Maladies des lapins

Maladies des lapins

Maladies des lapins (3ème édition)

 

Manuel pratique des Editions France Agricole

Tout savoir sur la santé du lapin

Le lapin est un animal assez fragile. Il faut porter toute notre vigilance sur lui afin de déceler toute anomalie.

La troisième édition, parue aux Editions France Agricole, traite de la santé des lapins quelles que soient leurs formes d’élevage. Il fait le point des pathologies les plus récentes ou émergentes. Le lecteur trouvera aisément toutes les informations utiles, liées de près ou de loin aux maladies et aux soins des lapins.

La prévention prend une place importante dans l’ouvrage, non seulement pour assurer la pérennité des élevages mais également pour répondre aux normes sanitaires et aux exigences des consommateurs en matière de qualité de viande sans résidus médicamenteux.

Destiné aux éleveurs, vétérinaires, étudiants et enseignants ainsi qu’aux amateurs de lapins de compagnie et de races, c’est un manuel complet et accessible à tous.

Les auteurs : Samuel Boucher est docteur vétérinaire et juge cunicole. Expert apprécié des milieux cunicoles, il participe à plusieurs programmes de recherche et exerce depuis plus de vingt ans dans le domaine de la cuniculture rationnelle.

Loïc Nouaille, est docteur vétérinaire et conseiller en cuniculture auprès de groupements français. Il exerce dans ce domaine depuis une trentaine d’années.

16,5 x 23  – 384 pages – 55 € TTC -  ISBN 13 : 978-2-85557-246-8

L’ouvrage est disponible depuis le 20 août 2013 aux Editions France Agricole.

_______________________________________________________________________________________

Pour obtenir cet ouvrage :

vous pouvez commander à LABOVET CONSEIL auprès de Martine Bonnenfant Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. tél. 02 51 91 02 53.

La Tiamuline

La Tiamuline : une molécule qui rend bien des services en cuniculture (septembre 2010)

Dr Samuel Boucher - Président délégue chargé des affaires sanitaires et scientifiques de la Fédération Française de Cuniculiculture

Introduction
"Les antibiotiques (substances qui empêchent le développement ou détruisent des bactéries) c'est pas automatique". Cette phrase a été entendue maintes fois dans les médias. Et c'est sans doute bien ainsi. Il faut empêcher les abus et garder à ces substances d'intérêt médical toute leur utilité. Beaucoup sont utilisées chez l'Homme et il serait déraisonnable de favoriser, par l'emploi inconsidéré d'un antibiotique chez l'animal, la création de résistances chez des bactéries pathogènes de l'Homme. La tiamuline est un antibiotique qui n'est pas utilisé en médecine humaine. C’est un avantage notable car il n’y a pas de risque de création de résistances des bactéries chez l’Homme.

 

La molécule et son comportement dans l’organisme - Vite absorbée, vite efficace
Une fois ingéré, la tiamuline est très bien absorbée par le tube digestif (à plus de 90%). La molécule se répartit ensuite facilement dans les différents tissus. Sa structure moléculaire lui permet en effet d’être soluble dans les graisses et de ce fait, elle traverse très bien les membranes des cellules (elles aussi lipidiques). Elle présente donc une affinité marquée pour les poumons, les bronches, les articulations, le tube digestif, le foie, les reins, la peau et la mamelle. C’est surtout au niveau du foie que la tiamuline est dégradée avant d’être éliminée pour les deux tiers par la bile. Cependant, le rein (via l’urine) ou la mamelle (via le lait) permettent aussi l’élimination de la tiamuline sous forme active. La molécule est bien éliminée et des tests ont montré qu’après administration d’une de 16mg/kg pendant 10 jours de la spécialité commerciale buvable, on ne retrouve pas de résidus d’antibiotique dans la viande au-delà de 2 jours. Les lapins sont donc consommables dès 2 jours après un traitement.

Comme tout antibiotique, en cas de surdosage, il peut y avoir un risque toxique. Pourtant, il est minime. Chez le lapin, distribuée sur de longues périodes à dose normale, la tiamuline n’a pas révélé de toxicité chronique. A hautes doses, après 10 jours d'utilisation, on peut observer une coloration rouge des urines, qui est due à la complexation d'un métabolite de la tiemuline; cette coloration est sans incidence sur la santé du lapin. C’est une molécule relativement sécurisante.

En outre, on peut l’associer avec quelques autres substances telle que l’oxytétracycline, ce qui augmente son activité (élargit le spectre d’activité antimicrobienne et agit en synergie sur différentes bactéries responsables d’infections respiratoires). Ces associations permettent d’avoir la même efficacité en administrant un peu moins d’antibiotique. Ce n’est pas négligeable, ni financièrement, ni pour tenir compte de l’environnement. Bien que certains auteurs le disent possible à faible dose, on évitera les associations avec la salinomycine, malgré tout peu employés en cuniculture.

La tiamuline agit sur les mycoplasmes (il a été démontré que ces bactéries provoquaient des pneumonies chez le lapin et favorisaient le développement de pasteurelles, agents responsables des coryzas), sur Clostridium (responsable de météorisation), sur Pasteurella multocida (responsable de pasteurelloses), sur Staphylococcus aureus (responsable de maladies de peau) et sur Bordetella bronchiseptica (qui abîme les sinus).

La tiamuline, employée correctement, peut donc rendre bien des services en cuniculture.

 

Son utilisation dans le traitement de l’Entérocolite Epizootique du Lapin (EEL)
Depuis 1996 en France, l’Entérocolite Epizootique du Lapin (EEL) sévit dans les élevages. Les pertes de production liées à cette maladie ont été estimées autour de 25 à 30%. Toutes les souches ou races de lapins sont touchées.

