Quelques fausses idées en élevage

Quelques fausses idées en élevage - Intervention de Pascal RUMMELIN - Juge Cunicole  Président de l’A.N.A.C - Décembre 2002

 

Toute personne s'intéressant de près à l'élevage a sans doute pu entendre soutenir à plusieurs reprises des opinions personnelles relatives à celui-ci et concernant d'ailleurs plus particulièrement la sélection. Le milieu des animaux de basse-cour n'échappe pas à ce phénomène et, ce, d'autant moins que l'élevage à caractère dit sportif que nous pratiquons présente un aspect plus ou moins passionnel induit par le degré affectif que revêt alors la relation l’éleveur et l'animal. L'amateur s'identifie fortement à la race ou aux races qu'il affectionne et qu'il entretient, témoin le comportement de certains exposants au terme du jugement d'une exposition et les excès verbaux qui en résultent fréquemment.

Beaucoup de positions sur l'élevage et la sélection ont libre cours dans le microcosme du petit élevage, leur ténacité et leur longévité n'ayant d'égal que le peu de fondement scientifique qui les étaye. Certaines de ces opinions trouvent leurs racines dans les observations à caractère empirique qui ont été faites jadis par d'anciens éleveurs. Parfois, ces conclusions sont d'ailleurs exactes, même si elles ont été faites au mépris de toute méthodologie. Dans ce cas, les observations ont toujours été répétitives, faites en nombre et l'observateur était honnête; il n'essayait surtout pas de faire correspondre les conclusions de ses remarques avec l'idée qu'il pouvait se faire auparavant sur le problème qu'il se proposait de résoudre. C'est pourquoi il convient donc de prendre avec considération certaines opinions et méthodes d'élevage, car elles renferment souvent une part de vérité.

A l'inverse, des préjugés coriaces, érigés en non-sens vis à vis des connaissances actuelles, continuent à répandre leur obscurantisme parmi les éleveurs les plus crédules. Elles puisent leurs origines dans des observations insuffisantes, voire erronées, faites par des gens de parti-pris ou de bonne foi, mais totalement incompétents, elles sont ensuite reprises et transmises de génération en génération par des éleveurs manquant totalement de sens critique, quand ce n'est pas par les auteurs eux mêmes qui, maintes fois, se sont contentés de reprendre ce qu'avaient écrit leurs prédécesseurs sans se donner la peine de vérifier; tout le monde peut constater cet état de chose dans la littérature avicole. La prétention de ce modeste article est tout simplement de démystifier ces idées reçues.

Mais pour permettre de faire estimer aux lecteurs où en est encore, en ce début du troisième millénaire, la méconnaissance technique de certaines personnes, je citerai les exemples suivants qui me reviennent à la mémoire. Un éleveur de lapins argentés, propriétaire de femelles beaucoup trop foncées, ne s'en alarmant pas plus que cela, se mit en quête d'un mâle bien farineux, ce qui, d'après lui, devait lui permettre d'obtenir la tonalité vieil argent demandée, comme si les arcanes génétiques commandant le phénomène de l'argenture fonctionnaient comme une simple moyenne arithmétique... Une autre personne, entretenant et exposant des sujets d'une race naine de volaille, était ennuyée par des excroissances latérales poussant sur les crêtes. Dans pareil cas, le bon sens, sans parler de connaissances particulières, consiste à rechercher comme reproducteurs des animaux qui en sont dépourvus et à sélectionner dans la progéniture ceux qui leur ressemblent sur ce point. Au lieu de cela, cette brave dame se contentait de sectionner ces protubérances inesthétiques sur les sujets qu'elle réservait pour la reproduction et quand je m'étonnai de cette façon de procéder, en voulant lui expliquer que ce n'était pas de cette manière qu'elle transmettrait à sa souche une crête convenable, je me vis opposer un surprenant « Allez savoir ?... ».

Le dogmatisme de Mitchourine et Lyssenko fait encore des ravages dans nos rangs ! Sans parler du nombre de gens, qui se positionnent généralement, il faut le reconnaître, en dehors de l'aviculture officielle, et qui posent encore la question, dans les rubriques spécialisées des magazines de « la vie en vert » de savoir si la présence d'un coq est nécessaire pour que pondent les poules !

J'en arrive à quatre idées toutes faites qui circulent encore avec libre cours dans nos clapiers, poulaillers et pigeonniers du XXI° siècle et qu'il est bon de dénoncer régulièrement si l'on veut les éradiquer.

