle de ces peaux.

Fille de commerçant, confinée toute la journée en classe d'abord, dans le magasin de ses parents ensuite, son état de santé obligea à rechercher pour elle une occupation de plein air. Comme elle aimait les animaux plus que tout, c'est le petit élevage qu'elle choisît, elle a débuté avec deux petits Lapins Russes, de pure race, donnés par des amis, qui, certainement, ne se doutaient pas de l'avalanche de sujets dont leur cadeau était le début. Elle avait 14 ans à ce moment et, naturellement, elle ne voulut pas tuer les petits Russes nés dans son Clapier de débutante. C'est ainsi que l'effectif arriva à 35 sujets, auxquels elle tenait tellement qu'elle ne voulait pas s'en séparer. Enfin, inquiète d'une telle famille et de ses promesses, sa mère se décida à faire cadeau de quelques petits et à vendre les autres.

"Pour chaque Lapin que je vendais, nous déclare Mlle Lemarié, je faisais une enquête sérieuse concernant les soins qui lui étaient réservés. Avec l'argent de ces premiers petits Russes, ajoute-t-elle, j'ai acheté des Lapins Béliers gris normands. J'en ai fait naître et élevé; ça allait très bien ; mes Lapins, bien soignés, étaient connus ; on venait en chercher de partout. Pendant 4 ans, j'ai donc élevé des petits Russes et des Béliers, logés dans des niches faites avec des caisses d'emballage ; je leur donnais comme nourriture des herbes du jardin et des bois. A ce moment il y eut un concours agricole à Évreux; j'ai voulu y exposer mes élèves, alors au nombre de 50. Mon père et ma mère ne voulaient pas ; j'ai tant supplié qu'on m'a tout de même permis. A ce moment, j'étais employée à la maison de commerce. Huit jours me séparaient de la date du Concours ; on me donna congé pendant ces 8  jours. J'avais 20 francs d'économies : je les employais à acheter grillage et fil de fer. Pendant 8 jours je confectionnais 12 petites cages en grillage (comme les petits parcs dans lesquels on met pâturer Jeannot sur le gazon). Nul matériel, en effet, n'était mis à la disposition des exposants, chacun devant apporter ses cases. J'étais prête à temps, mais j'avais le bout des doigts complètement piqué et pelé par le fil de fer; je ne pouvais toucher à rien pendant plusieurs jours. J'ai obtenu une belle médaille de Daniel Dupuy comme récompense".

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Cases bien comprises

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Construction d'une case

Une race par an.
"Ce succès m'encouragea. J'augmentai le nombre de mes sujets ; je ne m'en tins pas à mes deux races de début. J'agrandis progressivement mon installation et augmentai mon cheptel cunicole d'environ une race par an. J'ai toujours fait les choses graduellement ; c'est, je crois, le meilleur système. Les bénéfices des premiers petits Russes ont payé les cases et m'ont permis d'acheter de nouveaux reproducteurs. A n'importe quel moment de l'élevage, alors que je n'avais que peu d'argent à dépenser à la fois, je n'ai acheté de sujets de second choix. J'attendais parfois longtemps pour réunir la somme nécessaire à chaque nouvelle acquisition, mais j'achetais toujours les sujets les plus beaux comme reproducteurs. Je ne l'ai jamais regretté.

Mon élevage a été ainsi conduit. Pendant près de 6 ans, je logeais mes sujets dans des cases faites avec de grandes caisses d'emballage. Ensuite, j'ai pu faire construire 20 niches en briques, puis 60 niches encore avec des caisses; ces dernières, d'un prix de revient moins élevé, étaient tout aussi bien que les autres".

"J'estime, tient-elle à souligner, que l'on est bien plus sûr de son affaire, que l'on sait ce qu'on fait, en augmentant progressivement, plutôt que de se lancer, sans savoir, dans un métier que l'on ne connaît pas". Mlle LEMARIÉ, qui avait aménagé dans les dépendances de la villa la Folie-Lebrun, près d'Évreux, un Clapier extérieur entièrement en maçonnerie (dont nous vous donnerons ultérieurement la description), dut, quelques années avant la guerre, abandonner ses installations. Malgré l'importance de la propriété, ses différents troupeaux de volailles et de lapins avaient pris une telle extension que cette propriété était insuffisante pour produire tous les sujets reproducteurs destinés à la vente. C'est alors qu'elle installa cet élevage dans les vastes bâtiments de la ferme dépendant du Château de Garambouville, dont ses parents venaient de se rendre acquéreurs. Les terres de cette ferme, celles qu'elle a pu acquérir ou louer, ne sont pas de trop pour produire toute la nourriture des quelques milliers de têtes: "lapins et lapereaux, poules et poussins, oies et oisons, canards et canetons, et"., qui constituent le cheptel actuel  ou qui sont destinés à la vente.

Mlle LEMARIÉ élève une vingtaine de races et de variétés de lapins à fourrures et d'Angoras. L'élevage avait été organisé, avant la guerre, pour produire des reproducteurs et des sujets de concours en lapins à fourrure. Pendant la guerre, alors que nul transport ne fonctionnait, tous les reproducteurs ont fourni des sujets de chair et des fourrures Depuis que la réorganisation des transports permet l'expédition des reproducteurs, Mlle LEMARIÉ prépare de nouveau des reproducteurs des races de chair et à fourrure, ainsi que des Angoras. Elle estime nettement que l'élevage des lapins doit être orienté plus que jamais vers la production de la fourrure destinée à toute la famille. Les peaux peuvent être, en effet, tannées et préparées à la maison, sans dépense autre que quelques francs indispensables pour les ingrédients utiles pour les passer et le temps nécessaire aux opérations que préparations et confections comportent.

Les installations de Garambouville
Les bâtiments de la ferme qui dépend directement du charmant petit Château de Garambouville se succèdent sur trois côtés d'une très vaste cour herbeuse, d'une vraie cour normande plantée de pommiers. Ces bâtiments étant sans emploi (puisque la ferme ne devait pas être exploitée dans sa forme ancienne), Mlle LEMARIÉ voulut les affecter à son élevage de lapins. Cette organisation montre, je le répète, comment vous pouvez tirer parti de n'importe quels bâtiments pour installer un tel élevage, sans autres dépenses que l'établissement des loges.

Ces bâtiments se composent d'une très vaste grange, dont une partie affectée d'abord à un logement de plusieurs pièces a été convertie en une grande salle, cadre d'un vrai clapier d'exposition; d'une écurie et d'une étable, d'un logement de ferme de 4 pièces et de 3 remises et hangars. Dans six de ces bâtiments, en plus du grand clapier, ont été aménagées des cases de la façon très économique que je vous ai déjà souligné. Une ancienne cour avec loge à porcs a servi pour faire un hangar-abri. Et, dans le potager, une longue travée de 62 mètres, comportant 30 poulaillers-parquets pour volailles naines, a été affectée aussi à l'usage de clapiers.

Les clapiers se composent donc : d'un grand clapier dans la vaste pièce vitrée (Clapier n° 1) de 116 cases; le n° 2, ancienne étable à vaches, de 20 cases; le n° 3, maison-ferme, de 16 cases; le n° 4, remise, de 25 cases; le n° 5, remise, de 3o cases; le n°6, remise-hangar, de 22 cases; le n°7, 34 cases; le n° 8, travée de 62 mètres, 30 cases; le n° 9, 20 cases, soit en tout 313 cases, auxquelles il faut ajouter 30 cases démontables, soit en tout 343 cases et parquets. Nous limiterons aujourd'hui notre description au grand clapier, et nous poursuivrons ultérieurement notre visite par les autres, en vous indiquant le fonctionnement de l'élevage.

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Melle LEMARIE dans son clapier des Angoras (photographies J. ARNOLD)

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Installation d'exposition.
L'extrémité d'une immense grange comme on en construisait autrefois avait été aménagée en local d'habitation en plusieurs pièces toutes bien éclairées. Mlle LEMARIÉ, destinant ces locaux à l'installation d'un vaste Clapier, fit abattre toutes les cloisons. Cette grande pièce est bien aérée, claire et hygiénique. Elle mesure 15 m. de longueur, 10 m. de largeur, 4 m. de hauteur. Elle est éclairée par 5 fenêtres et une grande porte-fenêtre d'une part ; 6 fenêtres de l'autre, qui s'ouvrent sur chaque grand côté et une porte de service à l'extrémité. Pour utiliser cette partie de la grange dont elle faisait partie, un plafond avait été établi en plâtre sur chevrons et lattes, le tout soutenu par six montants en chêne de la grosseur de 20 cm. Le sol était recouvert d'un plancher. Tout cela a été conservé. L'aération est assurée par l'agencement des deuxième et troisième carreaux des fenêtres rendus mobiles, par l'adjonction de châssis ; ils s'ouvrent et se ferment à volonté et permettent d'établir une aération graduée avec l'élévation de la température extérieure. Chaque fenêtre est munie de grillage fin qui la clôt hermétiquement et évite l'intrusion des insectes, hôtes indésirables.

Tandis qu'une rangée de cases basses est disposée le long des deux longues parois, afin de ne pas exagérément masquer les fenêtres, deux autres rangées, placées plus haut sur pied, s'alignent contre les deux murs d'extrémité. Tout l'espace vide du milieu est occupé par 5 travées de chacune deux rangées de 8 cases, soit 16 cases par travée, une rangée sur chaque façade. Chaque travée mesure 6 mètres de longueur sur 1 m. de largeur et chaque case 75 cm. de longueur sur 50 de profondeur et 70 de hauteur. Séparations et extrémités sont pleines ; mais le dessus et les façades sont grillagés.

Image J. LEMARIE

Une travée de petites cases

Les cases mesurent respectivement 79 X 50 (cases des travées du milieu),100 X 90; 100 X 100 ; 160 X100 cases du pourtour.

Ces différentes grandeurs sont toutes utiles ; elles permettent de répartir les reproducteurs de tailles différentes et leurs nichées ; elles donnent toute satisfaction, et Mlle LEMARIÉ nous déclare qu'elle les ferait telles aujourd'hui.

Chaque case est en bois, avec double plancher, l'un en ciment armé par-dessus celui de bois et incliné ; à 20 cm. Au-dessus du plancher en ciment est disposé un châssis grillagé mobile ; ce châssis, posé sur deux traverses en bois, supporte la litière, qui ainsi reste plus sèche. Le vide entre le plancher cimenté et le grillage est fermé par une porte à abattant. Les travées des cases du milieu sont sur des pieds de 75 cm. et celles du tour sont sur des pieds de 30 cm., cela afin de voir les Lapins à la hauteur du regard dans les premières, au-dessous dans les secondes. Le plancher en ciment armé de chaque case reçoit les urines, qui s'écoulent dans une sorte de petit caniveau sur le devant de la loge. Ce caniveau est percé de trois à cinq trous, à chacun desquels s'adapte un petit tuyau de zinc ; ainsi les liquides sont déversés dans une gouttière placée au-dessous qui les conduit dans un grand pot de grès.

Chaque extrémité des travées comporte une tablette en abattant. Celle-ci relevée s'applique contre la paroi même, dans le cadre qui l'encastre. Ces tablettes sont d'une grande utilité ; placées en plein jour face aux deux rangées de fenêtres, à 80 cm. environ de hauteur, elles ne prennent aucune place sur le passage ; abattues, elles forment chacune une table d'examen. Sur cette table, on peut poser un Lapin que l'on veut voir en détail, pour vérifier l'intérieur des oreilles, par exemple ; ou bien comparer plusieurs sujets, etc., de la façon la plus commode et la plus rapide, puisqu'elle est à proximité des cases.

Le dessus des cases est grillagé, ce qui assure plus d'air à l'intérieur de celles-ci. Ce dispositif facilite aussi l'inspection des nids des jeunes sans avoir à déranger mère et lapereaux, car la lumière pénétrant par le dessus et en façade éclaire même les coins. Elle facilite d'un seul coup d'œil la surveillance de chaque case en ce qui concerne les sujets, la  nourriture, la boisson dont ils disposent, etc.

Ces cases sont surtout affectées aux sujets de petites races ; les grandes cases sont réservées aux mères et à leur progéniture ; les petites, aux mâles et aux lapereaux sevrés. Elles sont parfaites au point de vue conception et réalisation, et Mlle LEMARIÉ nous assure qu'elle n'aurait à faire la moindre amélioration si elle avait à les établir de nouveau. Dans cette pièce close, l'hygiène est assurée par les nettoyages des cases, des lavages au crésyl, l'arrosage du sol avec le même produit ou avec tout autre désinfectant. On ne perçoit pas d'odeur, même en Été. Pendant cette saison, en effet, les châssis supérieurs des fenêtres sont ouverts, ce qui assure une grande aération, sans gêner les lapins, puisque le courant d'air s'établit dans la partie supérieure toujours la plus surchauffée.

Avec la disposition du grillage, la litière n'est jamais saturée d'humidité; il s'établit le minimum de fermentation, d'où le minimum de dégagement d'odeurs, même si on est en retard pour la renouveler. Malgré cela, et en principe, le changement de litière est effectué dans les petites cases tous les .8 jours ; dans les cases du tour, tous les mois, quand elles ne comportent pas de jeunes ; tous les huit jours si elles logent des jeunes, après la période où ceux-ci sortent du nid et où celui-ci ne leur est plus indispensable. Vous jugerez comme nous que cette installation, réalisée avec des moyens simples, mais avec beaucoup de soins, doit être retenue comme exemple par quiconque fait l'élevage des reproducteurs pour la vente et qui, comme tel, est appelé à recevoir des visiteurs désireux de voir d'abord les sujets de choix qu'ils veulent acheter.

Le Bélier Français

Le Bélier Français par Jacques ARNOLD Texte original tiré du numéro spécial de la France Cuniculicole de 1973

Historique
Dans son admirable ouvrage : « De la variation des Animaux et des Plantes » (1968), DARWIN écrit : « Tout le monde a vu les lapins à immenses oreilles tombantes si souvent exposés dans les concours : on élève sur le Continent diverses sous-races voisines... ». Le grand naturaliste parle, après DELAMER, dont il cite l'ouvrage « Pigeons and Rabbits », des Lopes à rames (oreilles se détachant à angle droit) ; des demi-lopes (une oreille pendante) et enfin du lope parfait (deux oreilles pendantes) avec plusieurs remarques pertinentes sur la descendance de ces animaux. Dans un autre chapitre du même ouvrage, l'étude craniologique du lapin amène DARWIN à parler encore du Bélier. Bien entendu, DARWIN s'adresse aux Béliers Anglais de l'époque, mais il mentionne tout de même les sous-races voisines du continent, prouvant ainsi qu'elles existent.

MARIOT-DIDIEUX, au milieu du 19e siècle, décrit dans son « Guide pratique de l'éducateur de lapin », le lapin Bélier ou Rouanais, comme l'une des trois sous races du lapin domestique, puis parle du Lope au titre de race de fantaisie.

Pierre MÉGNIN (Le lapin et ses races, 1888) cite le Bélier Normand avec « des oreilles tombantes mais touchant à peine terre et nullement exagérées comme dimension ». Corps large et bien ramassé, tête un peu épaisse, mais pas trop lourde. Race la plus forte de nos lapins Français : 6 à 7 kg ». L'auteur fait ressortir les différences déjà fort importantes qui existent entre le Lope et le Bélier Normand.

Le Professeur CORNEVIN (1895) n'ouvre qu'un chapitre pour les lapins Béliers dans son traité de Zootechnie, mais distingue lui aussi les Lopes des Béliers Normands ou de Rouen.

Le manuel spécial sur l'élevage du Bélier publié par l'Orphelinat Agricole de Saint-Martin en 1881, s'il décrit avec assez de précision ce que MÉGNIN appelle Bélier Normand, insiste encore plus sur l'aspect utilitaire de l'élevage du Bélier Français.

N'oublions pas encore de dire que le Docteur RUFS de Lavison, directeur du Jardin d'Acclimatation de Paris, mentionnait dans son bulletin de l'automne 1863 les deux races, françaises et anglaises, dont plusieurs spécimens étaient présentés aux visiteurs.

C'est à Eugène MESLAY qu'il appartint en 1900 dans son ouvrage de base « Les Races de lapins », de bien situer sans équivoque les deux populations.

L'origine exacte des Béliers, Anglais et Français, reste encore assez ambiguë aujourd'hui, et surtout leur interdépendance. Pour les auteurs d'Outre-Manche, et notamment pour KNIGHT, l'Angleterre reste la mère patrie.

Ce fut aussi l'opinion en Belgique de René BERTAUT et en France de Pierre MÉGNIN, ainsi que de J. de FOUCAULT.

Que M. GIRARD, ancien directeur du Jardin des Plantes de Lyon, se soit installé à Paris, avenue de Ségur, en 1852, et qu'il ait importé l'année suivante pour son magasin d'animaux de basse-cour, des Béliers d'Angleterre dont le relieur de l'avenue de Breteuil, CORDONNIER, tira des Béliers Français par croisement avec des Normands ou assimilés et des Géants, nous ne voulons pas l'oublier, mais nous n'oublions pas non plus que MARIOT-DIDIEUX pensait que les Lopes pouvaient aussi bien avoir été obtenus par des croisements avec notre lapin Bélier Normand ou Rouanais.

En fait des lapins à oreilles tombantes sont apparus au cours des siècles dans de nombreux clapiers sans que l'attention se fixa sur eux. La fancy Anglaise s'en saisit vraisemblablement plus tôt que dans d'autres pays, mais dans le sens sportif uniquement, alors qu'en France le Bélier de nos campagnes fut longtemps élevé dans l'indigénat pour une production plus que pour une compétition.

Les premières importations allemandes de Béliers Français remontent à 1869. C'est en octobre de cette même année que M.WORNER fit venir d'Avignon par l'intermédiaire de M. MEYER, de Tubingen, trois lapins Béliers. Des importations semblables se renouvelèrent à plusieurs reprises. Le dernier transport en provenance d'Avignon comprenait 16 sujets, et arriva le 22-7-1872 à Tubingen.

Après un déclin de plusieurs années, un regain d'intérêt se manifesta, en Allemagne, vers 1910. Puis, conclusion suprême de l'attrait pour la race, le Bélier Français fut baptisé outre-Rhin en 1933, Bélier Allemand.

L'expert Helvétique. A. TSCHAN, a signalé que la race était déjà élevée en Suisse en 1899.

Le standard, élaboré par la commission des standards de la Société Française de Cuniculture, présidée par Mme du BERN de BOISLANDRY et composée d'E. MESLAY, R. SAUTON, A. MAGNIN et R. CAUCURTE, avec l'aide d'H.  ESTIOT et de R. LAURENÇON, éleveurs spécialistes, d'après les données d'Eugène MESLAY, fut accepté le 25 mars 1922.

Les cheptels d'Alsace-Lorraine sont les meilleurs en France, et en Europe, ceux de Suisse et d'Allemagne sont importants et de bonne qualité.

Caractères de race
Le type, la tête et les oreilles font la race.

La conformation ramassée et massive doit apparaître au premier coup d'œil. Cela suppose un corps bien rempli et volumineux, suffisamment profond et arrondi, surtout sur l'arrière train, qui semble presque sphérique. Atten­tion à l'expression volumineuse. Le volume est obtenu par une bonne répartition des masses musculaires que l'épaisse fourrure recouvre, et non par une épaisseur de peau pléthorique, qui arrive à se détacher. Le squelette est développé en conséquence.

Les épaules sont larges et fermes, la ligne de dos très développée est légèrement courbée. L'aspect trapu pro­vient du fait que de la nuque au bas de l'arrière train, le tronc est constitué par un puissant bloc.

Les épaules lâches, le dos mal viandé et assez abrupt sont à rejeter. Il faut toujours se souvenir que l'animal paraît moins long qu'il n'est en réalité du fait de sa largeur et de sa profondeur. Le sujet trop court, et pas assez volumineux est à proscrire.

Les pattes paraissent courtes, mais sont surtout très puissantes.

Le cou peu visible est effacé par le haut des épaules épaisses et rebondies qui paraissent rejoindre directement la zone plus élevée de la tête où se forme la couronne.

La tête comprend un front assez long et large, légèrement incurvé sans plus. La courbure qui simule le profil de Bélier ne se manifeste pleinement qu'à partir du niveau des yeux jusqu'à la pointe du nez. Les joues sont pleines avec des muscles masticateurs bien marqués. Attention aux têtes trop rondes et courtes, dites têtes de chat qui ne sont pas des têtes de Bélier.

Les oreilles prennent naissance par un fort bourrelet (la couronne). La ligne de crête joignant les deux bourrelets doit être étendue et assez large. La conque cartilagineuse à la base des oreilles, où se situe la couronne doit être épaisse pour se replier dans un bombé impeccable qui procure alors une retombée non heurtée de l'oreille. La forme des oreilles passe du jonc creux sur sa plus grande longueur à l'évasement à la pointe. Le chemin suivi par les oreilles dépend en grande partie de leur constitution et de la position de leur base de départ. Si celle-ci est trop orientée, par exemple, vers la nuque, la tra­jectoire des oreilles sera défectueuse avec tendance à la forme dite en rames.

Les jeunes Béliers ont des oreilles relativement droites. Ce n'est que vers 6 à 10 semaines qu'elles commencent à basculer, pour pendre ensuite. Celles qui tombent le plus tardivement sont souvent les meilleures à l'état adulte. Il en est de même pour celles qui penchent vers l'avant.

La fourrure est dite demi-longue. Elle doit toutefois rester d'une bonne tenue, dense et ne pas donner lieu à des zones décollées.

Les teintes les plus répandues sont le gris agouti plus ou moins foncé, allant jusqu'au gris acier, l'albinos, le madagascar et le tacheté. Dans ce dernier cas la tavelure est très chargée, formant même un manteau sur l'arrière train. On trouve également des noirs unicolores, des bleus, etc...

Le Géant des Flandres

Le Géant des Flandres Jacques ARNOLD Texte original tiré du numéro spécial de la France Cuniculicole de 1973

Historique
Au début de notre siècle, les opinions ont continué à se passionner pour savoir s'il venait d'Amérique, voire de Patagonie, ou tout simplement de notre continent.

A titre anecdotique, relevons quelques avis d'anciens auteurs.

DEMUSSET, dans le Cours d'Agriculture de l'abbé ROZIER (1809) signalait l'arrivée du lapin Américain en Europe de fraîche date. C'était ce fameux lapin Patagonien, dont d'aucuns ont voulu faire ensuite l'ancêtre de nos Géants. Pierre MEGNIN, NAUDIN, de FOUCAULT acceptèrent dans la seconde partie du 19, siècle cette origine, et la défendirent.

Darwin, dans son célèbre ouvrage « De la variation des animaux et des plantes » rapporte que selon ALDROVANDI (1637), on élevait vers 1555, à Vérone des lapins quatre fois plus gros que les ordinaires d'après les dires de P. VALERANIUS. Le Professeur CORNEVIN qui reprend cette assertion dans son traité de Zootechnie (1895), en conclue : « Race (les Géants) sûrement d'origine euro­péenne, car en 1555, le nouveau monde n'avait que très peu de lapins... ».

Eugène MESLAY (1900) tranche en faveur de l'origine européenne, et plus précisément Flamande, ce qui est l'opinion des auteurs anglais et bien entendu belges. Les spécialistes cunicoles d'Outrequiévrain : P. BERTAUT, P. de KEGHEL et V. PULINCK-EEMANN font descendre le Géant des Flandres du Steenkonijn, ou lapin Agouti se rapprochant de notre garenne, et Louis Van Der SNICKT insistait dans ses écrits sur la tradition Gantoise qui exploitait sur une grande échelle ce lapin depuis des années. Les faubourgs de Gand étaient en effet un berceau de la race.

De nombreux amateurs, issus de la population mi-maraîchère, mi-industrielle avaient fondé des Sociétés d'Élevage, dont les noms assez singuliers : « Les Sans Peur », « Les Frères du Dimanche », « La Pucelle de Gand », les « Jeunes Commerçants », témoignent de tout un climat passionné, qui contribua certainement à dynamiser au plus haut point cet élevage. Ces Sociétés avaient des jours de réunion fixes où tous les membres devaient assister sous peine d'amende. Elles organisaient des Concours de Poids, individuels et par groupe, et bien entendu des présentations qui devinrent plus tard des expositions. Pour résumer toute cette ambiance particulièrement colorée et entraînante, citons le Juge A. Van den KERCKOVEN : « L'amateur de Géants a son estaminet où il ne rencontre, ne voit, ne cause, ne lit, ne mange, etc..., ne trinque qu'avec les éleveurs de Géants ».

Le standard Gantois d'origine remonte à 1895. Il fut élaboré le 10 novembre lors d'un Concours de jeunes, et discuté l'après-midi sous la présidence de M. NYPELS. De nombreuses expressions de ce standard figurent encore dans le standard Belge actuel. Deux classes étaient admises : Le gris agouti à ventre blanc, et le gris fer à ven­tre foncé, qui était très prisé à l'étranger, et qui était élevé, bien que d'un type moins prononcé, pour satisfaire les désirs des acheteurs Allemands et Anglais.

En Allemagne fut fondé en 1897 le Club des éleveurs de Géants Belges à Leipzig. Depuis 1937, on parle de Géants Allemands outre-Rhin !

Les fanciers Anglais se spécialisèrent longtemps dans la variété dite « Dark Steelgrey », sorte de gris de fer assez foncé, avec le dessous du corps très pâle, voire blan­châtre. Le type manquait souvent d'allure, parce que trop court. C. WREN et A.J. WATTS furent durant des années de chauds supporters de cette unique variété. Le standard Anglais actuel a étendu ses variétés.

En France, après la monographie d'Eugène MESLAY qui servit longtemps de bible pour les principales races, la Société Française de Cuniculture, et plus particulièrement sa commission des standards présidée par la Vicomtesse du BERN de BOISLANDRY et composée d'E. MESLAY, R. CAUCURTE, H. ESTIOT et R. SAUTON, après consulta­tion du Juge Belge P. de KEGHEL, et du Juge Français, E. DESREUMAUX, ainsi que des éleveurs spécialistes Mme E. BERNHARD (la créatrice du Hotot) et P. BEZIN, établirent le 10-12-1919 le standard, se rapprochant directement au standard Belge. Les variétés Gris Lièvre, Gris Fer, Noir et Blanc à œil noir y furent mentionnées.

On ne saurait faire ce rapide tour d'horizon historique sans mentionner que le Club Français du Géant, devenu le Club Français de Cuniculture, fut fondé le 11 février 1926, avec pour Président E. DESREUMAUX, et pour Secrétaire, le Vicomte J. de GUERDAVID.

Parmi les ardents protagonistes et excellents éleveurs de Géant des Flandres, qu'il nous soit per­mis d'évoquer la mémoire de P. BEZIN, et de citer tout spécialement l'actuel Président d'Honneur du C.F.C., André POUPARDIN qui entre autres trophées remporta en 1956 à Paris le Prix du Président de la République, avec un magnifique parquet.

Rappelons aussi qu'en Allemagne, le nom de W. BOXHEIMER, élève de L. ABENHEIM, est intimement lié à l'essor de la race, qu'il a élevée plus de quarante ans. A Stuttgart, en 1966, sa présentation comptait 23 animaux !

Caractères de race
Le type constitue l'objectif majeur, bien évidemment. Le développement osseux et la musculature appropriée doivent contribuer à assurer la plénitude corporelle, selon l'expression de F. JOPPICH.