Tiamuline - EEL

Si on ne connaît actuellement pas encore l'agent pathogène en cause, plusieurs auteurs ont mis en évidence la prolofération de Clostridium perfringens dans le syndrome EEL. Il semble donc avéré que - même si ce n’est peut-être pas l’agent primaire -, le Clostridium complique la maladie. C'est d'ailleurs cette bactérie qui est étudiée dans les dossiers d'AMM (Autorisation de Mise sue le Marché) pour toute substance traitant sur l'EEL. La destruction de ces bactéries anaérobies associée à quelques pratiques simples d’élevage (mise à jeûn, rationnement, sevrage dans les salles sèches et chauffées) permet au lapin de mieux lutter contre cette maladie.

Les signes cliniques sur les lapins en croissance sont : arrêt de consommation, sous-consommation d’eau, ballonnement, constipation, signes de douleur (prostration, coliques, lapins mordant la cage), mydriase bilatérale (pupille dilatée), bradycardie (ralentissement des battements cardiaques), parfois sécheresse des muqueuses (œil vitreux), déficit proprioceptif.

On note parfois une sous-consommation d’aliment 2 à 3 jours avant l’apparition d’une diarrhée liquide peu abondante. La présence de mucus est signalée pour 10% de lapins autopsiés. Un ballonnement de l’abdomen est aussi observé ainsi qu’une forte augmentation de la mortalité des lapereaux en engraissement.

L’EEL touche aussi le cheptel reproducteur et les animaux non sevrés.

Ces signes cliniques sont accompagnés d’une chute de la croissance à mettre en relation avec l’anorexie précédant l’épisode clinique et la mauvaise digestion lors de la phase « maladie ».

Les lésions concernent principalement le tube digestif :
- L’estomac est dilaté avec un contenu très liquide. Cette lésion est rencontrée de manière constante. 
- Au niveau de l’intestin grêle, le contenu est le plus souvent liquide mais la présence de gaz est aussi notée et explique l’aspect fortement dilaté de certaines portions de l’intestin.
- Le contenu du caecum est toujours anormal mais est très variable : il peut être liquide, sec ou hétérogène avec une partie liquide en partie proximale et une autre partie dilatée par la présence de gaz.
- Le colon présente toujours, lui aussi, un aspect anormal ; il peut être vide, rempli d’un contenu liquide ou fortement dilaté par la présence de mucus.

Tiamulin - tube digestif

L’une des caractéristiques du syndrome entérocolite est l’absence de lésions inflammatoires sur les parois digestives, et sur les autres organes en l’absence de surinfection. On notera donc que le terme d’ "entérocolite" qui signifie inflammation de l’intestin et du colon est fort mal choisi.

En l’absence d’étiologie connue,  le diagnostique de l’EEL reste principalement visuel et se fonde sur des signes extérieurs comme le ballonnement et sur les lésions nécropsiques liées à une mortalité forte.

La tiamuline a obtenu l'indication pour traiter l'EEL chez le lapin. C'est actuellement la seule à être proposée pour cette indication sous forme de médicament liquide à mettre dans l'eau de boisson et/ou dans l'aliment. Depuis quelques semaines, pour les petits élevages, nous avons à disposition en flacons de 100 mL une spécialité  liquide (Cevamuline®) avec AMM pour le lapin. Le traitement doit se faire à la dose de 0.16 mL/kg de poids vif pendant 10 jours.

 

Son utilisation dans le traitement de la staphylococcie
La tiamuline a aussi le pouvoir de soigner la staphylococcie  qui s’exprime essentiellement sous la forme d’une maladie de peau. Le lapin héberge naturellement des staphylocoques sur la peau et ceux-ci peuvent envahir l’animal ou provoquer un abcès après introduction dans une plaie, si minime soit-elle lors d'un vaccin, d'une morsure, d'une griffure ... ). Les lapereaux encore dans les nids s’infectent donc facilement au contact de leur mère qui les griffe parfois en venant les allaiter. Un des signes fréquent de cette maladie est ce qu’on appelle les « maux de pattes » très connus chez le lapin Rex ou certains lapins élevés sur grillage. A la faveur d’une petite coupure sous les pattes, le staphylocoque se développe et provoque une réelle nécrose plantaire ou palmaire. On distingue actuellement les staphylocoques dits hautement virulent donnant des maladies très difficile à soigner et les staphylocoques faiblement virulents dont on vient facilement à bout avec une antibiothérapie par voie générale et des soins locaux.

Tiamuline - Staphylococcus

La staphylococcie est une maladie fréquente qui s’exprime de la manière suivante :

       -  180 ou 200 % de renouvellement sur les femelles par an (mortalité, palpations négatives, mauvais allaitement des jeunes);
       -   fatigue et maigreur;
       -   maux de pattes;
       -   mammites;
       -   abcès;
       -   mortalité dans les nids;

Tiamuline - Mal de patte

Le diagnostic de la staphylococcie est avant tout clinique (observation des lésions et des signes cliniques) mais il doit être complété par un examen bactériologique qui permettra l’isolement de Staphylococcus aureus et fournira un antibiogramme éventuellement.

Une étude publiée en 2009 a montré que les staphylocoques dorés chez le lapin sont très peu résistants à la tiamuline (moins de 1%) alors qu'ils peuvent l'être à de nombreux autres antibiotiques.