 

Un défaut se corrige par le défaut contraire
C'est le cas de notre éleveur d'Argenté de Champagne auquel j'ai fait allusion tout à l'heure. Mais, avant d'aller plus loin, disons tout de suite que pour faire disparaître rapidement un défaut, le mieux est de retirer de la reproduction les animaux qui le présentent et également ceux qui sont susceptibles d'en être porteurs : ascendants, collatéraux directs...

Cependant, si pour une raison quelconque, on se trouve dans l'obligation d'utiliser ces animaux comme reproducteurs, il faut savoir que le croisement de deux sujets présentant des défauts contraires ne va pas agir comme une correction mutuelle de ces deux défauts, mais va tout simplement aboutir à une souche porteuse de ces deux défauts qui ne manqueront pas de ressurgir à un moment donné, selon l'expression de leur dominance ou de leur récessivité. En génétique, 1-1 ne font pas 0 ! 

Si, par exemple, dans une race qui doit présenter une ligne de dos très rectiligne, on est obligé de faire reproduire une femelle au dos légèrement ensellé, il ne faut surtout pas rechercher un mâle présentant un dos de carpe, auquel cas on va retrouver les deux défauts dans la descendance. Il va falloir corriger ce dos ensellé en accouplant cette la femelle qui en est porteuse avec un mâle présentant une ligne de dos parfaite et, ensuite, travailler la sélection de la descendance dans cette optique. De même, des pattes en O ne se traitent pas par un accouplement avec des pattes en X, mais par des aplombs bien droits...

Un défaut héréditaire se corrige par la qualité correspondante et non pas par le défaut contraire.

 

La consanguinité est mauvaise et dangereuse
Oui, si elle est utilisée n'importe comment par des gens qui ne se sont pas instruits un minimum à son sujet. Non, dans le cas contraire.

La consanguinité est un excellent outil de sélection ; il faut bien s'imprégner du fait qu'elle a permis la création d'un nombre infini de races dans toutes les espèces et, qu'à l'heure actuelle, le maintien des races à petit effectif n'a souvent été possible que grâce à son utilisation à bon escient et par un équilibre avec des croisements dits de retrempe. C'est elle également qui permet la création de souches, notamment par l'obtention de reproducteurs reconnus « raceurs ». Ces derniers permettent l'amélioration des races en transmettant leurs qualités à leur descendance de façon moins aléatoire que des reproducteurs qui sont le fruit du hasard. Autrefois (18°-début du 20° siècle), les obtenteurs des grandes races de produit, et je pense à André Lavoinne pour la vache Normande, à Malingié pour la race ovine de la Charmoise, aux frères Colling pour la race bovine anglaise Durham, pratiquaient ce qu'il était alors convenu d'appeler « l'élevage en famille » : pratiquant une consanguinité raisonnée dans leurs propres troupeaux, ils ne s'adressaient, lorsque le besoin d'apporter du « sang neuf » se faisait impérativement pressant, qu'à des élevages qui leur avaient déjà acheté des reproducteurs ; ainsi, ils acquéraient une part de génétique nouvelle, mais en faisant appel à des types très proches du leur. Le renouvellement se faisait alors dans une confortable sécurité.

Un autre exemple remarquable est le célèbre troupeau de Mérinos de Rambouillet entretenu à la Bergerie Nationale. Sur les indications de Tessier, Louis XVI, désirant ne plus dépendre de l'Espagne pour l'importation de laines fines, a importé un lot de 41 béliers et 318 brebis Mérinos Espagnols qui arriva à Rambouillet le 12 octobre 1786. Grâce à Gilbert, un second contingent de 6 béliers et 40 brebis vint enrichir le premier cheptel, le 11 juillet 1801. Et depuis, plus rien ! La population de Mérinos de Rambouillet de la Bergerie Nationale tourne en intraculture depuis plus de 200 ans ; et l'on sait à quel stade de performances zootechniques elle est parvenue...

L'utilisation de la consanguinité est un formidable agent dynamisant pour la création et le maintien d'un type. Elle en accélère l'établissement par la fixation rapide des qualités. Le problème est qu'elle ne différencie pas les qualités et les défauts, si bien que ces derniers se développent à la même vitesse. C'est pourquoi il est absolument nécessaire de démarrer une souche avec des reproducteurs le plus irréprochables possible et de sélectionner à chaque génération.

Les centres de sélection ont des moyens et des tailles de troupeau qui sont hors de portée des amateurs et qui leur permettent d'appliquer des techniques sophistiquées. Nous ne les évoquerons donc pas dans le cadre de ce modeste article.