Si l'on suit dans le temps l'évolution de la race, on se rend compte que les animaux lourds, mais grossiers ont été progressivement abandonnés au profit de sujets où la longueur, qui donnait davantage de lame à l'animal, a primé. Ce fut alors l'époque où le mètre pliant a triomphé. Cette recherche de l'allongement poussé à l'extrême fournit des animaux déséquilibrés. semblant man­quer d'une paire de pattes. En Allemagne, on a parlé de « serpent de mer avec tête de lapin », « Géant accordéon », « Lévrier ». Les Allemands sont parvenus assez vite à un type d'animal possédant un cadre osseux, avec une abondante musculature répartie harmonieusement sur tout le corps.

Tous les pays tendent aujourd'hui à obtenir ce type de Géant accompli, à forme cylindrique allongée. Pour ce faire, il faut veiller plus particulièrement à la largeur des épaules, à la profondeur de la poitrine, au développement harmonieux de la ligne dorsale se fondant dans une croupe arrondie et bien garnie. Toute la musculature étant solide et ferme.

Les épaules lâches ou trop minces, les os des hanches faisant saillie, la voussure ou l'ensellure dorsale sont évidemment des fautes inacceptables, non seulement en exposition, mais dans les clapiers.

Attention aux sujets « ficelle » selon l'expression du Juge Belge J. RONDAY. J'ai personnellement assez combattu ce type d'animal filiforme.

La tête doit être assez développée aussi bien en longueur qu'en largeur. Une large gueule, un front développé contribuent à parfaire la puissance de l'animal. Les joues et les mâchoires doivent bien apparaître, avec de forts muscles masticateurs. Bien portés sur les épaules, sans cou saillant, la tête doit signer, en outre, le sexe de l'animal.

L'implantation des oreilles est primordiale pour assurer une bonne coiffure. La base large est très cartilagineuse. Elles doivent être épaisses et bien fourrées. De taille géante, leur port raide s'ouvrant ensuite en V est la suite logique d'un bon départ. L'arrondi terminal en cuillère est la conséquence d'un heureux développement. Attention aux oreilles flottantes, sans parler d'autres déformations classiques et rédhibitoires.

Les pattes doivent être aussi fortes que possible et bien d'aplomb. Elles doivent permettre à l'animal de se mouvoir avec aisance, malgré son poids, et contribuent grandement à lui donner son allure. Les pattes antérieures sont bien droites, et posées légèrement sur le sol. Les pattes postérieures se déplacent parallèlement au corps.

Ce sont là quelques remarques qui ne font qu'insis­ter sur les descriptions du standard.

Les huit couleurs du standard Belge sont reprises par le standard Français. La Hollande est sans doute le seul pays où les variétés de couleurs les plus diverses existent réellement. On trouve en Allemagne et en Suisse des gris de différentes tonalités présentés dans la même classe, alors que les Albinos font l'objet d'une classe particulière. Nous ne nous arrêterons pas davantage sur les teintes, ni sur la fourrure, en renvoyant sans commentaires spéciaux, les éleveurs à leur standard.

Les yeux proéminents

Les yeux proéminents  -  Un critère important pour certaines races       Jean-Jacques MENIGOZ  (décembre 2009)

 

Ce critère est mentionné dans le descriptif idéal de certaines races. Nous les citons en reprenant le texte exact du standard respectif.

Lièvre Belge                                                                         Argenté Anglais
Image Lievre Belge                                   Image Argenté Anglais
 
«les yeux bien ouverts et brillants sont quelque peu proéminents"              "les yeux sont bien ouverts et légèrement proéminents" 

Brun Marron de Lorraine                                                      Hermine / Polonais
Image Brun Marron de Lorraine      Image Hermine / Polonais
"les yeux sont grands et proéminents"                                                            "les yeux sont grands et proéminents"

Nain Feu Noir                                                                      Hermine de Lutterbach
Image Nain Feu Noir     Image Hermine de Lutterbach
"les yeux sont grands et proéminents"                                                              "les yeux sont grands et proéminents"

Nain Angora                                                                          Nain Renard
Image Nain Angora      Image Nain Renard  
"les yeux sont grands et légèrement proéminents"                                             "les yeux sont grands et légèrement proéminents"

Nain Rex                                                                                Nain Satin
Image Nain Rex         Image Nain Satin Fauve   
"
les yeux sont grands et proéminents"                                                                 "les yeux sont grands et proéminents"  

Ce trait caractéristique est mentionné à la position ;
Aspect général, pour l’Argenté Anglais.
Tête, yeux, oreilles, pour le Lièvre Belge, le Brun Marron de Lorraine, le Nain de couleur, l’Hermine de Lutterbach, le Nain Angora, le Nain Rex et le Nain Satin.
Tête et yeux, pour l’Hermine / Polonais et le Nain Renard.

 

Un peu de sémantique, proéminent : qui fait saillie sur ce qui l’entoure.
Cette proéminence des yeux permet de couvrir un champ visuel panoramique complet, même au dessus. Avec la mobilité du cou, la vision est circulaire.

Pour information, le champ visuel pour chaque œil est supérieur à 180° (plus d’un demi cercle). Selon les auteurs de différentes études sur le champ visuel des lapins, celui-ci est de 192° pour chaque œil et peux atteindre 240°.

 

Comment obtenir la bonne proéminence des yeux ?
Nous effectuerons ici une analyse en deux parties. Brun Marron de Lorraine, Lièvre Belge et Argenté Anglais dans le premier tableau. L’ensemble des Nains dans le second. Nous verrons que la forme de la tête est globalement bien typique et bien différente.

  Races

yeux

Tête

Défauts légers

Défauts graves

Brun Marron

de Lorraine 

grands et proéminents

Petite et anguleuse,

La tête est à peine

busquée

Tête un peu ronde ou charnue

Tête trop grosse.

Yeux non proéminents

 Lièvre

Belge

bien ouverts et légèrement proéminents 

Oblongue

(plus longue que large), sèche et très expressive

Tête arrondie et forte 

 

 Argenté

 Anglais

bien ouverts et brillants sont quelque peu proéminents 

Assez forte et anguleuse, plutôt sèche, à peine busquée, mais jamais effilée

Tête un peu ronde ou charnue 

Tête trop ronde dite « tête de chat »

Avec ce premier groupe de trois races, nous avons là des têtes anguleuses, à peine busquées et selon la largeur du crâne au niveau du front, sous lequel est située l’orbite oculaire, nous avons une gradation dans l’expression de la proéminence des yeux. Le Brun Marron de Lorraine étant la race présentant la proéminence des yeux la plus accentuée.

Image Brun Marron de Lorraine       Image Brun Marron de Lorraine
Brun Marron de Lorraine possédant une tête trop large et trop busquée. La tête est
alors assez ronde et les joues sont trop extériorisées. Les yeux ne sont pas proéminents.

Second tableau ; les Nains

  Races

yeux

Tête

Défauts légers

Défauts graves

 

 

  Hermine / polonais

 

grands et proéminents

Présente un front et un museau extrêmement larges, de fortes mâchoires et des joues bien extériorisées. Son développement et sa configuration, qui s’approchent de la sphéricité la rendent particulièrement volumineuse

 

Un peu étroite ou légèrement effilée

 

Effilée ou trop longue

Nain de couleur

grands et proéminents

Voir Hermine / Polonais

Un peu étroite ou effilée

Très effilée ou trop longue

Hermine de Lutterbach

grands et proéminents

Voir Hermine / Polonais

Un peu étroite ou effilée

Très effilée ou trop longue

Nain Rex

grands et proéminents

Voir Hermine / Polonais

Un peu étroite ou légèrement effilée

Très effilée ou trop longue

Nain Satin

grands et proéminents

Voir Hermine / Polonais

Un peu étroite ou effilée

Très effilée ou trop longue

Nain Angora

grands et légèrement proéminents

Courte et forte, le front est large et le museau bien développé

Un peu fine

Effilée

 Nain Renard

grands et légèrement proéminents

Front et museau larges, de fortes mâchoires et des joues bien extériorisées

Un peu étroite ou légèrement effilée

Effilée ou trop longue

Pour ce groupe de races, la sélection au niveau des têtes doit absolument prendre en compte l’approche de la sphéricité. Les yeux, grands et proéminents, s’inscrivant dans cette configuration. Il faut éviter les yeux trop petits, un développement trop plat et trop excessif de la largeur du crâne au niveau du front, débordant l’orbite oculaire et la présence de joues très très extériorisées. Si tous ces éléments sont en place les yeux sont alors enfoncés (voir photographie ci-après). Le phénomène peut être accentué par un développement pileux important à la partie supérieure de l’orbite oculaire.

Image Hermine / Polonais Yeux enfoncés     Les yeux sont enfoncés     Image Polonais / Hermine Yeux enfoncés 1

Image Nain Rhoen Image Nain Feu Bleu
   Développement de la tête s'approchant de la sphéricité, les yeus sont proéminents
 

Image Nain Japonais
Largeur du crâne au niveau du front débordant au dessus de l'orbite oculaire

Le Géant Papillon Français

Le Géant Papillon Français Par Jacques ARNOLD      Texte original tiré du numéro spécial de la France Cuniculicole de 1973

Historique
Le Géant Papillon Français est ainsi appelé en France depuis 1954, année où son club a décidé d'unifier les anciennes appellations : Papillon Français et Papillon de l'Est. En Allemagne, il s'agit du Géant Papillon Allemand ; en Hollande, c'est le Lorrain, et en Suisse, nous avons à faire au Tacheté Suisse.

Ce Géant Papillon a une poly-nationalité sur le plan européen, et son origine est considérée comme Belge, Française et Allemande. En fait, les populations primitives plus ou moins tavelées ont été observées dans différents pays.

Il fut un temps lointain où la distinction avec le Papillon Anglais n'existait pas, aussi ahurissant que cela puisse paraître aujourd'hui. C'est le traité pratique de Bonington Mowbray qui, en 1822, parle de « smut » pour désigner les taches que l'on rencontre sur la robe de certains lapins, puis plus précisément une tache située sur un des côtés du nez. Le «double scout» situa ensuite deux taches de chaque côté du nez. Enfin, le terme « Butterfly smut » commença à mieux préciser le dessin du papillon. Égyptien, lapin de Tauzac, firent partie des appellations anciennes, ainsi que Japonais.

En fait, tous les lapins Papillons connus de nos jours, y compris le Rhénan, voire des races dérivées comme le Hotot, proviennent de lapins communs plus ou moins tachetés, élevés dans tous les pays du monde, et qui du point de vue génétique s'insèrent dans la grande classe des lapins panachés.

Dans les campagnes, ces peuplements d'origine ont toujours eu la faveur des agriculteurs et de leur famille. C'est ainsi que dans l'ouest de la France, ils étaient connus depuis longtemps comme lapins Papillons, quand ils étaient assez marqués ; dans le cas contraire, ils tendaient vers ce que l'on a appelé le lapin à lunette, dont le Royal Normand fut l'exemple accompli. En Belgique et en Allemagne, on parlait du « Lapin de Pays » pour caractériser un type de lapin tacheté semblable à l'ancien Papillon Français, mais sans tache nasale. Sa sélection fut poursuivie un temps dans la région de Krefeld.

Voici l'opinion d'Eugène MESLAY telle qu'elle se manifestait dans le numéro du 15-11-1912 de « Lapins et Cobayes » : « Le lapin Papillon dérive d'une race commune très ancienne, mais très répandue, caractérisée par une raie le long du dos ; une tache plus ou moins grande existe sur chaque hanche ; le reste du corps, comprenant les pattes et la queue, est entièrement blanc, mais les oreilles sont colorées et souvent aussi il y a quelques mouchetures sur la face». En remontant dans le temps MARIOT-DIDIEUX ne parlait que de lapins à robe pie.

La phrase suivante de Mme du BERN de BOISLANDRY en dit long sur l'inconstance de la marque du nez en 1900 : « Quand les narines sont noyées dans une tache noire, l'animal atteint alors la perfection ».

Les photos publiées par « Lapins et Cobayes » et plus tard dans les numéros spéciaux de « Vie à la Campagne » sont elles aussi pleinement significatives du travail à accomplir en France, avant 1930, pour aboutir à ce que nous voyons aujourd'hui en exposition comme Géant Papillon. Reconnaissons que les Allemands étaient en avance sur nous avec leur Géant Papillon, et les photos illustrant les ouvrages de P. MAHLICH et A. WILL, en font foi.

Les types de ces lapins tachetés de grande taille semblent s'être orientés très tôt vers une optique pratique. D'où l'attrait précité dans les campagnes. Tous les auteurs s'accordent alors sur la bonne conformation, la qualité de la chair, la précocité et la prolificité de ces lapins. Qu'il s'agisse des lapins de Pays, des Papillons Français, des lapins à lunettes.

En France, grâce aux efforts du Président Amour, l'essor du Géant Papillon Français n'a fait que croître depuis plus de dix ans. La perfection des marques s'est affirmée magistralement, alors que l'accroissement de la taille pour passer de l'ancien Papillon Français au Géant Papillon n'a pas été poussé trop hâtivement au détriment de la conformation, et des éminentes qualités pratiques qui en découlaient.

S'il y a une dizaine d'années encore, les Tachetés Suisses, les Lorrains de Hollande et les Géants Papillons Allemands se distinguaient les uns des autres par quelques traits particuliers, ceux-ci se sont bien atténués aujourd'hui. Ainsi, avons nous été assez surpris de voir à Zurich (1973) des sujets Tachetés avec des flancs moins plaqués et une fourrure moins rude qu'auparavant. Là, comme dans d'autres races, les courants internationaux créent des rapprochements élargissant favorablement l'unité de sélection.

Caractères de race
Ce qui caractérise le Géant Papillon Français, c'est sa taille un peu plus réduite que celle du Géant des Flan­dres, et son ossature moins importante. Par contre sa musculature dense et bien en relief se répartit sur tout le corps dans un bel arrondi débordant, ce qui le fait paraître moins allongé que le Géant des Flandres, et plus cylindrique.

Ceci est très important, et le standard insiste sur les masses musculaires fermes et bien développées, avec un squelette relativement fin pour un lapin Géant.

Il semble superflu d'appuyer sur la nécessité d'obtenir des membres antérieurs et postérieurs bien d'aplomb une poitrine étoffée, de larges épaules, un dos épais et une croupe pleine, le tout formant un ensemble harmo­nieux.

Avant de parler des marques, il convient de se pencher sur la fourrure dont la contexture doit permettre, sur une conformation correcte, l'expression convenable du dessin tacheté. Elle doit être, comme le dit le standard, dense, brillante et assez souple, sans longueur excessive des poils. Ce n'est, en effet, qu'ainsi que chaque marque peut ressortir nettement sur le fond blanc de la robe. Attention au débordement des poils d'une zone à l'autre, et au pelage hirsute ou rêche.

Un dessin parfait est assurément difficile à obtenir. Il faut s'en approcher. Les taches groupées sur le nez en forme de Papillon ne posent pas trop de difficultés.

Le tour des yeux est déjà un peu plus délicat à circonscrire, et les pastilles des joues ont souvent tendance à se détacher insuffisamment. Leur taille ne doit pas être démesurée. La base des oreilles a été très travaillée depuis dix ans, et l'on peut dire que des progrès considérables ont été faits.

Les oreilles doivent être entièrement colorées, ce qui n'est pas toujours le cas. Toutes les autres parties de la tête doivent être nettement décolorées pour fournir une tête propre. C'est là une énorme qualité pour l'animal.

La raie du dos a eu tendance à s'élargir outre mesure au cours des derniers lustres. Certes une raie mièvre ou trop déchiquetée n'est pas souhaitable, loin s'en faut. Sa largeur doit néanmoins rester non-excessive, et sa bordure bien délimitée, sans pénétration de poils blancs à l'intérieur.

Les taches des flancs sont préférées bien détachées, de taille réduite et aussi arrondies que possible. Il est très rare d'obtenir une symétrie d'un côté à l'autre. Se méfier des marques trop développées qui conduisent aux plaques, ou de trop nombreuses taches qui risquent de déborder de la zone des flancs.

En règle générale toutes les surfaces marquées n'ont pas intérêt à être trop étendues pour mieux se détacher sur le fond blanc de la robe.

Les éleveurs de lapins Papillons obtiennent souvent des portées déconcertantes, avec, dans certains cas, un fort pourcentage de sujets unicolores ; dans d'autres, des tavelures anarchiques.

Enfin, il peut aussi apparaître des « Chaplin » (sujets très décolorés, avec, au lieu et place du papillon du nez, une ou deux petites taches, évoquant la moustache du célèbre acteur). Fort de ces résultats, les cuniculteurs adoptent une attitude fataliste, ou sont excédés. Les difficultés d'obtention d'animaux dits standard les incitent à souhaiter des jugements très indulgents dans les concours. C'est là mal percevoir le rôle éducatif des expertises.

Il ne faut pas oublier que la variabilité qui peut provoquer une oscillation considérable dans l'expression des marques, se maîtrise, dans une certaine mesure, grâce à la sélection individuelle généalogique menée systématiquement chez tous les reproducteurs utilisés. Il existe ainsi chez les Papillons comme dans les autres races des clapiers de valeur différente, des familles plus ou moins perfectionnées. Quand on possède des géniteurs éprouvés, il ne faut s'en séparer sous aucun prétexte, et refuser les propositions d'achat les plus alléchantes. Quand un accouplement a donné satisfaction, il faut le renouveler.

L'élevage de toutes les populations panachées réclame un tri sévère à chaque génération, un rigoureux suivi des généalogies et des accouplements raisonnés. La simple multiplication ou la sélection de masse ne mène qu'à l'obtention de sujets de hasard.

En suivant ces règles, on n'élimine pas, certes, l'apparition de sujets indésirables, mais on la limite, ce qui n'est déjà pas si mal.

L'Argenté de Champagne

LES ORIGINES DE L'ARGENTE DE CHAMPAGNE

Exposé présenté devant la XIII° Rencontre des Éleveurs F.F.C, le 5 juin 1999, à LIMOGES (Haute-Vienne)  par Pascal-C. RUMMELIN  Juge Officiel Cunicole

Président de l'Association Nationale des Lapins Argentés

Rappel de classement systématique des races cunicoles et place du lapin argenté.
Les Races de Lapins ont été sériées, selon leur origine, en quatre catégories et cette classification, dont la paternité revient à Jacques ARNOLD, a été proposée lors du colloque sur « Le Lapin - aspects historiques, culturels et sociaux », organisée par la Société d'Ethnozootechnie, le 15 novembre 1980, à PARIS.

1) Les vieilles races (mot-clef: multiplication).
Issues de populations sauvages vivant souvent dans des contrées lointaines, elles présentent une faculté certaine à se multiplier dans des environnements particuliers. Comme exemple-type, nous pouvons citer le RUSSE.

2) Les races de Terroir (mot-clef: sélection).
Elles se trouvent davantage sous l'influence de l'Homme qui va avoir sur elles une emprise, à des degrés divers, par la pression de sélection qu'il exerce en vue de les améliorer dans les sens qu'il souhaite. Les exemples qui peuvent servir à caractériser cette catégorie sont le FAUVE DE BOURGOGNE, les FEU, le BLANC DE HOTOT.

3) Les races synthétiques (mot-clef: croisement).
Obtenues à partir du croisement de deux ou plusieurs races déjà existantes, les races de ce groupe sont entièrement dînes à la volonté de l'Homme. Le GÉANT BLANC DU BOUSCAT, le BLANC DE VENDÉE en sont des expressions typiques.

4) Les races Mendéliennes (mot-clef: mutation).
Elles sont apparues fortuitement à partir d'une mutation génétique portant sur un ou plusieurs caractères physiques ou comportementaux ; le REX et l'ANGORA, avec des mutations sur l'aspect de leurs fourrures en font partie, de même que le LAPIN SAUTEUR D'ALFORT, avec son comportement si particulier qui le fait se dresser sur ses pattes antérieures.

Le Lapin Argenté ou riche est mentionné depuis très longtemps dans la littérature agricole. Il est issu de populations parfois évoquées comme étant d'origine géographique très lointaine (Himalaya, par exemple) et toujours avec une grande aptitude à se reproduire dans des milieux sauvages ou assimilés. COX l'avait d'ailleurs placé, parmi d'autres races, dans ses garennes lorsqu'il obtînt le BLACK AND TAN (NOIR ET FEU). Cela classe l'Argenté - pas encore de Champagne ! - dans la catégorie des VIEILLES RACES.

Éléments bibliographiques concernant le lapin argenté
La mention écrite la plus ancienne à laquelle on puisse, semble-t-il, se référer est de l'Anglaise Gervaise MARKHAM, en 1631: « Les peaux que l'on estime le plus sont celles qui ont un mélange égal de poils noirs et de poils blancs, le noir plutôt dominant... Leurs peaux valent deux shillings quand celles des autres ne valent que deux ou trois pences ».

Dans la célèbre ENCYCLOPÉDIE DES SCIENCES, parue en 1809, l'Abbé ROZIER cite les quatre ou cinq races de lapins connues et répertoriées à cette époque et, parmi elles, le LAPIN RICHE.

Bonington MOWBRAY, en 1822, signale une présence nombreuse de lapins argentés (silver-tipped) dans le LINCOLNSHIRE et dans les environs de LONDRES.

En 1854, MARIOT-DIDIEUX cite le LAPIN RICHE parmi les quatre variétés de la « race cuniculine » (sic) : « ... d'un gris argenté plus ou moins foncé... Les gris les plus clairs sont les plus estimés des pelletiers. Ceux-ci font avec leurs peaux des fourrures et, surtout des manchons qui sont recherchés. Ils sont souvent vendus sous le titre de petit gris... Leur chair est bonne et leur peau vaut de 1,5 à 2 francs la pièce ».

BREHM, en 1868, pense, avec d'autres auteurs de l'époque, que l'Argenté est une forme accidentelle d'un lapin de garenne vivant dans de lointaines contrées sises sur les versants nord et sud de l'Himalaya, d'où il aurait gagné l'ouest de l'Europe via la Russie, la Pologne et l'Allemagne.

La même année (1868), dans son magistral « Variation des Animaux et des Plantes », DARWIN insiste sur le texte précédemment cité de Gervaise MARKHAM pour en tirer la conclusion qu'on élevait déjà des lapins argentés à cette époque (donc au 17° siècle) et qu'on s'occupait de leur sélection à des fins lucratives. Il en profite également pour donner des précisions d'ordre technique sur l'argenture et, notamment, sur son évolution avec l'âge du sujet.

RAYSON en 1872 et KNIGHT en 1881 donnent des précisions sur les diverses nuances de l'argenture et RAYSON affirme que les lapins CRÈME ARGENTE sont d'origine française : environs de PARIS et jardin d'Acclimatation.

Tous les auteurs semblent, en général, faire l'éloge du lapin argenté. Eugène MESLAY, en particulier, dans « Les Races de Lapins », paru en 1900, s'attarde longuement sur sa description, avec de nombreuses références bibliographiques et des précisions techniques remarquables sur l'argenture et ses différentes nuances. n revanche, il ne semble pas tenir en considération l'ARGENTÉ DE CHAMPAGNE dont il critique les nombreuses défectuosités dans les tonalités de l'époque.

Arrivé à ce stade sur les citations d'auteurs du 19° siècle, on peut constater que nous n'avons parlé, en somme, que d'un modèle pigmentaire de coloration, l'Argenté, et non encore de types raciaux, sur lesquels on peut déjà dire que l'on s'est orienté, en Angleterre, vers un type sportif avec l'ARGENTÉ ANGLAIS et ses différents nuances et, en France, vers un type d'utilité avec, l'ARGENTÉ DE CHAMPAGNE.


Proposition de définition de l'argenture
Mais il faut, tout d'abord, donner la définition de ce qu'est l'Argenture et le mieux est de se référer à la thèse de doctorat de Jacques ARNOLD, soutenue à PARIS en 1986 et portant sur « Les Modèles de Coloration du Lapin » : « La caractéristique de tous les lapins argentés est de présenter dans leur pelage un nombre plus ou moins grand de poils dont la pointe est très largement dépigmentée, c'est-à-dire blanche. La condition argentée (silvering des anglo-saxons) ne s’exprime pas dans le jeune âge où les lapereaux sont normalement colorés. Elle apparaît tardivement au bout de quelques mois pour revêtir progressivement le pelage des lapins... La dépigmentation de la partie supérieure et intermédiaire d'un nombre plus ou moins grand de poils, parsemé régulièrement dans le pelage aux côtés de poils entièrement colorés, provoque une disposition de coloration alternée qui peut se manifester dons toutes les couleurs fondamentales connues. Selon la sélection poursuivie, tous les degrés d'argenture peuvent s'exprimer sur un pelage coloré, les termes extrêmes de ce phénomène d'argenture allant d'un lapin normalement pigmenté et possédant quelques pointes blanches dispersées plus ou moins régulièrement jusqu'au pelage tellement garni de poils argentés que l 'ensemble éclairci le fait paraître blanchâtre ».

Il faut profiter de cet éclaircissement pour expliquer qu'un lapin coloré exhibant un certain nombre de poils blancs n'est pas un sujet présentant « un début d'argenture », comme on le voit même, et malheureusement, parfois sur des fiches de jugement ; le degré d'argenture n'a ni début, ni fin, mais offre des nuances variant à l'infini et le phénomène de l'argenture ne réside pas en des poils blancs, mais seulement en des poils partiellement colorés et à pointes blanches.


Causalité de l'apparition de la race Argenté de Champagne et de son développement
Voyons à présent comment est apparue la race ARGENTE LIE CHAMPAGNE en tant que telle.

L'Allemand WISCHER dit tenir du Français DOUCIT que la première utilisation du terme GRIS ARGENTE DE CHAMPAGNE se trouve dans un écrit d'Économie Rurale du 18° siècle. Sans plus de précisions.

En fait, on constate rapidement que l'élevage de l'ARGENTÉ DE CHAMPAGNE est très florissant dans la région de TROYES (Aube), dons la seconde partie du 19e siècle et au début du 20e, grâce à des visées utilitaires, chair et, surtout peaux, développées par un milieu  économique propice et un support industriel (les tanneries de toute la région) fort demandeurs à cette époque.

Dans la VIE AGRICOLE de 1913, un article sur le lapin écrit par MOREAU-­BERILLON, Professeur d'Agriculture à REIMS, nous apprend que: «L'ARGENTE DE CHAMPAGNE se distingue surtout par sa belle taille et par sa fourrure remarquable, fort recherchée en pelleterie ». Tout est dit en ces quelques mots sur l'essence même de la race (c'est un lapin de produit à deux fins) et sur l'attrait qu'elle suscite auprès des agriculteurs d'une part et des industriels d'autre part, dont les intérêts se trouvent liés, pareillement d'ailleurs, à ceux qui leur servent souvent d'intermédiaires, les marchands de peaux, qui sillonnent à longueur de temps les campagnes pour ramasser les lots chez les producteurs.

Il est d'ailleurs intéressant, à ce propos, de lire la brochure rédigée par l'un d'entre eux, J. MILLOT, en 1909, et qui exerçait à TROYES et intitulée LE LAPIN ARGENTE OU RICHE ÉLEVÉ AUTOUR DE TROYES.

Il y donne des précisions sur les élevages de la région et dit que l'élevage de l'Argenté était très répandu vers 1870, mais qu'il y a eu des fluctuations à cause de la chute des cours, résultante de surproductions répétitives. En 1895, la vogue des peaux d'Argentés fait son retour et pendant la première décennie du 20e siècle, l'élevage de l'ARGENTÉ DE CHAMPAGNE est à nouveau très florissant. Les articles manufacturés s'exportent en Angleterre, en Allemagne, en Russie et aux États-Unis d'Amérique.


