Le Bélier Français par Jacques ARNOLD Texte original tiré du numéro spécial de la France Cuniculicole de 1973

Historique
Dans son admirable ouvrage de 1868 : « De la variation des Animaux et des Plantes », DARWIN écrit : « Tout le monde a vu les lapins à immenses oreilles tombantes si souvent exposés dans les concours : on élève sur le Continent diverses sous-races voisines... ». Le grand naturaliste parle, après DELAMER, dont il cite l'ouvrage « Pigeons and Rabbits » (1854), des Lopes à rames (oreilles se détachant à angle droit) ; des demi-lopes (une oreille pendante) et enfin du lope parfait (deux oreilles pendantes) avec plusieurs remarques pertinentes sur la descendance de ces animaux. Dans un autre chapitre du même ouvrage, l'étude craniologique du lapin amène DARWIN à parler encore du Bélier. Bien entendu, DARWIN s'adresse aux Béliers Anglais de l'époque, mais il mentionne tout de même les sous-races voisines du continent, prouvant ainsi qu'elles existent.

MARIOT-DIDIEUX, au milieu du 19e siècle, décrit dans son « Guide pratique de l'éducateur de lapin » (1871), le lapin Bélier ou Rouanais, comme l'une des trois sous races du lapin domestique, puis parle du Lope au titre de race de fantaisie.

Pierre MÉGNIN (Le lapin et ses races, 1888) cite le Bélier Normand avec « des oreilles tombantes mais touchant à peine terre et nullement exagérées comme dimension ». Corps large et bien ramassé, tête un peu épaisse, mais pas trop lourde. Race la plus forte de nos lapins Français : 6 à 7 kg ». L'auteur fait ressortir les différences déjà fort importantes qui existent entre le Lope et le Bélier Normand.

Le Professeur CORNEVIN (1895) n'ouvre qu'un chapitre pour les lapins Béliers dans son traité de Zootechnie, mais distingue lui aussi les Lopes des Béliers Normands ou de Rouen.

Le manuel spécial sur l'élevage du Bélier publié par l'Orphelinat Agricole de Saint-Martin en 1881, s'il décrit avec assez de précision ce que MÉGNIN appelle Bélier Normand, insiste encore plus sur l'aspect utilitaire de l'élevage du Bélier Français.

N'oublions pas encore de dire que le Docteur RUFZ de LAVISON, directeur du Jardin d'Acclimatation de Paris, mentionnait dans son bulletin de l'automne 1863 les deux races, françaises et anglaises, dont plusieurs spécimens étaient présentés aux visiteurs.

C'est à Eugène MESLAY qu'il appartint en 1900 dans son ouvrage de base « Les Races de lapins », de bien situer sans équivoque les deux populations.

L'origine exacte des Béliers, Anglais et Français, reste encore assez ambiguë aujourd'hui, et surtout leur interdépendance. Pour les auteurs d'Outre-Manche, et notamment pour KNIGHT, l'Angleterre reste la mère patrie.

Ce fut aussi l'opinion en Belgique de René BERTAUT et en France de Pierre MÉGNIN, ainsi que de J. de FOUCAULT.

Que M. GIRARD, ancien directeur du Jardin des Plantes de Lyon, se soit installé à Paris, avenue de Ségur, en 1852, et qu'il ait importé l'année suivante pour son magasin d'animaux de basse-cour, des Béliers d'Angleterre dont le relieur de l'avenue de Breteuil, CORDONNIER, tira des Béliers Français par croisement avec des Normands ou assimilés et des Géants, nous ne voulons pas l'oublier, mais nous n'oublions pas non plus que MARIOT-DIDIEUX pensait que les Lopes pouvaient aussi bien avoir été obtenus par des croisements avec notre lapin Bélier Normand ou Rouanais.

En fait des lapins à oreilles tombantes sont apparus au cours des siècles dans de nombreux clapiers sans que l'attention se fixa sur eux. La fancy Anglaise s'en saisit vraisemblablement plus tôt que dans d'autres pays, mais dans le sens sportif uniquement, alors qu'en France le Bélier de nos campagnes fut longtemps élevé dans l'indigénat pour une production plus que pour une compétition.