En règle générale, le petit sélectionneur pratiquera une consanguinité en ligne directe, c'est à dire entre ascendants et descendants directs père/fille, mère/fils, grand-père/petite-fille, etc... Elle est préférable à la consanguinité sur les collatéraux ; si l'on est toutefois obligé d'y recourir, il faut alors accoupler des collatéraux indirects : par exemple, oncle/nièce, grand-tante/petit­neveu, mais jamais frères/sœurs ou cousins. En n'oubliant pas que des sujets issus de deux portées ou nichées différentes, mais ayant les mêmes géniteurs, sont autant frères ou soeurs que des sujets de même portée...

La consanguinité développe l'état d'homozygotie qui favorise l'apparition d'animaux plus homogènes dans leur phénotype. Mais cela conduit à la mise en évidence de gènes récessifs défavorables qui ne pouvaient s'exprimer auparavant. Si un état dépressif apparaît (baisse de vigueur, des performances de reproduction), il convient alors de pratiquer une interruption dans les unions consanguines par un apport extérieur en portant son choix sur un type proche.

 

Hypothèse de l'imprégnation télégonique
Ayant fort heureusement perdu de son audience, cette théorie prétend qu'une femelle de race ayant été fécondée par un mâle d'une autre race ne pourra plus jamais engendrer des petits de sa race.

Aucun fondement sérieux ne soutient pareille allégation !

Les spermatozoïdes qui ont servi à la fécondation ont pénétré les ovules (ou les oeufs) qui vont donner naissance aux nouveaux sujets, les autres finissant par mourir et disparaître. Il n'y a pas possibilité de souillure ou d'altération quelconque des voies reproductrices ou du stock d'ovocytes restant. Cette union, fortuite ou désirée, ne peut donc avoir aucune influence sur la progéniture ultérieure de la femelle.

Certains, mais plus rares, prétendent même que le mâle qui a servi au croisement devient lui aussi impur, ce qui est encore plus absurde, si cela est toutefois possible...

Ce sont des retours ataviques qui sont à l'origine des observations erronées de gens de bonne foi, mais encore une foi d’incompétents et qui se laissent abuser par des croisements antérieurs, parfois distants de plusieurs générations, dont ils n'ont pas connaissance, alors même qu'ils se croient en possession d'animaux dits de « race pure ». Un cas bien connu est la venue au monde d'angoras dans une portée de lapins Géant Blanc du Bouscat, l'Angora ayant servi en 1910 à la création de cette race.

Le croisement n'influence en rien sur la qualité des géniteurs qui sont utilisés et ceux-ci engendreront à nouveau une descendance de la race à laquelle ils appartiennent s'ils sont accouplés ultérieurement à des partenaires de cette même race.

 

Le mâle seul a de l'importance
Ceci est absolument contraire à la réalité qui est que les deux parents apportent chacun la moitié du patrimoine génétique par le biais de leurs gamètes respectifs. En moyenne, la femelle a donc autant d'importance que le mâle. Il est d'ailleurs amusant de constater que de plus rares éleveurs pensent que c'est la mère qui est primordiale.

Ce qui est vrai, c'est que certains parents marquent plus leurs produits; ce sont des raceurs, comme on l'a vu plus haut. Ils sont d'ailleurs généralement issus d'une lignée relativement consanguine et expriment beaucoup de qualités. C'est sans doute ce phénomène qui doit tromper des observateurs encore de bonne foi. 

Cependant, le mâle peut effectivement avoir une importance accrue, mais ce n'est pas grâce à sa structure génétique particulière, mais simplement par l'utilisation qui en est faite. C'est généralement le cas pour les espèces polygames. Dans ce cas l'éleveur élève un coq avec plusieurs poules ou un lapin va servir plusieurs femelles. La descendance de ces mâles est donc beaucoup plus importante que celles des mâles vivant en couples, comme les pigeons, mais également que toutes les femelles. Dans ce cas, le renouvellement doit être effectué par l'introduction de nouvelles femelles. Ainsi, si les sujets nouvellement acquis ne conviennent pas, leur influence sera moins importante que s'il s'agissait d'un mâle et il sera plus aisé de corriger le tir.

Génétiquement, mâles et femelles ont une importance identique : il y a donc bien lieu d'accorder la même attention à la sélection des deux sexes.