Dans la prévention des staphylococcies, l’hygiène générale est importante. Il faut insister sur l’absence d’humidité, la désinfection des cages, le renouvellement des litières. Le choix des animaux élevés est également important. Ainsi, il a été démontré que les souches que l’on veut élever sur grillage doivent être fortement pourvues de poils sous les pattes. Le Néo-zélandais, le Californien se prêtent bien à cet élevage là tout comme les lapins de souches commerciales actuelles. Cependant, s’il est sain, sur les sols grillagés actuels très bien conçus avec un repose pattes en complément, toutes les races peuvent être élevées sans problème de nécrose plantaire. Des professionnels arrivent même à élever des centaines de lapins rex sans la moindre problème sur grillage.

En cas de contamination, il est possible d’essayer de renforcer l’immunité par l’injection d’un autovaccin (on fabrique un vaccin à partir des staphylocoques isolés de votre élevage) mais pour soigner, il est souvent nécessaire de passer par un antibiotique adéquat. La tiamuline en fait partie. Elle diffuse assez bien jusque sur la peau.

On l’administre dans l’eau de boisson durant 7 jours, à raison de 0.4 ml de Cevamuline® par kg de poids vif. Durant cette période, il est indiqué de faire des soins locaux (spray désinfectant sur les plaies), et éliminer les facteurs favorisants (assèchement des litières, désinfection des nids par une poudre antiseptique…). Il est parfois nécessaire de recommencer un traitement quelques jours plus tard.

 

La tiamuline dans le traitement des maladies respiratoires
Actuellement, le coryza est connu pour être une des maladies les plus rencontrées en élevage de lapins de concours. Une enquête bactériologique réalisée dans des expositions a mis en évidence le portage de pasteurelles sur au moins un lapin sur deux. Cela ne veut pas dire qu’il tombera malade mais il en a la possibilité.

Les maladies respiratoires du lapin sont principalement dues à trois bactéries. La pasteurelle (Pasteurelle multocida) est la plus connue. S’y ajoute la bordetelle (Bordetella bronchiseptica) qui vit dans les sinus et les « ronge » et Mycoplasma  bovis et/ou Mycoplasma arginini qui vit dans le poumon, l’abîme et favorise ainsi le développement de la pasteurelle. Le lapin étant porteur sain de certaines pasteurelles, il a été nécessaire de mettre au point un test de laboratoire capable de détecter si la pasteurelle est dangereuse ou non pour l’animal. Ainsi, on distingue les pasteurelles ODC + qui sont pathogènes des pasteurelles ODC- qui le sont peu. Tout laboratoire est capable en principe de vous le signaler.

Mais lorsqu’on parle de pasteurellose, il faut aussi évoquer les autres formes de la maladie, la forme respiratoire n’étant qu’une composante de cette entité. En effet, les pasteurelloses peuvent provoquer des abcès sur la peau ou sur les organes vitaux tels que le foie, la rate ou les reins, des métrites, ou des troubles nerveux (dits « torticolis » car le lapin a la tête tournée).

Un traitement intéressant doit donc à la fois inactiver ou tuer la bactérie et diffuser partout dans l’organisme. Il faut aussi qu’il soit actif sur les mycoplasmes et les bordetelles. C’est le cas là encore de la tiamuline.

On fera réaliser un antibiogramme sur la pasteurelle avant de procéder au traitement car certaines pasteurelles sont devenues résistantes à cette molécule. Afin de bénéficier de la synergie des antibiotiques, on pourra aussi associer la tiamuline et l’oxytétracycline à raison de 0.4 ml/kg de poids vif de Cévamuline® et de 50 mg/kg d'oxytétracycline. Dans tous les cas, il faudra éliminer les facteurs favorisant l’apparition de la maladie (mauvaises ventilations, courants d’air, renouvellement d’air insuffisant, humidité ambiante …).

 

Conclusion
La tiamuline est donc une molécule qui peut rendre de multiples services en cuniculture. Bien employée (sur les bonnes maladies et en respectant les prescriptions), elle fait partie des antibiotiques qui aident à combattre les maladies bactériennes dans les élevages. Désormais disponible en petit conditionnement, les traitements utilisés par les professionnels sont mis à la portée des éleveurs amateurs.

Parasites de la peau et des poils des lapins de concours

Parasites de la peau et des poils des lapins de concours   

par Samuel BOUCHER  Pdt Délégué de la FFC chargé des affaires scientifiques et sanitaires

Les parasites de la peau et des poils sont nombreux dans le monde animal. Le lapin est parfois un hôte infesté par des acariens (gales des oreilles, gales du corps, cheyletielles), des insectes (puces, poux) ou encore des champignons (teignes). Tous ces êtres sont dits parasites, c'est à dire qu'ils se développent aux dépens de leur hôte. Là ne s'arrête pas la liste des maladies de la peau des lapins. Des bactéries (staphylocoques, pasteurelles, pseudomonas...) ou des virus (myxomatose) peuvent aussi créer des lésions cutanées, sans oublier les nombreuses carences, les maladies génétiques, les troubles du comportement ou les administrations de médicaments inadéquates. Nous limiterons l'exposé aux maladies parasitaires de la peau les plus fréquentes en exposition.

 

Acariens

Les gales
La gale des oreilles ou otacariose (gale psoroptique) :
très fréquente mais se soigne très bien. Elle est à l'origine de troubles du comportement. Le parasite responsable est un acarien : Psoroptes cuniculi. A l'aide de ses pièces buccales, il détruit les couches épidermiques et provoque une inflammation et une exsudation du tégument du pavillon auriculaire. Le premier symptôme est un prurit intense (le lapin se gratte l'oreille). La palpation à la base de l'oreille est douloureuse. Le fond du cornet auditif contient une matière molle brun jaune disposée en feuillets. Au bout de quelques jours d'évolution, l'oreille entière peut être gagnée. Le prurit permanent et violent entraîne parfois la formation d'othématomes, les croûtes étant alors arrachées et laissent voir un tégument sanguinolent. L'otacariose induit rarement une otite moyenne ou interne à l'origine d'un torticolis mais ce n'est pas impossible. Une surinfection bactérienne (pasteurelles en général) peut provoquer un syndrome vestibulaire. Enfin, une extension est possible sur la base des oreilles, du cou et de la tête..