La couleur vieil-argent - Recherche à des fins utiles de son homogénéité.
Remarque intéressante, MILLOT précise que l' ARGENTE DE CHAMPAGNE doit être assez foncé; les tonalités claires se rencontrant dans les élevages où le RICHE dégénère. Il cite une brochure datant de 1855, écrite par MM. MILLET et GÉRARD, éleveurs de lapins à PARIS, dans laquelle ils décrivent « un type plus foncé que l'actuel (1909) ». Ceci, en contradiction formelle avec tous les auteurs : Mlle LEMARIE, NAUDIN, MESLAY, MANIN, et, avant eux, DE FOUCAULT et Mme DE BOISLANDRY. En fait, il s'agit, dans ce contexte, d'une production fermière, plus multiplicatrice que sélective, d'où des difficultés de constituer des lots de peaux appariées. A partir de ce constat s'établit une recherche d'unité d'intensité. DYBOWSKY, en 1927, dans LES LAPINS A FOURRURE, affirme que l'ARGENTÉ DE CHAMPAGNE est élevé non par des cuniculteurs, mais par des agriculteurs, pour ses rapports accrus en comparaison du lapin commun.

Une autre constatation mérite d'être soulignée. Il semble, en effet, qu'à l'époque primitive, très nombreux sont les ARGENTE DE CHAMPAGNE présentant des taches blanches, notamment à la tête et aux extrémités. Cela rappelle d'ailleurs les origines de la sélection du FAUVE DE BOURGOGNE par RENARD pendant lesquelles les géniteurs présentaient le même phénomène. MILLOT préconise de lutter contre ces taches par la sélection. L'article précité de MOREAU-BERILLON, datant de la même époque (1913), corrobore les données économiques fournies par MILLET et, notamment, lorsqu'il écrit « Vers 1875-1880, un mégissier de REIMS en fit un des premiers l'élevage ; il possédait alors plus de 300 sujets de cette race dont les peaux faisaient prime et se vendaient alors 48 à 50 francs la douzaine ». Cela permet de constater, si cela en est encore besoin, le lien existant entre l'industrie de la tannerie et l'Argenté, puisque, dans ce cas, un mégissier est lui-même éleveur. Cela  confirme également que, si le phénomène était très développé autour de TROYES, cette cité n'en avait pas l'apanage, mais qu'on pouvait, au contraire, le constater dans les autres départements champenois, ce mégissier exerçant dans la Marne.


La zone géographique de production initiale.
A ce propos, on peut se référer a Eugène MESLAY qui définit la zone géographique de production principale dans son Journal LAPINS ET COBAYES, en 1912: « Race pratique se rencontrant a l'état commun dans le département de l'Aube, plus particulièrement dans les environs de TROYES, dans les villages de la vallée de l'Aube et dans le Pays d'Othe ». Sur le même sujet, des numéros spéciaux de VIE A LA CAMPAGNE, de 1920 a 1927, donnent les renseignements suivants : « La région qui fournit les meilleurs sujets s'étend d’ARCIS-SUR-AUBE, BAR-SUR-AUBE, TROYES, AIX-EN-OTHE, jusqu'à SENS. Dans la Marne, la Haute-Marne et l'Yonne, les types sont plus petits, moins caractérisés et en nombre restreint ».

C'est d'ailleurs la concentration de l'élevage qui entraîne et potentialise des marchés spécialisés pour les peaux, d'ou des cours élevés. Dans les mercuriales, une place spéciale est réservée aux  ARGENTES DE CHAMPAGNE par rapport aux autres races. Pour clore les propos traitant surtout de l'importance économique de la fourrure, il y a de cela un siècle a présent, je vais vous conter une petite anecdote personnelle concernant notre fameuse ville de TROYES...

Par un beau jour d'août 98, j'avais pris la route de la belle préfecture de l'Aube, accompagné de mon épouse et de nos deux enfants, invité par un ami habitant la région à venir le visiter. Le dimanche matin, nous flânions dans les rues troyennes, quand je me mis à examiner un plan de la ville installé au beau milieu d'un trottoir ; mon attention fut soudainement attirée par une rue dite « des Tanneurs ». Il n'en fallait pas plus pour me décider à la visiter... A la découverte, on a le sentiment d'une ruelle banale, comme il en est des milliers dans toutes les villes de France ; mais, je remarquai tout de suite des bâtiments industriels de type 19e-début du 20e que je me mis a « inspecter » tant et si bien qu'une très vieille dame, se trouvant intriguée par nos marques d'intérêt si évidentes, descendit nous rejoindre pour s'en inquiéter. En fait, cela lui fit grand plaisir, car c'était la première fois qu'elle rencontrait des gens s'intéressant aux anciennes tanneries... Elle nous conta ses souvenirs de début de siècle, alors qu'elle était encore une enfant, se souvenant de l'activité débordante dans les bâtiments tout comme dans la rue, des camionnettes de l'époque, mais aussi des charrettes a chevaux, livrant la matière première. Je regrette aujourd'hui de ne pas avoir poussé plus loin la conversation, de ne pas avoir pris de notes précises, car, lorsque les souvenirs de cette dame l'auront accompagnée ailleurs, la « Rue des Tanneurs » ne sera plus qu'un nom servant a se situer géographiquement dans la ville de TROYES...


L'Argenté de Champagne et la production de viande, hier et aujourd'hui
Mais, en même temps, l'ARGENTÉ DE CHAMPAGNE, lapin d'un fort développement était également exploité pour sa viande. Pratiquement tous les auteurs louent les qualités quantitatives et gustatives de cette race. L. MANIN insiste beaucoup sur ces points de productivité. Il donne maintes précisions techniques sur ce qu'on appellerait aujourd'hui les « performances ». Il précise que la qualité de la chair est supérieure

Dès cette époque, l'argenté DE CHAMPAGNE est très prisé pour l'excellence de sa conformation et ses atouts de reproduction.

Mlle LEMARIE en fait une description physique et gastronomique très avantageuse, dans un numéro de VIE A LA CAMPAGNE de 1920: « Tout en étant de banne taille, il est d'apparence plutôt ronde. L’ossature très fine ne ressort pas ; l'ensemble présente ses formes pleines, lisses... croupe bien arrondie... chair de qualité fine, blanche, délicate et courte ».

Actuellement (1999), l'argent DE CHAMPAGNE est étudié a !'Institut National de la Recherche Agronomique de TOULOUSE, dans le cadre du projet RESGEN, concernant les Ressources Génétiques en Europe et leurs caractérisations. Ce sont des adhérents de l'Association Nationale des Argentés qui ont fourni les reproducteurs primitifs, avec le concours logistique de la F.F.C. Malheureusement, les résultats initiaux, c'est-à-dire trouvés a partir des animaux fournis par les éleveurs, ont quelque peu été faussés par les problèmes de la nouvelle maladie sévissant sur tout le Territoire, l'Entérocolite. L'objet consiste à étudier les animaux en situation de production intensive, c'est-à-dire dans les mêmes conditions que celles d'un élevage professionnel actuel. Comparés à 4 autres races, les ARGENTE DE CHAMPAGNE se comportent plus qu'honorablement ; les problèmes soulevés ci-dessus nous empêchent de présenter plus loin les résultats obtenus, de manière a rester objectif, mais l'étude se poursuit et nous aurons l'occasion d'en reparler ultérieurement...

Eu égard a ces résultats, je me plais également à citer ceux du Concours Général Agricole de cette année 99, dans le cadre duquel un lot d'ARGENTE DE CHAMPAGNE est classé Médaille de Bronze. On constate de bons résultats au test de dégustation, à la proportion de morceaux nobles et au jugement de la carcasse, ce qui corrobore les constatations faites il y a des décennies, notamment ce que nous avons vu tout à l’heure, exprimé par MANIN et Mlle LEMARIE,..

Une étude officielle faite par l'I.N.R.A. dans les années 80 sur la caractérisation des performances Zootechniques de l’ARGENTÉ DE CHAMPAGNE, en comparaison à une souche témoin hybride, révélait des résultats très intéressants. Les petites différences constatées en défaveur de l'Argenté relevaient, a mon sens, du fait que les sujets de la race n'avaient pas fait l'objet d'une sélection intensive sur de nombreuses générations précédentes, comme c'était le cas pour les animaux témoins hybrides et, d'autre part, ne bénéficiaient pas des avantages de complémentarité et d'effet d'hétérosis, par la force des choses!

Je voudrais, pour terminer, vous présenter une étude qui n'a pas de prétentions scientifiques, mais qui est très intéressante quant aux constatations flatteuses qu'elle met en exergue en faveur de l'ARGENTÉ DE CHAMPAGNE. Elle a été réalisée en 1978 par un « vieil » adhérent de l'A.N.A.C., le Révérend-Pere Joseph DUCRAMP, en Bretagne, qui a observé d'une part la croissance de l'ARGENTÉ DE CHAMPAGNE et, d'autre part, l'a comparée avec les deux autres races qu'il élevait a cette époque, a savoir le FAUVE DE BOURGOGNE et le NEO- ZELANDAIS BLANC.

Tous les sujets sont élevés sur litière, sous auvent, l'ouverture dirigée vers l'Est, ils reçoivent une nourriture composée exclusivement de 120 g de granulés par jour, avec eau a volonté et grignotent, bien entendu, la paille propre de leur litière. Ils ne sont donc pas forcés par un mode d'alimentation ad libitum. L'étude s'étend sur un an et demi et est menée sur 70 ARGENTE DE CHAMPAGNE. La courbe de croissance est très rapide jusqu'à l'âge de 4 mois, ce qui est donc très intéressant pour la production de sujets commerciaux qui se vendent aux alentours de 2,5 kg a 2,7 kg, poids qui est atteint en 75 jours environ. Comparé aux deux autres races, c'est l'ARGENTÉ DE CHAMPAGNE qui se révèle le plus avantageux, pour divers critères, mais notamment parce que c'est chez lui que la vitesse de croissance se prolonge le plus longtemps, autrement dit, il transforme très bien l'aliment...


Propagation de l'Argenté de Champagne a l'étranger.
Par ailleurs, l'ARGENTÉ DE CHAMPAGNE est un lapin qui a connu un très vif succès, ce qui l'a conduit à être exporté hors de nos frontières, recevant des fortunes et des noms divers.

En ALLEMAGNE, il y a eu plusieurs introductions au début du 20e siècle. Le GÉANT ARGENTE FRANÇAIS y a alors une très grande renommée ; KONIGS le disait comme « le lapin a fourrure de l'avenir et le meilleur lapin de chair ». Cependant, la demande était plus grande que l'offre, ce qui entraîna une production d'animaux causant beaucoup de désillusions, dits « sacs de farine ». Une reprise en main est à l'origine d'une nouvelle dénomination, le GRAND ARGENTE FRANÇAIS qui devient, sous le 3e Reich, le GRAND ARGENTE CLAIR. Un peu avant 1910, sous la houlette de Gustav STEIN, sont pratiqués des croisements qui ont donné l'ARGENTÉ ALLEMAND.

Actuellement, il existe :
- Un cheptel ARGENTE DE CHAMPAGNE, sous la dénomination de GRAND ARGENTE CLAIR (Heller Groß Silber), qui est plus clair et plus trapu que le modèle français et qui donne lieu a un élevage très important, de portée internationale.

- Un cheptel plus réduit, le GRAND ARGENTE ALLEMAND (Deutscher Groß Silber), de couleur fondamentale noir, bleu, jaune ou havane. Jacques ARNOLD dit de ces sujets : « Ils ne peuvent certainement pas être considérés avec la même attention au plan international, comme réserves raciales ».

La SUISSE est le pays qui a le mieux préservé le type originel et a d'ailleurs conservé la dénomination raciale française. Un masque foncé existe qui est la rançon d'une excellente sous-couleur.

En BELGIQUE, un désaccord dans l'appréciation de la teinte entre Belges et Français est à l'origine, en 1960, de l'ARGENTÉ BELGE. Les différences entre ARGENTE DE CHAMPAGNE et ARGENTE BELGE sont minimes.

En ANGLETERRE sont respectées l'origine française de la race et sa dénomination. La population anglaise de CHAMPAGNE est relativement peu importante.

Aux États-Unis D’AMÉRIQUE, sous l'appellation CHAMPAGNE D'ARGENT, on retrouve un bon type, mais avec un développement poussé au maximum des possibilités chair (Oren REYNOLDS : Monsieur CHAMPAGNE) et des qualités pileuses et de couleur.

En tenant compte de ces faits on imagine aisément les brassages internationaux qui ont pu avoir lieu et qui continuent d'ailleurs d'exister. Il est fréquent de constater que des éleveurs français, par exemple, se fournissent aupres de leurs collègues suisses ou allemands, dans le but d'apporter des qualités de conformation à leurs sujets. C'est bien l'occasion idéale de rappeler l'acception équivoque du terme : « race pure ». Des études très poussées sur l'ADN, en biologie moléculaire, ont démontré la réalité de tous ces croisements sur la race ARGENTE DE CHAMPAGNE, alors qu'elles ont en même temps prouvé la « pureté »  du RUSSE. Cela amène à réfléchir sur les conséquences de tout acte zootechnique, si anodin puisse-t-il être...

Un lapin riche de passé, concerné par l'avenir.
L'ARGENTE DE CHAMPAGNE a-t-il su s'adapter au monde moderne ? La production moderne, de plus en plus technique et intensive, ne paraît pas pouvoir lui convenir, du fait du peu d'adaptabilité a un mode de vie sur grillage, car la portance des pattes postérieures est trop faible eu égard a la masse de l'animal, ce qui entraîne rapidement des maux de pattes généralisés. Cependant, ses bonnes performances zootechniques ont attiré l'attention des sélectionneurs d'hybrides qui l'ont inséré dans leurs schémas génétiques.

Peut-être a-t-il une chance a saisir avec l'apparition de nouvelles méthodes d'élevage et de nouveaux comportements alimentaires (lapins bio, par exemple), impliquant une technologie de l'élevage plus traditionnelle, au travers de laquelle il se trouve « bien dans sa peau ». C'est pourquoi les amateurs doivent continuer à manifester l'intérêt qu'il sait faire vibrer en eux !!!

Le Japonais

Le lapin Japonais Extraits du livre de 1900  « Les Races de Lapins » d’Eugène MESLAY

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Origine
« Nous avons vu figurer lors du concours général de 1887 dans la classe des lapins communs, une variété qui avait vivement excité la curiosité. Ils étaient tricolores et portaient le nom de Japonais. » M. NAUDIN   Revue Avicole 1894.

Depuis trois ou quatre ans, il paraît dans les expositions du Concours Général Agricole, du Jardin d'Acclimatation et de la Société nationale d'Aviculture, sous le nom de Lapin Japonais, une race de lapins composée d'animaux remarquables...» M. MÉGNIN, édit. 1891.

« Lapin Japonais, variété qui a fait son apparition depuis deux ou trois ans. » M. de Foucault. (Le travail de M. de Foucault, publié en brochure en 1891, avait paru l'année précédente dans le Mentor agricole.)

« A l'exposition de Paris 1887, il y en avait quatre lots; ils concouraient dans la classe des « Communs » qui à cette époque, englobait les lapins communs et leurs diverses espèces ainsi que les Géants des Flandres.

Les amateurs de la nouvelle race, peu satisfaits des prix supplémentaires et des mentions que le Jury, sur réclamation, leur avait concédés, demandèrent a grands cris une classe spéciale. Satisfaction leur fut bientôt donnée. Deux sections nouvelles, l'une pour les Japonais et l'autre pour les Géants furent créées.

Cette classification plus étendue était-elle justifiée ? Le Japonais méritait-il une classe particulière? Les opinions furent diverses.

« Pour moi, dit M. NAUDIN, la section des Géants avait seule sa raison d'être, le lapin Japonais n'étant qu'une variété de lapin commun. » ......C'est une des nombreuses curiosités créées par les éleveurs et qui n'ont en somme qu'un médiocre intérêt. Revue Avicole 1894.

.....Les Japonais ne progressent pas... ils pourraient bien un jour rentrer dans l'ombre d'où ils auraient aussi bien fait de ne jamais sortir. » Aviculteur 1891.

Image Japonais vie à la campagne 1923 1
Photographies Vie à la Campagne avril 1923

D'avis contraire, M. MÉGNIN concluait : « Celle race mérite d'être séparée des vrais lapins communs et d'avoir sa classe...

« Nul doute que le lapin Japonais à cause de sa robe originale et son entretien relativement facile ne se fasse beaucoup d'amis. Il constituera l'ornement de nos expositions partout où on pourra le rencontrer. » J. de l'ARBRE. Mentor Agricole 1896.

« Il ne faut pas confondre cette espèce avec les races dont j'ai parlé plus haut, (argenté, russe etc.) dont l 'originalité de la fourrure constitue le principal mérite..., le lapin Japonais ne le cède en rien à ces races pour la beauté ; il a sur elles l'avantage d'être excellent reproducteur et de donner l'une des meilleures chairs... On a peine à concevoir l'indifférence des amateurs pour cette charmante variété, imputable, je pense, au manque de publicité sur les mérites qui lui sont propres. » M. de HAUTE-CLAIRE.

Le Japonais mérite-t-il et ces reproches et ces louanges ?

Jugé, d'après les spécimens de l'époque présente, tous défectueux de type et de couleur, il encourt assurément les critiques de M. Naudin et de l'Aviculteur, mais il a droit aux éloges de MM. Mégnin, de l'Arbre, de HAUTE-CLAIRE, si, nous souvenant du passé, nous voulons bien nous rappeler ce que fui autrefois ce lapin : Aurions-nous donc oublié les admirables sujets de M. SAFFRAY ?

En Belgique et en Hollande, il est assez connu.

D'après les comptes rendus des expositions, les sujets présentés seraient en plus grand nombre qu'en France.

En Suisse, il a de fervents admirateurs.

« La race des Japonais est un peu nouvelle... On en voit maintenant dans toutes les expositions. Ils ont été importés en Suisse par M. Léon GALLEY, bien avant l'exposition de Berne en 1895. « M. BRULHART. »

V. Communication de M. CAGMANN au « Tierwelt » Mentor, 1896.

En Allemagne, le nom de Japonais s'applique fréquemment, nous l'avons vu, au Lapin anglais : c'est encore ainsi qu'il est désigné dans Wahl's Taschenkalender für Kaninchenzüchter (1900), mais dans le journal "Der Kaninchenzüchter" du 6 février 1900, M. Émile PAULI, proteste contre cette confusion et distingue nettement les deux races : « J'ai la prétention, dit-il, de bien connaître le Japonais, car je l'élève depuis tantôt dix années : assurément il est tout autre que le lapin bicolore anglais, Englischer Schecke. On le rencontre assez fréquemment chez nous ; je dois cependant reconnaître que l'élevage du Japonais s'affaiblit ; par contre le lapin anglais semble gagner du terrain et ramener à lui les adversaires de la première heure. »

En Angleterre, le Japonais est peu connu, son introduction paraît toute récente. Voici ce que nous lisons dans le Fur und Feather 1899.

«... Les argentés bleus et la nouvelle variété connue sous le nom de Japonais, sont encore peu répandus...

«... Les Japonais, comme couleur et marques, ressemblent assez au tortoiseshell cat; leur aspect est très séduisant et certainement ils ne tarderont pas à prendre rang parmi nos principales races... »

Dans un entrefilet (F. and F, 1899) Colour of Japanese rabbit, M. G. A. BENFIELD nous apprend que le principal éleveur de Japonais est M.F. GUY, Great Brelades Bay, Jersey.

La proximité des îles Anglo-Normandes permet bien de supposer que cette race a été d'importation toute Française.

« Pour l'amateur sérieux, le lapin Japonais que l'on a voulu parer du nom de race n'est qu'un simple lapin commun... Cela est bien prouvé par les portées, car il est constant que dans chacune il y a des petits qui sont de couleur unie : on y trouve le gris, le blanc, le fauve et quelquefois du noir... » M. NAUDIN. Rev Avicole 1894.

« Nous ne parvenons pas à découvrir l'origine toute récente de ce lapin très commun, mais bariolé à la façon des chats tricolores ou écaille de tortue, en anglais, tortoiseshell. Nous savons que celte couleur s'obtient par le croisement du lapin noir avec le roux. Le farceur qui le premier les a lancés comme Japonais ne voudrait-il pas être assez aimable de se faire connaître? Les amateurs pourraient alors lui adresser leurs félicitations. » Chasse et Pêche 1894-1895.

«  Ce lapin vient-il du Japon, ou est-il une variété de Hollandais de grande taille? That is the question. » M. de FOUCAULT  M. MÉGNIN.

Sur la première interrogation, la réponse nous semble facile : il porte un nom de fantaisie, absolument comme le lapin Sibérien, etc.

« Les Japonais, que nous croyons plutôt originaires de Belleville ou de Montmartre que de Tokyo ne progressent pas...» Aviculture 1891.

Sur la seconde, nous penchons pour une réponse affirmative; nous l'avons déjà fait pressentir en parlant du dutch tortoiseshell.

Rappelons nous que sous le nom d'écaillé de tortue, les fanciers anglais désignent deux robes différentes :

L'une est produite par la juxtaposition de deux couleurs, dont l'une est le noir, l'autre le jaune, l'orange, le rouge, on le brun. Le blanc est exclu : il devait nécessairement l'être, car la robe écaille s'applique simplement aux parties colorées du dutch ; si le blanc avait existé, il aurait pu se confondre avec les marques, qui toujours sont blanches, par là même en détruire l'harmonie et enlever toute valeur au sujet.

Image Japonais vie a la campagne 1923
Photographies Vie à la Campagne avril 1923

Nous avons dit « juxtaposition » et non « mélange » de couleurs : « Les couleurs devraient exister en taches distinctes, aux rebords franchement tranchés. »

Mais cet idéal qu'ils s'étaient proposé, les fanciers anglais ne purent l'atteindre.

« Je confesse, dit M. AMBROSE, que le résultat de mes expériences fut triste et vraiment déconcertant. Loin d'être comme celles du Cobaye, nettes et claires, les taches étaient brouillées cl confuses ; les couleurs, au lieu d'être franchement séparées, empiétaient l'une sur l'autre et l'aspect produit n'était rien moins que déplaisant. »

N'est-il pas possible de découvrir dans ces Hollandais mal réussis, de nuances indistinctes, le principe, l'origine même du Japonais ?

Est-il donc si difficile, par le croisement de sujets fortement nuancés, c'est-à-dire chez lesquels la couleur a envahi les marques, au point d'annihiler même les caractères de la race, d'arriver par une sélection judicieuse à l'exclusion totale du blanc? dès lors l'animal produit, ne ressemble-t-il pas au Japonais ?

« A l'origine, le lapin Japonais était petit..... » M. NAUDIN.

Le Japonais était petit, le Hollandais lui aussi est petit, et dans celle conformité de taille ne peut-on pas trouver une preuve nouvelle en faveur de la thèse que nous exposons.

Caractères extérieurs

Les deux types.

«... A l'origine, le lapin Japonais était petit... mais à la suite de croisements divers apparaît un second type, plus grand, plus fort.

« Comme je l'ai dit, cela fait deux variétés de Japonais, une de moyenne grosseur, la première en date, la seconde énorme...» M. NAUDIN.

« Les Lapins Japonais constituent deux catégories très distinctes, la grande et la petite race. » M. de HAUTE-CLAIRE Sic. MM. de FOULCAULT, BRULHART etc.

Nous avons constaté nous-même l'existence de ces deux variétés : ainsi à l'exposition de la Société Nationale d'Aviculture de France (1898) nos petits Japonais avaient peine à soutenir la comparaison avec les gigantesques sujets de MM. de MARCILLAC et FAVEZ VERDIEER.

Les grands Japonais
Ce sont, dit M. MÉGNIN, des animaux remarquables, bien construits...» ils étaient, peut-être ainsi quand l'écrivain publiait ces lignes, mais que sont-ils aujourd'hui?

Nous les trouvons trop gros et trop communs de forme, mal marqués de couleur, disait déjà M. VOITELIER en 1891.

« Les Japonais sont bien nuancés et méritent sans conteste les prix, quoique par leur grosseur ils semblent s'éloigner de la race type qui était moins volumineuse. M. NAUDIN. Revue Avicole 1891.

Les défauts depuis 1891 n’ont fait que s'accroître.

Pour développer davantage encore la taille, les éleveurs eurent recours aux croisements avec les Géants, les Normands, les Béliers etc... Le poids augmenta  insensiblement, mais la couleur diminuait et le type se perdait à tout jamais.

Aussi, le Japonais actuel, sans caractères propres, n’offre-t-il plus qu'un vulgaire assemblage de formes hétéroclites, conséquence des croisements qu'ils a subis et qui ont abâtardi et dénaturé la race !

Si nous disons encore que ce lapin sans type a une tête énorme, en disproportion avec la grosseur même du corps, des oreilles démesurées, larges, épaisses, du port le plus variable, mais souvent tellement écartées que l'une ou l'autre devient demi-pendante, un fanon immense, un poids excessif, un poil long et grossier, nous aurons le portrait peu flatté mais exact du grand Japonais moderne.

Image Japonais Meslay
Japonais - illustration du livre de Meslay

Les petits Japonais
Tout autre est le petit type, mais est-il logique de le qualifier ainsi : sans doute, tout est relatif ; il est petit, comparé au Japonais que nous venons de décrire ; il serait. plutôt « moyen » si nous envisageons l'ensemble des races de lapins. Derniers survivants du type primitif, précieusement conservés par quelques rares éleveurs, les petits Japonais, rappellent les formes du hollandais, dont, selon nous, ils ont du dériver, mais plus gros et plus forts que leurs auteurs, ils n'ont ni la distinction ni l'élégance qui caractérisent ordinairement les toutes petites races.

Le corps est bien charpenté, bien construit, un peu plus long que celui du hollandais ; le râble est large, charnu ; les cuisses ne présentent aucune saillie et forment avec le dos une rotondité parfaite ; l'ossature est légère; la tête assez fine ; les oreilles de longueur moyenne (9 cm) plutôt étroites, bien dressées, généralement serrées l'une contre l'autre, parfois légèrement ouvertes; le poil fin, court, brillant; le poids varie entre 2 kg. et 2.5 kg.

L'aspect général est harmonieux et respire la santé et la vigueur; l'altitude est vive, gaie, nerveuse.

L'existence parallèle de ces deux types est-elle bien nécessaire ?

Le noir et feu fut du « petit », du «  moyen » du « grand » type, mais bientôt cette triple et inutile distinction fut abolie : seul, et sans qualification aucune, existe aujourd'hui le noir et feu.

Le Japonais doit-il subir des évolutions semblables?

Nous l'ignorons, mais nous souhaitons ardemment qu'elles soient promptes et aboutissent a. un type unique : Le Japonais.

Couleur

« Leur robe est écaille, ce qui veut dire, jaune, orange et noire...» M. de Foucault.

« Le Japonais a la robe étrange, jaune, noire, orange... Mme  de BOISLANDRY,

Sic. MM. NAUDIN, MÉGNIN.

“ En France et en Belgique, nous appelons Japonais le lapin écaille (tortoiseshell, tricolore) jaune, brun et noir, parfois, jaune, brun, gris, noir et blanc...» Chasse et Pêche.

« Comme l'indique son nom français, il est tricolore, noir, roux et blanc ; l'un est plus clair, l'autre un peu plus foncé...» Mentor Agricole. 1896.