Les yeux proéminents

Les yeux proéminentsUn critère important pour certaines races - Jean-Jacques MENIGOZ (décembre 2009)

 

Ce critère est mentionné dans le descriptif idéal de certaines races. Nous les citons en reprenant le texte exact du standard respectif.

Lièvre Belge                                                                         Argenté Anglais
Image Lievre Belge                                   Image Argenté Anglais
 «les yeux bien ouverts et brillants sont quelque peu proéminents"              "les yeux sont bien ouverts et légèrement proéminents" 

Brun Marron de Lorraine                                                      Hermine / Polonais
Image Brun Marron de Lorraine      Image Hermine / Polonais
"les yeux sont grands et proéminents"                                                            "les yeux sont grands et proéminents"

Nain Feu Noir                                                                      Hermine de Lutterbach
Image Nain Feu Noir     Image Hermine de Lutterbach
"les yeux sont grands et proéminents"                                                              "les yeux sont grands et proéminents"

Nain Angora                                                                          Nain Renard
Image Nain Angora      Image Nain Renard  
"les yeux sont grands et légèrement proéminents"                                             "les yeux sont grands et légèrement proéminents"

Nain Rex                                                                                Nain Satin
Image Nain Rex         Image Nain Satin Fauve   
"
les yeux sont grands et proéminents"                                                                 "les yeux sont grands et proéminents" 

Ce trait caractéristique est mentionné à la position ;
Aspect général, pour l’Argenté Anglais.
Tête, yeux, oreilles, pour le Lièvre Belge, le Brun Marron de Lorraine, le Nain de couleur, l’Hermine de Lutterbach, le Nain Angora, le Nain Rex et le Nain Satin.
Tête et yeux, pour l’Hermine / Polonais et le Nain Renard.

 

Un peu de sémantique, proéminent : qui fait saillie sur ce qui l’entoure.
Cette proéminence des yeux permet de couvrir un champ visuel panoramique complet, même au dessus. Avec la mobilité du cou, la vision est circulaire.

Pour information, le champ visuel pour chaque œil est supérieur à 180° (plus d’un demi cercle). Selon les auteurs de différentes études sur le champ visuel des lapins, celui-ci est de 192° pour chaque œil et peux atteindre 240°.

 

Comment obtenir la bonne proéminence des yeux ?
Nous effectuerons ici une analyse en deux parties. Brun Marron de Lorraine, Lièvre Belge et Argenté Anglais dans le premier tableau. L’ensemble des Nains dans le second. Nous verrons que la forme de la tête est globalement bien typique et bien différente.

  Races

yeux

Tête

Défauts légers

Défauts graves

Brun Marron

de Lorraine 

grands et proéminents

Petite et anguleuse,

La tête est à peine

busquée

Tête un peu ronde ou charnue

Tête trop grosse.

Yeux non proéminents

 Lièvre

Belge

bien ouverts et légèrement proéminents 

Oblongue

(plus longue que large), sèche et très expressive

Tête arrondie et forte 

 

 Argenté

 Anglais

bien ouverts et brillants sont quelque peu proéminents 

Assez forte et anguleuse, plutôt sèche, à peine busquée, mais jamais effilée

Tête un peu ronde ou charnue 

Tête trop ronde dite « tête de chat »

Avec ce premier groupe de trois races, nous avons là des têtes anguleuses, à peine busquées et selon la largeur du crâne au niveau du front, sous lequel est située l’orbite oculaire, nous avons une gradation dans l’expression de la proéminence des yeux. Le Brun Marron de Lorraine étant la race présentant la proéminence des yeux la plus accentuée.

Image Brun Marron de Lorraine       Image Brun Marron de Lorraine
Brun Marron de Lorraine possédant une tête trop large et trop busquée. La tête est
alors assez ronde et les joues sont trop extériorisées. Les yeux ne sont pas proéminents.

Second tableau ; les Nains

  Races

yeux

Tête

Défauts légers

Défauts graves

 

 

  Hermine / polonais

 

grands et proéminents

Présente un front et un museau extrêmement larges, de fortes mâchoires et des joues bien extériorisées. Son développement et sa configuration, qui s’approchent de la sphéricité la rendent particulièrement volumineuse

 

Un peu étroite ou légèrement effilée

 