La gale de la peau :
beaucoup plus rare, elle se soigne également très bien. Elle est due généralement à Sarcoptes scabiei variété cuniculi (creuse des galeries) ou Notoedres cati variété cuniculi (fait des nids). Les galeries ou les nids créent des lésions inflammatoires allant de l'exsudation jusqu'au phénomène de parakératose. Cette inflammation entraîne un prurit intense. On note une alopécie partielle, un exsudat séreux et des papules surmontés d'une croûtelle au début (bouton de gale) puis des croûtes grisâtres se forment avec des débris cellulaires et de la lymphe séchée. Les lésions siègent habituellement sur la tête (menton, lèvres, bout du nez, chanfrein, base des oreilles) avec extension possible aux pattes (base des ongles et face plantaire).

Les deux types de gales créent des lésions croûteuses.

Le diagnostic est facile pour la gale des oreilles (croûtes en feuillets), plus difficile pour les gales de la peau. On procède alors à un raclage de la peau et on observe le produit de raclage dans du chlorate de lactophénol. On voit alors très bien les parasites, des cellules épithéliales et des cellules inflammatoires. Un otoscope muni d'une loupe permet de mettre en évidence les psoroptes.

Le traitement soulagera l'animal grâce à un nettoyage soigné des croûtes qui seront préalablement ramollies avec une solution huileuse minérale. Les croûtelles seront enlevées à l'aide d'une curette ou d'une pince. On instillera ensuite des acaricides dans les deux oreilles (amitraz à 0,5% dans propylène glycol et eau (V/V), organophosphorés, roténones, lindane) deux fois par semaine durant trois semaines. Ces traitements seront bannis si les croûtes ont fait place à une zone écorchée (risque de passage par voie générale et intoxication). On préférera alors deux injections d'ivermectine à 0,2 mg/Kg PV (ou en pour on) ou par l'utilisation de fipronil dans l'oreille. Il faut aussi assainir le milieu de vie. Tous les lapins sont à traiter dans un même clapier.

Attention, cette maladie est contagieuse et un lapin « galeux » exposé doit être mis à l'infirmerie et traité sur le champ. En outre, de façon temporaire, les gales peuvent infecter l'Homme occasionnant un prurigo galeux.

Les Cheyletielles
Cheyletiella parasitovorax est un petit acarien qui se loge souvent en arrière du cou. Il provoque la chute des poils suite à l'abrasion de la couche cornée de la peau. Le lapin fabrique alors de nombreuses squames. Il arrive que le parasite s'enfonce dans les couches kératinisées de la peau pour y former des poches ou des pseudo tunnels. Sa durée de vie est de 5 semaines.

Les lésions se situent entre les épaules et parfois sur l'abdomen. Le prurit est discret (moins important que pour les gales) mais on note une alopécie, des croûtes gris blanchâtre légèrement onctueuses recouvrant un tégument rouge et douloureux.

Le diagnostic est rapide. Il suffit de brosser énergiquement le lapin avec une brosse à dents sur une feuille de papier et d'écouter attentivement. Les petits parasites déposés sur la feuille grattent le papier et font un petit bruit caractéristique. Il suffit alors de les observer au microscope pour les identifier plus sûrement. Un test dit "scotch test" peut être réalisé. On pose un morceau de ruban adhésif sur la peau du lapin et on retire ainsi les parasites collés. Un raclage cutané peut éventuellement être réalisé.

Le traitement se fera par l'administration d'ivermectine ou d'amitraz. On veillera à nettoyer le milieu extérieur et à distribuer un antiparasitaire car les cheyletiella restent présentes durant plusieurs semaines. Le traitement de l'environnement se fera pendant 6 semaines.

Les cheyletielles peuvent provoques une anthropozoonose (dermatite eczematiforme sur différentes parties du corps si contact étroit avec les animaux malades ou porteurs sains).

Autres acariens
Listrophorus gibbus ou Leporacarus gibbus

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, ils sont extrêmement fréquents dans les expositions. Comme ils se voient peu à l'oeil nu, le juge n'en fait souvent pas mention.

Toutefois, indirectement, les fourrures contaminées sont ternes et le lapin perd quelques points pour cela. On le retrouve essentiellement sur les poils du dos, de la croupe et de la région inguinale.

Listrophorus gibus, c'est le nom du "poux du lapin". Il est très souvent associé à des petits parasites de la peau « Cheyletiella parasitovorax » (voir plus haut).Le traitement se fait en éliminant la paille et en pulvérisant le lapin avec un insecticide adapté.

Aoûtats
Trombicula automnalis ou aoûtat provoque un prurit intense. Il se fixe dans la peau avec ses chélicères, notamment dans et sur les pavillons auriculaires, le tour des yeux, des pattes, de l'anus.

La transmission se fait après contact avec des végétaux. On note alors de petits points orangés sur des lapins ayant séjourné sur des pelouses contaminées. Les autres animaux de la maison et l'Homme peuvent se contaminer au même endroit.

Tiques
Un très grand nombre d'espèces existe parmi les genres Ixodes, Haemaphysalis, hipicephalus, Dermacentor.

Les tiques sont faciles à voir. Elles provoquent des piqûres qui peuvent irriter et provoquer un prurit suivi de la formation d'un nodule érythémateux qui s'ulcère parfois. Elles ont une action spoliatrice et anémiante. En outre, elles peuvent être le vecteur de maladies comme la tularémie.