« La grande race, de couleur plus orangée, serait marquée de blanc; la petite est de couleur isabelle, nuance intermédiaire entre l'orange et la terre de Sienne et parsemée de taches grises et noires : elle n'aurait pas de blanc...» M. de HAUTE-CLAIRE. Sic M. BRULHART. (Nous n'admettons pas cette distinction de couleur entre les deux variétés).

Recherchons dans ces textes la nomenclature de toutes les couleurs citées :

Nous trouvons le noir, le jaune, l'orange, le roux, le brun, le gris, l'isabelle cl le blanc.

Ceci dit, et sans encore indiquer l'ordre de nos préférences, nous adoptons les premières couleurs, nous y ajouterons même le fauve, le bleu etc. Nous admettrons tous les tons, mais pour le blanc, notre opinion est formelle, il doit être exclu.

Nous avons pour nous l'autorité de Mme de BOISLANDRY, de MM. MÉGNIN, de FOUCAULT, Van der SNICKT.

A une demanda que nous adressions au rédacteur en chef de « Chasse et Pêche » nous recevions la réponse suivante :

1898-1899 — Correspondance  E. M. SOURDEVAL.

« Je suis d'accord, le lapin Japonais doit être jaune, orange et noir, sans blanc. » L. V.

Mais examinons encore les qualifications du Japonais.

En France, il est souvent appelé « écaille de tortue ». Mais où donc est le blanc dans la carapace de la tortue commune?

Les anglais le nomment  « tortoiseshell » ; le Chat tortoiseshell est noir, orange, jaune. F.  and  F. 1897.

Le Cobaye tortoiseshell est seulement noir et rouge. V. Cavies par MM. HOUSE et MELDRUM, mais là encore une fois il n'y a pas de blanc.

Remarquons que le terme « tortoiseshell » n'implique pas un nombre déterminé de couleurs : le tortoiseshell cavy n'en a que deux, rouge et noir, le tortoiseshell cat, trois, orange, jaune et noir ; il serait donc imprudent de toujours traduire

« tortoiseshell » écaille de tortue, par « tricolore ».

Quand le blanc existe, il est nécessaire de l'indiquer ; tortoise and white cavy, cobaye écaille de tortue et blanc ici alors cobaye tricolore, le cobaye commun ; tortoise and white Dutch, le lapin Hollandais fauve et noir dans les parties colorées, blanc dans les marques, etc.

Dans tout Japonais, le noir est nécessaire, car c'est cette couleur qui constitue les marques (tête et zébrures).

En dehors du noir, les nuances qui se rencontrent le plus fréquemment sont l'orange et le jaune.

Mme de BOISLANDRY, MM. MÉGNIN, de FOUCAULT.

Le gris et le bleu se voient plus rarement ; ces nuances sont d'ailleurs moins estimées.

« On aime les couleurs bien marquées et ne tirant pas trop sur le gris cendré ou pâle... M. BRULHART.

« Les plus recherchés sont ceux qui présentent les couleurs les plus franches... » M. NAUDIN, Revue Avicole 1894.

Relativement à la distribution de la couleur, l'idéal serait d'obtenir des taches distinctes, aux rebords nets et francs, mais le but est difficile à atteindre.

Si le rouge et l'orange peuvent être repartis de la manière la plus bizarre et la plus variée sur tout le corps, il n'en est pas de même du noir : il doit, sinon exclusivement, car il peut aussi se trouver sur quelques autres parties (oreilles, etc.), tout au moins exister nécessairement sur certains points déterminés.

Nous faisons allusion à la marque de la tête et aux zébrures.

Tête : «... La figure présente cette particularité d'avoir un côté noir et l'autre tantôt rouge, tantôt lavé de gris ; la séparation des couleurs s'effectuant sur le milieu de la tète...

«... La tête est partagée en deux parties bien distinctes, l'une bien franchement noire. M. NAUDIN.

« Ce lapin a souvent, comme particularité, d'être marqué différemment sur la moitié de droite et sur la moitié de gauche.  Chasse et Pêche 1898-1899.

«... Il arrive, par exemple, que l'un des côtés de la tête est d'un noir brillant, tandis que l'autre est clair. La démarcation des couleurs est tellement nette qu'on la croirait tracée à la règle...» Mentor Agricole. 1896.

Nous attachons une très grande importance à cette marque de la face, sans toutefois nous rallier à cette exigence de quelques amateurs : «... Si le mâle a le côté gauche de la tête noir, la femelle doit avoir, elle, le côté droit de celte couleur. » V. Revue Avicole.

Zébrures : «... Le dos étant plutôt zébré... Le dos zébré de bandes noires et roussâtres...» M. NAUDIN.

« ... Le noir est constitué par des charbonnures formant deux, trois, ou plus, larges zébrures transversales sur le dos et descendant sur les côtés...») Sic MM. MÉGNIN, BRULHART.

Nous demandons que ces zébrures soient bien accentuées, aussi franchement noires que possible, sans mélange de poils jaunes ou orange, comme au contraire les intervalles jaunes, orange qui les séparent doivent être exempts de poils noirs.

Mais le noir des zébrures empiète souvent sur le rouge orange des intervalles ; dès lors la robe prend une couleur foncée d'un aspect absolument désagréable.

Enfin, nous l'avons dit, le blanc est exclu : donc pas de taches, pas même de poils de cette couleur égarés dans la robe ; le ventre lui-même n'échappe pas a la proscription :

« Le dessous n'a pas de blanc, mais seulement une couleur jaunâtre lavée. » MM. MÉGNIN, de FOUCAULT.

Défauts
1 - Type.
Grands Japonais :
formes défectueuses, tête énorme,

oreilles démesurées, épaisses, tombantes, taille excessive,

fanon, poil grossier etc.

Petits Japonais :
corps allongé, oreilles dépassant 9cm

poids supérieur à 2 kg 500.

2 - Couleur.
Taches ou poils blancs ; ventre blanc.

Nuances indécises, pâles ; confuses.

Marques d'un noir mat, insuffisamment lustré; parsemées de poils colorés.

Extension exagérée des zébrures; aspect noirâtre de la robe.

Caractères moraux
Les femelles ont généralement de 6 à 10 petits : « elles sont excellentes nourricières pour leurs jeunes, tellement soigneuses qu'on ne pourrait mieux désirer. II est donc particulièrement à recommander de laisser les jeunes

auprès de la mère durant au moins huit semaines.

« Le Japonais est vigoureux : de deux nichées, l'une de 6, l'autre de 7, M. CAGMANN, éleveur Suisse, n'en a perdu aucun, quoiqu'elles soient venues l'une en Octobre et l'autre en. Novembre par une température assez rude. » Mentor Agricole 1896.

« La petite espèce fournit de très jolis animaux, plus vifs, plus alertes, plus sauvages que les autres, très rustiques, se multipliant beaucoup. Leur seul défaut est d'être un peu trop batailleurs ; passé trois mois, les jeunes s'entre-tuent infailliblement lorsqu'on les laisse ensemble...» M. de HAUTE-CLAIRE.

Reproduction
1° Age des reproducteurs.
Il varie suivant qu'il s'agit des petits ou des grands Japonais. Pour les petits, il suffit de suivre par analogie les indications que nous avons données pour le Hollandais, le Polonais. Pour les grands au contraire, dont le développement est plus long, l'âge de huit mois à un an nous paraît indispensable.

2° Choix des reproducteurs.
La qualité essentielle est évidemment la couleur, mais le type est aussi très important.

Aujourd'hui, nous l'avons dit, le type du grand Japonais est absolument défectueux ; à proprement parler, il n'existe pas; autant de sujets, autant de formes diverses : aussi les éleveurs, manquant de points de comparaison, ne savent-ils comment choisir leurs reproducteurs et diriger leur élevage.

« ... il y aurait donc nécessité, comme le dit M. NAUDIN, pour la Société Nationale d'Aviculture de s'appliquer à établir et à créer un type idéal, auquel il serait facile de comparer les sujets présentés dans les Concours ; les exposants pourraient alors savoir et comprendre qu'elles sont les qualités à acquérir et les défauts à éviter...» M. NAUDIN. Revue Avicole.

Loin de vouloir nous arroger le droit d'édicter seul le Standard du grand Japonais, constatons avec MM. NAUDIN et VOITELIER que les spécimens actuels pèchent surtout et par leur grosseur et la vulgarité de leurs formes...

En choisissant des reproducteurs exempts autant que possible de ces défauts, les amateurs verront leurs produits s'améliorer rapidement, et s'acheminer peu à peu vers la correction.

Le petit type est assurément plus parfait et il est relativement facile de trouver de bons reproducteurs.

Pour nous, qui voudrions que le petit Japonais ressemblât au Hollandais, nous conseillons les formes courtes, les oreilles petites et bien droites...

Le croisement des deux variétés peut-il donner de bons résultats?

Il profitera peut-être aux grands Japonais (Cp. croisement du Brabançon avec le Dutch), mais nous craignons qu'il ne soit préjudiciable au petit type (Cp. Noir et feu).

« En croisant les deux espèces, on peut obtenir des sujets plus gros et plus prolifiques. Je me trouve très bien de ce croisement que j'ai opéré ici...» et M. de HAUTE-CLAIREdont nous ne contestons pas les expériences et leurs résultats ajoute : «  En outre les lapins sont tachés de blanc, ce qui est très joli...»,  ce qui est affreusement laid, dirons-nous.

Les reproducteurs, le mâle surtout, doivent être d'une couleur irréprochable...

« Généralement les animaux foncés sont les mâles, tandis que les clairs sont des femelles..... » Mentor Agric. Nous n'avons pu vérifier cette assertion.

Rejetez sans rémission tous les sujets qui ont des taches blanches, le ventre blanc, voire même des poils blancs disséminés dans la robe.

Excluez les nuances indécises, le gris, le bleu ; adoptez plutôt le jaune, l'orange, couleurs typiques.

Exigez que les couleurs soient vives et brillantes.

Enfin, tenez surtout aux marques, tête et zébrures ; qu'elles soient très noires et bien distinctes.

Les Jeunes
« Le lapin japonais n'est qu'un simple lapin commun; cela est bien prouvé, car il est constant que dans chaque portée on trouve des petits de couleur unie, gris, blancs, fauves, quelquefois noirs...... M. NAUDIN.

Le cas est assez fréquent, nous en convenons, car la race n'est peut-être pas encore suffisamment fixée, mais, en général, les  éleveurs ont à se reprocher le peu de soin qu'ils mettent à choisir les reproducteurs ; ils en ignorent le plus souvent le pedigree et se soucient fort peu des croisements étrangers qui ont pu changer le sang et dénaturer l'espèce.

Quand la sélection a été rigoureuse, bientôt les petits unicolores diminuent et tous ne tardent pas à naître avec les couleurs caractéristiques de la race.

On doit inspecter le nid après la mise-bas, car des ce moment les nuances sont suffisamment, apparentes.

« Tout particulièrement amusants et vifs sont les jeunes à l’âge de 3 à 6 semaines. Une telle vivacité n'a pas encore été observée chez aucune race de lapins. Comme des flèches, ils traversent leur demeure ; si un jeune attrapé échappe aux mains de son maître, il fait un bond d'un mètre pour se sauver auprès de sa mère si soigneuse. » Mentor 1896.

Nourriture
« Leur nourriture est celle des lapins ordinaires. Du soi-disant « demi-lait » (ils prennent naturellement aussi du lait pur» ---- cela, nous le croyons sans peine --- avec des restes de pain est une friandise pour eux. Cependant ils ne dédaignent pas les racines et une botte de foin. » Mentor Agricole 1896.

Observations diverses
A titre d'essai, nous avons opéré avec le Japonais les croisement suivants :

1°  Mâle hollandais écaille avec femelle japonaise; tous les petits présentaient les marques blanches du dutch ; deux étaient de la couleur de la mère, les autres possédaient la robe fauve et noire du mâle.

2° Mâle  japonais et femelle noire et feu ; tous les petits étaient des black and tan  (29 janvier 1900).

3° Mâle bleu et feu et femelle japonaise ; trois petits seulement : l'un de couleur japonaise avait des nuances bleues d'un reflet tout particulier. C'est là assurément le résultat de nos expériences que nous jugeons le plus intéressant.

Standard initial du Japonais
Ce descriptif est le premier standard du Japonais. Il est extrait ici d’un ouvrage de 1927, intitulé STANDARDS,  édité par la Société Française de Cuniculiculture (S.F.C).

Les éleveurs spécialistes :  MM. VANDAMME, DESREUMAUX, GANTIER  et GUÉRIN, ayant été consultés, la Commission des standards composée de Mme la Vicomtesse du BERN de BOISLANDRY présidente, de MM. MESLAY, René SAUTON, René CAUCURTE, H. ESTIOT, a établi le standard suivant qui fut accepté à la réunion du comité du 22 avril 1914 et qui fut homologué par la Fédération Nationale des Sociétés d'Aviculture de France, le 31 octobre 1919  (Rapporteur : M. Eugène MESLAY).

Type : Corps bien charpenté, râble large, charnu, ossature légère.

Tête : Moyenne.

Oreilles : Longueur de 7 à 10 cm, plutôt étroites; généralement serrées l'une contre l'autre; parfois librement ouvertes.

Pattes : Petites fines.

Poil : Fin court, brillant.

Poids : 2,500 kg à 3,500 kg.

Couleur : Écaille autrement dit jaune, orange, noir sans blanc, le ventre a une nuance jaunâtre lavé.

Le rouge et l'orange peuvent être répartis de la manière la plus variée sur tout le corps, mais le noir doit exister nécessairement sur certaines parties déterminées.

a) La tête est partagée en deux parties distinctes dont l'une est d'un noir brillant, tandis que l'autre est claire. La démarcation des couleurs sur le milieu de la tête doit être absolument nette, comme tracée à la règle.

L'oreille opposée au côté noir de la tête doit être Jaune, orange inversement, celle opposée au côté clair de la tête doit être noire.

b) Le dos est zébré de bandes noires, transversales, au nombre de deux ou trois. Ces zébrures sont aussi franchement noires que possible sans mélange de poils Jaunes ou oranges, comme au contraire, les intervalles Jaunes, oranges qui les séparent sont exempts de poils noirs

Défauts:

1° Formes très longues.

2° Oreilles dépassant dix centimètres.

3° Poids supérieur à 3,500 kg.

4° Taches, poils blancs, ventre blanc, nuances indécises, pâles, absence de marques, démarcation irrégulière de la tête, défaut de zébrures, extension exagérée des zébrures, etc...

Échelle des point:

Couleur générale

30

Marque de la tête

25

Zébrures

25

Type

10

Poids

5

Condition

5

100

Le Japonais aujourd'hui

Caractéristiques essentielles à rechercher
- Poids idéal  3.500 à 4.250 kg.

- Corps robuste et assez arrondi.

- Fourrure suffisamment dense, assez rigide. Les poils recteurs de bonne épaisseur sont discrets pour conserver aux marques leur netteté de contour .

- Couleur noir et jaune orange de tonalité soutenue. La répartition des deux couleurs doit être la plus équilibrée possible. Plus la délimitation et la pureté des couleurs sont nettes, plus le dessin particulier est mis en valeur.

- Le dessin de la tête doit se rapprocher le plus possible du schéma dit en croix, avec une délimitation nette sur le chanfrein.

- Le dessin du corps doit se rapprocher le plus possible du dessin à damier, avec un mini de 3 bandes verticales sur chaque côté. La disposition des zébrures est alternée au niveau de la ligne dorsale.

Défauts fréquemment rencontrés
- Développement musculaire insuffisant.

- Fourrure manquant de densité.

- Couleurs pas assez soutenues

- Dessin flou.

- Prédominance d'une couleur.

- Grande surface unicolore.

- Quelques poils blancs dans les marques.

- Bordure des oreilles mêlée.

- Ongles dépigmentés.

Le Blanc de Hotot

Le Blanc de Hotot     par Jacques ARNOLD    Texte original tiré du numéro spécial de la France Cuniculicole de 1973.

 

Historique
Depuis longtemps, il existe dans les campagnes des lapins blancs dont le tour des yeux est plus ou moins marqué d'un cercle de couleur, et possédant sur le corps, parfois, quelques taches. L'iris de l'œil de tels lapins est entièrement coloré ou partiellement dépigmenté. Tous ces lapins sont des panachés ou tachetés à dépigmentation déjà très accentuée.

Le Blanc de Hotot n'est qu'un degré d'expression de cette panachure au même titre, que le Husumer, dont il a été question avec le Blanc de Vienne, que le Chaplin rencontré dans les élevages de Papillon, ou que le lapin à lunette des campagnes de l'ouest. Le lapin de la Rochelle qui nous est décrit par le Professeur CORNEVIN dans son traité de zootechnie, comme lapin blanc aux yeux noirs, en est encore un autre exemple. Mme Bernhard, châtelaine du Calvados, qui possédait un grand élevage de lapins Géants et de Papillons, avec plusieurs centaines de cages au début du siècle, était alors désireuse de créer un lapin blanc aux yeux noirs. Elle entreprit tout d'abord des croisements entre lapins Papillons et différentes autres races de lapins blancs, Géant Blanc, Blanc de Vienne, etc...

Ces croisements ne donnèrent pas grand résultat si ce n'est des descendants tachetés, agoutis ou panachés par plaque. C'est alors que sur les conseils de J. LEMARIE, qui entreprenait à l'époque la création de son Grand Russe sans apport de races étrangères, et par hérédité directe croisée dans la race, terme consacré de cette époque, Mme Bernhard se résolut à travailler avec les seuls Papillons (Français) en ne conservant dans les portées que les sujets les plus décolorés.

D'après J. LEMARIE qui m'a longuement raconté les étapes de cette création, ce travail fut long, et ceci d'autant plus que les disjonctions héréditaires provoquaient d'importantes oscillations dans l'expression des marques, ce qui s'explique aisément dans ce genre d'hérédité polymérique, et du fait même que l'accouplement en famille ne s'accomplit avec des effets positifs que lorsque la parenté génétique se concrétise. Mme Bernhard cherchait au hasard des expositions les sujets les moins marqués pour les introduire dans son clapier expérimental. Cela partait d'une saine logique du point de vue aspect extérieur, mais retardait, par introduction de génotypes inconnus, la tendance vers la décoloration. On peut s'imaginer aujourd'hui du travail accompli et des nombreux accouplements qui permirent d'aboutir au Hotot tel que nous le connaissons de nos jours.

Les étapes de la décoloration passèrent par l'évanouissement des taches des flancs, l'attaque du Papillon avec le stade Chaplin. Les oreilles et la raie dorsale demeurant des lieux de forte résistance, malgré la scission rapide de la raie. J.J. LEMARIE me disait que la dernière marque du corps subsistant avec force à côté du tour des yeux était la tache plus ou moins étendue sur la queue. Mme Bernhard entreprit ensuite la décoloration du tour de l'œil avec plus ou moins de succès. Durant plusieurs années la châtelaine de Hotot-en-Auge, ne vendit pas de sujets, tant les portées étaient hétérogènes avec apparition de lapins tachetés. Ceci alla en s'estompant sans jamais disparaître, ce qu'a confirmé F. JOPPICH, qui a été à partir des années trente un grand éleveur de cette race.

A ses débuts (jusqu'à la grande guerre) ce lapin n'était pas connu sous son nom actuel. Dans son journal, Eugène MESLAY parle du Géant blanc aux yeux noirs de Mme BERNHARD. En 1920, la race est exposée à Paris sous le nom de Géant Blanc de Hotot. Ce n'est qu'à partir de 1923 que le Blanc de Hotot fait son apparition. Le standard établi par la créatrice fut acceptée par la commis­sion des standards de la S.F.C., le 13 octobre 1922. A noter que dans ce texte, il n'était pas question de bandes noires autour des yeux, mais de cils noirs et de paupières inférieures colorées de gris plus ou moins fauves.

Les expositions de Paris de 1923 à 1930 comportèrent environ dix sujets le maximum fut enregistré en 1927 avec 15 Hotot. De 1930 à la deuxième guerre mondiale, la race s'étiole dans notre pays.

C'est en Suisse où il fut introduit en 1927 que ce lapin trouva la meilleure audience, et Berne ainsi que sa région ont été depuis longtemps la « haute citadelle » de la race. En Allemagne, F. JOPPICH éleva sur une grande échelle le Hotot dont il apprécia particulièrement la fertilité et l'aptitude à produire de la viande. Mais c'est grâce au Dr KISSNER que depuis 1960 le Hotot s'est répandu quelque peu en Allemagne Fédérale. A Stuttgart en 1970, il y avait 62 Blancs de Hotot.

En Hollande, le Hotot a été recréé par l'expert bien connu, L. HAMAKER, de Haarlem, à partir de Lorrains et de Papillons Anglais légèrement marqués, par des accou­plement dits de « décoloration ». L'intérêt de ce travail qui fut explicité par l'auteur dans la revue Hollandaise « L'Eleveur de Lapin » du 31-5-1955, est qu'il confirma la méthode poursuivie au début du siècle par Mme Bernhard. JOPPICH, qui fut des années durant l'un des rares éleveurs de Hotot en Allemagne et qui a particuliè­rement étudié la race, a rendu un bel hommage au travail de Mme Bernhard, ce qui ne fut pas, hélas, le cas du chroniqueur Hollandais WITKAMP, qui en voulant faire davantage ressortir le beau travail de L. HAMAKER des années 1953-1954, n'hésita pas, dans un de ses articles sur la race, d'écrire que Mme Bernhard avait obtenu ses sujets par hasard. C'est là minimiser maladroitement et d'une façon fort déplaisante l'œuvre d'une grande cunicultrice, ce qui est tout simplement incorrect.

Nous avons signalé plus haut les différences existant entre le premier standard Français et l'actuel qui part d'une situation européenne généralisée, concernant la teinte du tour de l'œil. C'est que Mme Bernhard était arrivée volontairement à éliminer presque complètement le tour de l'œil coloré chez de nombreux sujets. D'après ce que m'en a dit J.J. LEMARIE, l'obtentrice tenait beau­coup à se débarrasser des lunettes, ce qui lui procurait beaucoup de difficultés alors. Dans son livre « La cuniculture illustrée », l'auteur Belge, W. Collier, citant le standard de l'époque fait une remarque intéressante.

« Nous avons vu des sujets primés, dont les cils et paupières formaient une lunette noirâtre ». C'est qu'en fait cette lunette réapparaissait fréquemment, et les Suisses l'ont très vite admise. Aujourd'hui le Hotot européen est un lapin à lunettes, ce qui l'a fait comparer par certains au Royal Normand, aujourd'hui disparu.

Caractères de race
La conformation assez trapue et arrondie laisse sou­vent à désirer actuellement. A cet égard, le type épais des animaux de Mme Bernhard devrait faire réfléchir les amateurs de cette race. Cette constatation dépasse nos frontières, et dans un article remarquable sur la race, le Hollandais C. GELEIN, éleveur et expert réputé, écrit dans « Avicultura » de décembre 1971 : « Une trop petite attention est faite au type. Beaucoup d'animaux sont trop minces d'épaules. Les pattes surtout les antérieures sont souvent faibles, les oreilles longues et pas bien formées... ». Cela est aussi vrai chez nous, ou beaucoup d'animaux manquent de développement. Attention donc à ce point qui ne doit pas être négligé.

La fourrure du Hotot est assez typique. Elle diffère de celle du Blanc de Vienne par un soyeux moins recherché, mais l'aspect givré étant capital. Elle doit donc être épaisse, souple et assez fine, ainsi que le demande le standard.

La marque des yeux a trait aussi bien à la couleur de l'iris qu'à celles des lunettes. L'iris brun noirâtre doit être exigé sans défaillance. Il est aussi néfaste d'avoir un œil brun pas assez foncé qu'un oeil taché ou hétérochrome. Les paupières et le tour de l'œil doivent être d'une belle tonalité noire, avec une délimitation aussi tranchée que possible sur le pelage blanc. Il est souvent difficile d'apprécier correctement la forme de la lunette, selon la disposition des poils. Ce qui compte surtout c'est sa régularité.

Les portées de Hotot causent bien des surprises aux débutants, et arrivent parfois à les rebuter, comme celles des lapins tachetés. Là encore c'est une question de généalogie contrôlée. Les résurgences de l'ancêtre Papillon se font moins sentir que par le passé, tout au plus peut-il apparaître de minuscules taches aux oreilles ou sur la queue.

Par contre, des animaux sans lunette ou avec une seule lunette se présentent dans les portées, au même titre que de mauvais Hollandais. Ces derniers vite repérés dans les nids peuvent être ainsi éliminés. Ils résultent vraisemblablement d'anciens croisements avec des populations, telles le Blanc de Vienne, dont on s'est servi pour tenter d'améliorer la conformation. Pour remédier à ces apparitions intempestives, il n'y a pas d'autres moyens que de suivre ses reproducteurs et de renouveler des accouplements qui ont donné satisfaction. Bien entendu, il convient d'éliminer tous les sujets indésirables, sans être tenté de travailler avec, pour une raison ou pour une autre. Là comme pour les Papillons, la simple sélection de masse n'apporte aucune contribution bienfaisante, et il ne faut jamais s'étonner qu'en achetant un reproducteur dont on ne connaît que son apparence, on obtienne des portées disparates. Dans d'autres populations, cela passe plus inaperçu que chez les lapins à dessin, mais la diversité génétique est la même, pour une foule d'autres caractères.

Image Mme Bernhard Mme Bernhard en 1914

Le Lapin Chèvre

Le Lapin-Chèvre: une nouvelle race ?              par Georges PATISSIER           Le lapin "Chèvre" en présentation à MACON en 2002.

  

Depuis quelques années plusieurs articles ont été publiés dans différents bulletins ou magazines présentant le "LapinChèvre". Ce lapin serait une ancienne souche élevée depuis des décennies par les fermières des campagnes charentaises et d'aquitaine. Pourtant, le Lapin-Chèvre n'a fait l'objet d'aucune description standardique et n'a jamais été cité - à notre connaissance - dans un quelconque ouvrage consacré aux race

 

D'où vient-il ?
L'essentiel des textes sur le Lapin-Chèvre a été écrit par Jean COUTARD dont voici un court extrait. "Dans les années 1990, alors que membre de l'association Conservatoire des Races d'Aquitaine nous parcourions la région, surtout les Pyrénées, à la recherche des animaux appartenant à des races menacées pour compléter ou créer des inventaires nous étions loin de nous douter qu'une agréable surprise nous attendait à un kilomètre et demi de chez nous, de la toute nouvelle Ferme Conservatoire de Leyssart. Lors de notre visite chez un voisin, nous découvrons dans son clapier un lapin dont la couleur nous intrigua beaucoup car je me souvenais très bien de la robe de ces lapins que ma famille élevait dans les années 60 sous le nom de lapin-chèvre, je n'en avais jamais revu depuis. Il faut dire que les clapiers des fermes ne sont pas toujours très bien exposés, souvent relégués sous des hangars. Le fermier questionné me dit qu'il en avait eu autrefois et qu'il venait d'en retrouver récemment. Quant au nom, avec son accent un peu charentais, il me dit 'olé un lapin chèvre'. J'étais un peu interdit en retrouvant aussi près de chez nous une variété de lapin que j'aimais beaucoup quand j'étais enfant car la couleur était remarquable".