Effilée ou trop longue

Nain de couleur

grands et proéminents

Voir Hermine / Polonais

Un peu étroite ou effilée

Très effilée ou trop longue

Hermine de Lutterbach

grands et proéminents

Voir Hermine / Polonais

Un peu étroite ou effilée

Très effilée ou trop longue

Nain Rex

grands et proéminents

Voir Hermine / Polonais

Un peu étroite ou légèrement effilée

Très effilée ou trop longue

Nain Satin

grands et proéminents

Voir Hermine / Polonais

Un peu étroite ou effilée

Très effilée ou trop longue

Nain Angora

grands et légèrement proéminents

Courte et forte, le front est large et le museau bien développé

Un peu fine

Effilée

Nain Renard

grands et légèrement proéminents

Front et museau larges, de fortes mâchoires et des joues bien extériorisées

Un peu étroite ou légèrement effilée

Effilée ou trop longue

Pour ce groupe de races, la sélection au niveau des têtes doit absolument prendre en compte l’approche de la sphéricité. Les yeux, grands et proéminents, s’inscrivant dans cette configuration. Il faut éviter les yeux trop petits, un développement trop plat et trop excessif de la largeur du crâne au niveau du front, débordant l’orbite oculaire et la présence de joues très très extériorisées. Si tous ces éléments sont en place les yeux sont alors enfoncés (voir photographie ci-après). Le phénomène peut être accentué par un développement pileux important à la partie supérieure de l’orbite oculaire.

Image Hermine / Polonais Yeux enfoncés     Les yeux sont enfoncés     Image Polonais / Hermine Yeux enfoncés 1

Image Nain Rhoen Image Nain Feu Bleu
   Développement de la tête s'approchant de la sphéricité, les yeus sont proéminents

Image Nain Japonais
Largeur du crâne au niveau du front débordant au dessus de l'orbite oculaire

Le fanon et la balance

Le fanon et la balance - par Jean-Jacques MENIGOZ (juin 2009)


Point de fable dans les propos qui suivent mais plutôt un souci d’aider les éleveurs à mieux maîtriser un élément de la physionomie des lapins et surtout des lapines, souvent disgracieux et pénalisant lors des jugements : le fanon.

 

Le fanon, c’est quoi ?
Le fanon est un repli cutané, envahi de graisse, qui pend sous le cou, résultant d'un décollement transversal de la peau qui se fait plus lâche. Lorsqu'il est admis chez la femelle, il doit rester simple et localisé à la partie antérieure du cou, régulièrement arrondi et non dévié (Standard).
Au niveau du glossaire du Standard, il est précisé concernant le fanon : plis cutanés transversaux, disposés à la partie antérieure du cou et de la gorge.

          Image fanon                             Image Blanc du Bouscat                     
                                Fanon                                                    Fanon très peu développé - femelle Blanc du Bouscat   Eleveur T Hebert, Photographie J-J Ménigoz

 

Le fanon et son appréciation.
Pour bien mesurer l’importance du fanon dans la qualité de présentation de nos sujets, relevons ici les défauts liés au fanon. Pour être plus complet nous engloberons également les défauts de la poitrine, puisque ces défauts ont la même origine.

       Défauts généraux légers (Standard) :
Poitrine forte chez les femelles de toutes les races, sauf chez les grandes races.
Très forte poitrine chez les femelles des grandes races.
Fanon développé chez les femelles de race moyenne.
Fanon très développé chez les femelles de grande race.

       Défauts généraux graves (Standard) :
Poitrine décollée.
Fanon et début de fanon chez les mâles de toutes races.
Fanon et début de fanon chez les races naines.
Fanon chez les femelles de petite race (exception : Petit Bélier, Petit Papillon, Chinchilla, Feh de Marbourg, Doré de Saxe, Rhoen, Sablé des Vosges, Séparator,  Zibeline où sa petite taille n’est pas disqualificative chez les femelles âgées).
Fanon de travers, trop développé, double, tablier chez les femelles de toutes races.

Image défaut fanon 1           Image défaut fanon 2           Image défaut fanon 3
 Fanon de travers                                            Fanon double                                                      Tablier

Nous poursuivons en reprenant le descriptif du fanon que nous rencontrons dans les textes définissant l’aspect général de chacune des races :

Grandes races
Géant des Flandres                              Un fanon pas trop excessif est admis chez la femelle
Géant Blanc du Bouscat                       Un fanon, le moins développé possible est admis chez la femelle
Bélier Français                                      Le fanon n’est pas excessif chez la femelle
Géant Papillon Français                       Le fanon ne doit pas être excessif chez la femelle
Synthèse :  Pour les grandes races, le fanon ne doit pas être excessif chez la femelle.  Nul chez le mâle.