Les premières importations allemandes de Béliers Français remontent à 1869. C'est en octobre de cette même année que M.WORNER fit venir d'Avignon par l'intermédiaire de M. MEYER, de Tubingen, trois lapins Béliers. Des importations semblables se renouvelèrent à plusieurs reprises. Le dernier transport en provenance d'Avignon comprenait 16 sujets, et arriva le 22.7.1872 à Tubingen.

Après un déclin de plusieurs années, un regain d'intérêt se manifesta, en Allemagne, vers 1910. Puis, conclusion suprême de l'attrait pour la race, le Bélier Français fut baptisé outre-Rhin en 1933, Bélier Allemand.

L'expert Helvétique. A. TSCHAN, a signalé que la race était déjà élevée en Suisse en 1899.

Le standard, élaboré par la commission des standards de la Société Française de Cuniculture, présidée par Mme du BERN de BOISLANDRY et composée d'E. MESLAY, R. SAUTON, A. MAGNIN et R. CAUCURTE, avec l'aide d'H. ESTIOT et de R. LAURENÇON, éleveurs spécialistes, d'après les données d'Eugène MESLAY, fut accepté le 25 mars 1922.

Les cheptels d'Alsace-Lorraine sont les meilleurs en France, et en Europe, ceux de Suisse et d'Allemagne sont importants et de bonne qualité.

Caractères de race
Le type, la tête et les oreilles font la race.

La conformation ramassée et massive doit apparaître au premier coup d'œil. Cela suppose un corps bien rempli et volumineux, suffisamment profond et arrondi, surtout sur l'arrière train, qui semble presque sphérique. Atten­tion à l'expression volumineuse. Le volume est obtenu par une bonne répartition des masses musculaires que l'épaisse fourrure recouvre, et non par une épaisseur de peau pléthorique, qui arrive à se détacher. Le squelette est développé en conséquence.

Les épaules sont larges et fermes, la ligne de dos très développée est légèrement courbée. L'aspect trapu pro­vient du fait que de la nuque au bas de l'arrière train, le tronc est constitué par un puissant bloc.

Les épaules lâches, le dos mal viandé et assez abrupt sont à rejeter. Il faut toujours se souvenir que l'animal paraît moins long qu'il n'est en réalité du fait de sa largeur et de sa profondeur. Le sujet trop court, et pas assez volumineux est à proscrire.

Les pattes paraissent courtes, mais sont surtout très puissantes.

Le cou peu visible est effacé par le haut des épaules épaisses et rebondies qui paraissent rejoindre directement la zone plus élevée de la tête où se forme la couronne.

La tête comprend un front assez long et large, légèrement incurvé sans plus. La courbure qui simule le profil de Bélier ne se manifeste pleinement qu'à partir du niveau des yeux jusqu'à la pointe du nez. Les joues sont pleines avec des muscles masticateurs bien marqués. Attention aux têtes trop rondes et courtes, dites têtes de chat qui ne sont pas des têtes de Bélier.

Les oreilles prennent naissance par un fort bourrelet (la couronne). La ligne de crête joignant les deux bourrelets doit être étendue et assez large. La conque cartilagineuse à la base des oreilles, où se situe la couronne doit être épaisse pour se replier dans un bombé impeccable qui procure alors une retombée non heurtée de l'oreille. La forme des oreilles passe du jonc creux sur sa plus grande longueur à l'évasement à la pointe. Le chemin suivi par les oreilles dépend en grande partie de leur constitution et de la position de leur base de départ. Si celle-ci est trop orientée, par exemple, vers la nuque, la tra­jectoire des oreilles sera défectueuse avec tendance à la forme dite en rames.

Les jeunes Béliers ont des oreilles relativement droites. Ce n'est que vers 6 à 10 semaines qu'elles commencent à basculer, pour pendre ensuite. Celles qui tombent le plus tardivement sont souvent les meilleures à l'état adulte. Il en est de même pour celles qui penchent vers l'avant.

La fourrure est dite demi-longue. Elle doit toutefois rester d'une bonne tenue, dense et ne pas donner lieu à des zones décollées.

Les teintes les plus répandues sont le gris agouti plus ou moins foncé, allant jusqu'au gris acier, l'albinos, le madagascar et le tacheté. Dans ce dernier cas la tavelure est très chargée, formant même un manteau sur l'arrière train. On trouve également des noirs unicolores, des bleus, etc...