Les tiques doivent donc être retirées. On les "endort" avec un coton imbibé d'éther et on les retire en tirant dans le sens d'implantation du rostre, à 30° de la peau environ. Tirer perpendiculairement reviendrait à casser le rostre et à le laisser dans la peau.

 

Champignons

Les teignes
Il en existe plusieurs mais deux sont souvent retrouvées : Microsporum canis et Trichophyton mentagrophytes (la plus fréquente). Trichophyton quinckeanum, Trichophyton verrucosum ou Microsporum gypseum peuvent exceptionnellement contaminer le lapin.

Les sources de contamination sont le contact d'autres sujets infectés (lapins ou autre animal) ou la présence de poils de duvet contaminés par des spores. Ces spores peuvent aussi contaminer l'aliment, la paille, le foin, le matériel. Le sol peut être suspecté lors d'infection à M. gypseum.

Les lapins jeunes sont les plus sensibles (entre 3 semaines et 1,5 mois) et le milieu de vie compte beaucoup (chaud et humide). La fin de l'année est une période de recrudescence classique.

Ces champignons de la peau se développent bien en milieu humide. C'est d'ailleurs autour de la bouche, des yeux, des organes génitaux, des pattes ou des oreilles qu'on les voit le plus. On note parfois une extension à tout le corps avec T mentagrophytes.

Ils provoquent des dépilations généralement circulaires ou irrégulières, rosées, rarement infectées couvertes de petites squames blanches parfois écailleuses. Une forme de teigne dite « tondante » rend les poils cassants un peu partout sur le corps du lapin qui apparaît alors quasiment nu. Un prurit est parfois noté. Il est très net chez l'Homme.

Le diagnostic se fait par culture des poils prélevés sur le pourtour des lésions. L'examen des poils éclaircis dans du chlorallactophénol et des croûtes dans une solution de KOH à 10% permet de voir parfois des structures fongiques. Seule la culture sur milieu de Sabouraud additionné d'antibiotique est fiable. L'usage de la lampe de Wood peut être utile sur M. canis qui est parfois fluorescente. T. mentagrophytes, la plus fréquente, n'est pas fluorescente. Des "faux négatifs" peuvent donc être trouvés si l'on utilise cette seule méthode de diagnostic.

En élevage, pour noter la contamination, on place des boîtes de Petri avec gélose Sabouraud, antibiotique et actidione ouvertes pendant 30 mn et on les place ensuite en culture, 30j à 25°C.

Le traitement là encore implique la décontamination du local, le traitement des tous les sujets et de la persévérance. On utilise divers antifongiques locaux ou alimentaires (énilconazole, soufre, griseofulvine). Une légère immunité de réinfection existe.

C'est une maladie qui se transmet à l'Homme d'où l'extrême prudence du juge qui doit sans regret envoyer l'animal à l'infirmerie. Il est souhaitable de le transporter avec des gants et de se laver les mains. Les habits seront placés dans la lessive.

Les infections à levures
Il arrive qu'on retrouve des Candida sur des lésions de la peau des lapins. Le pouvoir pathogène primaire est mal défini. En général, les candida sont retrouvées sur des lésions déjà contaminées par des teignes. Un dépôt blanc jaunâtre recouvre alors la peau par ailleurs sans poils.

 

Insectes 

Les poux
Haemodipsus ventricosus est le seul pou parasite du lapin. C'est un anoploure ou pou piqueur pouvant créer une anémie par ingestion massive de sang.

La phtiriose (ou pédiculose) se traduit par un prurit intense et la présence de fines exfoliations épidermiques. Les squames évoquent du son très fin. L'animal fortement infesté est émacié, anémié, son état général est faible.

On utilise pour lutter contre ce type de pou un insecticide (pyréthrines, organophosphorés, carbamates). On traite deux fois à 10 jours d'intervalle.

Les puces
On retrouve très fréquemment des aphaniptères sur les lapins de garenne. Elles sont rarissimes sur les lapins de concours. J'en ai vu une seule fois sur un animal qui s'était échappé et avait habité dans un terrier quelques temps. On la retrouve surtout sur la nuque et les oreilles, là où les poils sont peu nombreux et où la puce peut piquer pour prélever du sang. Les neufs sont pondus (environ 500 par ponte) en paquets d'une vingtaine. Ils sont ovales, blanc perlé et mesurent environ 0,5 mm de long. Les larves naissent au bout de 2 à 3 jours (selon température et humidité optimales ou non de 25°C et 80%). Le cycle de développement de cette puce est lié aux phases de reproduction du lapin (la puce absorbe les hormones femelle de la lapine gestante pour les utiliser pour elle-même). De ce fait, c'est surtout les femelles et les jeunes au nid qui sont contaminés. La piqûre entraîne un prurit et une intolérance accompagnée de lésions de la peau (alopécie, érythème). Une infection bactérienne peut se joindre.

Le lapin peut être un hôte temporaire pour les puces des chiens et des chats (Ctenocephalides canis et felis). Seule Spilopsyllus cuniculi est une puce réellement parasite du lapin mais les puces des carnivores, bien que temporaires, sont plus fréquentes sur les lapins de compagnie que Spillopsyllus.

La pullicose (vraie ou temporaire) du lapin se traite comme celles des carnivores avec des insecticides (environnement et animal).

Autres insectes
Les moustiques, les simulies (petites mouches noires), insectes piqueurs peuvent piquer le lapin et éventuellement transmettre des maladies comme la myxomatose ou provoquer des lésions papuleuses (petit bouton).