Races moyennes
Alaska                                                Le fanon, s’il existe, doit être le plus réduit possible chez la femelle
Argenté de Champagne                  Le fanon, peu développé et régulier, est toléré chez la femelle
Argenté de Saint Hubert                  Le fanon, peu développé et régulier, est toléré chez la femelle
Bélier Anglais                                    Le fanon réduit est toléré chez la femelle
Bleu de Beveren                               Le fanon est le moins développé possible chez la femelle
Blanc de Hotot                                  Le fanon le plus réduit possible est toléré chez la femelle
Blanc de Vendée                              Le fanon est toléré réduit chez la femelle
Blanc de Vienne                               Un fanon, peu développé est toléré chez la femelle
Gris de Vienne                                  Un fanon réduit est toléré chez la femelle
Bleu de Vienne                                 Le fanon, peu développé et régulier, est toléré chez la femelle
Gris Bleu de Vienne                         Un fanon, peu développé est toléré chez la femelle
Noir de Vienne                                  Le fanon, peu développé et régulier, est toléré chez la femelle
Californien                                         Le fanon, s’il existe, ne doit pas être trop développé chez la femelle
Chamois de Thuringe                       Le fanon doit être le plus réduit possible chez la femelle
Fauve de Bourgogne                       Le fanon, peu développé et régulier, est toléré chez la femelle
Grand Chinchilla                               Le fanon peu développé est toléré chez la femelle
Grand Russe                                     Le fanon, peu développé et régulier, est toléré chez la femelle
Gris du Bourbonnais                        Le fanon chez la femelle, s’il existe, ne doit pas être trop développé
Japonais                                            Le fanon peu développé est toléré chez la femelle
Lièvre Belge                                      Le fanon est nul tant chez le mâle que chez la femelle
Lièvre Belge Feu Noir                      Le fanon est nul tant chez le mâle que chez la femelle
Lièvre Belge Blanc                           Le fanon est nul tant chez le mâle que chez la femelle
Lapin Chèvre                                    Le fanon le plus réduit possible est toléré chez la femelle
Néo-Zélandais                                  Le fanon chez la femelle, s’il existe, est moyennement développé
Noir et Blanc                                     Le fanon peu développé est toléré chez la femelle
Bleu et Blanc                                     Le fanon peu développé est toléré chez la femelle   
Brun et Blanc                                     Le fanon peu développé est toléré chez la femelle
Normand                                            Le fanon, s’il existe, doit être le plus réduit possible chez la femelle
Papillon Rhénan                               Un fanon peu développé est toléré chez la femelle
Synthèse : Pour les races moyennes, le fanon chez les femelles, est nul pour le Lièvre Belge, peu développé ou réduit pour la très grande majorité des races de cette catégorie et au maximum moyennement développé pour le Néo-Zélandais. Nul chez le mâle. 

Image argenté de champagne
Fanon et tablier très développé, Argenté de Champagne

Races à fourrures caractéristiques
Rex castor                                      Le fanon réduit est toléré chez la femelle
Rex autres variétés                       Le fanon réduit est toléré chez la femelle
Satin                                               Le fanon réduit est toléré chez la femelle
Angora Français                           Le fanon n’est pas apparent
Renard                                           Le fanon n’est pas apparent
Synthèse : Pour les races à fourrures caractéristiques, le fanon est toléré réduit ou n’est pas apparent chez la femelle. Nul chez le mâle.

Petites races
Argenté Anglais                             Le fanon est nul chez les deux sexes
Brun Marron de Lorraine               Le fanon est nul chez les deux sexes
Chinchilla                                        Le fanon n’est toléré, le plus réduit possible chez les femelles âgées
Doré de Saxe                                 Le fanon n’est toléré, le plus réduit possible chez les femelles âgées
Feh de Marbourg                           Le fanon est toléré réduit chez les femelles âgées
Feu Noir – Bleu –
Havane – Feh                                 Le fanon est nul chez les deux sexes
Havane Français                            Le fanon est nul chez les deux sexes
Hollandais                                       Le fanon est nul chez les deux sexes
Lynx                                                 Le fanon est nul chez les deux sexes
Papillon Anglais                             Le fanon est nul chez les deux sexes
Petit Papillon                                  Le fanon réduit est toléré chez les femelles âgées
Petit Bélier                                      Le fanon réduit est toléré chez les femelles
Perl Feh                                          Le fanon est nul chez les deux sexes
Rhoen                                              Le fanon est toléré chez les femelles âgées
Russe                                              Le fanon est nul chez les deux sexes
Sablé des Vosges                         Le fanon est toléré réduit chez les femelles âgées
Separator                                       Un petit fanon bien formé est admis chez la femelle adulte
Zibeline / Martre                             Le fanon est toléré réduit chez les femelles âgées
Synthèse :   Pour les petites races, le fanon est nul ou est toléré réduit chez les femelles âgées de certaines races. Nul chez le mâle.