Nous avons acheté quelques sujets que nous avons élevés, diffusés et présentés un peu partout dans les expositions. Un petit nombre seulement de visiteurs les reconnaissait, mais ces derniers, unanimement leur donnaient le nom de lapin-chèvre. A l’évidence nous tenions une variété ancienne redécouverte puisque génétiquement fixée et reconnue par tout le monde sous le même nom. »Sa place était déjà faite. Des témoignages nous les présentent comme très abondant dans la région de Libourne à la fin la dernière guerre. La Gironde, la Dordogne et les deux Charentes semblent être la zone où il fut le mieux connu. »

Dans une plaquette éditée par le Conseil Régional d'Aquitaine intitulé « Les Races Domestiques Régionales Menacées », quelques lignes ainsi qu'une photographie sont consacrées au Lapin-Chèvre : « Dans le Sud-Ouest, une souche fermière de lapin porte le nom traditionnel de Lapin-Chèvre probablement aurait de sa robe noire, fauve et blanche évoquant la livrée des anciennes races de chèvres. Ce type, resté en marge de la sélection officielle, est pourtant bien connu depuis longtemps par les éleveurs locaux ».

Quant au nom de Lapin-Chèvre nous pouvons nous référer à la description de la robe de la Chèvre Poitevine parue dans un recueil édité par le Ministère de l'Agriculture et de la Pêche en 1992 « Races domestiques en péril » - « La Chèvre Poitevine est habillée d'un smoking noir et blanc. Veste noire, ventrière blanche, poils bruns sur l'échine et le long des cuisses, port de tête allier avec deux listes blanches. »

 

Qui est-il aujourd'hui ?
C'est seulement en janvier 2000 que Pascal DESAUTARD, éleveur de Lapin-Chèvre près de RIOM, pris contact avec la Commission Nationale des Standards pour faire reconnaître le Lapin-Chèvre comme race. Il lui fut demandé de présenter quelques Lapin-Chèvre au cours d'une journée technique de l'Association Nationale des Juges Cunicoles à LEZOUX dans le Puy-de-Dôme.

4 sujets - appartenant à Pascal DESAUTARD et Pierre-Edmond DESSE - furent examinés le 11 juin 2000 à LEZOUX par quelques Juges :

1 mâle adulte d'environ 3,5 kg
1 femelle adulte avec un jeune d'un mois ½
et une autre femelle adulte.

Les principales observations relevées concernaient :

La couleur et les marques du ventre :
de couleur crème, bien qu'une femelle avait des traces de noir au ventre. Le triangle de la nuque, de petite taille, était feu. Le dessous de la queue blanchâtre ou crème. Une ligne feu séparait la couleur du ventre à la couleur du manteau noir. Sinon, les marques agouti traditionnelles: tour des yeux clairs, narines blanchâtres ainsi que le menton.

Le type :
De taille moyenne, un peu élancé typique d'un lapin fermier sans aucune sélection (croupe très osseuse)

A l'issue de cette première rencontre officielle avec. le Lapin-Chèvre, un rapport fut établi pour des membres de la Commission Nationale des Standards dans lequel étaient reprises les observations constatées ainsi que quelques conseils sur la sélection et l'intérêt que pourrait représenter la sélection du Lapin-Chèvre au sein des races et variétés de lapins actuellement reconnues.

Les deux éleveurs - MM DESAUTARD et DESSE - étaient bien décidés à poursuivre leur élevage et à entamer le processus d'homologation du Lapin-Chèvre comme race, aidés dans leur tâche par plusieurs autres éleveurs mobilisés et très motivés. C'est en août 2000 que la Commission Nationale des Standards - après discussion du rapport de Lezoux – décida, avant de lancer la procédure d'homologation, de voir des Lapin-Chèvre. Rendez-vous fut donc pris pour la Nationale FFC de St Flour dans le Cantal en décembre. La procédure d'homologation d'une nouvelle race prévoit la présentation d'au moins 8 sujets (4 mâles et 4 femelles), d'âge et de sexe différents - durant 3 années consécutives -, devant la Commission Nationale des Standards.

Eleveurs avec J. Czeschan
Mr CZESCHAN, Président de la Commission des Standards
en discussion avec les éleveurs de lapin "chèvre".

Le 16 décembre 2000 à St Flour 8 sujets furent exposés. Le Président de la Commission Nationale des Standards Jacques CZESCHAN et quelques membres de ladite Commission, purent examiner des Lapin-Chèvre et dialoguer avec les éleveurs présents qui avaient établi un projet de standard. Les observations de Lezoux furent confirmées : nous avions bien affaire à un modèle de coloration Loutre et le type était à parfaire.

Dès à présent pourtant, il est possible de donner quelques pistes sur la possible origine du Lapin-Chèvre. Tout d'abord pour ce qui concerne la couleur et les marques, il est évident que c'est un modèle de coloration Loutre, déjà connu chez le lapin et ainsi décrit dans le Standard 2000 à la page 39 : « La couleur fondamentale peut être noir, bleu ou havane. Elle recouvre la tête, y compris la partie extérieure des oreilles, le manteau dans toute son étendue (côté inclus), la partie visible des pattes et le dessus de la queue.

Le dessous du menton, le ventre, la partie intérieure des pattes et le dessous de la queue sont de teinte claire à blanchâtre.

Un liseré feu limite le blanc et la couleur fondamentale et encercle les narines, les mâchoires et le tour des yeux. Un mélange de feu et de noir, ou selon le cas de bleu ou havane, couvre la poitrine en se fondant avec, la couleur fondamentale. Le triangle sur la nuque est couleur feu. »

L'on rencontre des modèles Loutre chez le Rex où quelques sujets réapparaissent dans les expositions depuis quelques années grâce à un éleveur de Haute-Loire, Monsieur CHAUSSINAND, mais également chez les lapins nains. La création du Rex Loutre est connue et éclaire de façon précise l'obtention du modèle Loutre. Lorsque les éleveurs ont voulu créer un Rex Feu dans les années 1920/1930, ils se sont heurtés à une difficulté majeure : l'impossibilité de maintenir les longs poils Feu sur les côtés du fait de la nanification des poils chez le Rex- les fourrures persistant à être « jarreuses ». Ils ont donc décidé de ne pas poursuivre leur tentative de créer le Rex Feu et de sélectionner, parmi les sujets issus de leurs différents croisements dont celui du Rex Castor avec le Feu Noir, le Rex Loutre. Ce problème du Rex Feu se retrouve encore aujourd'hui chez les éleveurs allemands qui tentent toujours de créer des Rex Feu, mais les sujets qu'ils présentent pour homologation dans leur pays n'ont ni la fourrure correcte d'un Rex, ni les marques du Feu.

Certains auteurs réfutent également la parenté du Lapin-Chèvre avec le Noir et Feu sur le seul fait de leur différence de taille. Pourtant Jacques ARNOLD -dans son article paru dans La France Cuniculicole sur le Noir et Feu- explique qu'il a existé deux types de Noir et Feu à l'origine dont l'un était de taille un peu plus forte et portait le nom de Cheltenham, - à l'opposé du type de Brailsford qui est celui qui fut sélectionné par les éleveurs anglais -, et qui avait été travaillé avec du Lièvre Beige. Il cite Eugène MESLAY qui écrivait en 1900 « Inutile d'ajouter que ces croisements d'amélioration ne se faisaient pas sans déchets nombreux, du fait des disjonctions qui en résultaient inévitablement ». Il est nécessaire de préciser que le Noir et Feu originel ne possédait pas les marques et surtout le feu intense qu'on lui connaît aujourd'hui, tout cela ayant été obtenu par une sélection continue de plus d'un siècle.

Quant au type du Lapin-Chèvre d'aujourd'hui, il est celui des lapins « fermiers » sans sélection sur la conformation ni sur le type. Ils ressemblent aux lapins élevés dans notre pays avant l'apparition de l'alimentation concentrée en granulés et surtout. avant l'introduction des types chairs importés des USA comme le Néo-Zélandais ou le Californien qui ont fait évoluer la plupart des races de lapins vers des formes plus trapues avec une musculature forte et compacte.

Nous pouvons émettre une hypothèse sur l'origine du Lapin-Chèvre - que des lapins issus soit des rebuts de la sélection du Feu, soit des rebuts de la sélection du Rex Loutre aient pu faire souche dans des clapiers fermiers sans sélection aucune mais sans apport d'autres races. Il est évident que cela peut être vérifier scientifiquement aujourd'hui. Encore faut-il trouver des crédits pour cette recherche et mobiliser des spécialistes pour la réaliser correctement.

Eleveurs de la  race
Mrs Desautard, Desse et Chaussinand.

 

Quel peut être son avenir ?
L'avenir du Lapin-Chèvre repose essentiellement sur une mobilisation des éleveurs pour en faire une véritable race agrandissant ainsi notre patrimoine des races et variétés de lapins. Mais du chemin reste à parcourir et tout d'abord qu'elle sera l'orientation dans la sélection. Si pour les marques et couleur le patron de coloration Loutre n'est pas contestable, il doit encore être travaillé pour éliminer les poils blancs ou colorés dans le manteau, un ventre crème uniforme et un liseré feu pas trop envahissant. Quant au type, cela est plus délicat d'autant que plusieurs éleveurs souhaitent conserver au Lapin-Chèvre le type « fermier » arguant du fait que c'est une souche très ancienne et rustique n'avant subit aucune introduction d'autres races. Les éleveurs avancent également la qualité de sa chair exceptionnelle et pour vérifier ce dernier point, une présentation au concours de carcasse organisé chaque année dans le cadre du Salon International de Paris peut être envisagée- Dans ce concours, les lapins sont jugés sur pieds, puis après abattage en carcasse et enfin, après cuisson sans aucun ajout, goûtés pour apprécier la gustativité de leur viande.

D'après QUITTET : « la race est l'aboutissement normal et constant des efforts d'amélioration d'une population ». Nous ne doutons pas de la réussite du processus de sélection et à terme d'homologation du Lapin-Chèvre si la mobilisation qu'il suscite actuellement perdure.

 

Présentation des Viennes

Présentation des Viennes        Jacques  ARNOLD         Texte original tiré du numéro spécial de la France Cuniculicole de 1973

Historique
Nous dissocions, comme il se doit, les Bleus des Blancs.

Quand il parle du Bleu de Vienne, F. JOPPICH nous dit que c'est une race relativement jeune. Il est certain que quand une race n'a pas un siècle d'existence, elle est encore adolescente. C'est le propre de beaucoup de races de lapins.

Les lapins bleus sont, pour leur part, apparus depuis des temps très reculés et en des endroits très divers, ainsi que bien d'autres coloris. Comme l'a écrit Paul SCHLIE dans le beau livre de Paul MAHLICH, la couleur bleue n'est pas une particularité raciale. Le biologiste Hollandais LEUWENHOEK, au 17° siècle, les connaissait et les décrivait.

E. JAGSCH, auteur d'un opuscule sur le Bleu de Vienne en Allemagne, signale que son grand-père possédait des lapins bleus vers 1850.

H. SCHWAAB parle dans son ouvrage de lapins bleus observés en Moravie en 1860 très fréquemment dans presque chaque maison de journaliers et d'ouvriers tisserands, autour de Heinzendorf et Zwittau. Il appartint cependant à J.K. SCHULTZ d'être reconnu comme le père des Bleu de Vienne, ou plus précisément des lapins de tona­lité gris-bleu qui sont à l'origine de la race. Ces lapins bleus seraient issus de croisements entre lapins dits Lorrains et Géants en provenance de Belgique, avec apport de Béliers. On a même parlé de Lorrains Jaunes et de Géants Noirs. Dans son bel ouvrage sur les lapins de Vienne, F. SCHAEDTLER écrit que ces Lorrains n'étaient pas les mêmes que ceux que nous connaissons aujourd'hui, qui sont des Géants Papillons. La couleur bleu gris correspondait à l'une des nombreuses expressions du pelage dit « agouti-dilué ».

En 1895, quinze lapins furent exposés à Vienne sous la dénomination, Géant Bleu de Vienne, ce qui était justifié puisque leur poids oscillait aux alentours de six kilos. Il semble, du reste, que SCHULTZ recherchait plus la taille et la conformation que la couleur. C'est sous ce nom que ces lapins Viennois firent leur entrée en Allemagne en 1903. A Hambourg en 1905, trente Vienne furent exposés. Par suite de l'orientation sélective que donna le Club International de la race quelques années après, la couleur uniforme d'un bleu soutenu fut seule retenue, et la taille un peu réduite (4,5 kg à 6 kg). Les leaders de ce mouvement qui permit d'assurer l'essor du Bleu de Vienne furent MM. WEIDNER, EHRENTRAUT et OTTEMANN.

On n'avait pas attendu cette époque pour parler du Bleu de Vienne dans d'autres pays européens, et déjà en 1899, Louis Van Der SNICKT, rendant compte Outre-Quiévrain de l'exposition d'Utrecht, disait que cette nouvelle race sortait d'un croisement de Géant des Flandres et d'Argentés. Le nom de Géant Bleu de Vienne, alors pra­tiqué, ne semblait pas satisfaire Polydore de KEGHEL, ex­pert Belge renommé, qui considérait que ce lapin n'avait de géant que le nom. Les auteurs Belges discutèrent mê­me de l'origine de la race, qu'ils pensèrent finalement... Belge.

Aux dires d'Eugène MESLAY, Carlos BLANK de Bréda avait encore une autre opinion. Il faisait descendre le Bleu de Vienne du Bélier Bleu, dont on aurait sélectionné tous les sujets à oreilles plus ou moins dressées pour en faire une race à oreille droite. En Angleterre, la question avait été vite tranchée par l'émersion du lapin Bleu Impérial.

J.J. LEMARIÉ, dans le numéro spécial sur les lapins de « Vie à la Campagne », paru en 1920, résume assez bien la situation en France des lapins Bleus en ce début de siècle : « La lutte d'autrefois entre les anciens et les modernes n'a pas fait couler plus d'encre qu'en ont dé­versé les amateurs de lapins bleus, se disputant la priorité du Bleu de Vienne et du Bleu de Beveren ». Aussi curieux que cela puisse paraître aujourd'hui, on distinguait bien mal les différences entre Beveren et Vienne, en France, avant la Grande Guerre.

Parlant de l'exposition de Paris en 1911, dans son journal « Lapins et Cobayes », E. MESLAY écrit : « Dans les Beveren, il y avait des Vienne et vice-versa. Il est vrai que les différences qui caractérisent les deux races sont bien peu tranchées ». Certains exposants présentaient même des Géants Bleus de Bretagne. Ce n'est qu'à Moulins en 1913 que MESLAY dit avoir vu des Vienne et des Beveren bien caractérisés. Néanmoins ce que Mlle LEMARIÉ a appelé la « salade des lapins bleus » se perpétua un certain temps, malgré les conseils avisés des grands cuniculteurs d'alors. Le standard établi par le Comte Auguste de MONTAIGU, fut adopté par la Société Française de Cuniculture le 24-4-1926.

Ainsi qu'il a été dit plus haut, le Bleu de Vienne se développa vite en Allemagne, où on s'attacha à perfectionner l'intensité et la chaleur de la couleur tout en ramenant le type vers un format moyen. Il en fut de même en Hollande, pays qui adopta très rapidement cette race.

A l'heure actuelle, ainsi que chacun le sait, les Bleus de Vienne sont largement répandus en Allemagne, Suisse et Hollande, et à un moindre degré dans les autres pays du continent. Le Noir de Vienne est élevé beaucoup plus faiblement.

Le Blanc de Vienne, ainsi que nous allons le voir, a une toute autre essence que le Bleu, et en général que tous les Vienne de couleur. Bien que portant le même nom, ces populations n'ont rien de commun.

Hermann ZIEMER, le grand cuniculteur Allemand, nous explique dans le chapitre qu'il consacre au Blanc de Vienne à l'intérieur du livre de Paul MAHLICH, que depuis longtemps beaucoup d'éleveurs souhaitaient obtenir un lapin blanc avec d'autres yeux que ceux caractérisant l'albinisme, c'est-à-dire d'apparence rose rougeâtre. De nombreux essais furent ainsi entrepris sans que les résultats aient été toujours concluants. ZIEMER lui-même n'est parvenu qu'à obtenir un lapin blanc aux yeux bleus, mais avec de grands tours d'yeux teintés, des taches sur la croupe et parfois aux oreilles.

Avec des variations bien entendu selon les sujets, mais jamais il n'a pu obtenir de lapin blanc sans tache. Ces lapins furent nommés Husumer aux yeux bleus, et disparurent au cours de la guerre 14-18. Dans l'ouvrage sur les lapins de P. Mâhlich, deux photos illustrent fort bien l'état de cette population telle que l'avait obtenue H. Ziemer. Celui-ci avait utilisé, pour obtenir ses Husumer, des Hollandais très décolorés, et dont l'hétérochromie de l'oeil était tellement envahissante, qu'en fait l'oeil était pratiquement atteint de Leuzisme et paraissait bleuté. Nous verrons plus loin de quoi il retourne exactement.

Le cheminot viennois W. Mucke, qui poursuivit le même travail de décoloration du Hollandais aux alentours de 1900, arriva, lui, à un résultat positif puisque officiellement il est le père du Blanc de Vienne, qui fit son apparition en 1907. Il semble que l'éleveur Schutze, de Râtingen, soit parvenu aux mêmes résultats, peu de temps après, mais son élevage fut anéanti durant la grande guerre.

Ernst ORDEL, de Tängermunde, fit venir de Vienne en 1910 des Blancs de Vienne en Allemagne. Max HILLE, de Schonlide en Bohème, qui entretenait un très important clapier, exploita la race avec succès, et possédait alors des sujets de 6 à 7 livres bien typés.

F. SCHAEDTLER rapporte dans son bel ouvrage sur les Vienne, qu'en 1912 à Utrecht (ornitophiliä) deux sujets étaient présentés parmi les « autres races ».

L'origine « Hollandais » du Blanc de Vienne en a fait un type plus petit que le Bleu de Vienne, ce qui est compréhensible. Toutefois des croisements pour agrandir la race furent certainement vite entrepris, ce qui eut pour effet de produire des différences de taille et de format. Il est assez curieux de noter qu'à l'exposition de Paris de novembre 1912, deux couples de Géant Blanc de Vienne étaient inscrits. Parmi les numéros spéciaux de « Vie à la Campagne », il faut attendre 1923 pour que la dénomination Blanc de Vienne soit adoptée. Le standard présenté par Auguste de MONTAIGU fut adopté par la S.F.C. le 24-4-1926.

La race est fortement représentée actuellement en Allemagne, en Suisse et en Hollande.

Caractères de race
Les Vienne représentent le type cylindrique accompli du lapin.

Le standard Français a, par des termes appropriés, mis nettement en évidence la disposition et la constitution idoines des parties du corps pour obtenir ce type cylindrique. Il n'y a pas lieu d'insister davantage la dessus, si ce n'est pour faire ressortir la position dorsale très peu incurvée, voire pratiquement plane, pour donner l'apparence cylindrique souhaitée. La puissante musculature assez rebondie confirme encore davantage ce type.

Le Blanc de Vienne a toujours eu un modèle réduit par rapport au Bleu. Toutefois les fourchettes de poids du standard Allemand (1970) oscillent entre 3,250 à 5,250 kg pour le Bleu, et 3,000 à 5,000 kg pour le Blanc. Ces différences sont minimes.

La conformation idéale d'un lapin de Vienne est, en fait, assez difficile à obtenir, et à maintenir. Ceci est peut-être encore plus vrai chez le Blanc que le Bleu. Les déviations ou caricatures de type surviennent rapidement, soit que l'animal soit trop allongé, soit qu'il soit ramassé, soit encore que certaines parties du corps soient dispro­portionnées par rapport à l'ensemble, soit que la musculature soit insuffisante, soit que l'animal semble pléthorique par engraissement excessif. Les Allemands ont possédé incontestablement les meilleurs Blancs de Vienne, et l'apogée fut à mon sens obtenu lors de l'exposition de Stuttgart 1966. Je n'ai jamais pu revoir en Allemagne depuis de tels animaux, où tout s'harmonisait de la conformation à l'épaisseur de la peau et à la qualité de fourrure.

La tendance actuelle vers un lapin blanc agile, aux oreilles un peu pointues, à la fourrure parfois hirsute n'est pas du tout satisfaisante. Les Suisses qui longtemps ont possédé des Blancs de Vienne plus élancés, en un mot pas assez typés, semble au contraire s'approcher davantage aujourd'hui du type souhaité. Pour ce qui est du Bleu de Vienne, les déviations de type sont moins notoires. Quand elles se font jour, elles sont remarquées au sein d'un même cheptel, et ne correspondent donc pas précisément à des tendances d'élevage d'un pays à l'autre. De tout cela, l'éleveur doit retenir que la conformation cylindrique doit être surveillée de très près chez les lapins de Vienne, et qu'il n'est pas aussi aisé de parler du « type Vienne » que d'aucuns le pensent !

La fourrure doit aussi être suivie d'une façon très attentive. Elle doit avoir une bonne tenue plaquée, être dense, suffisamment souple et brillante. Ce brillant doit particulièrement bien ressortir chez le Blanc de Vienne, contribuant à parfaire la tonalité un peu givrée.

La couleur du Bleu de Vienne mérite quelques explications. Les Allemands la décrive comme allant du Bleu Pigeon Foncé au Bleu Acier. Il est sans doute délicat de s'accorder sur ces nuances, mais là encore les Allemands fournissent quelques explications sur ces nuances. Le Bleu pigeon foncé vu à 8 ou 10 pas paraît nettement bleu foncé, tandis que le Bleu acier au même éloignement semble noir tout en laissant distinguer une belle lueur bleue.

En dehors de ces limites, la teinte est trop foncée tendant vers le noir, ou au contraire trop pâle s'atténuant rapidement vers le grisâtre avec à la pointe des poils un givrage anormal, qui engendre des anneaux gris autour des oreilles ; les vibrisses se décolorent alors en tout ou en partie. La teinte soutenue doit descendre aussi profondément que possible dans la fourrure. La sous couleur, tout en étant plus pâle, doit rester dans la tonalité bleutée, sans jamais être grisâtre ou brunâtre. La bonne teinte est évidemment conditionnée par une fourrure adéquate.

Le phénomène de la rouille mérite de retenir l'attention. Il y a la rouille normale qui se manifeste avant les périodes de mue, et qui est le propre de tous les lapins unicolores. La rouille anticipée ou trop prononcée peut être due à un mauvais état de santé, ou à un état de malnutrition caractérisée. Il existe des rouilles d'origine génétique qui, elles, doivent retenir plus spécialement l'attention des éleveurs.

On croit trop souvent qu'en abritant des lapins de l'ensoleillement, on évite le phéno­mène de rouille. Or, à exposition identique, certains sujets deviennent fortement roussâtres alors que d'autres ne changent pratiquement pas de teinte. Ceci est aussi vrai pour un Bleu de Vienne que pour un Havane ou un gris perle, et dépend de la constitution pigmentaire des sujets. La sélection a donc une influence certaine ici.

Pour terminer, examinons la couleur des yeux. Chez le Bleu, l'iris doit être gris bleuté assez foncé. L'iris gris de tonalité insuffisamment soutenue est un défaut au même titre que l'iris marron foncé.

L'œil bleu du Blanc de Vienne est totalement différent. Ici l'iris est d'un bleu clair très pur. Sa couche profonde seule est pigmentée, et est voilée par l'opalescence de la couche antérieure dépigmentée, ce qui donne cette apparence bleue claire. C'est le phénomène de leuzisme, que l'on rencontre également chez le Polonais aux yeux bleus.

C'est là le terme extrême de la panachure, avec pour intermédiaire les yeux tachés ou hétérochromes, et aussi les yeux vairons. Parfois, les yeux du Blanc de Vienne présentent une tonalité plus mauve rosée que bleue. C'est là une tendance vers l'albinisme totale avec dépigmentation partielle de la couche profonde de l'iris. Il s'agit, bien entendu, d'un défaut qui, comme tel, doit retenir l'attention des éleveurs.

Chez tous les Vienne, la teinte définitive doit s'être manifestée à huit-dix mois.

Le Brun Marron de Lorraine

Le Brun Marron de Lorraine          Jean-Jacques MENIGOZ   Membre de la Commission  Technique et des Standards  (2009)

Historique
C’est dans une région calme et verdoyante que timidement et à très peu d’exemplaire cette race a vu le jour : il faut toutefois rendre hommage à son créateur Monsieur Charles KAUFFMANN, d’avoir su malgré cela rester fidèle à sa race et à son idéal.

M. Charles KAUFFMANN résidait à Vitry-sur-orne (Moselle), petite localité noyée dans le bassin sidérurgique lorrain «SIDELOR» à l’époque. C’est au terme d’un travail de sélection d’une durée de quatre ans de 1921 à 1925 et provenant du fruit de différents croisements entre le lapin de Garenne et le Feu Noir qu’il a pu obtenir les premiers exemplaires et encore en nombre très réduit. Il les expose pour la première fois à l’exposition internationale de Metz la même année, où ils furent expertisés par une commission de juges appartenant à l’Union des juges d’Aviculture du Bas-Rhin, Haut-Rhin et de la Moselle qui leur délivra un avis favorable.

La couleur d’ensemble ressemblant au brun marron (châtaigne fraîche) leur créateur leur donna le nom de «Brun Marron de Lorraine».

Quelles sont donc les raisons qui ont fait que cette race ne s’est répandue que timidement dans notre pays ?

Tout d’abord il faut dire que le créateur n’a pas assez claironné son résultat. Ensuite et c’est encore vrai aujourd’hui, il faut bien le dire, les éleveurs ont toujours tendance à préférer ce qui vient de l’étranger. A leurs yeux c’est mieux que ce qui peut se faire en France : les races régionales telles le Normand, le Gris de Bourbonnais ou le Blanc de Hotot n’ont pas échappé à cette règle. En Cuniculiculture notre pays est aussi bien placé que d’autres et nos races ne sont pas moins bonnes que celles des autres. On ne peut obliger personne à élever telle ou telle race, mais les préférences devraient toujours tendre vers les races françaises sans pour autant déborder de chauvinisme.

Le standard du Brun Marron de Lorraine fut adopté par la Commission des Standards Lapins de l’Union des Juges d’Aviculture du Bas-Rhin, Haut-Rhin et Moselle dans sa séance du 19 avril 1931. Cette commission y apporta quelques modifications minimes qui ont reçu l’approbation du créateur. Puis quelques années plus tard vint la guerre et lors d’un nouveau tirage du Standard le 28 juin 1948, cette race n’y figurait plus, on la croyait éteinte. Heureusement ce ne fut pas le cas, de nombreux spécimens restaient encore dans l’élevage d’Oscar MULLER de Metz et dans bien d’autres encore. La race fut réinscrite dans la nouvelle édition parue en 1958.

Depuis le Brun Marron de Lorraine suit son bonhomme de chemin. Sans jamais avoir trop percée, son créateur a pu lors des dernières années de sa vie assister à la montée modeste mais cependant graduelle de sa race. Elle est toutefois assez élevée en Lorraine.

Le Brun Marron de Lorraine est donc un produit issu de différents croisements entre le lapin de Garenne et le Feu Noir. Sa viande est d’une excellente qualité et la fourrure bien dense : les femelles bonnes mères et laitières amènent toujours leur descendance à bon port.

Pour compléter cet historique vous trouverez ci-après la version originale du Standard établi par M. Ch. KAUFFMANN et soumît en 1925 à la Commission des Standards  de l’Union des Juges du Bas-Rhin, Haut-Rhin et Moselle pour agrément.