Certains cas de myase sont décrits dans la littérature américaine (infestation de la peau par des larves de diptères du genre Cuterebra qui ont une vie adulte très courte et peuvent parfois migrer dans les organes plus profonds). Le traitement est chirurgical.

Préventivement, on distribuera un insecticide larvicide sur les sols du bâtiment (néporex, Stomophos, Baycidal...) et on mettra sur les murs un insecticide adulticide (Alfacron, Solfac, Tugon...). Le nettoyage régulier des déjections est le meilleur moyen de lutter contre les insectes. Les larves on en effet besoin d'oxygène et d'eau pour se développer. Elles se retrouvent donc essentiellement dans les couches supérieures des tas de fumiers ou des fosses.

 

Pour en savoir plus

BOUCHER S. NOUAILLE L., 1996. Manuel pratique des maladies des lapins. France Agricole éd., Paris, 256p.

BOUCHER S. THEBAULT RG., PLASSIART G., VRILLON JL., ROCHAMBEAU H De. 1996. Phenotypical description of hairless rabbits appeared in three different herds. 6th World Rabbit Congress, Toulouse,Vol 1 333 - 338

BOUCHER S., 1997. La thérapeutique chez les rongeurs et lagomorphes. In Cours de base du GENAC Arcachon.

BOUCHER S. 1999. Affections cutanées chez le lapin de compagnie. Point Vétérinaire, vol 30 N° spécial « Nouveaux animaux de compagnie ».

BUSSIERAS F., 1989. Les teignes du lapin étude épidémiologique en France. Th. Doct. Vét. Toulouse N°89

Les squames du lapin

Les squames du lapin     par Samuel Boucher, docteur vétérinaire, juge cunicole officiel

Qu’est-ce que c’est ?
Pour l’Homme, on parle de « pellicule ». C’est un synonyme. Les squames sont en fait des lames qui se détachent de l’épiderme dans certaines dermatoses (maladie de la peau). Ce sont donc de petites structures blanchâtres de peau morte.

En soi, elles ne sont pas très gênantes pour le lapin mais elles sont le signe d’un dérèglement présent ou passé de la peau. Il y a de très nombreuses maladies qui peuvent provoquer la production de squames. De même, après une inflammation localisée, la peau peut produire des squames, signe normal de la fin d’une réaction locale. Ce qui est ennuyeux, c’est la production excessive de ces « pellicules ».

 

Que faire si on en observe en exposition ?
En règle générale, en concours, le juge peut observer ces productions épidermiques essentiellement dans deux cas :

 suite à une inflammation après une vaccination mal réalisée
 lors de parasitose due à des Cheleytiella parasitivorax et/ou des poux de type Leporacarus gibbus.

Image Cheyletiella

Il n’est pas question d’éliminer un lapin qui présente quelques « pellicules » sur une partie du corps. Cependant, en cas de production excessive, il est tout à fait normal que le lapin soit éliminé.

On cherche à favoriser les vaccinations quelles qu’elles soient donc, si le juge pense que les squames observées sont dues aux suites d’une vaccination, il ne faut pas éliminer le sujet. En revanche, si un éleveur observe ce phénomène très fréquemment, il faut absolument qu’il revoie sa technique vaccinale (matériel, désinfection etc.).

 

Un exemple de parasitose de la peau qui peut entraîner disqualification : la cheyletiellose
Il arrive parfois que de petits acariens (un peu comme ceux de la gale des oreilles) soient abrités sur le dos des lapins, juste en arrière du cou, sur les épaules. Il abrase la couche cornée de la peau et provoque la chute des poils. Le lapin fabrique alors de nombreuses squames. Parfois le parasite s’enfonce dans les couches cornées de la peau. Le lapin se démange et se gratte légèrement. Cheyletiella a une durée de vie de 5 semaines et peut, dans les cas les plus avancés, faire tomber les poils ce qui est évidemment un critère de disqualification. Dans ces cas là, des croûtes gris blanchâtre onctueuses recouvrent un tégument rouge et douloureux. Le diagnostic est amusant et simple : on réalise un brossage du lapin et on récupère les squames sur une feuille de papier. On écoute et on entend un bruit caractéristique dû aux parasites qui marchent sur la feuille. L’observation au microscope confirme le diagnostic. Le traitement consiste en une administration d’ivermectine et un bain à base d’amitraz. Votre vétérinaire saura vous conseiller sur ce type de traitement. 

Image Pou 

Parallèlement à la présence de Cheyletiella, il y a presque toujours un autre parasite : Leporacarus gibbus (anciennement appelé Listrophorus gibbus) ou «pou» du lapin. Il est très fréquent en exposition. On peut le voir à l’œil nu mais il faut porter une attention particulière. Les fourrures contaminées sont ternes et le juge, même s’il n’aperçoit pas le parasite, pénalise le lapin. Ce parasite n’est pas grave mais il faut essayer de s’en défaire en éliminant la paille contaminée et en administrant un acaricide sous forme de bain.

Le lapin de compagnie - Atlas de dentisterie

Le lapin de compagnie - Atlas de dentisterie - Rédaction : F. LEBAS, site CUNICULTURE

L'ATLAS de Dentisterie du lapin de Compagnie a été publié en 2010 par les Dr Didier Boussarie et Franck Rival aux éditions Vetnac. Cet ouvrage broché au format 17 x 24 cm comporte 143 pages très fortement illustrées (plus de 400 photos et une quarantaine de schémas) .C'est un guide pratique qui s'adresse aux vétérinaires confrontés à la dentisterie du lapin de compagnie dans leur exercice quotidien.