Races naines
Nain Bélier                            Le fanon est nul chez les deux sexes
Nain de couleur                    Le fanon est nul chez les deux sexes
Hermine / polonais               Le fanon est nul chez les deux sexes
Hermine de Lutterbach        Le fanon est nul chez les deux sexes
Nain Angora   --------------------------------------------------
Nain Bélier Rex                    Le fanon est nul chez les deux sexes
Nain Renard   --------------------------------------------------
Nain Rex                               Le fanon est nul chez les deux sexes
Nain Satin                             Le fanon est nul chez les deux sexes
Synthèse : Pour les races naines, le fanon est nul chez les deux sexes.

Nous le constatons à la lecture des éléments mis à plat ci-dessus que, l’éleveur, s’il souhaite présenter  des sujets de qualité, doit être vigilant tant à la présence du fanon qu’à son développement.

 

Comment maîtriser la présence du fanon et son développement?
Voila une question qui alimente très souvent les discussions. Les juges sont régulièrement interrogés sur ce sujet. L’origine est-elle héréditaire ou liée à l’alimentation ?
Nous allons essayer d’apporter des réponses, en tout cas des pistes de solution.

 

Les origines de la présence du fanon.
Il n’existe pas de réponse unique et idoine, la manifestation du fanon est la conséquence de plusieurs paramètres. Ils sont cités ci-après et leur degré d’importance n’a aucun lien avec l’ordre de leur énumération.
      Génétique, hérédité ; sur ce point nous n’avons pas la prétention de vous éclairer par quelques formules magiques, nous nous contenterons de parler de sélection.
     Alimentation ; elle est importante en terme de quantité et de qualité.
      Environnement ; nous évoquons là, le lapin et son clapier.

 

Les pistes de solution.
Nous insistons sur le fait que la présence du fanon et de son développement ne seront maîtrisés qu’en travaillant dans l’ensemble des directions. Il est absolument nécessaire de s’appliquer à mettre en œuvre tous les axes d’amélioration qui vous sont proposés.
De l’observation, de la patience, de la méthode et de la rigueur, sont requis pour avancer vers l’amélioration il faut être un véritable éleveur sélectionneur, un animalier.
Il est évident que ce qui est proposé par la suite ne s’adresse pas aux collectionneurs (qui ont trop de races dans leur élevage), aux éleveurs nomades (ceux qui changent très régulièrement de race).

La sélection :
Trois critères sont notamment à rechercher.
Les deux premiers sont liés à des paramètres physiques de pur bon sens.
Privilégier les jeunes femelles reproductrices à fanon le plus réduit possible.
Les mâles reproducteurs sont issus de femelles à fanon peu développé.
Ecarter les reproducteurs dont la peau présente un manque d’adhérence (peau lâche, trop détachée)        

Peau très lâche
Peau très lâche  -  Photographie Standard Suisse

Petits commentaires:
comme pour tous les critères de sélection, il est judicieux de connaître l’origine des reproducteurs et de s’assurer ainsi du bien fondé de vos choix.
Il est assez fréquent de rencontrer des gènes d’obésité, notamment sur les petites races. Pour en diminuer les conséquences, mettre en pratique les pistes de solution évoquées ici. A savoir, une surveillance de l’alimentation (quantité et qualité) et une exigence accrue dans la sélection.

L’autre point, la précocité.
C’est la faculté que possèdent certains sujets, d’arriver à leur plein développement dans un temps plus réduit. Ce sont des animaux précieux. Il ne sera pas nécessaire de les pousser pour arriver au poids et le fanon apparaîtra moins facilement. Pour repérer ces sujets, la balance. Pesez régulièrement vos jeunes lapins, ce dès le sevrage, et noter vos observations. Ces notes vous aideront à déterminer les animaux les plus précoces et les accouplements vous offrant les meilleurs résultats. Le choix de vos futurs reproducteurs en sera plus aisé.