Standard d'origine de M. Charles KAUFFMANN
Forme :         harmonieuse, svelte, non grossière.
Poids :          3 à 4 livres au maximum (1,360 à 1,810 Kg).
Tête :             petite, anguleuse, chez le mâle à peine busquée, chez la femelle plus fine.
Oreilles :      de longueur moyenne, proportionnée à la taille, portées bien droites.
Œil :              grand, brun foncé, proéminent.
Cou :             plutôt long, pas trop fort, laissant la tête proéminente.
Ongles :       brun marron.
Queue :        de couleur pure, presque décharnée.
Fourrure :     poil court, bien fournie.
Couleur :      brun marron en toute régularité sur le dos, les flancs, le brun marron sur flancs doit descendre en bas le plus possible.
L’intérieur de l’oreille est de couleur bleuâtre ; les oreilles possèdent une marque particulièrement noire qui comprend un liseré de pointes et se continue en un liseré jaune de paille, descendant aussi bas que possible sur les bords extérieurs.
Les pattes sont de même couleur que le dos ; seul le dessous (la pose) est blanc.
La couleur du ventre doit être jaune de paille ou jaune dit sauvagine.
La couleur des poils de la bourre est bleu foncé ; elle devient ensuite brun clair pour finir en brun marron.
Les poils de la jarre sont noirs.

Disqualification :
Œil non proéminent, autre couleur que brun foncé.
Toute trace de fanon.
Couleur grisâtre.
Intérieur de l’oreille autre que bleuâtre. Manque de la marque noire aux pointes des oreilles.
Couleur de la bourre à la base autre que bleu foncé.
Ongles blancs.

Voir Règlement Général.

Échelle des points :
Fourrure, oreilles comprises …………………..….. 15 pts
Taille ………………………………………………...... 10 pts
Œil ………………………………………………..........   5 pts
Couleur uniforme ………………………………....… 30 pts
Couleur de la bourre ……………………………...... 10 pts
Fourrure (bien fournie, brillante, fine au touché) ... 25 pts
Conditions ……………………………………….........   5 pts

Image Brun Marron de Lorraine Standard 1936
Standard 1936

Commentaires à partir du Standard en vigueur

Caractéristiques essentielles à rechercher :
Petit lapin svelte, harmonieusement arrondi.

Taille réduite. Sur l’ensemble des races classées dans la catégorie des «Petites Races», le Brun Marron de Lorraine est la race la plus petite.

La ligne dorsale harmonieuse se termine par une croupe arrondie.

Poids idéal, 2 kg à 2,4 kg

Fourrure bien dense avec un poil court.

Tête petite et anguleuse, à peine busquée avec des yeux proéminents.

Oreilles relativement fines, longueur idéale entre 8,5 et 9,5 cm.

Teinte d’ensemble brun marron uniforme, descendant le plus bas possible sur les côtés.

Faible débordement des pointes noires des poils recteurs. Ce ticking visible, régulièrement réparti sur l’ensemble du corps est cependant un peu plus prononcé sur le manteau.

Couleur du ventre paille dorée.    La coloration du dessous de la queue est légèrement atténuée.

Oreilles finement bordées de noir, paraissent bleutées sur leur surface intérieure.

Iris des yeux brun foncé, ongles corne foncée.

Sous-couleur bleutée. Également  présente au ventre.

Entre-couleur « brun orangé » suffisamment étendue et intense.

Commentaires sur la teinte d’ensemble brun marron :
Ce patron de coloration appartient au modèle Agouti, patron de coloration Gris Lièvre.

Il est le résultat d’un bon équilibre, déterminé par la superposition de zones pileuses différemment pigmentées.

L’intensité et l’étendue de coloration de chacune des zones du pelage ont de l’importance.

Ainsi la chaude nuance roussâtre intermédiaire (déterminée par un brun orangé suffisamment étendue et intense) est quelque peu assombrie en surface par le faible débordement des pointes noires des poils recteurs.

Il est clair qu’une fourrure:
Courte, permet ce faible débordement.
Dense et serrée, favorise à la fois l’intensité de l’entre-couleur et la répartition uniforme des pointes noires (ticking).

Commentaires sur la coloration du ventre :
Paille dorée, c’est l’information du standard. Que c’est difficile de traduire par des mots la perception d’une couleur !!!!

Essayons d’apporter quelques précisions supplémentaires.

Paille ; nous pouvons assez bien visualiser ce jaune de tonalité atténuée.

Dorée ; d’après la définition encyclopédique «jaune cuivré de l’or».

Paille dorée peut se traduire par un jaune pâle nuancé de cuivre (rouge brun).

Dans son texte d’origine M. Ch. KAUFFMANN précise que le «ventre doit être jaune de paille ou jaune dit sauvagine» (c’est le jaune rencontré sur les renards, écureuils et fouines). Il nous apporte aussi une information importante qui doit nous aider à apprécier la teinte du ventre. Cet élément se situe au niveau du descriptif de la couleur des oreilles :
«les oreilles possèdent une marque particulièrement noire qui comprend un liseré de pointes et se continue en un liseré jaune de paille,…..».

fauts fréquemment rencontrés :
Développement musculaire insuffisant.

Tête un peu ronde.

Fourrure un peu longue.

Couleur brun marron mal exprimée, insuffisamment uniforme.

Présence de poils blancs.

Mauvaise expression de l’entre-couleur.

Reflet bleuté de l’intérieur des oreilles peu perceptible.

Couleur du ventre blanc.

Bibliographie
La Revue Avicole  mai – juin 1986
Standard  édition 2000

Le Feu Noir

Le Feu Noir       par Jacques ARNOLD       Texte original tiré du numéro spécial de la France Cuniculicole de 1973

 

Historique
Le Noir et Feu a été isolé en 1887 dans une garenne sise dans la propriété d'un gentlemen du Derbyshire, M. Cox, de Brailsford. Celui-ci avait lâché dans ses terres des lapins de différentes races. Et, d'un accouplement ou de plusieurs, naquirent des lapins « dont le poil, ainsi que l'a écrit Pierre Megnin, était exactement de la couleur de celui du Terrier Noir et Feu ». « Les variétés réunies par M. Cox étaient toutes de petite taille, avec des oreilles courtes et droites ; c'étaient les Hollandais et les Argentés de toutes nuances et aussi des lapins de garenne de couleur fauve... Les Noirs et Feu se reproduisent avec une rare fidélité, malgré tout, cependant, on rencontre parfois dans leurs portées des petits qui ont une liste en tête comme le Hollandais ; chez d'autres la couleur noire est mélangée de poils gris ou blancs qui rappellent l'Argenté ; d'autres enfin naissent complètement feu, ou plutôt fauves, tout comme les premiers lapins lâchés dans la garenne ». (Fur and Feather, 264, 1897). Telle était la situation à l'origine du petit type dit de Brailsford. Petit animal s'il en fut, très vif, de couleur noirâtre avec le dessin de l'agouti. Les lignes de séparation entre le ventre, le menton blanchâtres et le noir étaient crèmes ou gris brunâtres. La nuque, le tour des yeux, la bordure intérieure des oreilles étaient crèmes.

Apparut ensuite, le type dit de Cheltenham, nettement plus fort, moins trapu, et de caractère plus doux. Avait-il une origine différente du type de Brailsford ? Cela n'a jamais vraiment été éclairci. Ce qui semble plus sûr, c'est que les croisements d'origine furent renouvelés pour tenter d'améliorer les premiers Noir et Feu, avec en plus le Lièvre Belge qui apporta une plus grande intensité des zones crèmes brunâtres. « Lièvre Belge pour produire la couleur, lapin tout feu (ou plutôt fauve) pour assurer le type, tels sont, à mon avis les deux éléments qui, combinés ont le plus contribué au perfectionnement du Noir et Feu », ainsi s'exprime Eugène Meslay (Les races de Lapins, 1900). Inutile d'ajouter que ces croisements d'amélioration ne se faisaient pas sans déchets nombreux, du fait des disjonctions qui en résultaient inévitablement.

Plusieurs associations d'élevage virent rapidement le jour en Angleterre avec de chauds supporters. Le Black and Tan Club, créé en 1890, soutenait le petit type dit de Brailsford, en se fixant pour ligne de conduite de n'apporter aucun élément étranger, en pratiquant l'intraculture. Au contraire le British Black and Tan Club, dont les membres étaient les « Britishers » défendaient le type de Cheltenham, et étaient partisans du croisement. Il se créa assez rapidement un type moyen, qui ne devait pas dépasser néanmoins les 2,267 kgs. Bientôt, ce type moyen fut dit moderne, puis Noir et Feu tout court. Miss Williams et A. Chambers étaient ravis de cette homogénéisation, qui permettait certainement un travail de sélection beaucoup plus fructueux.

Eugène Meslay, qui avait été vite séduit par le Noir et Feu importa son premier couple en 1893. Il exposa à Caen, en 1894, puis à Paris. En janvier 1895, soumis à l'appréciation de Louis Van der Snickt, ces animaux furent qualifiés par le Directeur de « Chasse et Pêche » de perle de l'exposition. E. Meslay était tellement fier de son importation qu'il se qualifia lui même, le « premier importateur de Noir et Feu en France ». Dans son enthousiasme, il n'hésita pas à dire qu'il avait exporté des Noir et Feu dans toute l'Europe ! Cette race fut, en fait, la race de prédilection de l'Empereur des lapins, et la remarquable vulgarisation qu'il fit à son intention au début du siècle dans ses ouvrages et les revues spécialisées reste un modèle qui mérite toujours les plus grands éloges.

Le Noir et Feu pénétra en Allemagne en 1896, et en Hollande à peu près à la même époque. Dans ces deux pays, des Clubs spéciaux se constituèrent qui contribuè­rent à propulser l'élevage de la race.

Citons parmi les grands amateurs Anglais de Noir et Feu; Miss Williams, dont le livre « The Black and Tan Rabbit » fut traduit en Français par Eugène Meslay dans sa première édition, E.P. Goodyear, T.H. Furness de Chesterfield, qui avait procuré le premier couple à l'Em­pereur des lapins, T.G. Barrow, W.T. Walton, et A. Chambers.

Quelques années, après l'apparition de la race et alors que le type moyen l'emportait, le type et la couleur furent les grandes préoccupations des éleveurs. Le « shape dutch », c'est-à-dire le type du Hollandais, court et ramassé fut prôné. La teinte feu fit l'objet d'une attention toute particulière, et il y avait fort à faire pour sinon l'améliorer du moins l'obtenir. Allier ces deux qualités chez un animal n'était pas non plus chose aisée. J.J. Lemarié qui vécut cette période de perfectionnement en France, m'en a souvent parlé. Elle me décrivait toutes les variations qui existaient dans le type, dans la couleur feu qui allait du crème au jaune sale, et aussi dans la teinte noire souvent brun noirâtre, avec éventuellement beaucoup de poils blancs. « Qu'est-ce qu'un Noir et Feu qui ne possède pas ces deux qualités essentielles : Type et couleur » écrivait déjà en 1898. A. Chambers dans Fur and Feather. En ce qui concerne les parties dites feu, s'il semble que le triangle et les oreilles s'améliorèrent régulièrement, la couleur des pattes s'obtint plus difficilement.

Enfin, le ventre et le dessous du menton étaient encore blancs en France en 1910. Mais Meslay remarquait déjà à cette époque : « Il est très difficile d'obtenir une couleur feu très brillante sans que le ventre présente une nuance orange plus ou moins accentuée ». Dans sa séance du 15 janvier 1913, le Comité du Club des Eleveurs de La­pins, en France, adopte le standard du Noir et Feu. La robe ne se compose plus cette fois que de deux couleurs : Le Noir et le Feu. La commission des standards de la Société Française de Cuniculture accepta le standard du Noir et Feu, le 20 décembre 1920.

En dehors de sa patrie natale, le Noir et Feu est élevé en Hollande, en Allemagne, en Suisse, et dans nos provinces de l'Est, avec succès. Si à Stuttgart en 1970, il y avait plus de 800 Noir et Feu, à Bois le Duc en 1973, la race était représentée par près de 250 sujets, et à Zurich de la même année, 300 mâles étaient présents, sans parler de l'exposition européenne. Ces chiffres ne tiennent pas compte des autres variétés : Brun et Feu, Bleu et Feu.

 

Caractères de race
La forme doit être courte, assez ramassée et harmonieusement arrondie de partout. L'ensemble de l'animal est bien soudé. A.S. Howden, dans son très utile ouvrage sur le Noir et Feu fait remarquer qu'une forme correcte et une fourrure adéquate font beaucoup pour bien extérioriser l'apparence souhaitée. Déjà Eugène Meslay écrivait en 1910 : « Le type n'est pas moins important que la couleur ». Attention aux animaux trop grands, décousus, trop minces.

La taille doit rester celle d'une petite race. Le standard Anglais demande 4,5 livres. Notre poids idéal de 2,5 kgs est très largement suffisant, et celui des Suisses compris entre 2,8 et 3,1 kgs est trop fort ! Cette tendance à grossir les petites races actuellement dans beaucoup de pays est vraiment néfaste. On déséquilibre ainsi tout un ensemble racial, en créant dans les élevages des perturbations injustifiées. La tête courte, et forte est très marquée chez le mâle. Attention aux têtes de brochet.

Les oreilles courtes, portées bien droites et serrées l'une contre l'autre sont bien velues.

Les pattes doivent être robustes et bien d'aplomb.

La fourrure est caractérisée par son extrême brillance dans toutes les zones noires. On croirait que l'animal est vernissé. Elle est assez courte et bien collée au corps. Si les poils de jarre et de soutien doivent se manifester suffisamment pour affermir le lustre du pelage, la bourre doit être épaisse. Attention aux fourrures mièvres néfastes pour l'extériorisation des teintes et plus spécialement du feu.

Le noir doit être vif et profond, approchant de la racine du poil aussi près que possible. La sous-couleur est d'une riche nuance bleutée sans reflets brunâtres. Le bronzage dans le noir est à proscrire au même titre que les poils blancs.

Le feu se rapproche du roux et de l'acajou. C'est dire que l'intensité de la teinte est recherchée au maxi­mum. Mais, ainsi qu'il est écrit dans le standard, « l'éclat du feu a encore une plus grande importance que sa tonalité réelle ». En fait, comme le souligne A.S. Howden, la nuance acajou peut très bien être éteinte, et pour le spécialiste anglais, elle l'est même généralement. Quelle que soit la nuance, le feu doit non seulement être éclatant, mais pur et exempt de toutes traces de suie, s'étendant profondément à l'intérieur du pelage dans toutes les zones qu'il occupe y compris sur toute la poitrine.

La nuance feu est uniforme du menton à la queue, selon les Anglais. Cela n'est pas toujours vrai pour la queue, qui est souvent plus pâle, même chez de bons animaux. Par contre, et contrairement à ce qui est indiqué dans le standard Suisse, les lignes des entre-cuisses ne doivent pas se détacher de la couleur du ventre, l'uniformité demandée sur tout le dessous du tronc traduit l'intensité du feu, alors que l'extériorisation de la couleur des entre-cuisses signifie souvent que la teinte du ventre est trop pâle. A.S. Howden a le mot de la fin en demandant un feu d'une richesse telle qu'on peut presque allumer une cigarette avec ! Après cela, les défauts paraissent évidents : feu trop pâle en tout ou en partie ; d'une insuffisante pureté ; pas assez profond pas assez uniforme. Feu mal délimité ou débordant dans des zones noires.

Voyons maintenant plus précisément comment doivent se répartir les surfaces feu. Le triangle de la nuque doit bien se détacher, et se voir, tout au moins partiellement, quand le lapin a la tête haute. Déjà en 1910, Meslay le situait comme une « marque éclatante de feu luisante comme l'or » ! la forme idéale pour les Anglais est le triangle équilatéral. Les défauts rencontrés le plus souvent sont : trop petite taille ; forme trop pointue ou trop aplatie ; bordure mal délimitée ; tonalité impure. nébuleuse ou trop pâle ; débordement du feu dans le noir.

Les oreilles sont d'un noir jais à l'extérieur, bordées d'un riche feu qui « veloute délicatement l'intérieur des oreilles », comme se plaisait à l'écrire E. Meslay. Si la totalité de l'intérieur de l'oreille est feu c'est mieux ainsi, selon Howden. Cela suppose d'abord que les oreilles soient bien fourrées, aussi bien pour éviter les zones glabres extérieures dans le noir que des bordures de teinte indécise ou même l'intérieur sans feu. Une fois cela admis, la tonalité des teintes entre en jeu. Et, c'est tout aussi vrai pour les taches en forme de pois à la base des oreilles. Bien souvent, celles-ci ne se détachent pas convenablement, par manque de fourrure. Elles sont souhaitées très apparentes. En dehors du manque de pelage, les défauts courants sont le bronzage dans le noir des oreilles, ainsi que les poils blancs.

Le feu descend de chaque côté de la base du triangle pour se confondre avec le feu de la poitrine, le long de la bordure inférieure des joues. Cette zone doit être d'une riche tonalité et bien délimitée. Les yeux sont également cerclés de feu, ainsi que les narines. Celles-ci sont souvent mal délimitées. C'est le débordement du feu dans le noir sur le nez qui entraîne des nez cuivrés ou sales (dirty nose). C'est une tendance qui s'accentue avec l'âge chez les animaux de riche tonalité feu. En règle générale, l'animal âgé que l'on n'expose plus possède ce débordement de feu aux narines ; dans le cas contraire, cela traduit souvent un feu amoindri, qui transparaît dans la poitrine nébuleuse. Mais l'animal d'exposition doit avoir le feu des narines bien délimité. Ce n'est pas le cas en Suisse actuellement.

La poitrine doit être d'un feu vif sur une surface presque carrée qui rejoint le ventre. La forme triangulaire dans un sens ou dans l'autre est à rejeter. Attention, également à l'interruption du feu vers le menton. C'est une faute énorme que d'avoir une ligne de séparation grisâtre, voire noire. La poitrine doit faire la jonction feu entre le menton et le ventre, dans une bande assez large et bien délimitée. Le feu de cette région doit être profond, ce qui suppose aussi une bonne épaisseur de fourrure. Plus la poitrine se maintient dans cet état souhaité chez des sujets âgés, mieux cela est.

Les pattes postérieures sont sur la face extérieure, des bouts des pattes aux cuisses, noires, alors que les doigts des pattes et la face inférieure sont feu. La séparation entre le noir et le feu doit suivre une ligne droite ininterrompue. Là encore pour que le feu se détache, il convient que la patte soit bien fourrée. L'intensité de la teinte intervient ensuite. Attention aux interpénétrations de teintes, qui vont du bronzage dans le noir aux taches ou barres noirâtres dans le feu. La dentelure dans la ligne de séparation ne peut être appréciée, qu'à la condition que tous les poils aient été bien distribués dans le même sens. Autrement, il est toujours facile de créer artificiellement une ligne de séparation déchiquetée.

Les pattes antérieures doivent être noires sur leur face extérieure de présentation, alors que la partie intérieure et les doigts de pieds sont feu. Là aussi les teintes doivent être bien tranchées, et spécialement le partie noire doit être exempte de bronzage.

Le feu qui envahit le ventre uniformément et intensivement doit laisser apparaître depuis les pattes antérieures jusqu'à l'intérieur des cuisses une bande nette­ment visible délimitant distinctement la couleur du ven­tre de celle du manteau, l'animal vu de profil. Ici aussi, avant de parler d'intensité de feu, il convient de rechercher l'épaisseur de la fourrure sous le dessous du corps. Ce n'est que dans ces conditions que le feu se détache convenablement dans toute sa pureté de teinte. La tonalité chaude et intense doit suivre ensuite grâce à la sélection bien conduite.

Les longs poils feu qui parsèment les côtés et parties latérales de l'arrière train doivent être disposés régulièrement, mais ne jamais atteindre la zone dorsale. En fait, il n'y a pas de problèmes de ce côté, alors que chez le noir argenté (silverfox) les poils blancs que l'on trouve sur le dos sont dus à l'argenture, ce qui est fondamentalement différent, et une grave faute chez cette race. Le Noir et Feu pécherait plutôt par une insuffisance de ces longs poils feu, ce qui est un défaut.

Concilier tous ces impératifs de teinte chez le même animal est presque une gageure, car, selon l'expression de F.Schaedtler, c'est toujours la lutte entre le noir et le feu. Ainsi, voir ensemble des narines bien délimitées, une poitri­ne pleinement feu et des pattes antérieures bien noires dans leur face de présentation, est certes une joie à contempler, ainsi que l'écrit Howden, mais réclame une sélection particulièrement rigoureuse. Selon les pays, certains caractères sont plus ou moins perfectionnés, du reste. Les Hollandais ont travaillé particulièrement la couleur, et c'est dans ce pays que j'ai vu le meilleur feu. Ceci est tellement vrai qu'après la deuxième guerre mondiale, les Anglais, pourtant grands spécialistes de la race, ont importé des animaux venant de Hollande. Ce fut une révélation pour les fanciers qui se ruèrent pour les introduire dans leur clapier. Par, contre, le type est beaucoup moins travaillé aux Pays-Bas qu'en Suisse, par exemple, où les Noir et Feu sont particulièrement bien conformés, quoique un peu lourds, et moins bien teintés.

La couleur définitive de l'animal ne se manifeste pas immédiatement dans le jeune âge. Les parties noires, notamment, ne sont pas nettes, mais barbouillées. L'intensité du feu varie aussi pour n'atteindre sa plénitude qu'à partir de l'âge adulte. Le développement progressif varie d'un individu à l'autre. L'épuration des teintes marche généralement de pair avec les mues successives lors de la croissance. « Soyons patients et attendons l'oeuvre de la mue avant de trier » écrivait déjà Meslay au début de ce siècle. En fait, l'éleveur spécialiste qui suit régulièrement l'évolution de ses lapereaux a des points de repaire qui ne le trompent pas. Il en est ainsi pour presque toutes les races, qu'il faut apprendre à élever !

Citons très rapidement pour terminer les autres variétés répandues de ce lapin. Le Havane ou chocolat d'une riche tonalité. Le Bleu dit « médium » chez lequel on recherche également une richesse du bleu plus qu'une tonalité déterminée. Souvent, comme pour toutes les teintes diluées le feu d'un Bleu est nettement moins soutenu que chez un Noir.

Le Feu Noir Meslay

Le Lapin Noir et Feu Extrait de : "Les races de lapins" par Eugène MESLAY, Avocat, 1900.

Noms:  Lapin noir et feu, lapin du Derbyshire

Introduction en France
Dans son traité, " élevage pratique du lapin domestique", paru en 1892, M René B. d' Haute -Claire, citant M. MEGNIN, signale le Noir et Feu " cultivé en Angleterre, où il jouit de la faveur des amateurs. Ce lapin est évidemment proche parent du Hollandais, car ses couleurs sont distribuées de la même manière, mais la couleur feu remplace le blanc." En 1893, le directeur de l'Éleveur, corrigeant l'erreur qu'il avait précédemment commise et qu'avait reproduite M. d 'HAUTE-ClLAIRE, donne une nouvelle description des Noir et Feu et leur consacre une courte notice, mais sincèrement forte incomplète.

Les ouvrages de Madame de BOISLANDRY et de Monsieur de FOULCAUT ignorent complètement les Noir et Feu. De fait, si, d'après des traductions anglaises plus ou moins exactes, il avait été connu de l'Éleveur et de Monsieur d'HAUTE-CLAIRE, le "black and tan" n'avait point encore été introduit en France. Nous nous souvenons, en effet, que dans le but de nous procurer un couple de ces lapins, nous fîmes paraître dans les journaux spéciaux de fréquentes annonces et adressâmes maintes demandes aux éleveurs les plus réputés; mais nos recherches demeurèrent infructueuses; aucunes propositions d'achat ne nous parvînt et même les cuniculteurs nous répondirent qu'ils ne connaissaient pas ', l'animal", que nous voulions acquérir. Nous dûmes donc le faire venir directement de son pays d'origine, et ce fut un des amateurs les plus distingué d'Angleterre, Monsieur T. H. FURNESS, de Chesterfield (Derbyshire) qui nous nous procura notre premier couple. Cette fois, le Noir et Feu pénétrait réellement chez nous; aussi, sans trop élever de prétentions, nous croyons pouvoir nous dire le premier importateur en France de cette nouvelle variété. Ce fut au concours agricole général de Caen, 26 mai - 3 juin 1894, que pour la première fois nous exposâmes un couple de Noir et Feu-, ils ne furent point récompensés; il est vrai, mais la revue avicole les signala comme "nouveauté".

A la 3e Exposition Internationale de la Société Nationale d'Aviculture de France (8-11 novembre 1894) un mâle et une femelle, présentés dans la classe "Communs" obtinrent deux prix supplémentaires, et la Revue avicole disait : "parmi les nombreux sujets exposés, on en remarquait qui n'ont pas du encore, nous semble-t-il, paraître dans les expositions. Je citerai deux lots de lapins Noir et Feu (mâle et femelle), curieux et forts originaux, par les dispositions de couleur de leur robe, mais dont l'origine n'est pas encore bien définie. Ils paraissent par leur forme, leur attitude et leur grosseur, être des lapins de garenne étrangers ou procéder du lapin de garenne. A la Société des Aviculteurs du Nord, 3e Exposition Internationale, (26 - 28 Janvier 1895) , nous avions la satisfaction de nous voir décerner un prix d'honneur et deux premiers prix, et voici comment Chasse et pêche, sous la signature de son directeur, appréciait les Noir et Feu : "Nous avons passé les lapins ; cette section a trop d'importance à Lille pour que nous la traitions séparément. Signalons cependant les Noir et Feu de M MESLAY... Dans les autres races non mentionnées, nous trouvons, ou plutôt saut aux yeux la perle de l'Exposition, section des quadrupèdes : un mâle et une femelle Noir et Feu, le " black and tan " des lapins, exposés par M Eugène MESLAY, château de Sourdeval-la-Barre (Manche). C'est très distingué aussi nous sommes nous empressé de décerner un premier prix à chacun d'eux et le prix d'honneur à la femelle dont les marques de feu plus brunes tranchent davantage sur la robe noir jais. C'est après le brabançon nain (dutch rabbit) la dernière nouveauté d'Angleterre sur le continent. Dans le tas de lettres auxquelles nous n'avons pas encore trouvé le temps de répondre, doit s'en trouver une d'un propriétaire nos voisins qui demandent notre avis sur un croisement de lapin de garenne et de lapin de argenté pour être lâché dans ses chasses. Des éleveurs nous affirmé que cette combinaison ne donne rien de spéciale. Mais le "Noir et Feu" est tout trouvé. Celui ci serait une variété venue spontanément chez. des lapins sauvages sur une propriété en Angleterre. Rien ne serait plus distingué pour un propriétaire de chasse que de pouvoir, le premier, donner à ses invités l'occasion de se procurer, à coups de fusil, une doublure de pelisse de haute nouveauté."
(Chasse et Pêche,
3 février 1895)

Le mentor agricole trouvait les Noir et Feu de charmants petits lapins. Le type en est bien fixé et se reproduit fidèlement (24 février 1895). De son coté, la Revue Avicole disait : "Il avait une lot qui faisait l'admiration des visiteurs, le lapin Noir et Feu ; il est à peu près de même grosseur qu'un gros lapin Russe mais reproduiront-ils comme eux ?', ( 3 février 1895). Et L'Éleveur ajoutait : "Dans cette classe nous remarquons les jolis "black and tan", nouveauté créée par les Anglais." (17 mars 1895)

Tel fut l'accueil fait par la presse au lapin Noir et Feu à son arrivée en France. De là, il gagnait la Belgique, Exposition de Liège, 13-15 juillet 1895. ( ... ) Successivement présenté à Gand, à Bruxelles, etc, exporté par nous en Hollande, en Suisse, en Italie, en Allemagne, en Espagne, en Roumanie, etc., partout il était reçu avec un enthousiasme sans cesse grandissant. La race nouvelle se répandait bientôt partout et devenait même une des plus populaires. Après avoir introduit le Noir et Feu il fallait, succès oblige, le faire connaître ; aussi en 1896, nous plubliâmes dans ce but, la traduction d'une étude de Madame Marie WILLIAMS, dont l'autorité en matière d'élevage de Noir et Feu est incontestée en Angleterre : The black and tan rabbit, by Mrs Mary WILLIAMS (extrait du Bazaar, 17 décembre 1894-18 février 1895). Depuis, dans le Fur and Feather, Madame Williams a publié une seconde étude quelque peu différente de celle du Bazaar. Le Fur and Feather au cour de ces dernières années, a donné de nombreux articles émanant des principaux amateurs de Noir et Feu : Messieurs E. P. GOODYAER (30 juillet 1896); T. H. FURNESS (13 février 1896) ; T. G. BARROW (3 décembre 1896) ; WILSON (24 décembre 1896) ; W. T. WALTON, Président du British Black and Tan rabbit club (31 décembre 1896) ; A. ChAMBERS (Black and Tan, how to breed, feed and exhibit, 11 -25 février 1897).