Il fournit des informations précises sur les particularités bucco-dentaires du lapin de compagnie aux plans anatomique et physiologique. Il fournit surtout une information complète et actualisée sur les principales affections touchant la bouche et les dents, et sur les possibilités et techniques de traitement.

Image lapin de compagnie

Ainsi les 24 pages du chapitre 1 sont consacrées aux bases anatomiques et physiologiques: position zoologique - éléments d'anatomie bucco-dentaire - alimentation, dynamique bucco-dentaire et mode de vie. Les 20 pages du chapitre 2 sont consacrées à l'examen du lapin: commémoratifs - matériel de consultation - méthodes de contention - examen général - fiche dentaire - examens complémentaires. Le chapitre 3 comporte 48 pages consacrées à la description des affections bucco-dentaires: malocclusion dentaire (des incisives comme des molaires et prémolaires) - abcès bucco-dentaires - affections secondaires aux maladies bucco-dentaires (maladies et troubles engendrés par un problème bucco-dentaire initial) - autres affections bucco-dentaires. Enfin le chapitre 4, avec 32 pages est consacré au traitement qui est presque toujours de type chirurgical : matériel chirurgical nécessaire - traitement chirurgical proprement dit (analgésie et anesthésie, malocclusion des incisives et des dents jugales, abcès et autres pathologies) - traitement médical associé. En fin d'ouvrage il y a deux tableaux consacrés aux principaux produits analgésiques et anesthésiques utilisables et aux principaux médicaments anti-infectieux utilisables dans les affections bucco-dentaires. Enfin un glossaire de 3 pages donne la définition des principaux termes techniques spécialisés utilisés dans l'ouvrage.

Chez le lapin la formule dentaire définitive est I2/1 - C0/0 - PM 3/2 - M 3/3 Les différentes méthodes utilisables pour désigner les dents sont résumées sur la figure 1. A la naissance le lapereau a déjà ses incisives définitives. Les prémolaires seront remplacées vers 3-4 semaines. La dentition définitive est ainsi acquise vers 3 à 5 semaines au plus tard.

Image Fiche dentaire
Figure 1: Fiche dentaire du lapin

Toutes les dents des lapins sont à croissance continue, aussi bien les incisives que les molaires et prémolaires. Par exemple la croissance des incisives supérieure est de 2 mm par semaine et celle des incisives inférieures de 2,4 mm par semaine. Celle des dents jugales (prémolaires et molaires) est nettement moins forte : environ 2 mm par mois. Pour permettre cette croissance continue, les dents ont une "racine" creuse partant du bourgeon dentaire profond. La cavité est occupée par la pulpe dentaire abondante qui va presque jusqu'à l'extrémité externe de la dent. La longueur de la partie "buccale " de chaque dent (visible dans la bouche) est beaucoup plus faible que sa partie gingivale (incluse dans la gencive). Cette caractéristique est bien visible sur la radiographie de la figure 2.

Image radiographie tête de lapin
Figure 2

Bien que tout type ou race de lapin puisse être utilisé comme animal de compagnie, dans la très grande majorité des cas les lapins de compagnie sont des lapins nains issus du lapin blanc "Polonais" dit aussi 'Hermine". Ces lapins de petit format (autour de 1,0 kg pour les nains de couleur et 1,4-1,7 kg pour les lapins béliers nains) sont caractérisés par un raccourcissement de la face et une assez forte consanguinité. Cette dernière est la conséquence de la recherche de pelages de couleurs aussi variées que possible à partir d'un petit nombre d'individus.

  Image Nain HERMINE            Image Nain Angora
Hermine / Polonais                                                                                        Nain Angora

 Image Nain Rex                  Image Nain Bélier
        Nain Rex Dalmatien Bleu                                                                                Nain Bélier Siamois

Ces deux caractéristiques font que les lapins de compagnie ont souvent des problèmes d'alignement des dents (malocclusion) d'origine congénitale, souvent aggravés par une alimentation inadaptée. La croissance des dents étant continue quoi qu'il se passe, il s'en suit des problèmes de croissance anormale des dents et d'abcès buccaux dans tous les cas où le lapin ne peut pas user correctement ses dents. Ceci explique que les problèmes bucaux-dentaires soient une cause fréquente de consultation vétérinaire pour les lapins de compagnie.

Dans le chapitre consacré à la relation entre l'alimentation et les problèmes bucco-dentaire les auteurs insistent sur les avantages qu'il y a à donner du foin en permanence aux lapins de compagnie. Ils rendent l'alimentation "à base de granulés" responsable d'une grande partie des troubles, comme si tous les aliments granulés du commerce avaient la même composition et faisaient l'objet de la même attention de la part de ceux qui les fabriquent. Une tournée rapide dans les animaleries montre clairement que beaucoup d'aliments commercialisés en France pour les lapins de compagnie (mais pas tous) sont par exemple nettement déficients en fibres; la proposition de "friandises" pour lapins de compagnie souvent à base de céréales et titrant moins de 7% de cellulose brute ne peut qu'aggraver le situation de manque de fibre.
En outre et contrairement à ce qui se passe pour les aliments pour lapins de production, dans la majorité des aliments pour lapins de compagnie il n'y a pas d'apport spécifique de vitamine D pourtant nécessaire au métabolisme calcique . Une étude très récente de Ricci et collaborateurs montre que les aliments italiens pour lapin de compagnie étudiés sont presque tous trop concentrés en protéines et en énergie mais sont carencés en phosphore et beaucoup le sont en calcium (Ricci R., Sartori A., Plagiano C. et Dalle Zotte A., 2010. Study of the nutrient adequacy of feeds for pet rabbits available in the Italian market. World Rabbit Science, 18, 131-137). Il semble bien que la situation soit assez similaire en France d'après les Dr Boussaire et Rival. Dans ces conditions, il est normal de trouver par exemple une perturbation du métabolisme minéral qui va nécessairement avoir des répercussions sur la croissance des dents et l'éat des os qui les soutiennent. Fournir un complément de fourrages fibreux verts ou secs au lapin de compagnie est donc une bonne recommandation, au moins tant que les aliments granulés ne seront pas correctement équilibrés. Un bon foin apportera des fibres, du calcium et de la vitamine D.