L’alimentation :
L’alimentation des lapins a une incidence directe, non seulement sur leur santé, mais encore sur la rapidité de leur croissance et l’harmonie de leur développement.
Une nourriture bien équilibrée et adaptée est nécessaire jusqu’à 3,5 à 4 mois pour les Nains, 4-5 mois pour les Petits races, 5-7 mois pour les races Moyennes et jusqu’à 8 à 10 mois pour les Grandes races. Les tissus s’allongent, les organes grandissent, les nombreuses glandes de l’organisme se développent et fonctionnent plus intensément. C’est la période de la vie ou l’organisme à des besoins importants. A titre indicatif, le taux de protéines pendant cette période de croissance se situera dans une fourchette de 16 à 17%.
Une fois le squelette formé et les muscles suffisamment développés on peut songer à une alimentation plus parcimonieuse que l’on appelle alimentation d’entretien. Pour cette période un taux de protéines de 13 à 15% est suffisant.   
Une alimentation trop abondante et trop riche, notamment en protéines, entraîne l’engraissement des animaux et nous trouvons là un terrain propice au développement de la poitrine et du fanon.
La quantité de nourriture sera adaptée en fonction de, l’âge, la taille, l’appétit des animaux, leur statut dans l’élevage (reproducteur, jeunes en période de croissance, lapins à l’engraissement, sujets de concours, femelles en gestation, mères nourrices, … ).

Pour vous aider à définir vos rations, vous trouverez ci-après quelques éléments sous forme de tableau.

Avertissement :
Les quantités vous sont données à titre indicatif, elles sont exprimées en poids (grammes) par jour pour un lapin.
Ces chiffres ne sont pas des valeurs rigides. Ce sont des moyennes qui doivent permettre à l’éleveur d’approcher au mieux les besoins.
Son sens de l’observation, son expérience et son souci d’adaptation lui faciliteront la détermination des bonnes quantités.
Pesez régulièrement vos lapins, cela vous aidera à déterminer avec précision les quantités à fournir.

 

Image ration races géantes

 

Image ration races moyennes

 

Image ration races à fourrure

 

Image ration petites races

 

Image ration races naines


A partir de quel moment l’animal passe en période d’entretien ? C’est une question qui ne peut pas avoir de réponse unique. Elle doit être adaptée selon l’élevage et ce pour un ensemble de raisons, dont notamment :
    La race
    La souche
    La vitesse de croissance des animaux (précocité)
    L’alimentation
    L’environnement
    Les conditions générales d’élevage ………………..
    
Etablir une règle absolue n’est pas possible. C’est là qu’il est important de suivre la croissance de vos sujets. Une seule solution objective, pesez régulièrement vos lapins, notez vos relevés et adaptez la ration.
Une première étape peut être utilisée lorsque l’animal atteint le poids mini de l’échelle des poids du Standard spécifique de la race élevée. Surveillez de manière plus fréquente
l’évolution de la croissance et surtout ne la forcez pas.
Deuxième étape, c’est lorsque l’animal rentre dans la fourchette de poids idéal. A ce moment il est déclaré en période d’entretien.
La meilleure méthode, sera celle que vous déterminerez pour votre propre élevage, par votre pratique, votre rigueur et vos observations.

L’environnement
Dans ce chapitre, deux commentaires supplémentaires :
Adaptez les dimensions de vos cages d’élevage à vos animaux. Des cages trop étroites contraignent le lapin à l’immobilité ce qui est favorable à la production de graisse.
En période d’entretien, n’oubliez pas d’adapter les rations à la température. S’il fait froid, le lapin a besoin, pour maintenir ses fonctions vitales et la température de son corps, d’une ration un peu plus copieuse.

 

Conclusion
Beaucoup d’entre nous ont entendu de la part de nos anciens « une bonne femelle doit avoir du fanon ». C’est à la fois vrai dans le sens ou les femelles doivent exprimer des différences morphologiques qui caractérisent le dimorphisme sexuel, et le fanon est l’un de ces éléments. Et c’est à la fois faux, car trop de fanon exprime clairement un développement important des masses graisseuses, phénomène qui n’est pas sans conséquence, notamment sur les performances de reproduction.

Ce qui m’a incité à rédiger cet article est mon souci d’aider les éleveurs. J’ai essayé à la fois d’être le plus complet possible et de fournir aux éleveurs des éléments concrets. Sans avoir la prétention d’y être arrivé, j’espère simplement que ces lignes fourniront quelques pistes d’amélioration aux cuniculteurs.

                                         Image Néo-Zélandais Bergamelli                                                
Femelle Néo-Zélandais de 5 kg, sans fanon.    Oui c'est possible !!!      Eleveur Jean-Marc BERGAMELLI