C'est à l'aide de ces documents auxquels nous joindrons nos remarques personnelles, résultat d'un élevage continu de plus de 6 années, que nous essaierons de décrire le Noir et Feu.

Origine
C'est de 1887 que date la création de la race du lapin Noir et Feu. Dans une ancienne maison du Derbyshire et dans une garenne de lapins Argentés à demi-sauvages, le hasard fit naître un lapin dont le poils était exactement de la couleur de celui du terrier Noir et Feu... (M MEGNIN, Le Lapin, p 45)

La seule espèce de lapin Noir et Feu connue il y 4 ou 5 ans était le petit type qui pris naissance sur la propriété de M COX, de Brailsford près Derby. Il y a une dizaine d'années (1887), ce gentleman, à titre d'essai lâcha une grand nombre de lapin de différentes races sur ses domaines, et, d'un croisement inconnu, dont l'un des facteurs fut, selon toute probabilité, un lapin sauvage, naquirent les premiers Noir et Feu.

Lorsque je commençai l'élevage de ces lapins, c'étaient des animaux assurément peu intéressant, et cependant depuis 5 ans déjà, on essayait de les améliorer en les faisant reproduire directement entre eux et en les croisant avec des lapins sauvages en captivité. La couleur noire de la robe était bonne, le lapin, un joli petit animal bien éveillé, mais la nuance feu était aspect vraiment déconcertant ; les marques existaient bien autour des yeux , sur les bords de la mâchoire inférieure, derrière les oreilles en forme de V ou triangle, sur les pattes de derrière, sur la poitrine, elles étaient plutôt crème ou gris brun que réellement couleur feu.

Après la découverte des petits types, d'habiles éleveurs de Cheltenham et des environs se réunirent et se communiquèrent leurs observations. Après entente préalable, ils résolurent, à titre d'expérience, de croiser les Noir et Feu avec d'autres variétés, persuader qu'ils arriveraient à perfectionner ainsi la race. Ce ne fut pas l'œuvre d'un jour, et comment même cette amélioration fut elle obtenue, on ne l'a jamais su très exactement : il y a eu à ce sujet force discussions. Il suffit de dire qu'un lapin nouveau, puissant rival du petit type, fut produit il attira aussitôt l'attention des amateurs, car il possédait les conditions qu'ils recherchaient : il était doux, tranquille, familier, excellent pour la table, orné enfin, à un degrés bien supérieur, de toutes les qualités maîtresses du lapin Noir et Feu originaire...

Il résulte bien de ces textes, de Madame Williams que, pour elle, le type connu tout d'abords fut le petit type, issus en 1887, chez M. COX, de Brailsford ; que ce ne fut qu'après sa découverte et par son alliance avec d'autres variétés qu'apparut le grand type de Cheltenham ; qu'en conséquence, ce second type ne fut qu'une amélioration, un perfectionnement du premier. Cette opinion de Madame WILLIAMS, nous paraît confirmée par M A. Chambers : " j'avoue être mal renseigné sur l'origine du Noir et Feu, mais si j'en crois tout ce qui a été écrit à ce sujet, ils seraient provenus d'une variété sauvage portant le même nom mais il n'y a que peu d'années qu'ils sont tels que nous les voyons aux expositions". N'est-il pas évident que la variété sauvage est le type primitif de Brailsford, et les spécimen d'expositions, le type amélioré de Cheltenham ?

Dans sa seconde étude, Madame WILLIAMS est beaucoup moins affirmative l'origine du Noir et Feu est, dit-elle, restée fort obscure malgré les nombreuses discussions auxquelles elle a donné lieu. Ce qui est certain, c'est que, dès le début, cette race compris deux types: (et notons que Madame WILLIAMS, renversant l'ordre chronologique par elle précédemment adopté, le cite le premier) l'un, le grand type, pris naissance à ou près de Cheltenham, et provenait de lapins domestiques ; l'autre, le petit type, fût découvert à Brailsford et comptait parmi ses auteurs le lapin de garenne. (Mme Williams, 2ème Edition)

Que le petit type descende du garenne, rien ne paraît plus certain: le caractère sauvage et timide des petits Noir et Feu en est bien la preuve, mais vouloir faire dériver nos modernes Noir et Feu d'une telle source, leur accorder même une telle parenté, serait assurément commettre une erreur. ( Fur and Feather 1897)

Faut-il conclure que le petit n'aurait pas servi à la création du grand, que l'un et l'autre auraient eu une origine indépendante, distincte, quoique pour ainsi dire simultanée ?

Écoutons encore Chasse et Pêche : " le dernier lapin à la mode est le Noir et Feu... En Angleterre, il s'en trouve déjà des petits, des moyens et des grands. Il n'y a pas encore été parlé des géants, mais tout arrive...

Est-ce à dire que le lapin Noir et Feu n'est pas existé avant les dix dernières années, n'y ailleurs qu'en Angleterre ? Les Noir et Feu et les Bleu et Feu n'avaient pas encore été remarqués ni mis à la mode en Angleterre, mais ils ont existé depuis longtemps chez nous, et la preuve, c'est qu'aux expositions, de Gand et de Bruxelles, nous avons décerné un premier prix à un lapin géant bleu marqué de feu inscrit dans la classe des bleu zain. Mâle, 1782, à Monsieur EVERAERTE ". (Chasse et Pêche 1895-96)

Glissons sur ces opinions, mais concluons avec Madame WILLIAMS : "Qu'elle qu'ait été son origine, il devint bientôt certain que le "black and tan" n'était pas une variété passagère, accidentelle, mais qu'elle était fixe et capable de se reproduire avec fidélité. "Il n'est pas douteux que le lapin de garenne n'est servi à la création du lapin Noir et Feu petit type.(...Si nous possédons un des élément du croisement, quel fut l'autre ?)

Dans une garenne de lapins "argentés" à demi-sauvages, le hasard fit naître un lapin dont le poils était exactement de la couleur de celui du terrier Noir et Feu. On s'empressa d'en tirer souche et, par la sélection, de créer une race, ce à quoi on parvient facilement mais comme dans sa descendance, il se trouva des sujets dont la tête était marquée comme celle du lapin "hollandais", il est permis de croire que celui ci en est un parent éloigné. ( M MEGNIN)

Les variétés de M. COX étaient toutes de petites tailles avec des oreilles courtes et droites c'était les "hollandais" et les "argentés" de toute nuance et aussi des lapins de garenne de couleur fauve... Les Noir et Feu se reproduisent avec une rare fidélité, malgré tout, cependant, on rencontre parfois dans leur portée des petits qui ont une liste en tête comme le "hollandais" ; chez d'autres, la couleur noire est mélangée de poils gris ou blancs qui rappellent "l'argenté" ; d'autres enfin naissent complètement feu ou plutôt fauves, tout comme les premiers lapins lâchés dans la garenne. ( F. and F. 1897)

Donc, le lapin de garenne, le Hollandais et l'Argenté auraient servi à la production du Noir et Feu.

Envisageons maintenant le type de Cheltenham et considérons le seulement comme un perfectionnement du type de Brailsford. Quels seront les procédés d'amélioration ?

Les expériences sont nombreuses; on appelle d'abord le Hollandais et l'Argenté eux mêmes

1) le Hollandais. ils essayèrent de trouver le croisement au moyen duquel ils pourraient améliorer cette race, et voulant montrer les résultats que donnait l'alliance du petit type avec le Hollandais formèrent le B. and T. R. C." (Madame WILLIAMS 2e étude)

On croisa le Noir et Feu avec le Hollandais, particulièrement avec les variétés fauves, jaunes, écaille de tortue.
( F. and F. 1897)

2) L'Argenté. " fauves, bruns et gris furent essayés; le type devenait meilleur, le feu plus brillant, mais la couleur noire était à tout jamais perdue, car elle se parsemait de poils blancs qui, malgré des croisements et des recroisements répétés avec le type primitif, se refusaient à disparaître. (F. and F).

Puis on a recours:

3) Au belgian Hare ici, le gain est sérieux, car la couleur feu devient excellente... Le feu est intense, abondant, trop même, car il envahit la couleur noire. Mais pas de gain sans perte: le type est modifié, les formes deviennent longues, le poids exagéré, les oreilles démesurées. (F. and F.)

4) Au lapin tout feu, et par là nous entendons parler de ce lapin de couleur fauve que l'on rencontre parfois dans les nichées de Noir et Feu...

Contrairement à une opinion trop répandue, ils n'augmente pas la couleur feu, mais il perfectionne le type et lui donne des formes ramassées, trapues, un poids moyen et des oreilles courtes.

Lièvre belge pour produire la couleur, lapin tout feu pour assurer le type, tels sont, à mon avis, les deux éléments qui, combinés, ont le plus contribué au perfectionnement du Noir et Feu.

Les Clubs
En Angleterre "deux clubs se sont fondés pour veiller à la propagation et à l'amélioration des Noirs et Feu : le Black and Tan, d'abord connu sous le nom de Club National et le British Black and Tan Club." (Mme Williams, 3) Le premier, dont la création remonte à 1890, se forme tout d'abord pour favoriser exclusivement le développement du type Brailsford : Il préconise l'élevage en consanguinité, l'in and l'in breeding, et prohibe le croisement du petit Noir et Feu avec d'autres races.

Ce programme assez exclusif est bientôt modifié. En présence des résultats obtenus par le B. B. and T. R. C., il s'occupe aussi du type de Cheltenham et admet un nouveau type de Noir et Feu qu'il appelle grand, sans doute pour n'être point entièrement d'accord avec son rival. Pour lui, le moyen type n'existe pas ou, tout au moins, il rejette cette dénomination." ( Mme WILLIAMS, p.4) Cette atteinte portée au but primitif qu'il s'était tracé ne paraît pas avoir été profitable au Club national. La concorde ne semble pas régner dans son sein, les discussions éclatent, les membres désertent et gagnent le camp opposé, le club s'affaiblit, se meurt et bientôt n'existe plus qu'à l'état de souvenir. Avec lui disparaît le grand type, et si le petit subsiste encore il n'aura bientôt plus aux expositions aucune chance de succès. Le second, le British Black and Tan Club, est formé par les partisans du type de Cheltenham : à l'encontre du Club national, ses membres, the Britishers, conseillent le croisement des Noir et Feu avec d'autres variétés, convaincus qu'ils parviendront ainsi à perfectionner la race et ils arrivent ainsi à créer un type intermédiaire qu'ils qualifient de "moyen". L'histoire de ces clubs peut ne présenter pour nous qu'un médiocre intérêt, mais il n'en était pas de même en Angleterre. ".... La question des deux clubs est quelque peu compliquée, mais il est inutile qu'un amateur s'occupe de l'élevage des Noirs et Feu et les envoie aux expositions, s'il ne connaît les règlements qu'on lui impose et les exigences auxquelles il doit satisfaire ; autrement, c'est en vain qu'il exposa des sujets, fussent-ils même de premier choix, il n'obtiendra aucune récompense, pas même de mention." (Mme Williams, p.4)

En effet, nous avons été amené à reconnaître trois types, le petit, le moyen et le grand, la différence principale consistait dans le poids : un sujet moyen ne devait jamais excéder cinq livres (2 kil. 267) ; le lapin était-il d'un poids supérieur, il devenait grand type. Quand au petit, il devait peser le moins possible ; il différait, d'ailleurs, des deux autres, ainsi que nous le verrons dans le cours de cette étude, par des caractères moraux absolument tranchés. Ceci dit, il est bien évidement qu'il est inutile de présenter un type moyen aux expositions régies par le Club national, puisque ce club ne reconnaissait que les petits et les grands Noir et Feu, et, réciproquement, petits et grands étaient assurés d'un échec s'ils osaient se présenter dans la classe ouverte par le B.B. & T R. C. qui n'admettait que le type moyen.

Mais le temps marche: Au fur et à mesure que le Club national s'affaiblit et voit le nombre de ses membres décroître, le British Black and Tan Club se fortifie et ses affiliés deviennent de plus en plus nombreux. En même temps, les types divers de Noir et Feu suivent les phases d'insuccès ou de succès des clubs qui ont adoptés : partant, le petit et le grand type se voient rapidement retirer leur crédit, alors que le moyen conserve seul la confiance des amateurs. Moyen type, bientôt même la qualification de "moyen" disparaît et est remplacée par l'appellation nouvelle de "moderne", Black and Tan, puis "moderne" même est supprimé : le lapin de nos jours se nomme tout simplement le Noir et Feu, tant le souvenir des petits et des grands est effacé ! Cette suppression des divers types était déjà désirée par Mme Williams. " En général, on attache beaucoup trop d'importance à la différence qui existe entre les types, au moins entre moyens et grands ; suivant mon humble opinion, plus tôt la question de poids sera écartée, plus l'élevage des Noirs et Feu en retirera de profit .......... Ce désir est réalisé : " Vous rappelez-vous les jours où les Noirs et Feu se divisaient en trois types et comment, pour me servir d'un terme sportif, le type moyen gagna tout juste d'une tête ; vous ne souhaitez pas, je l'espère, que ce temps revienne et que de nouveaux conflits surgissent ..." ( A. Chambers.(F. F. 1895, 15 décembre ).

A l'heure présente, il n'existe donc au moins comme sujet d'exposition que seul le "Noir et Feu" dont nous allons donner la description.

Caractères extérieurs
Apparence générale: Si nous examinons le standard adopté par le B.B. and T.C. , nous lisons: shape dutch; la forme, la conformation du noir et feu doit être exactement celle du lapin hollandais. M. CHAMBERS écrit le 15 décembre 1898 aux éleveurs anglais:

" Le Noir et Feu est la variété la plus nouvelle ; elle est aussi, je ne crains pas de le dire, la plus répandue... déjà, à la plupart des expositions, des classes spéciales lui sont ouvertes, mais quand elle concourt encore dans la classe "variétés diverses" elle remporte sur ses concurrents presque toujours les récompenses... mais quels progrès n'avons-nous pas accomplis ? Avec quels pas de géants n'avons-nous pas marché dans la voie de la perfection ? Où sont les Noir et Feu si pauvrement colorés des premiers jours ? disparus, disparus à tout jamais... Mais si nous avons triomphé, sachons du moins conserver nos conquêtes... l'ennemi est là qui nous guette, le péril menace...

Mais quittons ce langage imagé et abordons franchement le sujet.

Nous voulons parler du type, c'est à dire de la forme du Noir et Feu. Quel a été ces dernières années le but principal des éleveurs ? L'obtention de la couleur feu assurément, et ils l'ont obtenue; comment ? Par le croisement avec le Belgian hare; mais qu'en est-il résulté Le type a été transformé: insensiblement, le poids est devenu plus grand, les formes plus longues, les oreilles se sont accrues... Les sujets dont la couleur feu est la plus brillante n'ont-ils pas absolument la conformation des Belgian hare. Mais oui ou non avons-nous un standard ? Dit-il belgian hare shape ? Non assurément, mais bien dutch shape . Exigeons donc que le Noir et Feu ait les formes du hollandais, c'est à dire qu'il soit trapu, court et que son poids n'excède pas 4.5 livres.

J'ai reçu tout récemment une lettre d'un amateur bien connu: "je préfère, m'écrivait-il, le type à la couleur". C'est possible, mon ami, mais il nous faut l'un et l'autre, car qu'est-ce qu'un noir et feu qui ne possède pas ces deux qualités essentielles, type et couleur ? Ah ils sont rares les éleveurs qui produisent de tels sujets, mais ceux qui les créent méritent bien qu'on leur dise.

Tête, cou: De dimensions moyennes, un peu longues, mais ne pas prendre à la lettre la phrase de M. MEGNIN :" les éleveurs semblent lui avoir allongé le cou et la tête d'une façon remarquable..."

Oreilles: Plus elles sont courtes plus le sujet a de valeur.

Œil: Plein, iris brun foncé, regard doux, paisible.

Fanon: "Les femelles sont sujettes, après leur seconde portée à développer un fanon, qui tout en les rendant inaptes aux expositions ne les empêchent cependant pas d'être utiles au clapier." (Mme WILLIAMS)

Poil: Court, résistant.

Poids: "Le Noir et Feu ne doit pas peser plus de cinq livres (2,267 kg) Mme WILLIAMS, même beaucoup moins si cela est possible. 4.5 livres (2.050 kg) tel est le poids indiqué par M CHAMBERS, 4.5 à 5 livres pour M. GOODYAER, mais tous les éleveurs sont d'accord pour disqualifier un sujet qui aurait dépassé le maximum de 5 livres.

Couleur: Le lapin noir et feu a le dos noir à reflets brillants; la même couleur couvre la face, le dessus de la tête et les oreilles, derrière lesquelles sur le cou, apparaît une marque éclatante de feu, luisante comme l'or: le triangle; le ventre a la blancheur de la neige; sur les flancs, les couleurs se marient doucement, s'estompent et se fondent en une bordure de feu. Un feu ardent illumine la poitrine, colore le bord des joues, cercle les yeux comme d'un large halo, éclaire les narines et veloute délicatement l'intérieur des oreilles. Les pattes de devant sont de couleur noire, mélangée de poils feu; celles de derrière sont comme chez le lièvre belge, feu vif sur le dessus, lignées de noir sur les côtés; la queue, à sa partie inférieure est blanche, le dessous des cuisses est nuancé de feu.

Toutes ces marques doivent être très brillantes et nettement définies. M. CHAMBERS écrit le 24 février 1898:
" Nous avons fait des progrès sensibles dans l'obtention de la couleur feu. Aujourd'hui les marques du triangle, des narines, du tour des yeux, des oreilles sont excellentes; les côtés sont mieux nuancés, le feu de la poitrine, plus intense, s'étend graduellement , monte et gagne le menton; la couleur des pattes s'obtient toujours difficilement; seule la bordure qui règne le long des joues reste défectueuse, elle est plutôt grise que feu..."

Quant à la couleur noire, elle doit être irréprochable de pureté, mais il arrive fréquemment qu'elle soit mélangée de poils feu sur la face et surtout sur le dos du lapin. Le sujet est alors dit, "brindling" qui a soulevé tant de controverses !

Le 17 novembre 1896, les membres du club anglais se réunissaient en Assemblée Générale sous la présidence de son vice-président: une longue discussion s'engage au sujet des noir et feu brindled . Que faut-il penser d'un sujet, excellent à tous points de vue, mais dont la couleur noire est parsemée de poils feu ? Il a été admis qu'il était absolument impossible d'élever un noir et feu, dont la couleur feu fut irréprochable, sans que sur le dos la couleur noire ne fut mélangée de poils feu... Que si parfois on voit aux expositions des sujets de premier choix d'un feu brillant et d'un noir intense, absolument pur de poils feu, point de doute, les poils feu ont été arrachés...

Il est évident, dit un membre, que les cellules qui produisent les poils feu du triangle ne sont pas strictement localisées, mais elles se mélangent plus ou moins avec les cellules productrices des poils noirs et ce surtout à la pointe du triangle, qui a une tendance à se prolonger tout en s'effilant insensiblement... Le brindling est donc chose naturelle. En conséquence, le secrétaire est prié de prévenir les juges de se conformer à la décision du club: le brindling n'est pas un défaut.

Cette grave résolution est adoptée à l'unanimité des votants, d'ailleurs peu nombreux, moins un; mais à peine est-elle connue que les protestations surviennent, aussi véhémentes et nombreuses que légitimes.

C'est d'abord le Président qui réagit: "je viens de lire le procès verbal de la réunion générale; je suis surpris qu'une telle proposition ait été faite et je m'étonne plus encore qu'elle ait été adoptée, car elle est contraire à tous nos travaux antérieurs; elle est le renversement de tout ce que nous avons fait depuis deux ans ! Quel mobile a donc poussé ces membres à modifier notre standard ? Sont-ils donc encombrés de lapins brindled et cherchent-ils ainsi à s'ouvrir un marché pour écouler leur marchandise ? Si, et j'en ai fait l'expérience, on peut élever des noir et feu, exempts de tout défaut, avec une couleur noire excellente, mais il faut prendre toutes les précautions et ne négliger aucun détail; attachez-vous surtout au pedigree de vos reproducteurs, car ce ne sont pas toujours les lauréats de concours qui produisent les meilleurs sujets... " MM. WILSON ajoutent de leur côté: si la décision du 17 novembre 1896, devait être maintenue, l'éleveur n'aurait plus qu'à changer le but qu'il se proposait d'atteindre. Négligeant la couleur noire, il devrait tendre exclusivement à l'obtention de la couleur feu; mais bientôt, le black and tan aurait vécu, disparaissant devant le brindle and tan. " Est-il possible qu'une demi-douzaine de membres aient osé endosser une pareille responsabilité ? La majorité de nos Britishers est loin, soyez-en sûrs, de partager cette opinion, et ceux-là mêmes qui l'ont émise reconnaîtront bientôt leur erreur (M.M. WILSON 1896)

Quel fut l'effet de ces protestations ?

M. CHAMBERS nous l'indique: " Je dois constater que le brindling disparaît lentement, mais sûrement, et ce n'est pas tant pis, car quoi de plus disgracieux qu'un black and tan brindled

Exposants et juges l'ont enfin compris ... Encore quelques progrès à accomplir et le brindling tombera entièrement dans l'oubli...

Défauts
l/ Forme longue, effilée

2/ Oreilles longues

3/ Poids excédant cinq livre (2 kg 267)

4/ Couleur feu pâle se rapprochant du gris

5/ Couleur noire avec teintes rousses

6/ Couleur noire mélangée de poils blancs

7/ Couleur noire mélangée de poils feu, brindling

8/ Marque du pouce, ... "malheur donc à l'exposant dont le sujet, parfait sous tous les autres points, a la partie supérieur des pattes de derrière maculée par une tache blanchâtre, communément appelée marque du pouce, alors qu'elle devrait être d'un feu vif. " (Mme WILLIAMS)

Caractères moraux 
l/ Type actuel.

Mme WILLIAMS: " Le lapin noir et feu est un animal gracieux, doux, intelligent; si on le traite avec douceur il s'apprivoise très facilement. Règle générale, les mâles sont plus familiers que les femelles. "

Cette race est, dit-on, de santé délicate: assurément, le lapin feu est sujet à prendre froid, et si l'on n'y porte remède, l'indisposition s'aggrave rapidement et bientôt apparaît le reniflement, véritable maladie que je considère comme incurable, en dépit de tout ce que les spécialistes ont écrit à ce sujet.

Quoique sensible au froid, le lapin noir et feu est cependant de constitution robuste; ce n'est pas un mangeur délicat:, une nourriture ordinaire lui suffit et le maintien en bonne santé.

Les femelles sont assez fécondes, mais il faut se garder d'en faire à la fois des sujets d'exposition et de reproduction, réservées spécialement à ce dernier usage, elles peuvent avoir trois portées par an, quatre au plus; mais règle générale, leur fécondité après la cinquième portée diminue notablement.

Les mâles, au contraire, doivent être conservés pour les concours, car leur feu est ordinairement plus prononcé et leur constitution plus vigoureuse; mais croyez-moi, si vous possédez un reproducteur d'élite, gardez-le précieusement chez vous.

Les femelles noire et feu sont des mères excellentes; si on les traite avec douceur, elle ne s'effarouchent pas quand on touche à leur nid.

2/ Petit Type.

Les petits noir et feu étaient d'un caractère méchant, ne pouvaient s'apprivoiser et mettaient leurs cases littéralement en pièces . ( ... )


Le Feu Noir aujourd'hui       Par Philippe PONSARD, Éleveur et Juge Cunicole

Du Noir et Feu d'Eugène MESLAY, nous sommes arrivé aujourd'hui au Feu Noir et ses deux autres variétés: le Feu Bleu et le Feu Havane. Les qualités et les difficultés de sélection relevées en 1900 restent d'actualité, néanmoins le niveau s'est élevé si on en juge par les photos que nous possédons.

Sur le plan pratique de son élevage nous pouvons dire du Feu Noir:

l/ Facilité de saillie:
Les femelles n'acceptent pas toujours bien le mâle. Les surcharges pondérales doivent vraiment être évitées car dans ce cas, la saillie devient complètement impossible. Pas de problème de fertilité sauf en automne où cela devient la parcours du combattant.

2/ Facilité de mise bas:
Bons résultats. Les mères font de beaux nids, allaitent très bien leurs petits. Les taux de mortalité au nid sont très faibles, voire même exceptionnels. Les femelles même avec leurs petits sont généralement très dociles. L'agressivité est assez rare et si elle peut exister chez une femelle qui élève ses petits, elle disparaît très vite.

3/ Prolificité:
C'est un point faible de la race. Les portées de 7 à 8 lapereaux sont assez rares. La moyenne se situe à environ 4 lapereaux par portée. Je pratique personnellement l'élevage en lignée et dépasse rarement 5 lapereaux au nid.

4/ Âge de réforme:
Femelles: 3 ans (après les performances diminuent considérablement). Mâles: 4 ans

5/ Vitesse de croissance:
Elle est assez faible si on la compare aux performances des races moyennes. A quatre mois les sujets pèsent de 2 à 2.3 kg pour atteindre à 5 mois une fourchette de 2.4 à 2.7 kg.

6/ Âge à l'abattage: Idéal à 5 mois pour des sujets finis présentant 1.7 kg de viande.

7/ Fragilité en croissance:
Pas de problèmes particuliers à la race, les petits se développent harmonieusement dans de bonnes conditions sanitaires.

8/ Qualité de viande:
Très fine et très serrée. Très beaux râbles. Très bel aspect. La chair est très goûteuse. Très faible taux d'engraissement jusqu'à 5 mois, mais attention après cet âge, l'embonpoint arrive très vite et déprécie la carcasse.

9/ Points sensibles de la sélection:
La difficulté principale réside dans la délimitation des couleurs noire et feu. Le combat entre l'envahissement du feu par rapport au noir est perpétuel. L'intensité du feu est également difficile à obtenir et des progrès sont encore à venir en cette matière. Il faut noter une apparition régulière de poils blancs à tout moment et voir même couramment de mouchets blancs. (grande cause d'élimination en exposition).

Les conformations ne doivent plus poser de problèmes aujourd'hui. Les sujets bien conformés sont nombreux dans nos expositions. A noter toutefois qu'il faut impérativement sélectionner les sujets courts et cela afin de se maintenir dans la fourchette idéale de poids.