Les affections bucco-dentaires qui amènent un propriétaire de lapin de compagnie à consulter un vétérinaire sont essentiellement des cas de malocclusion (= dents longues) ou d'abcès de la face. En effet, du fait de la croissance continue des dents et donc de leur renouvellement continu, les caries sont très rares chez le lapin. A ces cas il faut ajouter certaines affections oculaires dues à la remontée des bactéries de la base des dents infectées vers l'oeil en passant par le canal lacrymal. En effet, celui-ci relie le sac lacrymal de l'oeil et la cavité nasale mais en passant très près de la base des racines des incisives supérieures puis de celles des prémolaires supérieures (voir figure 3).


Image canal lacrymal
Figure 3

Les problèmes bucco-dentaires d'un lapin peuvent être très apparents comme dans le cas d'une malocclusion des incisives, les dents sortant de la bouche. Dans d'autres cas, il est utile, voire nécessaire, de faire appel à la radiographie pour diagnostiquer correctement le problème, en particulier pour les malocclusions des dents jugales.

Image malocclusion
Malocclusion incisive asymétrique. Noter les striations "en plume d'indien"
des incisives inférieures par maladie métabolique osseuse.

Pour pouvoir poser un diagnostic correct et proposer au propriétaire un traitement adapté au cas de son lapin de compagnie, le praticien aura besoin d'en savoir le plus possible sur cet animal et son passé, ce que l'on appelle les commémoratifs. Il est ainsi souhaitable que le propriétaire puisse indiquer

  • l'âge du lapin (ceci permettra de distinguer plus aisément les affections congénitales et celles acquises)
  • son mode de vie (en cage, en liberté, en extérieur, exposition ou non à la lumière naturelle, ...)
  • son régime alimentaire (une étiquette de composition du ou des aliments achetés sera utile)
  • son comportement (anorexie, salivation excessive, prostration, léchage très fréquent du poil,...). La consommation de carton ou de tissus est souvent évocatrice d'une pathologie bucco-dentaire
  • l'anamnèse médicale (histoire pathologique du lapin et si possible de ses ascendants si elle est connue)
  • les antécédents pathologiques bucco-dentaires éventuels et les traitements correspondant ayant déjà été effectués.
  • le motif qui a conduit le propriétaire à amener son lapin de compagnie en consultation.

Les problèmes de malocclusion non traités entraînent pour l'animal une difficulté à s'alimenter. La conséquence est alors un amaigrissement suivi d'une prostration qui alerte rapidement le propriétaire attentif.
Les abcès bucco-dentaires ou dento-alvéolaires sont fréquents chez le lapin de compagnie et toujours associés à une infection de la racine d'une ou plusieurs dents. Ils sont le plus souvent consécutifs à une pénétration puis à une élongation des racines dentaires dans le tissus osseux cortical. Ces abcès bucco-dentaires sont le plus souvent non douloureux. Ils ne s'accompagnent pas d'anorexie dans la mesure où ils n'affectent que peu la préhension et la mastication des aliments, et ils ne génèrent pas d'hyperthermie sauf dans le cas d'entéropathie par stase cæcale associée. Ils sont la plupart du temps asymptomatiques et à moins d'une découverte fortuite passent inaperçus jusqu'à l'apparition d'une tuméfaction qui inquiète le propriétaire et motive la consultation.

A l'attention des praticiens, les conditions de l'examen général et surtout de l'examen bucco-dantaire sont listées, commentées et illustrées. Dans la majorité des cas et surtout pour l'observation des problèmes touchant les molaires et prémolaires une anesthésie générale du lapin est conseillée pour une observation efficace. Elle est indispensable si le praticien compte faire une observation par endoscopie. Par contre il est conseillé de faire l'examen général sur l'animal vigile, ses réaction pouvant fournire des informations utiles.

Si une radiographie est nécessaire celle-ci peut se faire sur le lapin vigile s'il est calme et coopératif et si le praticien a une grande expérience. Une sédation ou une anesthésie flash sont toutefois le plus généralement préférables et permettent d'améliorer la qualité de l'observation grâce à un bon positionnement de l'animal.

Nous ne présenterons pas ici les différentes techniques de traitement. Très globalement on peut en retenir que les malocclusions incisives accidentelles peuvent généralement être traitées tout en préservant les dents, mais que dans un très grand nombre de cas l'extraction d'une ou plusieurs dents est nécessaire. Les abcès sont le plus généralement une conséquence des pathologies dentaires sous-jacentes. L'abcès éventuel doit être excisé et disséqué dans sa totalité, en gardant en mémoire que seule la gestion complète des problèmes dentaires sera à même d'éviter les récidives. Le traitement complet de l'ensemble des problèmes nécessitera le plus généralement plusieurs interventions.

Pour obtenir cet ouvrage   L'ATLAS de Dentisterie du lapin de Compagnie   (ISBN : 978-2-917389-01-0)
peut être commandé auprès du Dr Didier Boussarie      3 rue du Clos  -   02000 MONAMPTEUIL
prix : 60 Euros + 5 Euros pour le port en France  (chèque à l'ordre du Dr Boussarie Didier)