Encore beaucoup de sujets se font sanctionner sur la croupe et cela est essentiellement dû au fait que l'éleveur a dû rationner excessivement 2 ou 3 jours avant une exposition afin que son sujet se trouve dans la bonne fourchette. Très rares sont les sujets qui présentent un défaut de croupe s'ils sont nourris correctement, le problème est de maintenir au bon poids sans rationnement excessif. ( pour cela il faut être très attentif aux longueurs de corps)

En ce qui concerne les fourrures il faut sélectionner les fourrures denses et souples. Il arrive quelques fois de rencontrer des fourrures manquant nettement de densité.

A surveiller particulièrement:

  • - l'intensité du feu, mais attention la couleur définitive n'apparaît qu'à l'âge adulte. Le feu est toujours très pâle chez le lapereaux.

  • - la délimitation des marques et en particulier le nez, le triangle de la nuque ainsi que la jonction entre le noir du manteau et le feu du ventre qui doit présenter une ligne horizontale aussi parfaite que possible. Le triangle ne doit pas être trop réduit sinon, cela provoque l'interruption du collier.

Conseils aux débutants:

  • - Commencer avec des sujets parfaits en conformation. Ne pas tolérer de défauts de croupe même léger à moins de connaître les origines.

  • - Rationner les femelles adultes sauf pendant la gestation et l'allaitement. L'engraissement excessif chez les femelles rend les saillies impossibles.

  • - les jeunes peuvent être alimentés à volonté jusqu'à 4 mois et demi, mais après il faut limiter les quantités en fonction de la richesse de l'aliment et compléter avec un apport de paille et de foin.

  • - toujours sélectionner en priorité les sujets possédant un feu intense - ne pas laisser le feu envahir les zones noires

  • - veiller particulièrement à l'apparition des poils blancs en fonction des accouplements.

Le Russe

Le Russe      par Jacques Arnold      Texte original tiré du numéro spécial de la France Cuniculicole de 1973

 

Historique
Le lapin Russe est aussi appelé Himalaya dans les pays anglo-saxons ainsi que dans toutes les publications scientifiques. Au 19eme siècle on le trouve mentionné, selon les auteurs, comme lapin Chinois, Africain, Égyptien,

la­pin de Windsor, lapin d'Anvers, lapin au nez noir. Comme l'a dit M. d'Haute-Claire : « S'il n'est pas bon chrétien, ce n'est pas faute, comme on le voit, d'avoir reçu force baptême ».

L'Encyclopédie des Sciences publiée en 1765 n'en parle pas. Il n'en est pas davantage question dans le cours d'Agriculture de l'Abbé Rozier (1809). Mariot-Didieux (1854) fait état du lapin Blanc de Chine, à poil ras et à yeux rouges, dont « un grand nombre de sujets ont le bout des pattes et le bout du nez noirs ».

Originaire de la Chine, la race aurait été transportée en Russie, puis en Pologne et ailleurs en Europe. L'auteur poursuit en donnant le prix de la peau de ce lapin, soit 1,50 F pièce. C'est celle qui imite le mieux l'Hermine, d'où sa désignation de fausse hermine.

K.W. Knight, dans son célèbre « Book of the Rabbit », à propos d'une lettre parue dans le « Cottage Gardener » en 1857, demandant l'origine des lapins blancs avec le nez, les oreilles, les pattes et la queue noirs, semblables à un couple exposé au Crystal Palace et appelé Africains, fournit des explications sur l'origine présumée de ces animaux : Argentés Gris et Noirs croisés entre eux et achetés chez un marchand de Leadenhall Market, ayant donné à différentes reprises dans la descendance des Africains, dont certains revendus au marché précité seraient à l'origine des lapins vus à Londres.

Charles Darwin, dans sa « Variation des Animaux et des Plantes » revient sûr cette histoire, en y ajoutant aux lapins noirs, argentés des chinchillas. « Le résultat de ces croisements compliqués fût des lapins himalayens ». Il rapporte ensuite que M. Bartlett, au jardin zoologique de Londres, en croisant simplement des Chinchillas avec des gris argentés obtint toujours quelques himalayens. Le grand naturaliste constate de plus que « ces derniers malgré leur brusque origine se reproduisaient en transmettant fidèlement leur type (c'est-à-dire toutes leurs caractéristiques), à condition qu'on les fasse croiser entre eux ».

Ce qui est la conséquence évidente dû caractère Albinos dû Russe. Il est impossible de citer ici toutes les observations faites par Darwin sûr le Russe et sûr ses rapports avec l'Argenté, malgré tout l'intérêt qu'elles présentent. Disons seulement qu'avant de décrire l'himalayen appelé aussi Chinois, Polonais ou Russe, Darwin parle de lapins de Moscou qui « avaient à peu près la coloration des lapins himalayens ». Je passe sûr les descriptions d'autres auteurs, tels Gayot, Gobin, qui n'apportent rien de plus, pour en arriver à Pierre Megnin, qui, après avoir cité les observations de Darwin dans son ouvrage « Le lapin et ses Races », conclût : « Il pourrait très bien se faire que le lapin Russe ne fût qu'un Albinos dû lapin Argenté ». Mon regretté Maître, le Professeur Lienhart, s'était rallié à cette opinion de Megnin pour des raisons génétiques.

Eugène Meslay, tant dans son livre les « Races de lapins » (1900) que dans un article oublié en mars 1912 dans son journal « Lapins et Cobayes » et intitulé : Provenance dû lapin Russe, se contente de reproduire les opinions des anciens auteurs. Les gravures de ceux-ci, ainsi que les descriptions des caractères dû Russe qu'ils font, laissent apparaître que le type d'exposition tel que nous le connaissons aujourd'hui, ne s'est véritablement affirmé que dans
le dernier tiers dû 19eme siècle. Mais en 1900 déjà, certaines photographies montrent que le type et les

marques avaient atteint un degré de perfection qui n'a jamais été dépassé depuis.

Pour ce qui est dû type proprement dit, deux ten­dances se sont toujours affrontées, et E. Meslay posait déjà la question suivante en 1900 : Court et potelé ou bien allongé et nerveux ? Se référant à plusieurs publications anglaises, et notamment aux livres de Knight et de Ray­son, l'empereur des lapins fait bien ressortir les divergences d'idées qui animaient la « Fancy » de l'époque.

D'après Ch. Rayson (1872) la forme dite serpent (snaky) remportait le plus de prix dans les expositions, alors que pour Knight (1881 et 1889) le type court gardait de nombreuses faveurs. Il semble qu'en 1900 l'expression : Bon type allongé (Good snaky Type) l'emporte en Angleterre. Aujourd'hui, le type « snaky » reste celui de l'Angleterre et de la Hollande. Le premier standard Français établi par le Club des éleveurs de lapins en octobre 1910 demande un type court et potelé. Ce texte fût accepté ensuite par la Société Française de Cuniculture en décembre 1920. On trouve ce même type en Allemagne, et en Suisse, mais dans ce dernier pays la taille est plus importante, en général.

 

Caractères de race
Le standard Français demande donc un corps court et potelé, tout en restant svelte. Harmonieusement ar­rondi dans toutes ses dimensions, le Russe a une ossature fine et une musculature très serrée, justifiant sa qualité de chair. Il ne doit pas avoir la forme trapue du Hollandais. Poursuivons avec certaines phrases de notre Standard : avant train fermement musclé, ensemble poitrine­épaules bien rempli, croupe pleine et arrondie, râble épais. N'omettons pas de respecter la fourchette des poids : 2 à 2,5 kgs, en nous souvenant que « pour tirer bon profit dû lapin Russe, il faut l'entretenir dans toute sa pureté, avec sa petite taille... », phrase qui date de 1891 ! Les oreilles courtes, effilées, droites et serrées l'une contre l'autre sont très caractéristiques.

La fourrure imite l'hermine. Dense, courte et soyeu­se dit le standard. Non seulement un Russe « qui a une fourrure trop longue n'a pas l'élégance d'un spécimen à fourrure plus courte » comme le fait observer Woodgate (the complète Book of the Rabbit), mais cela a des répercussions sûr l'expression des marques.

Plus la couleur des marques est intense et plus les délimitations de leurs contours sont nettes, plus le sujet a de valeur. Depuis près d'un siècle, tous les pays sont d'accord sûr ce point, et Knight insistait déjà dans son livre (the book of the râbbit) sûr des contours réguliers, continus, non déchiquetés, sans dentelure. Par couleur pleine, Meslay l'entendait entièrement noire, exempte de tout poil blanc, et correctement délimitée. Woodgâte parle de nuance veloutée, qui situe un noir profond.

Le masque de forme ovée entoure complètement le nez, en descendant profondément sûr chaque face jusque sous les mâchoires, sans atteindre les yeux, l'expression « boire dans son noir » a été consacré par les praticiens. Cela est valable pour tous les pays, sauf pour la Suisse qui ne demande qu'une tache ovale, pas trop grande, pas trop large, ne devant pas atteindre la mâchoire inférieure. J.J. Lemarié me disait toujours que Meslay était très difficile sûr le masque, notamment pour sa descente de chaque côté dû nez selon une ligne droite sans échancrure ; la coloration devant faire tout le tour dû museau sûr une grande surface.

Les oreilles sont totalement noires, avec une séparation à la base aussi nette et tranchée que possible

La queue est également pigmentée.

La couleur des pattes antérieures recouvre toute la première articulation. Celle des pattes postérieures dépasse le jarret. « Quand les pattes antérieures ne montent pas assez hauts, au lieu de bas noirs, nous avons des socquettes. C'est une grave faute » (Fur and Feâther, 1970).

Tous ceux qui élèvent des Russes savent que non seulement la teinte des marques évolue avec l'âge des sujets, mais qu'elle est d'une extrême instabilité.

Dans un article général sûr le Russe publié dans cette revue, fin de l'année 1971, nous nous sommes longuement étendu sûr cette formation des marques, et avons résumé les différents travaux scientifiques y ayant trait. Il ne nous est malheureusement pas possible d'y revenir dans cette simple présentation de la race. Disons, très succinctement, que les Russes naissent comme de vrais albinos, c'est-à-dire qu'ils sont roses.

Les marques ne se dessinent sur le pelage blanc qu'au bout de quelques mois, pas forcément avec la même rapidité. Il est difficile de dire si un Russe sera bien marqué avant cinq mois et même plus, à moins d'avoir des repaires comparatifs sur des animaux de généalogie contrôlée. Certains sujets prennent plus de temps que d'autres pour colorer leurs extrémités. Ils font souvent de splendides adultes. A partir d'un certain âge, la couleur est à l'affût de l'envahissement dans les zones décolorées. C'est, en résumé, une perpétuelle lutte entre le blanc et le noir, dont les résultats peuvent être différents d'un moment à l'autre.

Le Russe est incontestablement le lapin le plus difficile à obtenir et à maintenir dans un état de coloration souhaitée. La sélection individuelle généalogique ininterrompue, avec une pression de sélection rigoureuse à chaque génération, et sans introduction intempestive d'éléments étrangers comme géniteurs, permet de mieux maî­triser la variation des marques. Cela n'empêche de bien respecter l'âge de la meilleure exhibition de l'animal. Avant et au-delà de cet âge, l'animal est en phase de croissance ou s'il le mérite reste au clapier comme reproducteur. Celui-ci évolue alors constamment dans le sens de l'accentuation des marques. Dans le cas contraire, son potentiel pigmentaire est généralement insuffisant, et il est hasardeux de l'utiliser comme géniteur.

L'élevage du Russe doit se pratiquer sans brusque variation de milieu, ce qui vaut aussi bien pour le logement que pour l'alimentation. On évite ainsi de créer des déséquilibres physiologiques déclenchant des modifications pileuses anormales. L'évolution des marques suit alors normalement le rythme des mues saisonnières, sans qu'il soit nécessaire d'élever les animaux dans des conditions spéciales.

Le fanon et la balance

Le fanon et la balance     par Jean-Jacques MENIGOZ    (juin 2009)


Point de fable dans les propos qui suivent mais plutôt un souci d’aider les éleveurs à mieux maîtriser un élément de la physionomie des lapins et surtout des lapines, souvent disgracieux et pénalisant lors des jugements : le fanon.

 

Le fanon, c’est quoi ?
Le fanon est un repli cutané, envahi de graisse, qui pend sous le cou, résultant d'un décollement transversal de la peau qui se fait plus lâche. Lorsqu'il est admis chez la femelle, il doit rester simple et localisé à la partie antérieure du cou, régulièrement arrondi et non dévié (Standard).
Au niveau du glossaire du Standard, il est précisé concernant le fanon :  plis cutanés transversaux, disposés à la partie antérieure du cou et de la gorge.

          Image fanon                          Image Blanc du Bouscat      
                      Fanon                                                
Fanon très peu développé    femelle Blanc du Bouscat   Eleveur T Hebert, Photographie J-J Ménigoz

 

Le fanon et son appréciation.
Pour bien mesurer l’importance du fanon dans la qualité de présentation de nos sujets, relevons ici les défauts liés au fanon. Pour être plus complet nous engloberons également les défauts de la poitrine, puisque ces défauts ont la même origine.

       Défauts généraux légers (Standard) :
Poitrine forte chez les femelles de toutes les races, sauf chez les grandes races.
Très forte poitrine chez les femelles des grandes races.
Fanon développé chez les femelles de race moyenne.
Fanon très développé chez les femelles de grande race.

       Défauts généraux graves (Standard) :
Poitrine décollée.
Fanon et début de fanon chez les mâles de toutes races.
Fanon et début de fanon chez les races naines.
Fanon chez les femelles de petite race (exception : Petit Bélier, Petit Papillon, Chinchilla, Feh de Marbourg, Doré de Saxe, Rhoen, Sablé des Vosges, Séparator,  Zibeline où sa petite taille n’est pas disqualificative chez les femelles âgées).
Fanon de travers, trop développé, double, tablier chez les femelles de toutes races.

Image défaut fanon 1         Image défaut fanon 2       Image défaut fanon 3
  Fanon de travers                                         
Fanon double                                       Tablier

Nous poursuivons en reprenant le descriptif du fanon que nous rencontrons dans les textes définissant l’aspect général de chacune des races :

Grandes races
Géant des Flandres                              Un fanon pas trop excessif est admis chez la femelle
Géant Blanc du Bouscat                       Un fanon, le moins développé possible est admis chez la femelle
Bélier Français                                      Le fanon n’est pas excessif chez la femelle
Géant Papillon Français                       Le fanon ne doit pas être excessif chez la femelle
Synthèse :  Pour les grandes races, le fanon ne doit pas être excessif chez la femelle. Nul chez le mâle.

Races moyennes
Alaska                                                Le fanon, s’il existe, doit être le plus réduit possible chez la femelle
Argenté de Champagne                  Le fanon, peu développé et régulier, est toléré chez la femelle
Argenté de Saint Hubert                  Le fanon, peu développé et régulier, est toléré chez la femelle
Bélier Anglais                                    Le fanon réduit est toléré chez la femelle
Bleu de Beveren                               Le fanon est le moins développé possible chez la femelle
Blanc de Hotot                                  Le fanon le plus réduit possible est toléré chez la femelle
Blanc de Vendée                              Le fanon est toléré réduit chez la femelle
Blanc de Vienne                               Un fanon, peu développé est toléré chez la femelle
Gris de Vienne                                  Un fanon réduit est toléré chez la femelle
Bleu de Vienne                                 Le fanon, peu développé et régulier, est toléré chez la femelle
Gris Bleu de Vienne                         Un fanon, peu développé est toléré chez la femelle
Noir de Vienne                                  Le fanon, peu développé et régulier, est toléré chez la femelle
Californien                                         Le fanon, s’il existe, ne doit pas être trop développé chez la femelle
Chamois de Thuringe                       Le fanon doit être le plus réduit possible chez la femelle
Fauve de Bourgogne                       Le fanon, peu développé et régulier, est toléré chez la femelle
Grand Chinchilla                               Le fanon peu développé est toléré chez la femelle
Grand Russe                                     Le fanon, peu développé et régulier, est toléré chez la femelle
Gris du Bourbonnais                        Le fanon chez la femelle, s’il existe, ne doit pas être trop développé
Japonais                                            Le fanon peu développé est toléré chez la femelle
Lièvre Belge                                      Le fanon est nul tant chez le mâle que chez la femelle
Lièvre Belge Feu Noir                      Le fanon est nul tant chez le mâle que chez la femelle
Lièvre Belge Blanc                           Le fanon est nul tant chez le mâle que chez la femelle
Lapin Chèvre                                    Le fanon le plus réduit possible est toléré chez la femelle
Néo-Zélandais                                  Le fanon chez la femelle, s’il existe, est moyennement développé
Noir et Blanc                                     Le fanon peu développé est toléré chez la femelle
Bleu et Blanc                                     Le fanon peu développé est toléré chez la femelle   
Brun et Blanc                                     Le fanon peu développé est toléré chez la femelle
Normand                                            Le fanon, s’il existe, doit être le plus réduit possible chez la femelle
Papillon Rhénan                               Un fanon peu développé est toléré chez la femelle
Synthèse : Pour les races moyennes, le fanon chez les femelles, est nul pour le Lièvre Belge, peu développé ou réduit pour la très grande majorité des races de cette catégorie et au maximum moyennement développé pour le Néo-Zélandais. Nul chez le mâle. 

Image argenté de champagne
Fanon et tablier très développé, Argenté de Champagne

Races à fourrures caractéristiques
Rex castor                                      Le fanon réduit est toléré chez la femelle
Rex autres variétés                       Le fanon réduit est toléré chez la femelle
Satin                                               Le fanon réduit est toléré chez la femelle
Angora Français                           Le fanon n’est pas apparent
Renard                                           Le fanon n’est pas apparent
Synthèse : Pour les races à fourrures caractéristiques, le fanon est toléré réduit ou n’est pas apparent chez la femelle. Nul chez le mâle.

Petites races
Argenté Anglais                             Le fanon est nul chez les deux sexes
Brun Marron de Lorraine               Le fanon est nul chez les deux sexes
Chinchilla                                        Le fanon n’est toléré, le plus réduit possible chez les femelles âgées
Doré de Saxe                                 Le fanon n’est toléré, le plus réduit possible chez les femelles âgées
Feh de Marbourg                           Le fanon est toléré réduit chez les femelles âgées
Feu Noir – Bleu –
Havane – Feh                                 Le fanon est nul chez les deux sexes
Havane Français                            Le fanon est nul chez les deux sexes
Hollandais                                       Le fanon est nul chez les deux sexes
Lynx                                                 Le fanon est nul chez les deux sexes
Papillon Anglais                             Le fanon est nul chez les deux sexes
Petit Papillon                                  Le fanon réduit est toléré chez les femelles âgées
Petit Bélier                                      Le fanon réduit est toléré chez les femelles
Perl Feh                                          Le fanon est nul chez les deux sexes
Rhoen                                              Le fanon est toléré chez les femelles âgées
Russe                                              Le fanon est nul chez les deux sexes
Sablé des Vosges                         Le fanon est toléré réduit chez les femelles âgées
Separator                                       Un petit fanon bien formé est admis chez la femelle adulte
Zibeline / Martre                             Le fanon est toléré réduit chez les femelles âgées
Synthèse :   Pour les petites races, le fanon est nul ou est toléré réduit chez les femelles âgées de certaines races. Nul chez le mâle.

Races naines
Nain Bélier                            Le fanon est nul chez les deux sexes
Nain de couleur                    Le fanon est nul chez les deux sexes
Hermine / polonais               Le fanon est nul chez les deux sexes
Hermine de Lutterbach        Le fanon est nul chez les deux sexes
Nain Angora   --------------------------------------------------
Nain Bélier Rex                    Le fanon est nul chez les deux sexes
Nain Renard   --------------------------------------------------
Nain Rex                               Le fanon est nul chez les deux sexes
Nain Satin                             Le fanon est nul chez les deux sexes
Synthèse : Pour les races naines, le fanon est nul chez les deux sexes.

Nous le constatons à la lecture des éléments mis à plat ci-dessus que, l’éleveur, s’il souhaite présenter
des sujets de qualité, doit être vigilant tant à la présence du fanon qu’à son développement.

 

Comment maîtriser la présence du fanon et son développement.
Voila une question qui alimente très souvent les discussions. Les juges sont régulièrement interrogés sur ce sujet. L’origine est-elle héréditaire ou liée à l’alimentation ?
Nous allons essayer d’apporter des réponses, en tout cas des pistes de solution.

 

Les origines de la présence du fanon.
Il n’existe pas de réponse unique et idoine, la manifestation du fanon est la conséquence de plusieurs paramètres. Ils sont cités ci-après et leur degré d’importance n’a aucun lien avec l’ordre de leur énumération.
     → Génétique, hérédité ; sur ce point nous n’avons pas la prétention de vous éclairer par quelques formules magiques, nous nous contenterons de parler de sélection.
     → Alimentation ; elle est importante en terme de quantité et de qualité.
     → Environnement ; nous évoquons là, le lapin et son clapier.

 

Les pistes de solution.
Nous insistons sur le fait que la présence du fanon et de son développement ne seront maîtrisés qu’en travaillant dans l’ensemble des directions. Il est absolument nécessaire de s’appliquer à mettre en œuvre tous les axes d’amélioration qui vous sont proposés.
De l’observation, de la patience, de la méthode et de la rigueur, sont requis pour avancer vers l’amélioration il faut être un véritable éleveur sélectionneur, un animalier.
Il est évident que ce qui est proposé par la suite ne s’adresse pas aux collectionneurs (qui ont trop de races dans leur élevage), aux éleveurs nomades (ceux qui changent très régulièrement de race).

La sélection :
Trois critères sont notamment à rechercher.
Les deux premiers sont liés à des paramètres physiques de pur bon sens.
Privilégier les jeunes femelles reproductrices à fanon le plus réduit possible.
Les mâles reproducteurs sont issus de femelles à fanon peu développé.
Ecarter les reproducteurs dont la peau présente un manque d’adhérence (peau lâche, trop détachée).
        

Peau très lâche
Peau très lâche  -  Photographie Standard Suisse

Petits commentaires:
comme pour tous les critères de sélection, il est judicieux de connaître l’origine des reproducteurs et de s’assurer ainsi du bien fondé de vos choix.
Il est assez fréquent de rencontrer des gènes d’obésité, notamment sur les petites races. Pour en diminuer les conséquences, mettre en pratique les pistes de solution évoquées ici. A savoir, une surveillance de l’alimentation (quantité et qualité) et une exigence accrue dans la sélection.

L’autre point, la précocité.
C’est la faculté que possèdent certains sujets, d’arriver à leur plein développement dans un temps plus réduit. Ce sont des animaux précieux. Il ne sera pas nécessaire de les pousser pour arriver au poids et le fanon apparaîtra moins facilement. Pour repérer ces sujets, la balance. Pesez régulièrement vos jeunes lapins, ce dès le sevrage, et noter vos observations. Ces notes vous aideront à déterminer les animaux les plus précoces et les accouplements vous offrant les meilleurs résultats. Le choix de vos futurs reproducteurs en sera plus aisé.

L’alimentation :
L’alimentation des lapins a une incidence directe, non seulement sur leur santé, mais encore sur la rapidité de leur croissance et l’harmonie de leur développement.
Une nourriture bien équilibrée et adaptée est nécessaire jusqu’à 3,5 à 4 mois pour les Nains, 4-5 mois pour les Petits races, 5-7 mois pour les races Moyennes et jusqu’à 8 à 10 mois pour les Grandes races. Les tissus s’allongent, les organes grandissent, les nombreuses glandes de l’organisme se développent et fonctionnent plus intensément. C’est la période de la vie ou l’organisme à des besoins importants. A titre indicatif, le taux de protéines pendant cette période de croissance se situera dans une fourchette de 16 à 17%.
Une fois le squelette formé et les muscles suffisamment développés on peut songer à une alimentation plus parcimonieuse que l’on appelle alimentation d’entretien. Pour cette période un taux de protéines de 13 à 15% est suffisant.   
Une alimentation trop abondante et trop riche, notamment en protéines, entraîne l’engraissement des animaux et nous trouvons là un terrain propice au développement de la poitrine et du fanon.
La quantité de nourriture sera adaptée en fonction de, l’âge, la taille, l’appétit des animaux, leur statut dans l’élevage (reproducteur, jeunes en période de croissance, lapins à l’engraissement, sujets de concours, femelles en gestation, mères nourrices, … ).

Pour vous aider à définir vos rations, vous trouverez ci-après quelques éléments sous forme de tableau.

Avertissement :
Les quantités vous sont données à titre indicatif, elles sont exprimées en poids (grammes) par jour pour un lapin.
Ces chiffres ne sont pas des valeurs rigides. Ce sont des moyennes qui doivent permettre à l’éleveur d’approcher au mieux les besoins.
Son sens de l’observation, son expérience et son souci d’adaptation lui faciliteront la détermination des bonnes quantités.
Pesez régulièrement vos lapins, cela vous aidera à déterminer avec précision les quantités à fournir.

 

Image ration races géantes

 

Image ration races moyennes

 

Image ration races à fourrure

 

Image ration petites races

  

Image ration races naines


A partir de quel moment l’animal passe en période d’entretien ? C’est une question qui ne peut pas avoir de réponse unique. Elle doit être adaptée selon l’élevage et ce pour un ensemble de raisons, dont notamment :
    La race
    La souche
    La vitesse de croissance des animaux (précocité)
    L’alimentation
    L’environnement
    Les conditions générales d’élevage ………………..
    
Etablir une règle absolue n’est pas possible. C’est là qu’il est important de suivre la croissance de vos sujets. Une seule solution objective, pesez régulièrement vos lapins, notez vos relevés et adaptez la ration.
Une première étape peut être utilisée lorsque l’animal atteint le poids mini de l’échelle des poids du Standard spécifique de la race élevée. Surveillez de manière plus fréquente
l’évolution de la croissance et surtout ne la forcez pas.
Deuxième étape, c’est lorsque l’animal rentre dans la fourchette de poids idéal. A ce moment il est déclaré en période d’entretien.
La meilleure méthode, sera celle que vous déterminerez pour votre propre élevage, par votre pratique, votre rigueur et vos observations.

L’environnement
Dans ce chapitre, deux commentaires supplémentaires :
Adaptez les dimensions de vos cages d’élevage à vos animaux. Des cages trop étroites contraignent le lapin à l’immobilité ce qui est favorable à la production de graisse.
En période d’entretien, n’oubliez pas d’adapter les rations à la température. S’il fait froid, le lapin a besoin, pour maintenir ses fonctions vitales et la température de son corps, d’une ration un peu plus copieuse.

 

Conclusion
Beaucoup d’entre nous ont entendu de la part de nos anciens « une bonne femelle doit avoir du fanon ». C’est à la fois vrai dans le sens ou les femelles doivent exprimer des différences morphologiques qui caractérisent le dimorphisme sexuel, et le fanon est l’un de ces éléments. Et c’est à la fois faux, car trop de fanon exprime clairement un développement important des masses graisseuses, phénomène qui n’est pas sans conséquence, notamment sur les performances de reproduction.

Ce qui m’a incité à rédiger cet article est mon souci d’aider les éleveurs. J’ai essayé à la fois d’être le plus complet possible et de fournir aux éleveurs des éléments concrets. Sans avoir la prétention d’y être arrivé, j’espère simplement que ces lignes fourniront quelques pistes d’amélioration aux cuniculteurs.

                                         Image Néo-Zélandais Bergamelli                                                
Femelle Néo-Zélandais de 5 kg, sans fanon.    Oui c'est possible !!!    Eleveur Jean-Marc BERGAMELLI